Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

82 articles avec societe

Classe caviar

Publié le par memoire-et-societe

La gauche caviar fait partie du paysage social. L' expression désigne ceux qui, nés avec une cuillère dorée dans la bouche, dénoncent les privilèges de leur classe. Pas besoin de noms, l' actualité politique,médiatique et culturelle les mentionne régulièrement.

Forte de sa position dans les lieux de pouvoir, la gauche caviar occupe un espace plus vaste que celui qui correspond à son importance numérique : elle parle dans les Assemblées, fait la "une" des journaux, saute d' un plateau de télévision à un autre, publie des livres qu' achète parfois le bon peuple, bref s' efforce de peser sur l' opinion.

Y a-t- il du mérite à être riche,connu et de gauche? Sans doute puisqu' on a le choix. On pourrait concourir à épauler le parti de l' argent, mais non, on apporte le prestige de sa notoriété à des forces qui déclarent vouloir, au moins théoriquement, le défaire. La fiabilité de ces nantis que la fortune a placés au-dessus des citoyens ordinaires est-elle cependant crédible? Autant que celle de militants embourgeoisés, enivrés par les ors de la République. Les lambris n' impressionnent pas les people même de gauche, c' est leur décor habituel. D' autres motivations les animent.

La gauche caviar est souvent qualifiée de poseuse et de démagogue. On ne peut faire fi de ces reproches. J'ai connu au P.S.U une dame milliardaire, mendèsiste en vison, qui se faisait déposer par son chauffeur deux cents mètres avant le point de départ d' une manifestation pour qu' on l' y voie arriver démocratiquement à pied avant d' aller prendre rang parmi ceux qui se regroupaient pour fustiger le capitalisme. Où chercher un frisson plus snob?

L' anecdote soulève pourtant une question : la gauche caviar ne se limite-t-elle qu' à un élitisme étranger aux foules qu' elle se pique de défendre et avec lesquelles elle ne dialogue guère? n' a-t-elle goût que pour le citoyen idéalisé et dédain pour l' homme de la rue? L' ambigüité de comportement de l' intellectuel notablilisé dans le mouvement social ne date pas d' aujourd'hui. Derrière la solidarité se profilent quelquefois des priorités qui n' engagent qu' en partie la transformation globale.

Le flou idéologique qu' implique, par exemple, la simple référence aux "valeurs républicaines" sans les rappeler toutes, permet de focaliser sur un motif isolé d' engagement. Ainsi, un antiraciste caviar peut-il ne pas se sentir obligatoirement tenu par le chômage et les dégâts de la mondialisation. La gauche lui sert de marchepied pour mieux lutter contre le Front national.

Nulle part en fait ne se croisent la vie du caviariste et celle du "col bleu": ni dans leurs conditions de travail, de transport, d' habitat, ni dans leur milieu relationnel, ni dans leurs choix culturels, ni dans leurs perspectives, ni même dans leur action militante (jours de grève non payés pour l'un, signature au bas d' une pétition où il convient de figurer pour l' autre). Le voile se déchire face à la réalité. La gauche caviar ne dissimule plus son appartenance à la classe dominante. Au cynisme de droite, elle n' offre qu' une alternative : l' hypocrisie des bonnes consciences.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Malédiction des élites

Publié le par memoire-et-societe

Nous, Français, pouvons dire qu' en ce moment, nous jouons de malchance. Quand on fait défiler ceux qui nous servent d' élite ( voir également article "Elites, patrie " du 1er avril 2013), on n' a pas de quoi spécialement se vanter. Certes, il a toujours existé, autour de tout pouvoir, des intrigants, des prébendiers et des farceurs. C' est inévitable, à cette nuance près que certains systèmes facilitent plus que d' autres la variété infinie des turpitudes et des démissions.

Le spectacle donné par quelques-uns de nos princes actuels n' affaiblit pas la tradition. On est un peu déstabilisé par l' image qu' une société peut ainsi offrir d' elle-même. J' écoute DSK professer devant les Sénateurs, Cahuzac exprimer son mépris pour ses ex collègues parlementaires, les médias égrener le montant des primes de cabinet, fonds occultes, réserves et trésors de guerre divers que se distribuent les seigneurs en place, Depardieu cracher sur le contribuable, Halliday , Noah et compagnie me recommander la Suisse ou la Belgique pour planquer les capitaux que je n' ai pas et n'aurai jamais.

Nous, Français, il fut un temps où nous étions moins veaux. Pour reprendre la formule de Luther King, je fais moi aussi un rêve : virer ce beau monde du paysage, puis veiller, si faire se peut, à ce que les suivants ne puissent égaler les précédents. Ce doit bien être réalisable, un exploit pareil...

Inutile,par conséquent, de s' attarder sur la vision de la Femme chez Strauss- Khan, de s' appesantir sur l' usage du mensonge par Cahuzac, de récapituler la carrière crapuleuse de Tapie, d' évoquer la conquête de la Libye par B.H.Lévy, de gloser sur les tartarinades de Mélenchon, de se polariser sur les basses oeuvres de Guéant et l' apport involontaire de Guaino à la décolonisation des esprits en Afrique francophone (voir, à ce sujet, l' article " Pitié! pas ceux-la !" du 15 avril 2013 ).

On en oublie, évidemment. D' ailleurs, cette revue de détail n' est qu' une facette d' une responsabilité collective,celle de la classe politique, qui nous invite à évaluer l' état d' une société dont le caractère dominant devient le dégoût des citoyens. Ainsi le cynisme des élites trahit-t-il la crise de la représentation, et la représentation les insuffisances du système institutionnel. De quoi réfléchir.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Le totalitarisme en question

Publié le par memoire-et-societe

   La philosophe allemande Hannah Arendt,exégète de Kant et de Kierkeggard, élève de Husserl,fondateur de la phénomènologie, disciple de Heidegger, et amie de Jaspers, prix Nobel, a consacré une bonne partie de sa vie à  l' analyse du système totalitaire ( " Les Origines du totalitarisme ", 3 volumes, 1951 ).

   Lors du procès d' Adolf Eichmann à Jérusalem en 1961, qu' elle a suivi pour le journal " The New Yorker ", elle s' est mise l' opinion juive à dos en refusant de considérer le bourreau nazi autrement que comme un médiocre instrument de la "banalité du mal ". On éludait donc,selon elle,  l' essentiel en se polarisant sur cet exécutant et en ne s' attaquant pas au fond: la monstruosité du Système. La problèmatique a  fait l' objet d' un récent film franco-allemand de  Margarethe von Trotta.

   Pour Arendt, qui a pris conjointement ses distances avec les pratiques sionistes, c' est à  la nature du totalitarisme qu' il convient d' attribuer la vraie responsabilité du gènocide, inscrit en quelque sorte dans ses veines. Cette analyse demeure toutefois  contestée, notamment  l' assertion selon laquelle la dictature, " société de masse", abolit  la " société de classe".

Il est vrai que dans l' Allemagne nazie dominait la hiérarchie des dignitaires du Parti, et  en Union soviétique une Nomenklatura omnipotente. Si elles ne constituaient pas des classes au sens marxiste, elles induisaient  néammoins des niveaux de pouvoir différents  et des clivages sociaux qui , dans la forme, s' en approchaient..

   Des penseurs et des historiens onr critiqué également la typologie des dictatures établie par Arendt. Sa complète assimilation du nazisme et du stalinisme, par exemple, n' a pas emporté la conviction, ne serait-ce que par la contradiction de leurs  finalités  théoriques  (nationalisme et racisme chez l' un,  léninisme et  internationalisme chez  l' autre ) , de  l' ambition proclamée de leurs " socialismes " respectifs ( et  comment classer alors les tendaces totalitaires de  régimes religieux ?).

   A partir de là, certains font observer que sans l' Armée rouge et  les sacrifices du peuple russe, l' hitlérisme n' aurait  sans doute pas été aussi vite vaincu, qu' un compromis aurait  peut-être fini  par s' imposer, laissant les mains libres aux Anglo-Saxons à l' ouest, et  la faculté au Reich de conquérir son " espace vital " à l' est ( l' idée a été plusieurs fois avancée entre 1940 et 1945 ). Il a fallu par conséquent  la contribution déterminante d' un totalitarisme, qui s' est d' ailleurs plus tard dissous de lui-même, pour venir à bout de l' agressif  expansionnisme germanique.

   Démonstration historique d' où ressort qu' une dictature peut s' allier avec des démocraties parlementaires, mais que deux  totalitarismes sont en fait incapables de co-exister longtemps.

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Qu' en est-il de la devise républicaine?

Publié le par memoire-et-societe

   On est heureux de relever d' une République proclamant son attachement aux principes de liberté, d' égalité et de fraternité. Ces choix sont capitaux quel que soit l' ordre dans lequel on les énonce : ils participent de l' idéal du " vivre ensemble". Ce n' est certes là qu' une devise. Elle montre la voie.

   L' égalité est à entendre non comme un nivellement contre nature, mais comme une exigence de justice. Les "congés payés", datant de 1936 sont, de ce point de vue, un exemple. Cette année-là des patrons ont renoncé à leurs vacances pour ne pas rencontrer les familles des " salopards en casquette" sur les plages. Où  je suis né, de vieux ouvriers ont pleuré. Eux qui n' avaient jamais dépassé les murs de leur usine, ne sont pas partis. C' était trop tard. Ils pleuraient de joie pour les plus jeunes. Actuellement, ceux qui trouvent à travailler le dimanche passent pour privilégiés...

   La liberté, j' en ai mesuré la valeur dans les rues de Paris en août 1944. J' étais, avec d' autres gamins, sur la barricade de la rue du Temple. Mon père au camp de Mauthausen. Chaque pavé entassé sur ces obstacles dérisoires que les "panzer" refluant par la rue de Rivoli ne daignaient même pas écraser, avait pour moi une signification vitale: le retour d' un père réduit à l' esclavage. C' était ma première appréhension concrète de la liberté. Cette dernière se trouve  confrontée maintenant à un type inédit de menace : le système de fichage et de surveillance planétaire qu' induit le programme PRISM sous couvert de lutte antiterroriste. Big Brother s' installe. Le combat n' est jamais achevé...

   La fraternité ? La fraternité, en 2013. N' est- elle pas une réponse à la dislocation qui guette toute société, à la désespérance d' hommes et de femmes jetés à la rue comme des kleenex usagés, à toutes les humiliations sociales, raciales, ou les deux, accumulées sous l' oeil d' une oligarchie disqualifiée par les scandales. La fraternité peut-elle exister dans une nation meurtrie, abimée par la violence des mutations ( exode rural, urbanisation sauvage, immigration de masse, désindustrialisation, sentiment de perte d' identité et de souveraineté, effets incontrôlables de la mondialisation ) ? cet ancien pays de laboureurs et d' artisans ne s' y retrouve plus. On le fait musée. On veut traiter sa langue, riche d' une des plus grandes littératures, comme un nouveau latin, on y réveille des clivages qui viennent planter leurs griffes dans sa chair lassée...
    J' aime la France. N' avez-vous pas, comme moi, quelque peine à y reconnaitre sa belle devise?

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

La dynastie Morizet

Publié le par memoire-et-societe

   Sans vouloir jouer les pythonisses, je pense que Nathalie Kosciusko-Morizet  a des chances réelles d' être élue maire (mairesse?) de Paris l' an prochain.
   Dans ce cas, elle rassemblerait  les atouts : être à 40 ans la première femme à diriger la Capitale; avoir  rendu l' Hôtel de Ville à la droite; savoir, en ingénieure confirmée,  accorder  aux technologies modernes une attention qui fait souvent défaut aux politiques (Prospective, Economie numérique, Transports); pouvoir  transmettre une expérience de la vie publique déjà considérable (trois fois ministre, députée, conseillère régionale, maire); bénéficier elle même  (nous allons y revenir) d' une hérédité stimulante; être à même de faire profiter  la ville d' un réseau internationai étoffé de relations politiques et culturelles.

   Je ne suis pas chargé de la publicité de Mme N.K.M, qu' au demeurant je n' ai jamais vue qu' à la télé. Je me borne à observer  une approche électorale (mars 2014) et  à tenter d' en mesurer l' effet  possible. Cela dit, que l' électeur de gauche ne s' y trompe pas : l' intérêssée est  résolument ancrée dans le libéralisme économique et  le camp des technocrates. Et pourtant...

   Pourtant, son arrière grand' père s' appelait André Morizet. Issu d'une famille de protestants rémois, il avait adhéré étudiant au socialisme, au sein duquel il a réalisé un parcours estimable. L' éléctoralisme est  indissociable de la famille : d'abord battu aux législatises à Boulogne- Billancourt, Morizet  demeurera  maire de la cité de 1919 à sa mort. En 1920, il opte pour le Parti communiste, qu'il quitte à peine trois ans plus tard pour un Parti socialiste-communiste maigrelet et éphémère lui permettant toutefois de décrocher un mandat de sénateur, mandat reconduit  ensuite sous l' étiquette socialiste SFIO. Ecolo avant  l' heure, André Morizet  a marqué sa  commune ouvrière , alors fort déshéritée, par une oeuvre d' équipement collectif et d' aménagement urbain unanimement saluée.

   Le grand'père paternel de NKM était Jacques Kosciusko, devenu Kosciusko- Morizet après son mariage avec Marianne Morizet. De lointaine ascendance polonaise, agrégé de lettres, résistant gaulliste et  ambassadeur de France, ses choix 

(secrétaire national aux Relations extérieures et maire de Saint Nom la Bretèche pour le compte du  RPR), n' ont  peut-être pas été sans influer sur sa descendance. Son  fils  François, donc le père de NAKOMO, comme on la surnommait  à Polytechnique, lui même ingénieur des Ponts, a emprunté à son tour la voie électorale : il est aujourd'hui vice-président du Conseil Général des Hauts de Seine et  maire UMP de Sèvres.

   Un tel pedigree  joue évidemment en faveur de la candidate à la mairie  de Paris. Sa connaissance des questions écologiques ne  facilitera pas la tâche de l' éventuel candidat des Verts. Quant aux socialistes, il va leur  falloir mouiller le maillot  pour faire obstacle à  la perennité  de la dynastie des Morizet.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Lettre à un vieil ami de province

Publié le par memoire-et-societe

   Cher ami,

   Je m' excuse pour ce long silence, mais nous avions, Christiane et moi, repèré sur Internet, à une heure et quart de TVG, une fermette nantie de 4000 mètres carrés de terrain. Nous avons été sur place, nous avons signé. Il a fallu quelques travaux : refaire les peintures et l' installation électrique, réaménager la salle de bains, mais bon...

Ainsi, vois-tu, nous avons fait le grand saut, quitté (partiellement) Paris. Christiane se voyait  volontiers  jardinière et moi  mémorialiste. Nous projetions de devenir les touristes de notre ville natale et d' améliorer ainsi  la qualité de notre fin de vie. L' évolution de la capitale n' est-elle pas décevante ? Regret de sa transformation en musée assailli par des  Emergents se ruant sur les sacs Vuitton et les parfums Chanel. On n' arrive plus à circuler rue de la Chaussée d' Antin.

   Ici, nous nous sommes efforcés aussitôt d' entrer en relation avec des gens du pays. Le  voisin le plus proche est un exploitant agricole qui alterne entre son tracteur climatisé et sa Porsche. Le fils roule en quad, et l' épouse en Clio aubergine. Nous les avons conviés à l' apéritif. Le père est  venu seul, en retard. La mère a  justement cours de généalogie le jeudi.

   Curieux : plus nous nous montrions, avec Christiane, soucieux de la région, ouverts à ses traditions, débordants du désir d' insertion, plus le voisin se renfrognait. Peut-être percevait-il dans le ton de Christiane, ou ses questions, quelque paternalisme, ce qui n' était pourtant pas le cas ? Quand elle faisait allusion à des évènements qui  prouvaient au contraire que nous le traitions d' égal à égal, par exemple à  l'  exposition d' antiquaires qui se tenait  au même moment dans le quartier Saint-Germain, il se murait dans le silence.

   Pour relancer le dialogue, je l' ai interrogé sur ses loisirs. " Des safaris au Kénya, ou des randos dans le bush australien ", a-t-il indiqué.

  - Et Paris ? ai-je osé.

   -Ah non alors! on peut pas se garer et les serveurs sont grâcieux comme des portes de prison.

   Toutefois, il se rendait régulièrement à Bruxelles pour manifester en faveur de la PAC.

   A la longue, son regard m' interpellait, et  j' y  lisais ces mots surprenants : " Toi, le Parigot, ne va  pas croire que  tu  m' impressionnes avec  une bicoque rafistolée et  ta retraite des cadres ". Il a évalué notre  " pièce-à-vivre ", repeinte  blanc cassé, puis lâché ; "  Du temps où c' était à mon oncle, ici y  avait  l' étable, vingt vaches au moins ".

   Son idée fixe, c' est les prochaines Municipales. Il espère être  tête de liste sur la liste apolitique de droite  "  où l' on ne s' occupe que d' intérêts locaux " :

   - Les sortants de gauche, on va les vitrifier, avec toutes les conneries des  socialistes, prédit-il.

   Cet aspect, bien fragmentaire, de notre transhumance, a un peu décontenancé Christiane, et son enthousiasme pour l' horticulture s' en est ressenti. Je me souviens qu' en prépa à H.IV, débarquant de Bretagne, tu répétais : " Le parisianisme est une tare française", et moi, jacobin marxisant, je me rebiffais. Aujourd'hui, l' image de Paris est sans doute  plus prestigieuse parmi les étudiantes chinoises  que dans nos régions. Le rapport avec la province a bougé, et  la capitale n' est souvent qu' un tremplin dans une carrière, no more.

   D' ailleurs à peine en retraite, le Francilien, surtout  banlieusard, se hâte de filer, vers l' ouest ou dans le sud. Mais ne triomphe pas : j' ai toujours besoin de Paris, même si c' est  un Paris qui, chaque jour hélas, n' existe plus ou existe autrement. Nous approchons la fin octobre, Christiane ne se montre pas fâchée de retrouver bientùot son 4ème sur la place Saint-Georges. Qu' en dis-tu?

   Claude.

 

 

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Dis, grand'père, c' est quoi le populisme?

Publié le par memoire-et-societe

   - Grand-père, c' est quoi le populisme, on en entend toujours parler?

   - Un mot où chacun met un peu ce qu'il veut. Comme liberté, ou démocratie.

   -Alors le populisme c' est de la démocratie? pourquoi deux mots pour dire la même chose, grand'père?

   -C' est que ce n' est pas non plus la même chose; ça dépend des époques, des pays, et de ceux qui parlent

   -Nous, en France aujourd'hui, on est des populistes?

   -  Il y a des populistes parce que la situation n' est pas très bonne et que, dans ces moments-la, on s' en prend surtout à ceux qui dirigent. L' oligarchie populiste profite des évènements pour s' adresser directement au peuple et l' inciter à  se sauver lui-même, sous sa paternelle direction.

    -Ce sont les plus démocrates alors, puisque, eux, ils veulent le pouvoir du peuple.

   -En apparence sans doute. Mais cette volonté d' ignorer le pouvoir élu par une majorité de  citoyens sous prétexte qu' il ne profite qu' à l' égoïsme de l' élite, brouille tout. Nier la représentation légale pour soutenir des forces sans légitimité réelle n'est pas sans risque.

   -Quel risque, grand-père?

   -La suppression, par exemple, de la liberté d' expression. Sans elle, on tombe dans un régime autoritaire. C' est pour ça d'ailleurs que la gauche s' applique à placer le populisme à l' extrème droite totalitaire.

  - Pourtant, d' après ce que j' ai lu , c' est plein de populistes en Europe, encore plus qu' en France...Et quand des Américains, des Blancs, refusent d' accepter le contrôle de la vente des armes, ils sont populistes?

   -Ils sont démagogues.Ils savent que derrière eux se profilent les intérêts des lobbies qui paieront leur élection et un relent de racisme.

   - Mais alors, grand-père, ce mot de populiste, c' est une insulte ou non?
   - C' est  plutôt la marque du divorce actuel  des appareils politiques avec les classes populaires. En même temps,il est devenu commode pour un politicien de taxer de populiste tout discours non formaté.

   -Tu crois, grand-père,  qu' un populisme a quand même des chances, ici chez nous?

   -  Il y a déjà eu dans le passé des tentatives : le boulangisme, à la fin du 19ème siècle, et le poujadisme,au milieu du 20ème. Un général et un commerçant papetier. Ils ont virevolté un moment puis ont disparu comme ils étaient venus. Aujaourd'hui, nous bénéficions d' un populisme bicéphale: celui sans surprise du Front National, xénophobe et sécuritaire, et celui, plus original, du mélanchonisme. C' est en quelque sorte un élitisme populaire, extrèmement soucieux de  syntaxe et de marxo-philologie, multipliant les clins d' oeil aux idéologues  et  les reverences aux diplomés d' Histoire, tous épargnés pour l'instant  par la menace de purge révolutionnaire.

   -Mais ça, voyons grand-père, c' est du populisme pour rire !

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Etre républicain

Publié le par memoire-et-societe

   Faisant en 1950, devant  l'  Assemblée Nationale, l'éloge de mon père, député de l' Oise, qui venait de décèder dans un accident automobile, le président Herriot déclarait : "Il se montrait républicain, comme on l' était aux grandes époques " Je me suis longtemps demandé ce que signifiait " être républicain". Il existe par le monde quantité de dictatures, militaires ou civiles, socialistes ou non, affichant toutes le titre de République (populaire, démocratique, fédérative, islamique, j' en passe ). Parallèlement survivent,face à la vague des jeunes Etats, des monarchies parlementaires de type libéral, comme en Europe du nord. Les mots ne suffisent donc pas, et le même intitulé peut englober des régimes opposés.

   "Comme on l' était aux grandes époques", avait précisé Herriot se référant au vote anti-Pétain de Jean Biondi à Vichy. En France, il est vrai, la charge émotionnelle qu' engendraient le concept et le terme "République" s' est bien émoussée. La  "Troisième " était née le 4 septembre 1870 de la défaite de Sedan comme solution d' attente à la division entre Orléanistes et Légitimistes. La Commune de Paris une fois écrasée, la Res publica ( l" Affaire de tous ") n' était chargée que de préparer le retour d'une Restauration cléricalo-conservatrice comparable à celle de Louis XVIII en 1814. Plusieurs décennies d' âpres et perpétuelles luttes parlementaires ou citoyennes ont été nécessaires à l' établissement solide, vers la fin du siècle, du régime républicain.

   Il est sans doute heureux que l' Institution, que  pratiquement personne ne conteste plus, soit devenue aux générations suivantes aussi naturelle que l' eau courante et l' air qu' elles respirent  quand il n' est pas pollué. Encore qu' entre 1940 et 1944, des partis ultraconservateurs ou fascisants, aux aguets, n' aient eu d' autre hâte que de vouloir , pour reprendre la formule du général monarchiste Changarnier, " étrangler la gueuse ". Preuve, s'il en est, que la République, en dépit de son évidence actuelle, reste une Idée  porteuse de progrès, d' égalité et d' unité.

   Edouard Herriot avait raison : mon père prtait la République chevillée au corps parce qu'il venait de loin, du bout de la pauvreté. La République, justement, et l' Ecole publique des " hussards noirs ' ( les instit' d'autrefois), avaient su lui offrir sa chance. Et lui inculquer  la conviction que l' intérêt général prime les intérêts particuliers, la solidarité l' egoîsme de classe, le respect citoyen  l' abrasif esprit communautaire, sans que rien, jamais, ne soit acquis d' avance.

   Cette conviction, il l' a défendue toute sa courte vie, des bancs du Parlement au Camp de concentration de Mauthausen.

Il aurait 113 ans. Je sais que le plus bel hommage que je puisse lui rendre est de me dire, aujourd 'hui encore, profondément républicain.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

In memoriam

Publié le par memoire-et-societe

   Je lis qu' en Israël certains ont sablé le champagne pour  fêter la mort de Stéphane Hessel. C' est terrible.

   Je salue avec le même respect la mémoire de Jaurès, de Gandhi, de Luther King et de Stéphane Hessel.

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Une langue n'est jamais un long fleuve tranquille

Publié le par memoire-et-societe

   " De l' Universalité de la langue française" a été publiée en 1784 par l' essayiste monarchiste Rivarol, d' ascendance italienne.Toutes les Cours d' Europe parlaient alors français.Il faut aujourd' hui lutter pour imposer dans les Organisations,Conférences et Revues internationales l' usage pourtant officiellement reconnu de notre langue, que les classes cultivées d' Europe, d' Asie et d' Amérique ont souvent cessé d' apprendre. On connait cette anecdote de l' Américain disant, dans un Colloque scientifique, à un intervenant francophone: " Speak white,please!" ( Parlez blanc, s'il vous plait !)

 On raconte même que dans je ne sais plus quelle université d' outre Atlantique, le français est étudié comme " langue morte".

   L' emploi du français vient derrière celui du chinois, de l' anglais, de l' espagnol, du russe, de l'arabe, du bengali, du portugais et du malais, juste avant celui du japonais parlé au seul Japon. Mais le français figure théoriquement sur les cinq continents. Après la décolonisation, l' hégémonie "métropolitaine" s' est vue contestée par l'émergence de termes ou d' expressions issus des particularismes néo-nationaux. La loi selon laquelle une langue se différencie en se répandant trouve sa confirmation dans cette distinction entre Centre ancien et Périphérie autonome. Les dictionnaires récents fourmillent non seulement de belgicismes, helvètismes, québècquismes ou créolismes, mais aussi d'arabismes et d' africanismes.

   Plus: le "français de France" connait, à travers une immigration de masse mixant les langues d' origine avec le français scolaire, l' argot, le verlan et le vocabulaire international à dominante anglo-saxonne, un bouleversement qui implique l' ensemble de la jeunesse. Le "ouèch " qui scande le début de phrase d' un ado des cités ne relève certainement plus de la "langue de gentillesse et de clarté " jadis  vantée par l'agrégé de grammaire sénégalais Senghor. Code de reconnaissance,tic verbal,référence à la BD, "ouèch" est emblèmatique d'un langage tirant vers un sabir fluctuant,polymorphe et résolument allergique à l' écrit.

   Le "linguistiquement correct" est ainsi mis en accusation en tant que phénomène bourge-gaulois. A la limite, lire devient fayot.Twitter, encore...mais seulement en phonétique. Quant à l' image, elle se régale de mots crucifiés (onomatopées, interjections, borborismes,bruits d' explosion etc.) et flatte l' analphabétisme ambiant. On peut dire que, élevé à ce niveau de communication, le langage est vraiment "châtié" :orthographe vandalisée, syntaxe déstructurée, le parler des exclus et la langue académique sont étrangères l'une à l' autre.

   Mais ne nous enfermons pas dans l' extrème. La sémantique "normale" évolue elle aussi, tranquillement et dans la nuance.Prenons un exemple chez la femme d' aujourd'hui : célibataire ou adultère, elle désigne son amant comme "l ' homme de sa vie", sauf si elle  a plusieurs amants en même temps, dit  " mon copain ", ou "mon compagnon",passé 40 ans, pour son concubin habituel, et parle d' " un pote " pour désigner celui avec lequel elle n' a aucune relation charnelle. Tout ça étant réversible et pouvant donc  concerner  les individus de sexe mâle , naturellement.

   En politique maintenant, fini d' évoquer la ou les provinces : on parle de "territoires", malgré une connotation lointainement coloniale. Mais , s' agissant d' outre-mer précisément, on usera du terme " collectivités". Le discours se fond là dans le politiquement correct, qui possède avec le linguistiquement acceptable des liens bien connus (à suivre).

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>