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Fabius, ministre de l' Ailleurs

Publié le par memoire-et-societe

Laurent Fabius était, dit-on, le "chouchou" de Mitterrand. Fabius a une tête de ministre. On ne l' imagine pas autrement que membre d' un gouvernement. Ses audaces calculées ( "Lui c' est lui ..."), son aisance de grand bourgeois élégant et cultivé, en imposent.

Pourtant, Premier ministre de 1984 à 86, il n' a pas fait d' étincelles, ramenant finalement Chirac au pouvoir et provoquant ainsi la "co-habitation". Jospin (qui le déteste) l' a nommé aux Finances en 2000 : effet des équilibres internes des "courants" au P.S. Un passage à la tête du Parti (1992-93) ne lui a pas épargné une forte défaite aux "primaires" de 2006 destinées à choisir le candidat aux élections présidentielles de l' année suivante.

Entre temps, deux affaires avaient sérieusement entamé son auréole : le scandale du sang contaminé dont il est sorti blanchi en 1999, et son indiscipline de 2005, à l' occasion du vote sur le Traité constitutionnel européen, que beaucoup de militants n' ont pas oubliée.

Il sait en 2012 que Hollande ne lui lâchera pas Matignon. Mais il guigne depuis longtemps le Quai d' Orsay, juste compensation due, à ses yeux, à la "sensibilité fabiusienne"... Hollande a annoncé que son premier déplacement présidentiel serait à Berlin, afin de "renégocier" avec la chancelière Merkel certaines dispositions du traité de coopération franco-allemand acceptées par Sarkozy.

On s' attend pour un rendez-vous de cette importance, qui s' est en fait traduit par un couac complet, à trouver le titulaire du "Quai" au premier rang. Eh bien non ! le ministre des Affaires étrangères est en Israël. La région semble son terrain de prédilection. Dès le déclenchement des évènements de Syrie, il déborde les Américains en appelant à une intervention militaire terrestre des Occidentaux. Echaudé par l' Irak et l' Afghanistan, Washington ne marque guère d' enthousiasme pour la proposition. Israël évalue dans son coin l' impact diplomatique français.

Fabius, mouché, se passionne soudain pour la vocation touristique de l' Hexagone. Il a hérité, lors du remaniement gouvernemental d' avril 2014, d' un Secrétariat d' Etat " au Commerce extérieur, au Développement du tourisme et à la Francophonie ", rattaché aux Affaires étrangères et confié à Fleur Pellerin. Le chef de notre diplomatie se montre intarissable sur le sujet.

Cependant, dès le début de l' opération "Bordure protectrice", il saute à nouveau dans l' avion pour confirmer de vive voix à Nétanyaou son soutien sans faille, assaisonné de quelques encouragements à la recherche d' une solution pacifique. Ô ingratitude humaine! en dépit de tant de bonnes manières, le Premier israëlien éconduit le visiteur en faisant valoir que :

1- l' interlocuteur accrédité d' Israël est et demeure Washington

2- par conséquent, on n'a que faire des conseils de Paris

3- même sioniste à 99%, on est toujours antisémite.

Une fois de plus, c' est le bide. Fabius se découvre alors un intérêt dévorant pour le crash d' origine météorologique de l' avion Ouagadougou-Alger qu' on ne peut même pas imputer aux salafistes. Il anime inlassablement une "cellule de crise" qui réduit à zéro les compétences de son collègue des Transports, Frédéric Cuvillier.

Gaza croule sous les bombes. L' Irak et la Libye entrent en convulsion. L' ONU s' inquiète. Laurent Fabius, lui, n' est pas là où on l' attendrait. Il se trouve là où on ne l' attend pas. C' est le ministre de l' Ailleurs.

Publié dans politique

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Bombing Gaza

Publié le par memoire-et-societe

La dialectique sioniste étant parfois difficile à maîtriser, on a préféré procéder ici par questions :

- L' opération "Bordure protectrice" n' est-elle pas "disproportionnée"? déjà plus de mille civils palestiniens tués...

- L' antisionisme et l' antisémitisme, c' est la même chose!

- Pardon, la question était antisémite,et je ne le savais pas...Mais alors, les juifs qui ne sont pas sionistes? Noam Chomsky, Stéphane Hessel, Gisèle Halimi, Edgar Morin, Vidal-Naquet, Rony Brauman?

- Des victimes d' une pathologie connue : la haine de soi.

- Pardon, ce sont des malades, et je l' ignorais...

- La haine de soi et le terrorisme, c' est la même chose!

- Vous parlez de terrorisme : ces enfants effrayés et ensanglantés qu' on voit emmenés sur des civières, ce sont donc des terroristes?

- Par assimilation puisqu' ils acceptent de servir de boucliers humains.

- Pardon, ce sont des terroristes-adjoints, et je ne le savais pas... Malgré cela, quand une population se trouve depuis des années emmurée dans un endroit où les pêcheurs ne peuvent plus pêcher, les cultivateurs cultiver, les commerçants commercer et les ouvriers travailler, ne vient-il pas un moment où elle est tentée de résister?

- Sûrement pas avec des roquettes qui risquent de toucher des enfants juifs.

- Pardon, des enfants juifs, effectivement... Mais le président Obama n' avait-il pas initié en août 2013 une négociation de paix qui devait aboutir dans les neuf mois?

- Tout à fait. Cependant, à partir du moment où le Hamas et le Fatah réunis s' obstinaient à parler d' Etat palestinien, de blocus, de colonisations et de Jérusalem, toute négociation devenait évidemment impossible.

- Pardon, j' ignorais ces sujets inabordables...

- Autre chose pour votre information?

- Faut-il critiquer les juifs français qui partent faire leur aliya en s' engageant dans Tsahal comme on condamne les musulmans français qui vont faire le jihad en Syrie?

- Bien sûr que non. Les uns sont des terroristes et les autres des contre-terroristes bi-nationaux... Entres parenthèses, vous en connaissez beaucoup, vous, des Armées qui, comme Tsahal, ont la délicatesse de téléphoner à leurs victimes avant de les massacrer?

- Non, c' est effectivement une pratique novatrice...J' ai lu dans "Europe Israël News" un article d' un certain Jacques Kupfer réclamant la transformation de Gaza en "vestige archéologique" et, je ne sais plus où, la déclaration d' une députée israëlienne, Ayelet Shaked, appelant à la solution finale par le meurtre de toutes les mères palestiniennes. Qu' en pensez-vous?

- Voilà qui traduit le degré d' exaspération d' une population spoliée depuis des siècles par un "peuple inventé", comme l' a justement dit le sénateur américain Newt Gingrich. Mais le plus grave dans tout ça, voyez-vous, c' est quand la désinformation engendre de l' antisémitisme.

Publié dans actualité

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Impasse du Rouet

Publié le par memoire-et-societe

Il y a fort longtemps, un ami peintre, Raymond Charriaud, avec lequel j' avais créé un théâtre de marionnettes intitulé " La Compagnie du Rouet", habitait précisément impasse du Rouet, dans le XIVème arrondissement de Paris. Au coin, une campagnarde " Auberge du Rouet" rappelait que quelques décennies plus tôt la Beauce arrivait jusqu' à la place Denfert-Rochereau. De l' auberge, il fallait, afin de parvenir au but, emprunter une ruelle pavée sur une centaine de mètres, puis traverser le hall d' un immeuble qui la barrait pour déboucher soudain sur un îlot d' ateliers d' artistes, comme il en existait tout autour de Montparnasse.

A gauche, un bâtiment vétuste de deux étages où résidait Charriaud, à droite une enfilade plate de baraques en bois. Dans l' une d' elles travaillait et vivait le graveur Friedlaender. Goothard, dit Johnny, Friedlaender ne gagnait pas d' argent mais possédait déjà un passé qui en faisait la célébrité de ce monde clos.

Elève à Breslau d' Otto Müller, membre du groupe "Die Brücke", il avait connu toute l' avant-garde berlinoise avant de gagner Montparnasse. En 1937, son compatriote Hans Reichel lui avait trouvé refuge dans cette impasse où lui- même logeait. C' était la dèche. Fid, la femme de Friedlaender, faisait de la couture à domicile, lui s' efforçait de placer des dessins dans les journaux.

En septembre 39, il fut incarcéré en tant que ressortissant allemand, puis trimballé dans le Midi de camp d' internement en résidence surveillée. Il était de retour début 45 impasse du Rouet. Le peu qu' il possédait était envolé. Bientôt il eut pour voisin le peintre américain Sam Francis, un ami de Pollock et Rothko, qui l' initia au "dripping", procédé trop arbitraire pour l' artisan rigoureux correspondant à sa nature. C' est peu après que j' ai fréquenté l' impasse. Je passais devant la porte souvent ouverte de Friedlaender qu' on apercevait penché jour et nuit sur ses planches et ses cuivres. Il disait volontiers : " Je ne suis pas un graveur. Je suis un peintre qui grave", hommage à la longue tradition des graveurs allemands.

Cependant sa notoriété grandissait avec la vogue de la seconde Ecole de Paris. Un soir, Christian Zervos, fondateur de "Cahiers d' art", apparut impasse du Rouet. Bissière, Nicolas de Staël, Vieira da Silva, Zao Wou Ki vinrent à leur tour voir son travail qui ne manqua pas d' inspirer leurs tableaux. On se bousculait.

La première exposition importante de Friedlaender, qui mit le hameau en émoi, eut lieu en 1949 à la galerie "La Hune" de Bernard Gheerbrandt. Eluard, le critique Gaton Diehl, Malraux, Kisling, étaient là. L' aisance est le fruit du succès : en 1952, Friedlaender, naturalisé français, déménageait rue Saint-Jacques, puis achetait une maison de campagne. Il n' abandonnait pas l' impasse pour autant, y ouvrant un cours de gravure vite couru.

Pour moi aussi, une page était tournée. La "Compagnie du Rouet" avait déposé le bilan. Friedlaender est mort célèbre et riche dans les années 90. Le voir aujourd'hui coté au niveau de Braque ou de Chagall me renvoie inévitablement au souvenir héroïque de l' Impasse des vaches maigres...

Publié dans culture

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Les éclaireurs

Publié le par memoire-et-societe

Plus on avance en âge, plus, parait-il, s' éclairent les nids d' ombre où les contraintes du quotidien restreignent la visibilité des choses. Une décantation se produit, braquant le projecteur sur les figures marquantes de notre vie.

Voilà qui semble subjectif, donc justifiable de toutes sortes de réserves. N' en demeure pas moins que les esprits dont on estime qu' ils ont déterminé notre pensée, ne cessent plus de faire référence.

Me concernant, je les nomme André Breton et Jean-Paul Sartre. Mes "éclaireurs" n' affichaient pas de relations individuelles. Mais ils occupaient les mêmes tribunes, signaient les mêmes pétitions, manifestaient en faveur des mêmes causes. Selon moi, un fil court du "Manifeste du surréalisme" à "L' existentialisme est un humanisme". Cela déjà suffit.

Breton et Sartre défendaient un objectif analogue, que Sartre résumait en une formule : " tous les hommes, et tout l' homme". De quoi invalider la récupération qui les vise maintenant, alors que le premier associait Marx et Rimbaud et le second refusait le Nobel au nom de la Révolution et de la Poésie.

Leur grandeur vient de l' idée simple que la réunion de l' une et de l' autre donnait son sens à la Liberté. Breton a été le poète de la Liberté. Sartre le philosophe de celle-ci.

Je n' ai personnellement fréquenté ni Breton ni Sartre. J' aurais pu. Le "pape du Surréalisme" habitait à quelques centaines de mètres de chez moi. Je n' ai pas trouvé l' audace d' aller toquer à sa porte. Mais j' ai assisté, il y a bien des années, dans une salle Wagram bondée, au meeting mémorable du "Rassemblement Démocratique Révolutionnaire" (RDR) où il s' est exprimé, en même temps que Sartre, Camus et Rousset. Je n' avais jamais entendu de propos d' une telle ampleur.

Plus tard, j' ai participé, dans l' ex siège de la CGT, rue de la Grange aux Belles, à un rassemblement militant hostile à la guerre d' Algérie. Sartre s' y trouvait, très entouré. Je n' ai même pas tenté de l' approcher. Je garde néanmoins le souvenir de son extrême disponibilité, à défaut d' une facilité d' accès qui lui échappait.

Qu' aurais-je d' ailleurs osé leur dire d' autre que ce que j' écris aujourd'hui?

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Information et "équilibre de l' information"

Publié le par memoire-et-societe

Voici un récapitulatif des opérations militaires entreprises depuis dix ans par Israël contre Gaza :

- mai 2004 : opération "Arc-en-ciel" (61 civils palestiniens tués)

- décembre 2004 : opération "Jours de pénitence" ( 133 civils palestiniens et 2 civils israëliens tués)

- juin 2006 : opération "Pluie d' été" ( 177 civils palestiniens et 2 civils israëliens tués)

- décembre 2008 : opération "Plomb durci" (895 civils palestiniens et 3 civils israëliens tués)

- novembre 2012 : opération "Pilier de défense" (71 civils palestiniens et 4 civils israëliens tués)

- juillet 2014 : opération en cours "Bordure de protection" ( 249 civils palestiniens tués avant l' intervention terrestre de l' armée israëlienne)

Se moquerait-on de nous? Chaque fois, les médias audio-visuels, fort contrôlés, arguent de l' "équilibre de l' information" pour censurer certains faits et renvoyer ainsi agresseurs et agressés dos à dos . On peut difficilement, puisqu' on parle de dos, faire plus faux cul.

En effet où est l' équilibre quand on considère les moyens de destruction respectifs? D' un côté, des drones, hélicoptères d' assaut, chasseurs-bombardiers, frégates lance-missiles et chars dernier modèle, de l' autre des roquettes à moyenne portée dont, parait-il, deux sur trois sont interceptées par un système "Dôme de fer", et des lance-pierres. Aussi, et soyons-en heureux, le nombre des victimes civiles israëliennes est-il réduit.

Mais, au-delà de la comptabilité macabre, c' est l' escroquerie intellectuelle de ce "dos à dos" qui fait problème. Pour l' instant, qui détruit, qui envahit, au nom d' une insécurité apparemment relative? Le 16 juillet, je regardais le journal télévisé de France 2. Tandis qu' un million et demi de Gazaouis vivaient, ou mouraient, sous les bombardements, le conflit faisait l' objet de deux reportages d' une petite minute chacun : le premier parmi les survivants d' une famille décimée, au milieu des décombres de son quartier, l' autre auprès d' un Israêlien parlant un français irréprochable, dont une roquette avait touché l' un des bâtiments de son entreprise. Je n' ai pas éprouvé un sentiment d' "équilibre". Seulement de sous-information, pour ne pas dire de manipulation.

Je suis citoyen français. Je ne souhaite pas la disparition de l' Etat d' Israël. Je souhaite la création d' un Etat palestinien. Alors je me pose les questions suivantes :

1- la justification des actions d' Israël est que le Hamas se sert des civils comme bouclier humain. Comment expliquer alors cette chasse aux lapins d' enfants de 7 à 10 ans sur une plage déserte (1 tué et 3 blessés), selon le témoignage d' observateurs étrangers? La "bavure" n' a pas été relevée par Tsahal.

2- MM. Hollande, Valls et Fabius ont exprimé la solidarité de la France à M. Nétanyaou. En tant que citoyen de ce pays, je réfute totalement un geste qui ne saurait engager un peuple et son parlement non consultés sur le sujet. Par qui et par quoi cette rupture de la politique traditionnelle de la France au Moyen Orient a-t-elle été inspirée, définie, décidée?

3- Sous l' effet de quelles pressions les moyens publics d' information censurent-ils une partie de l' information à laquelle ont droit les citoyens?

4- S' agissant d' Israël, celui-ci ne perçoit-il pas que le seul appui des USA devient insuffisant? L' émergence mondiale de nations neutres telles la Chine ou l' Inde, menaçant la suprématie du dollar, ne devrait-elle pas inciter Tel Aviv à envisager des négociations crédibles?

5- Israël ne songe-t-il pas qu' il fabrique des générations de martyrs appelant un cycle sans fin de violences? ou bien , hors de toute logique, se désintéresse-t-il d' une image qui dessert sa cause?

6- Israël ne réalise-t-il pas qu' il ne parviendra jamais, sauf génocide complet, à briser toute résistance palestinienne et à bâtir ainsi le "Grand Israël"? Il y a quelques jours , Tsahal a invité 100.000 Palestiniens à évacuer une zone qu' elle se préparait à pilonner. Personne n' a bougé. Qui sont, franchement, les pires "terroristes"? le Hamas, élu comme autrefois l' OLP tant diabolisée, et, avec lui, les gazaouis terrorisés, encerclés depuis des années, résignés à mourir sous les bombes?

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A.Rolland de Renéville,écrivain

Publié le par memoire-et-societe

Quasiment ignoré, le projet littéraire d' André Rolland de Renéville est encore à évaluer. Né en 1903 dans une famille de l' aristocratie tourangelle, il grandit auprès d' une mère férue de spiritisme et, tout jeune, s' intéresse aux rapports entre poésie et métaphysique.

Ses premiers recueils, publiés à compte d' auteur, dont "Ténèbres peintes" préfacé par Philippe Soupault, annoncent son essai "Rimbaud le voyant" (1929) qui attire l' attention des surréalistes. Ceux-ci le courtisent, mais Renéville est engagé avec un groupe rival fondé par les Rémois René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte, "Le Grand jeu".

Pour Renéville, la conception occidentale, purement individualiste, du Moi, voue la poésie à l' échec. Dans cette optique, il considère tout engagement personnel, politique ou autre, susceptible de porter ombrage à l' univers mystique. Il oppose donc une fin de non recevoir aux avances d'un Breton alors lié au marxisme.

1932 marque un tournant. Aragon se trouvant inculpé de "provocation au meurtre" après la publication de "Front rouge", Renéville désavoue le texte dans la RNF. Mais c' est lui que condamnent, puis excluent, ses amis du "Grand jeu" pour "attitude contre- révolutionnaire". Le mouvement ne lui survit d' ailleurs guère. Il est dissout à la fin de la même année sans qu' on puisse établir une relation entre les deux faits.

Certains, comme le poète-dessinateur Maurice Henry, rejoignent le Groupe surréaliste. Renéville, désormais disponible, préfère débattre de chez lui avec Vitrac, Desnos, Michaux, Artaud ou même...Breton. Il s' applique à jouer l' homme de bonne volonté, à jeter un impensable pont entre la vie onirique et le discours trotskiste, les rêves et les tracts. Constamment assis entre deux chaises a priori peu conciliables.

A sa manière, Renéville est un classique, au sens nervalien. Il avance dans un espace purement intérieur selon des règles intransigeantes : à la recherche, du poème à l' essai, de ce point d' où, précise Breton, "la vie et la mort, le réel et l' imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l' incommunicable, cessent d' être perçus contradictoirement".

Jusqu' à sa mort en 1962, Renéville écrit peu, électron écouté de la mouvance d' un Surréalisme auquel il n' a jamais appartenu : "Univers de la parole" en 1944, "La Nuit, l' esprit" en 1946, "Sciences maudites et poètes maudits", "Souvenir de René Daumal". Il dirige, pour la collection de la Pléïade, la publication des oeuvres complètes de Rimbaud, avant de créer en 1947 une revue désormais introuvable, "Les cahiers d' Hermès".

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Zutisme

Publié le par memoire-et-societe

Les moyens d' expression actuels (photographie, film, video, groupes musicaux) ont bousculé la poésie traditionnelle, sans atténuer pour autant l' attente poétique. Le "transfert" est, somme toute, récent si l' on considère que jusqu' aux années 1960 , la poésie-papier occupait dans la création culturelle une place qu' elle a indéniablement perdue. Le poète du livre était un référent, soit par son poids dans la société (Lamartine, Hugo, Aragon), soit par son pouvoir de contestation (de Nerval, Rimbaud, Genêt). Célébré ou maudit, il investissait la scène littéraire.

Une mutation s' est amorcée avec la perte des racines populaires de la forme classique, ouvrant l' espace à des dires nouveaux, moins hermétiques et égotistes, à des innovations (rap, slam, blog) qui ont réduit la poésie de facture traditionnelle à un élitisme recroquevillé sur quelques publications se nourrissant de la dotation annuelle d' un Conseil régional pour dispenser à des lauréats sans avenir des prix sans écho.

Cet essoufflement contraste avec ce qu' était, il y a quelques décennies encore, le grouillement de courants ou d' Ecoles lançant de tonitruants Manifestes et s' affrontant à coups de brûlots vengeurs. J' en prendrai pour illustration le "zutisme", qui n' a duré qu' onze mois, mais a davantage laissé trace que les onze dernières années de notre vie poétique.

Tout a débuté en 1869 quand un critique théâtral du "Nain jaune", rendant compte d' une pièce de François Coppée, auteur parnassien, a qualifié ses amis venus "faire la claque", de "vilains bonshommes". Les intéressés, s' emparant du qualificatif, ont alors constitué un groupe où se côtoyaient entre autres Charles Cros, Fantin-Latour, Paul Bourget, André Gill, Camille Pelletan, Paul Verlaine et Stéphane Mallarmé.

Débarquant des Ardennes au lendemain de la Commune, Rimbaud a bientôt accompagné Verlaine aux ripailles des "Vilains bonshommes" jusqu' au jour de mars 1872 où il a grossièrement perturbé la lecture d' un poème du bien oublié Jean Aicard. On en est venu aux mains et Rimbaud n' a pas tardé à se retrouver sur le trottoir, après avoir blessé le photographe Carjat.

L' incident n' était pas l' effet du hasard, mais la conclusion des agissements d' une fraction des " Vilains bonshommes" rassemblée parallèlement dans un "Cercle des poètes zutiques" dont la devise était "zut à tout", et surtout aux laïus, aux subventions et aux lauriers. Les zutistes, au nombre d' une vingtaine, se réunissaient à l' "Hôtel des Etrangers", au Quartier latin. Cros, Rimbaud, Verlaine, Gill en étaient les "meneurs". Les ruines de l' Hôtel de Ville fumaient encore, et les gravas amassés au bas de l' ex colonne Vendôme n' étaient pas déblayés. Or Rimbaud ne cachait pas son admiration pour les Communards que vomissaient les Parnassiens.

Un "Album zutique" a commencé à circuler, parodiant dans l' obscénité Coppée et ses amis. Le procès s' adressait aussi bien à la forme inutilement alambiquée, au ton prétentieux et au vocabulaire artificiellement recherché qu' au fond conformiste et autoritaire de la poésie parnassienne. Le divorce était sans appel, mais le combat cessa faute de combattants. Poursuivis par le fisc, criblés de dettes, les zutistes se sont dispersés en septembre 1872. L' "Album", lui, a fait, un siècle après, l' objet d' une réédition au Mercure de France par les soins de l' érudit Pascal Pia, fondateur à la Libération du journal "Combat".

Publié dans littérature

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