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Mais qu'ils sortent !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

C' est déroutant, la patience qu' accorde l' Europe aux Anglais. Voilà des gens qui, depuis des siècles, ne cessent d' étaler leur dédain du Continent et de s' ingénier à le diviser et l' empêcher de s' organiser. Tout le monde le sait, tout le monde le voit. L' Angleterre (mais pas l' Ecosse ) n' est entrée dans la C.E, par la faute de Pompidou, que pour la saboter de l' intérieur, avec l' appui des Américains qui ne conçoivent la région que comme un marché baptisé "zone de libre échange", et en aucun cas comme une entité politique de paix et de développement autonome (voir les articles de ce blog des 23 et 26 avril 2013).

Les récentes tractations de Bruxelles sont indignes, tant les dirigeants européens, malgré une opinion publique encline au Brexit (Britain exit), se sont pliés au chantage de Cameron. Hollande y a été inexistant, ce qui cloue le bec de ceux qui vantent son "autorité internationale" comme contrepoids à son fiasco national.

Suite donc aux concessions consenties par les 27 sous la pression de lobbies, nous sommes suspendus jusqu' au 23 juin aux humeurs de personnages du genre du maire conservateur et europhobe de Londres, Boris Johnson. Nous tremblons! Va-t-on nous claquer la porte au nez? C' est méconnaître le procédé dedans-dehors, qui consiste à glaner systématiquement le meilleur et à refuser obstinément le moins bon. Pas fous! Garder à la City ses privilèges de place financière mondiale (le Capital international joue à fond en faveur du oui), interdire aux citoyens non anglais des avantages sociaux garantis ailleurs et la liberté de circuler dans l' Ile comme sur le Continent, ou encore maintenir à nos frais sa frontière à Calais, tout cela et bien d' autres choses relèvent d' une insupportable outrecuidance.

Nombreux sont ceux qui souhaitent une intégration à égalité des peuples de cette partie du monde dont l' apport à l' histoire de l' Humanité, en dépit de ses déchirements, n' est assurément pas négligeable. Son unité est aujourd'hui sa principale chance de ne pas être, d' une manière ou de l' autre, reléguée et asservie. Nombreux donc sont ceux qui souhaitent que le 23 juin les Anglais aient l' heureuse inspiration de répondre non, et de dégager ainsi notre horizon.

Publié dans politique

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai longtemps dédaigné le 9ème au profit de la rive gauche de la Seine avant de réaliser à quel point l' endroit où je résidais sortait de l' ordinaire. D' un bohème mouchoir de poche, fruit de la poussée urbanistique haussmannienne du Second Empire, sont en effet issus le romantisme littéraire français, la peinture moderne et le surréalisme.

Un siècle durant s'y est amassée une foule impressionnante d' oeuvres et de talents divers: gens de théâtre, de Talma à Charles Dulin, musiciens comme Chopin, Berlioz, Wagner, Honegger, Sauguet, Messiaen ou Xénakis, écrivains tels Nodier, Hugo, George Sand, Musset, Mallarmé, et naturellement vagues successives de peintres, des Impressionnistes aux Fauves, aux Nabis ou aux Cubistes.

Aujourd'hui le triangle Place Saint-Georges/Trinité/Place Pigalle, fief centenaire de cette Nouvelle Athènes, se voit submergé par l' irruption d' une vision bouleversée du quartier: South Pigalle (ou SOPI), ainsi baptisé par référence aux acronymes anglo-saxons du même type (SOHO=South Houston). La fort bourgeoise rue d' Aumale et le boboïsme new-yorkais se font face. Des groupes du 3ème âge venus sagement visiter le musée Gustave Moreau, celui, vieillot, de la Vie romantique, et la boutique du Père Tanguy, cryptes d'un Age défunt, croisent les"hipsters" hantant les clubs à la mode et les innombrables magasins de guitares électriques dernier cri.

Le tournant s'est amorcé il y a une petite dizaine d' années quand des jeunes "branchés Brooklyn" ont rencontré le journaliste américain John von Sothen et résolu avec lui de réveiller le tristounet versant sud de Pigalle. L' offensive est partie d' un bar de nuit sis rue de la Tour d' Auvergne, "Le César",pour s' étendre rapidement à l' ensemble de la zone ciblée. L' idée répondait à un renouveau démographique dû à l' installation dans le quartier de nombreux couples de cadres peu enclins à endosser la réputation de Pigalle comme haut-lieu de basse prostitution. Déjà,le marché immobilier était sur le coup, le "Financial Times" et "l' Express" étaient alertés, l' Argent et le Marketing s' en mêlaient.

L' habileté provocatrice consistait à récupérer une réputation sulfureuse en supprimant ses stigmates: plus d' affligeantes sexagénaires sur le trottoir,plus de macs planqués au bistrot, plus de travelos camés hélant les passants. Le fin du fin était de s' appuyer sur le souvenir inoffensif d' une voyoucratie vulgarisée par les livres d' Albert Simonin et les films de Jean Gabin pour appâter le bourgeois, faire marcher le business et grimper le prix du mètre carré. La croissance de SOPI s' accompagnait d' ailleurs d' une explosion gastronomique bio-végétarienne dont les cafés-restaurants de la rue des Martyrs se sont faits avec succès les propagateurs, et de la création d' une ligne de vêtements appréciée des rappeurs. Le logo déposé SOPI s' est inscrit sur des T-shirts, des chaussures, des sacs, des montres et des boissons.

J' imagine le peu d' émotion que produit ce microphénomène sur un Béarnais ou un Haut Savoyard.C' est pourtant l' évolution qui les guette aussi : la mondialisation financière n' a ni mémoire ni frontière.

Publié dans société

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sarah Bernhardt possédait rue La Bruyère, dans le 9ème arrondissement de Paris, un hôtel particulier avec grand escalier central en marbre blanc et salle de bal. Jusqu' en 1914, au bout de la même rue, là où plus tard a séjourné Antonin Artaud, existait une ferme. Les habitants voisins allaient y chercher leur lait. A deux pas, rue Moncey, Caillebotte a hébergé un jeune peintre, Claude Monet, et sa famille sans le sou. Alphonse Allais avait son rond de serviette à "L' Auberge du Clou", avenue Trudaine où se trouve le lycée ex-Rollin, rebaptisé Decour du nom d' un professeur résistant fusillé. Mes parents demeurant rue Condorcet, j' y ai été élève, un peu après Edgar Morin, un peu avant Patrick Modiano. Square d' Anvers, jouxtant le lycée, au Café des Oiseaux, venait écrire Courteline. Breton y attendait Jacqueline Lamba, alors danseuse aquatique au "Coliseum". C' est dans un autre square, celui de la Trinité, que se sont connus ceux qui ont marqué la génération "yé-yé" du golf Drouot, boulevard Montmartre : Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Johnny Halliday.

Dès l' avant-guerre, plusieurs sanctuaires du Surréalisme avaient disparu : le passage des Princes, cher à Aragon, et Le Cyrano, poste de commande de Breton, dont l' atelier se situait rue Fontaine à cent mètres de là et de la Cité Véron où vivaient Prévert et Boris Vian.

La vie nocturne de ce bas Montmartre n' avait rien perdu de son essence festive sous l' Occupation. Seul le public avait changé. Les boites de la rue Pigalle, les cabarets de chansonniers, le bal Tabarin, rue Victor Massé, accueillaient désormais des groupes compacts d' officiers bottés, entourés de jeunes personnes coupe de champagne à la main.

A la sortie du lycée, je poursuivais de solitaires investigations : boulevard de Clichy, avec ses cinémas interdits aux mineurs comme moi, puis place Clichy, devant l' immense Gaumont Palace,dans la rue Lepic, de l' autre côté de la frontière du 18ème, dont les étals avaient été vidés par les restrictions. Le lycée m' avait un jour envoyé avec deux camarades quêter à domicile pour " les Prisonniers" : nous allions frapper aux portes, de la rue de Dunkerque à celle de La Rochefoucauld. Parfois, des femmes parfumées, hâtivement enveloppées d' un peignoir, déposaient en souriant leur obole dans la boite que nous leur tendions.

A la Libération, les Américains ont aussitôt remplacé les Allemands dans les bars et les lupanars. Les Communistes, tout puissants dans l' arrondissement, ont pris le quartier en main. Du toit du siège du Parti, place de Chateaudun, ils balançaient dans le vide les Miliciens de Darnand. Un vent de Révolution flottait dans l' air. (à suivre).

Publié dans société

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