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LE MESSAGE CHEDID

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les dynasties artistiques ne sont pas rarissimes. Celle des Chédid marque par une continuité qui lui confère un côté tribal qu' illustre en 2015 une tournée collective et une Victoire de la Musique l' année d'après.

La fondatrice de la lignée est une poétesse d' origine syro-libanaise, Andrée, qui aurait aujourd'hui 117 ans. Née au Caire, mariée au médecin-biologiste Louis- Sélim Chédid, elle s' installe en 1946 à Paris où son époux devient chercheur à l' Institut Pasteur.

Les premiers textes francophones de la jeune femme datent du début des années 50 et sont publiés par le poète-éditeur des Surréalistes Guy Lévis-Mano, sous le label des Cahiers G.L.M.

Son oeuvre qui ne cesse de s' élargir, tout comme son audience, englobe dès lors poésie,romans, nouvelles et pièces de théâtre que couronnent deux prix Goncourt : celui de la Poésie et celui de la Nouvelle.
Le propos principal d' Andrée Chédid est l' interrogation sur le Sens de notre vie, à la fois riche et fragile. Le "goût des autres" et l' empreinte indélébile de l' Orient sont des éléments qui lui donnent sa coloration multiculturaliste. Elle confie : " Je cherche à nommer quelque chose qui est au fond de l' homme, et dont la mort est la signature."

C' est le message qu' elle transmet à ses deux enfants, Michèle, artiste peintre, et Louis, chanteur-compositeur. Celui-ci, d' abord membre des "Petits chanteurs à la croix de bois", puis monteur de cinéma, se lance dans la carrière musicale en 1973. Il se hisse en quelques années au hit-parade avec "T' as beau être pas beau " comme interprète et guitariste de jazz proche de Django  Reinhardt.

Son fils Matthieu, devenu -M-, assure le relais, mettant à l' occasion en musique rock les poèmes de sa grand-mère. Dès l' enfance, il figurait dans les choeurs accompagnant  son père. Bientôt aussi populaire que lui, il s' associe au projet familial d' un spectacle réunissant sur scène Louis et trois de ses enfants, Matthieu, Joseph dit Sélim, et Anna, alias Nach, chantant en semble leurs créations personnelles supervisées par Emilie, leur mère.

C' est alors une tournée de cinq mois et 37 concerts dans les pays francophones ( mai-septembre 2015) et, l' année suivante, l' album enregistré en studio récompensé par la Victoire de la Musique. Ultime hommage rendu à la  poétesse, l' Aïeule sublimée, venue au monde presque un siècle plus tôt dans ce Liban déchiré où elle n' avait cessé de puiser son inspiration. Pour elle encore le titre n°1 de Louis, le fils prodigue de cette saga : "On ne dit jamais assez à ceux qu' on aime qu' on les aime."

 

 

 

 

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SATIE, MUSICIEN DE L' IRONIE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Erik Satie est aujourd'hui célèbre. Les spectacles le revendiquant se sont multipliés tant en France qu' à l' étranger ( l' Américain John Cage a repris "Vexations", partition à jouer 840 fois de suite). On est loin du temps où les critiques traitaient ce jumeau musical d'un Marcel Duchamp ou d' un Antonin Artaud, de "fumiste" pour les plus indulgents et de "pauvre type" pour les plus hargneux.

Nul ne songerait plus à rayer du paysage culturel un homme qui a inspiré Mallarmé, été le disciple de Vincent d' Indy à la Scola Cantorum, l' animateur du "Groupe des Six" (Auric, Durey,Honegger, Milhaud, Poulenc, Taillefer), de l' "Ecole d' Arcueil" (Sauguet, Emié, Lizotte), avant d' être annexé par les dadaïstes (Tzara, Picabia), le Théâtre de l'Absurde (Ionesco, Bekett) et une foule de créateurs allant de Cocteau à Picasso,Stravinsky, Diaghilev, Braque, Debussy, Man Ray, Breton  Désormière ou René Clair.

Né à Honfleur en 1866, Satie arrive à Paris à 12 ans, échoue comme élève au Conservatoire National de Musique et pour échapper au service militaire n' hésite pas à s' exposer nu dehors une nuit d' hiver. Effectivement, il contracte une pleurite et est réformé.

Commencent alors pour lui des années de bohème montmartroise. Il tient l' harmonium au 'Chat Noir", cabaret où officie également Aristide Bruant. Il a 22ans, tombe amoureux de celle qui peint son portrait, Suzanne Valadon, la mère d' Utrillo. Une liaison de cinq mois qui, en rompant, laisse Satie inconsolable.
Le réseau de ses relations pourrait lui permettre de vivre et travailler confortablement. Il choisit le dénuement, quitte le "placard" où il célèbre le rite d' une Eglise vouée au combat social par la musique, dont il est l' unique membre,pour s' installer à trois kilomètres au sud de Paris, à Arcueil, dans une chambre sans eau ni éclairage que lui abandonne le fondateur du "Chat noir". Satie y vit comme, tout près, à L' Häÿ-les- Roses, un autre original, l' écrivain Paul Léautaud: solitaire et sans confort,

Dans cette banlieue déshéritée,Satie se rallie au socialisme, devient l' un des premiers adhérents du nouveau Parti communiste tout en refusant de s'intéresser aux théories marxistes. Il n' est pas doctrinaire, seulement ouvriériste, avec une sorte de ferveur mystique..

Satie a aussi marqué son passage par une ironie féroce qui le hisse au niveau des Léon Bloy, Octave Mirbeau, Alfred Jarry et Alphonse Allais. De Ravel qui vient de refuser la Légion d' Honneur, il dit simplement :" Mais toute sa musique l' accepte". Il écrit des "Mémoires d' un amnésique", au total 50 pages blanches qu' il distribue autour de lui, et griffonne des centaines de billets du genre: "Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux"

Lui, sans demander secours à personne, meurt d' une poussée d' absinthe sur le foie, à 59 ans, dans son taudis après un ultime scandale: " Socrate", musique vocale "sur un texte de Platon". Pied de nez aux chiens de garde de la farce bien pensante qu' il n' a cessé de fustiger.

 

 

PS- Satie n' a pas que des amis...En 2016, un conseiller municipal du Front National s' est opposé, Don Camillo d' un nouveau genre, à la commémoration du 150 ème anniversaire de la naissance d' un "communiste alcoolique", proposée par le maire écologiste d' Arcueil. Voilà sans doute qui  ravirait, s' il pouvait l' apprendre, l' ironique compositeur.

 

 

 

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Publié dans culture

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