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Rénovation

Publié le par Jean-Pierre Biondi

En cette Fête du Travail, les Parisiens demeurés à Paris ont l' occasion de visiter un lieu métamorphosé, l' Ile Seguin, qui fut, de 1929 à 1992, le coeur de la "forteresse ouvrière", autrement dit des usines Renault de Billancourt.

L' Ile, du nom d' un chimiste qui l' a achetée en 1794 pour y perfectionner les techniques du

tannage , est un ilôt de 11 hectares sur la Seine, au pied de la colline de Meudon, à l' ouest de la capitale. C' est en 1919 que l' industriel Louis Renault l' a acquise pour y bâtir une usine d' automobiles. Début d' une saga qui figure parmi les événements de l' histoire ouvrière. Vers 1950, 30 000 personnes y travaillaient sur quatre étages de chaînes de montage en service 3x8, dans des conditions particulièrement ingrates (chaleur étouffante, bruit infernal, vapeurs et émanations toxiques, cadences épuisantes, accidents fréquents, brutalités de la milice patronale, etc.)

Louis Renault était allé chercher l' inspiration auprès d' Henry Ford, à Detroit, qui l' avait initié au taylorisme ( chronométrage de chaque geste de l' ouvrier pour intensifier le rythme de production), pratique dont Chaplin a tiré son film "Les Temps modernes".

L' ensemble des ateliers, avec "le Trapèze", sur la rive droite, et "le Bas Meudon", sur la gauche, employait 38 000 travailleurs de toutes nationalités qui ont fait l' objet d' une abondante littérature, dont "La Forteresse ouvrière" de Jacques Frémontier (1971) et "Ceux de Billancourt" de Laurence Bagot (2015), rassemblant des témoignages souvent poignants.

Les Etablissements Renault, nationalisés en 1945, après la mort en prison de leur fondateur accusé de collaboration avec les Nazis, et transformés en Régie, ont symbolisé à la fois la modernité technologique et les luttes syndicales. On se souvient de l' assassinat en 1972 de l' ouvrier maoïste Pierre Overney, et de l' émotion alors produite dans l' opinion. Les derniers O.S ont quitté l' Ile début 1992. Les bâtiments ont été rasés en 2005, il y a 10 ans.

Rachetée 43 millions d' euros par la Société Val de Seine Aménagement, dont la ville de Boulogne est actionnaire majoritaire, l' Ile a connu depuis des projets successifs : celui du milliardaire François Pinault, proposant un musée d' art contemporain que,rebuté par les difficultés administratives, il est allé finalement installer à Venise, celui de "façade-enveloppe", parrainé par la Caisse des Dépôts pour y abriter l' Institut du cancer et le campus d' une Université américaine de Paris, celui d' une "Cité des Savoirs du XXIème siècle", ou encore d' "Ile des deux Cultures", bénéficiant de la faveur sarkozienne.

En fin de compte, le projet d' une "Vallée de la Culture", soutenu par le député-maire Baguet et confié à l' architecte Jean Nouvel l' a emporté. Une seule tour-belvédère, un jardin public, 12 000 m2 de terrasses, de bureaux, de commerces. Pour l' instant, on peut voir, sortant de terre, la "Cité musicale départementale", dotée d' une salle de 6000 places et d' un auditorium de 1100. Ce sera, nous promet-on, le lieu le plus mondain d' Europe réservé à l' art musical. Bravo la France !

Et, par ces temps spécialement commémoratifs, quid des 63 ans de la mémoire prolétarienne de ce futur Eden?

Publié dans société

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