Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

TRAVEN en français

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le jeu des identités est quelque chose de fréquent dans l' univers littéraire : pseudonymes, alias, incognito(s) ne manquent pas, destinés à masquer une réalité biographique que,pour des raisons diverses, notamment pour alimenter la curiosité des lecteurs, des auteurs refusent de révéler.

Dans le genre, le cas de Ret Marut, signant ses romans B.(sans plus de précision) Traven, est exemplaire. Traven est pratiquement inconnu du monde francophone, alors qu' il est un romancier célèbre en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, au Mexique, et traduit au total dans une quarantaine de pays.

Qui est-il? Depuis 1924, date de son départ d' Europe vers le continent américain (Mexique et Etats-Unis), Traven fait l' objet de recherches de la part de critiques, d' historiens, de sociologues...et de services de renseignement. Si bien qu' on finit par posséder une foule de détails le concernant sans jamais être sûr de l' énigme que constitue sa véritable identité.

Selon l' état actuel de connaissance, Ret Marut (nom figurant sur les registres de police allemands) serait né vers 1880 en Prusse orientale. Selon les uns issu d' une famille modeste, selon d' autres fils caché des amours de l' Empereur Guillaume II avec une actrice britannique. On trouve sa trace comme comédien et père d' une fillette dans la Ruhr, avant de le voir réapparaître à Munich en 1917 comme animateur de la revue "Der Ziegelbrenner" (Le Fondeur de briques). Marut s' implique résolument dans l' insurrection révolutionnaire que vit la Bavière sous le nom de "République des conseils" en 1919,inspirée par le mouvement berlinois "Spartakus" et écrasé, comme lui, par le ministre social-démocrate Noske.

Condamné à mort, Marut parvient à s' enfuir et à gagner Londres où il s' embarque pour Tampico. En juin 1924 Ret Marut est mort : place à B.Traven. Il part comme photographe pour le Chiapas, territoire indien du sud mexicain en proie à la révolution zappatiste. C' est alors qu' il commence à écrire les romans qui vont faire son succès : " Les Cueilleurs de coton", " Le Vaisseau des morts" (brûlé publiquement par les Nazis), " Le Pays du Printemps", et  "Le Trésor de la Sierra Madre" qui deviendra, sous la direction du réalisateur John Huston, avec l' acteur Humphrey Bogart, une immense réussite cinématographique.

Durant plus de 40 ans, Traven, auteur de best seller et anarchiste individualiste se recommandant de Max Stirner, joue à cache-cache avec la société. Il se calfeutre dans les domiciles des femmes avec lesquelles il vit, à Acapulco puis à Mexico, et se nomme alors Hal Crowes, Norvégien d' origine, né à Chicago.

Le "Cycle de l' acajou", titre global de plusieurs ouvrages, est sa dernière grande oeuvre. Il meurt en 1969, à presque 90 ans,sans avoir desserré les dents sur l' énigme de son origine. Les Français commencent à lire Traven, qui fait depuis quelque temps l' objet de traductions : "La Révolte des  pendus" et " La Rose blanche" , aux éditions de La Découverte, " L' Armée des pauvres" à celles du Cherche midi. Les éditions Libertalia, de leur côté, viennent de publier une étude de l' Allemand Recknagel, "B.Traven romancier et révolutionnaire". Document sur une page d' Histoire proche mais encore mystérieuse. Lisible à la plage.
 

Publié dans littérature

Partager cet article
Repost0

COOPERATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Depuis son élection il y a un an, Macron a engagé un débat qui semble peut-être quelque peu formel aux yeux d' une partie de l' opinion alors qu' il est réellement fondamental pour l' avenir à court terme : celui de la défense de la coopération multilatérale.

Qu' est-ce à dire? dans un monde de plus en plus cynique et brutal, toute tension tend à se régler dans un rapport dual qui nie l' imbrication croissante des problèmes internationaux et se fonde sur la base suivante : " J' ai plus d' argent, de bombes atomiques et de troupes que toi. Tu ne fais pas le poids. Alors, obéis..." C' est la doctrine Trump. Ce n' est ni compliqué, ni subtil,ni équitable. Mais les USA ne nous ont-ils pas maintenant habitués au langage du plus fort au nom d' une démocratie bien comprise (America first)?

C' est en tout cas en rupture avec la vision de l' Europe et des Pays en développement qui, depuis la seconde guerre mondiale, essaient de corriger par la concertation les distorsions les plus dramatiques de l' Ordre mondial. En l' affaire, la position américaine est d' autant plus paradoxale que c' est le président Wilson qui, en 1919, a proposé la création de la "Société des Nations", torpillée par les totalitarismes allemand et italien. Le même esprit de conciliation et de négociation a animé l' institution en 1945 du système des Nation Unies, aujourd'hui menacé par le comportement de Washington et d' Israël violant allègrement le Droit malgré l' opprobre de la Communauté internationale.

Le bilatéralisme pur et son corollaire, la diplomatie secrète, sont dénoncés depuis plus d' un siècle comme dangereux pour la Paix. Il n' est dès lors pas surprenant qu' ils soient la méthode préférée des impérialistes, bellicistes et colonialistes de tous poils. Il appartient donc au camp progressiste et internationaliste de plaider pour une vision et des procédures plus équilibrées.
Jamais, par exemple, la concertation multilatérale n' aurait pu opter pour l' interdiction à des nations souveraines d' échanger et de commercialiser avec l' Iran ou quiconque sur ordre de ... Trump.

C' est un scandale absolu, même s' il est dans la logique des tenants du bi-latéral de terroriser sans cesse les autres par le chantage à la guerre !

Partager cet article
Repost0