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A la dérive

Publié le par Jean-Pierre Biondi

M.Talamoni, séparatiste corse né à Saumur, a été élu président de l' Asemblée régionale de Corse à la faveur d' une alliance(de quelle durée?) avec les autonomistes de M.Siméoni, l' ensemble totalisant 34% des votants.

C' est un événement à la fois anachronique et anecdotique. Anachronique parce que, depuis 247 ans, la Corse a contribué à l' Histoire de France en la dotant d' un Empire et de multiples responsables politiques nationaux. Anecdotique parce que le " peuple corse", si l' on ôte les fonctionnaires continentaux, la forte colonie portugaise qui gère les petites et moyennes entreprises, et un prolétariat marocain exploité, est minoritaire dans l' Ile. Il y a davantage de Corses à Marseille que dans leur région d' origine.

Toutefois, derrière l' infantile discours d' installation du président régional, se profilent de peu scrupuleux personnages, c' est le moins qu' on puisse dire, dont les "projets" de "développement" du territoire tiennent en quelques points fort clairs :

1- Faire de la Corse un paradis fiscal où la fascisante et xénophobe "Ligue du Nord" (lombarde), les mafias foisonnant en Italie, et divers groupes extrémistes européens viendraient blanchir leur trésor de guerre.

2- Créer une zone franche où tous les trafics prospéreraient à moindres frais.

3- Transformer l' Ile de Beauté en un vaste casino rappelant Cuba au temps du dictateur Batista.

Le nationalisme a bon dos. Il sert de voile à un affairisme tous azimuts. Ce nouveau clan est plus dangereux que ses prédécesseurs traditionnels ("radical" ou conservateur) parce que recourant à un romantisme identitaire qui fait toujours recette auprès d' une jeunesse désoeuvrée, et flatte un insularisme que la République, dont la Corse fait indéniablement partie, ne sait trop par quel bout prendre.

Quoique prétende M.Talamoni, l' ethnisme (évident dans l' exigence de libération de Colonna, assassin du préfet Erignac) est un combat d' arrière-garde. Reste l' illusoire ruée vers l'or.

Publié dans politique

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Sur l' indignation

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le progrès est, à mon avis, davantage du côté de l' indignation que du silence. La première, même avec sa charge de naïveté, induit plus de franchise. Ainsi s' agissant de Daesh : son terrorisme est indéfendable (ce dont d' ailleurs il se moque). Mais, pour être complet, le terrorisme politico-militaire de l' Occident depuis des années et des années m' indigne aussi. Ses responsables se nomment, pour les plus récents, Bush Jr, Blair, Nétanyaou et Sarkozy. Tous ceux-la mourront sans doute paisiblement chez eux. De l' Occident, ils n' auront été qu' un peu d' écume, de la démocratie que de sanglants rebuts. Aucun tribunal ne viendra pourtant instruire leur procès au nom des millions d' êtres humains chassés de leur toit, décimés par les "dommages collatéraux", et errant affamés sur le chemin d' un exil souvent mortel.

Pendant que les "leaders" susnommés courent le monde pour y tenir des conférences sur leurs "exploits" payées à prix d' or, des embarcations surchargées de femmes et d' enfants effrayés coulent en Méditerranée, des avions continuent de bombarder, d' un ciel vide d' adversaire, les débris de cités déjà en ruines, des kamikazes de faire sauter des lieux publics ou de trancher des têtes.

Je pense aux familles, à toutes les familles. Le kamikaze explosé a aussi une mère qui pleure, comme celle du migrant noyé ou du simple passant abattu. Dans le cauchemar qu' attisent des "moyens de destruction massive" toujours plus destructeurs et plus massifs, tout le monde peu à peu se renvoie la balle et des balles : le " croisé" et le "barbare", le juif et l' arabe, le sunnite et le chiite, le chrétien et le musulman. La Communauté internationale, capable de se réunir à grand bruit pour " sauver la planète" en tentant de limiter son réchauffement, est impuissante à juguler un conflit régional dont l' origine la plus lointaine relève de la possession d' une énergie fossile, le pétrole en l' occurrence, qu' elle dénonce en même temps comme néfaste pour l' avenir de la vie sur terre.

Comment esquiver l' Indignation?

Publié dans actualité

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Incorrigibles

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' un des intermèdes les plus distrayants de la dernière soirée électorale aura été la présentation des résultats par MM. Cambadelis et Bartolone. Les socialistes se sont fait partout étriller,à une ou deux exceptions près. Néanmoins, sont venus nous expliquer ces brillants comptables,la Gauche a gagné: avec 38% au total, qui en font la première force politique française. Comment? Elémentaire! En mélangeant les mélanchons et les serviettes, les duflots et les macrons, les valls et les laurents. Ainsi le (second)tour est joué.Mais alors pourquoi s' être retiré du nord et du sud, après une adhésion pareille?

Ce n' est probablement pas avec ce type de démonstration que ces vieux de la vieille risquent de revaloriser la crédibilité de la parole politique. C' est justement à cause d' un tel genre de boniment usé et de mépris que les citoyens se sont abstenus ou ont voté F.N ! Que leur faut-il donc pour comprendre, à nos apparatchiki ?

Publié dans politique

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Celan

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Celan (anagramme d' Antschel, son nom) était un poète juif de langue allemande. Il s' est suicidé en se jetant dans la Seine en 1970. J' ai connu Paul Celan. De dix ans plus âgé que moi, il venait d' arriver à Paris, destination rêvée de tout intellectuel roumain (Tzara, Ionesco, Eliade, Cioran, Voronca, Isou, etc),habitait une chambre modeste rue des Ecoles et était lecteur d' allemand à l' Ecole Normale de la rue d' Ulm, jouissant ainsi de prestige dans l' émigration juive d' Europe centrale..

Mon ami Chiva, ethnologue et futur bras droit de Lévi-Strauss, nous avait présentés.La vie de Celan était une épopée : né en Bucovine (dans l' Ukraine actuelle), il avait été déporté par les Nazis dans un camp de Moldavie où étaient morts ses parents, avait été libéré par l' Armée rouge qui l' avait enrôlé de force avant sa fuite vers Vienne et Paris.
Alors très sartrien et donc communisant (c' était l' époque de la guerre d' Indochine), je m' étais confronté à Celan qui disait: " Le communisme est une dictature qui joue sur le folklore. Ici, les députés bretons viendraient à la Chambre avec des chapeaux ronds. Mais ils ne décideraient de rien.". Nous avons cessé de nous voir.

Georg Büchner, né en 1813, est un poète romantique célèbre en Allemagne. Mort à 23 ans, il a laissé une nouvelle et trois drames dont "Woyzeck" qui fera l' objet d' un opéra d' Alban Berg et d' un film de Werner Herzog. Büchner a aussi donné son nom à un Prix littéraire éminent que Paul Celan s' est vu décerner en 1960 pour l' ensemble de son oeuvre poétique.

C' est à cette occasion que l' écrivain franco-roumain (naturalisé en 1955) a prononcé un discours d' une quarantaine de pages, "Le Méridien",où, s' appuyant sur la lecture du théâtre de Büchner, il développe sa vision de l' art et de la poésie. Le metteur en scène Nicolas Bouchaud et Eric Didry pour l'adaptation en ont tiré un superbe spectacle qu' ils présentent actuellement à Paris.

Quand je pense à la chambre lointaine de la rue des Ecoles, je me dis que j' ai sans le savoir manqué l' essentiel d' une rencontre importante.

Publié dans littérature

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