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La France sous curatelle?

Publié le par memoire-et-societe

La France,Etat à demi ruiné dans un espace géographique privilégié par une double façade maritime et une position-clé entre le nord et le sud de l' Europe, ne parvient pas à freiner un déclin amorcé depuis une trentaine d' années pendant lesquelles Droite et Gauche ont alterné au pouvoir. Alors que, l' un après l' autre, ses voisins semblent émerger de la crise, la France continue de s' enfoncer dans le chômage, les dettes, la perte de compétitivité. Il y a là une spécificité dont les causes relèvent apparemment de deux ordres:

1. Des causes internes

- le ralentissement d' activité orchestré par la direction d' un patronat qui entend aligner le système social français sur celui de nations comme les USA et l' Allemagne. M.Gattaz, président du MEDEF, a profité de la visite d' Etat de F.Hollande, qu'il accompagnait, aux Etats-Unis, patrie du libéralisme, pour affirmer ses exigences avec une totale absence de retenue diplomatique. La volonté de réduire sensiblement les charges des entreprises par la flexibilité du travail et l' allègement de la fiscalité figurent en effet au premier rang des objectifs patronaux.

- une crise des " élites" qu' alimente un système de plus en plus en décalage avec les mutations sociales. Une Constitution monarchique, expression d' un centralisme archaïque, l' inutilité coûteuse d' institutions comme le Sénat, l' action des lobbys corporatistes, les mécanismes de reproduction des cadres approfondissant les frontières de classe, le découragement rageur du mouvement populaire face à des fermetures d' usines bénéficiaires , une course sans pudeur aux places et à l' argent vite gagné, corollaires de la corruption et de l' évasion fiscale, la rancune d' une partie de la post- immigration, devenue proche des jihadistes, les exemples d' abus comme les traitements et indemnités que s' allouent les grands patrons et les gaspillages engendrés par la multiplication des structures administratives, tout cela contribue à développer un sentiment d' injustice, une large démotivation et, au bout du compte, une perte de civisme (n' allons pas jusqu' à parler de "patriotisme" comme nos parents...) dévastatrice.

2. Des causes extérieures

- une France timidement social-démocrate est encore plus que n' en peuvent supporter les champions de l' Europe ultralibérale. L' objectif de celle-ci est clairement d' entraver les mouvements et d' affaiblir le rôle de ce vilain petit canard. Le défaut spectaculaire de solidarité qu' elle a manifesté à l' égard de Paris au Mali et en Centre Afrique, malgré l' appui, surtout verbal, d' Obama, montre combien les roitelets bruxellois se délectent (" monsieur Hollande, sous-entendent-ils, le sable africain, avec un peu d' uranium dessous, c' est votre domaine, n' est-ce-pas ?") des cloaques "antiterroristes" dans lesquels se hâte de se fourrer le tandem Hollande-Fabius pour être bien vu ici et là.

- de pragmatiques stratèges anglo-saxons planchent depuis un certain temps sur le scénario de la "disparition" de la France, jugée à la fois trop névralgique pour être ignorée et pas assez "sûre" pour figurer dans le noyau dirigeant du monde occidental. Partant de son amoindrissement économique, ces experts en géopolitique suggèrent de fondre la République créée par de Gaulle dans des ensembles politiques, militaires et industriels de plus en plus contraignants. L' opération n' impliquerait, bien sûr, aucune agression frontale, mais, pour ménager le malade, procèderait par touches sectorielles successives aboutissant à des pertes de souveraineté indolores, bref à une sorte de curatelle germano-atlantique qui permettrait d' en finir une bonne fois, quoique dans les formes, avec ces histoires récurrentes d' "exception française" et de socialisme pourtant anémique. Ce projet d' étouffement distingué n' est le fruit d' aucune paranoïa : c' est une information de source politique.

Voilà qui constitue des handicaps. La Gauche au pouvoir démontre qu' elle n' est pas apte à les surmonter. Sa "ligne" n' est pas lisible. Son leader manque de charisme. Son entourage fait amateur. Mais une "curatelle" signifierait son décès.

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La Voie Juppé

Publié le par memoire-et-societe

Ce n' est pas depuis sa facile réélection à Bordeaux qu' on évoque ici "l' hypothèse Juppé" ( voir les articles "A droite" du 23/09/2011 et "Juppé encore" du 2/10/2013). Aujourd'hui, les principaux leaders de l' UMP se trouvent soit contestés (Sarkozy, Fillion, Copé) soit encore dépourvus de charisme ( Le Maire, Bertrand, Wauquiez). Le contexte se confirme donc a priori favorable à celui que Chirac nommait " le meilleur d' entre nous", et qui, depuis son bref exil au Québec, a réalisé un parcours avisé. En effet :

- le glissement général de l' opinion vers la droite en France, consécutif à l' échec de François Hollande, est un fait socio-politique, qui implique désormais davantage qu' une banale alternance électorale

- le redémarrage de l' Economie du pays, donc la réduction de sa dette et de son chômage, suppose des investissements conditionnés par des mesures fiscales et sociales déjà exprimées sans ambiguité par le leader UMP

- la politique étrangère, marquée par des expéditions solitaires en Afrique et un bellicisme pro-américain (Ukraine, Pays baltes) ou pro-israëlien (Syrie, Iran) outrancier, exige une révision combinant souplesse stratégique et fermeté en matière de souveraineté. Le maire de Bordeaux a précisément affirmé ces deux principes quand il a été en charge du quai d' Orsay.

Je ne suis pas son agent publicitaire, encore moins celui de son camp. Je note seulement que ses compétences seraient un atout pour une Droite qui comprendrait son intérêt. Juppé alors n' aurait plus qu' à se laisser porter vers des Primaires sans histoire. C' est confondre logique et politique, et méconnaitre surtout le climat d' intrigues et le jeu des ambitions qui prévalent au sein de son parti.

La "Voie Juppé" passe donc d' abord par l' extérieur, autrement dit par un courant d' opinion susceptible de peser sur ses propres "amis", et de donner à sa candidature aux élections présidentielles de 2017 l' élan dont lui, Juppé, va avoir besoin pour s' imposer. Cela n' attendra pas des lustres : les combats préliminaires de l' automne prochain sur la tenue ou non des fameuses Primaires s' annoncent féroces.

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Vendeurs de vent et autres cravateurs

Publié le par memoire-et-societe

Chaque époque a eu ses charlatans (talentueux ou non), opérant en marge d' une opinion peu éclairée. Il n' y a aucune raison pour qu' il en soit aujourd'hui autrement. Seuls les terrains de manoeuvre ont forcément changé. Hâbleurs, bluffeurs, fumistes se bousculent au portillon. Les citer demanderait trop de place, c' est pourquoi il est préférable d' identifier les "créneaux" où ils font leur numéro : la mondanité publicitaire, le "conseil en communication", l' esbrouffe journalistique, l' investissement prospectif ou la rente sécuritaire.

L' énumération renvoie à des personnages insérés dans notre quotidien et s' y prélassant avec une suffisance à la limite du tolérable. Ces gens, bien sûr, gagnent beaucoup d' argent à discourir et se montrer, donnent un avis sur tout et sur rien, paradoxaux pour ne pas paraitre conformistes, mesurés pour ne pas sembler excessifs. Ils s' estiment en quelque sorte animateurs de droit de la comédie du pouvoir. Des noms, en voici :

A tout seigneur tout honneur : Jacques Séguéla, à l' origine pharmacien, se présente comme "publicitaire" Ayant co-fondé l' Agence RSGG dans les années 70, il a marqué les élections présidentielles de slogans tels que "La force tranquille" (1981) ou "Génération Mitterrand" (1988). On l' a vu faire du lobbying pour Jospin, puis vendre l' icône DSK avant l' affaire du Sofitel. C' est lui enfin qui a "rabattu" Carla Bruni vers Sarkozy, pour lequel il a ,en 2007, voté au second tour après avoir incité à opter pour Ségolène Royal au premier. Il est passé à la postérité avec cette réflexion profonde : " Si à cinquante ans on n' a pas une Rollex, c' est qu' on a raté sa vie! ".

Stéphane Fouks, ancien rocardien comme Valls, Pigasse et Bauer, est, lui, répertorié en tant qu' "expert en communication", branche "conseil politique". On peut dire qu' il n' a pas toujours eu la main heureuse : après avoir "conseillé" Jospin avec le résultat qu' on connait, il a misé tour à tour sur Strauss-Kahn, puis sur Cahuzac. Vraiment la poisse. A tel point que le grand patron, Vincent Bolloré, a décidé de mettre fin au secteur, pourtant traditionnel dans la maison, du "conseil aux ministres". Fouks s' est refait peu à peu une santé, ou plutôt une audience, avec la présidence d' Euro RSGG, ex boite de Séguéla devenu vice-président d' Havas, et en se hissant au comité directeur du CRIF.

Franz-Olivier Giesbert, alias FOG, a pignon sur plusieurs rues, sautant à l' aise de la direction de la rédaction du "Nouvel Observateur" au directoire du "Figaro" d' Hersant (1988), puis à la direction du "Point" de François Pinault (2000), où il expérimente des "une de couverture rentre-dedans" et affûte ses attaques "ad hominem". Intouchable grâce à son réseau de relations et de pistons tous azimuts, il s' est trouvé impliqué dans quelques affaires sulfureuses et déclarations provocatrices finalement destinées à servir sa publicité personnelle. Un documentaire récent, "Les nouveaux chiens de garde", le donne pour modèle des collusions existant entre le pouvoir politique et certains responsables des médias.

Jean Viard, docteur en sociologie et conseiller municipal de Marseille, d' abord lié à Jean-Noël Guérini avec lequel il a co-signé "Marseille, le temps d' un projet" (2007), et aujourd'hui porte-parole de Patrick Menucci, concurrent de Gaudin pour la mairie, figure dans un nombre incalculable d' organismes, groupements et comités se chargeant d' étudier la "prospective", une discipline aux contours assez difficiles à définir. La journée ne comptant que 24 heures, J.Viard est souvent conduit à dispenser ses recommandations à distance, ce qui, au demeurant, ne parait nuire ni à l' évaluation de ses prestations ni à une image publique entretenue par ses multiples interventions dans la presse et les médias (Journal du Dimanche, Emissions télévisées,etc).

Xavier Raufer est l' homme qui n'a jamais fini de vous révéler "combien c' est grave". Ce criminologue sentencieux, de son vrai nom Christian de Bongain, a débuté dans les groupuscules d' extrême droite "Occident" et "Ordre nouveau" où il a déniché ses premières relations : Longuet, Novelli, Madelin, Gauchon, notamment. Passé par le giscardisme puis " L' Express" au temps du milliardaire Goldsmith, il s' est alors institué "expert international en terrorisme". Ce qui lui a ouvert d' autre portes et permis de grenouiller dans diverses officines plus ou moins éphémères patronnées par la CIA et les "Réseaux Foccart" ( Agence SERVICE, SAC, Institut d' Histoire Sociale de l' ex collaborateur Albertini, Institut Supérieur du Travail ), tous focalisés sur l' anticommunisme et l' antiislamisme. A partir de là, un marchand de peur se constitue une solide clientèle : ce qu' a fait Raufer, qui enveloppe l' idéologie sécuritaire d' un substantiel zéphyr...

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Les "sanzistes"

Publié le par memoire-et-societe

Les évènements ou phénomènes artistiques régionaux sont souvent occultés par le jacobinisme parisien : Rouen, Strasbourg, Nantes, Lille, Toulouse, Grenoble, Aix-Marseille, Nice ou Montpellier, pour ne citer que quelques cas, ont été, sont toujours, des foyers de création injustement sous-estimés dès qu' ils ne font pas l' objet d' une consécration publique par la capitale, à l' exemple de Metz ou de Lens. Ces deux dernières bénéficient en réalité davantage d'une délégation politico-artistique que d' une reconnaissance comme agents d' expression culturelle endogène. La décentralisation des esprits reste à conquérir..

Ainsi, qui connait, hors de l' aire strictement lyonnaise, le "sanzisme " (lire : sans terminaison en "isme"), mouvement né au lendemain de la seconde guerre mondiale dans une "capitale des Gaules" jamais fâchée de faire la nique au parisianisme ? Lyon déjà -que Baudelaire qualifiait de "bagne de la peinture" en songeant à l' exploitation que faisaient les Soyeux de leurs "dessinandiers"- était loin d' être table rase en matière d' art plastique. Une "Ecole" y était née à l' occasion d' un Salon en 1819, annonçant les préraphaélites anglais pour aboutir au pré-impressionnisme et à Puvis de Chavannes. Ses principaux animateurs, Révoil, Orsel, Berjon, Ravier, ont indéniablement pesé sur la suite, marquant sur des artistes comme Dufy ou Picasso lui-même.

Les " sanzistes", nés, eux, d' une exposition-manifeste organisée en 1948 dans la chapelle du lycée Ampère par des étudiants des Beaux-Arts, ont fait alors une percée spectaculaire dans le débat Abstraction- Nouvelle Figuration. Puisant leurs sources dans l' Ecole de Paris, s' inspirant aussi bien du pointillisme et du fauvisme que des Nabis et du surréalisme, ils ont délimité,entre Saône et Rhône, un lieu de renouvellement unique au large des rives de la Seine pour la communauté des plasticiens :

André Cottavoz s' est illustré par sa recherche d' une lumière émanant de la toile même, comme dans les oeuvres de Derain. Apprécié à l' étranger, il est présent en force dans les musées japonais et italiens ;

Jean Bansac, un ami de Breton, était surtout connu comme architecte. Ses tableaux, proches de certains Naïfs, se sont appliqués à prolonger la démarche cézannienne ;

Jacques Truphémus, admiré par Balthus et admirateur de Bonnard, a connu le succès dans tous les genres, notamment le portrait et les natures mortes ;

Jean Fusaro a peint en résonance avec des artistes comme Ensor ou Chagall : non pas dépassé mais assimilable à eux en tant qu' aquarelliste et muraliste.

Arrêtons là.Les sanzistes ont aujourd'hui disparu. Leur testament s' est écrit en 2003 dans une rétrospective que leur ville leur a consacré. On en retient qu'ils ne se sont jamais laissé enfermer dans les "ismes", manifestant par là leur identité au sein de l' avant-garde. Héritiers des Coloristes, des Zinards chers à leur compatriote et critique Henri Béraud, et de "Témoignage", le groupe de Bertholle et Le Moal, ils ont montré qu' on pouvait emprunter sans copier, et trouver d' autres voies pour d' autres résultats. En ce sens, le sanzisme a su cultiver, parallèlement à la modernité, la singularité qui fait son intérêt.

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Fossés et République

Publié le par memoire-et-societe

Je n'ai jamais vu Pascal Boniface ailleurs que sur le petit écran où il parait assez régulièrement. Nous n' avons aucune relation commune. C' est dire que je n' ai avec lui aucune connivence. En revanche, je constate notre convergence de vues sur le différend israëlo-arabe, et salue le courage avec lequel cet homme mène un combat ingrat et périlleux.

Après "Est-il permis de critiquer Israël?", publié en 2003, qui avait valu à l' auteur une avalanche de menaces, insultes, calomnies, et à l' "Institut des relations internationales et statistiques" qu'il dirige des pressions inadmissibles pour l' en chasser, il revient en 200 pages sur la question avec "La France malade du conflit israëlo-palestinien" (éditions Salvator). La prudence lui conseillait le silence. Il répond : "Plus le sujet est sensible et tabou, plus il convient de le traiter". Et de mettre en cause les agents de lobbys comme le CRIF ou la LICRA, accusés de creuser délibérément un fossé communautaire entre juifs et non-juifs. La facilité, dans ce cas, est , bien sûr, de crier à l' antisémitisme. Le procédé est un peu usé, passons. L' enjeu sérieux, selon Boniface, est l' unité de la République.

Exagérer l' antisémitisme dans un pays où, depuis un siècle et demi moins quatre ans, des Juifs ont figuré et figurent aux premiers rangs des lieux de pouvoir : Etat, Grands Partis, Banques, Organismes de Communication et de Culture, Ordres corporatifs, Industries d' armement, Centres de recherche, Loges maçonniques, Groupes d' influence (type club "Le Siècle"), peut à force sembler un procédé apte à désarmer quiconque ne soutient pas inconditionnellement la cause d' Israël. Qui n' est pas pour pour elle sans réserve risque ainsi d' être classé "raciste" et éloigné de toute responsabilité. Selon cette perspective assez terroriste, l' antisionisme relève directement de l' antisémitisme. M. Cukierman, président du CRIF, l' a encore rappelé à son dîner du 4 mars dernier.

Une telle attitude est objectivement et implicitement une menace que les chefs de la majorité comme de l' opposition ont soutenu de leurs applaudissements. Le tour de passe-passe sémantique allant désormais de soi, "vive Nétanyaou parce qu' à bas Hitler!" On ne peut rêver mieux pour combler Dieudonné, Soral et les énergumènes qui récemment scandaient dans la rue "Mort aux Juifs!". La question reste en tout cas posée : Israël est-il l' unique Etat du monde sacré par essence? Ce superpatriotisme étranger trace, notamment chez des intellectuels qui ont longtemps fait de l' internationalisme leur devise, une curieuse ligne de fracture. D' autant qu'ils taisent du même coup des évidences comme le racisme prévalant dans les colonies illégales de Cisjordanie. On n' a donc aucune raison de croire B.H. Lévy ou Goldnadel plutôt que Charles Enderlin et Rony Brauman. Chacun ses Juifs.

Autre élément relevé par Boniface, la place accordée dans les media à une subite poussée d' antisémitisme que démentent les statistiques policières. Aucun chiffre ne note l' infamie des agressions, les antisémites comme les islamophobes, dont on parle moins. Cependant, l' inégalité de traitement dans l' information est flagrante, comme si la sécurité du Français juif différait de celle de tout autre citoyen et appelait une mobilisation spéciale. Focaliser en particulier sur une montée du racisme intégriste, et je n' oublie ni l' affaire Fofana ni l' affaire Mehra, n'est-ce pas quelque part un moyen d' entériner la thèse israëlienne tendant à réduire le problème palestinien à une affaire de jihad (guerre sainte) ? " L' idée, commente Boniface, est de donner à croire que le conflit du Proche Orient est religieux ".

Tout cela est malsain parce que conduisant au communautarisme politique, négation de la République. On ne peut à la fois dénoncer le courant communautariste musulman, souvent lié à l' extrême pauvreté, et exalter son équivalent juif et prospère sans faire naitre des ressentiments. L' inégalité sociale joue ici au moins autant que la rivalité prophétique. Les pleurs du dîner annuel du CRIF ne gomment pas la souffrance des banlieues. Finalement, on en arrive à se demander qui alimente en France avec le plus d' efficacité une guerre à laquelle celle-ci ne devrait être mêlée d' aucune manière : ceux qui de Paris contribuent à financer Tsahal, ou ceux qui partent de Seine-Saint-Denis pour aller combattre en Syrie?

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Si j'étais le gouvernement...

Publié le par memoire-et-societe

Si j'étais le gouvernement (phrase souvent entendue au comptoir des bistrots, dite par ceux qui n' auront jamais les commandes...), je changerais des trucs. A commencer par la Constitution, les formes de la "Représentation" et le "Coût de la démocratie".
Si j' étais le gouvernement, je supprimerais le poste de Premier Ministre. Un Président de poids et une petite quinzaine de ministres qualifiés suffiraient pour le boulot proprement dit, hors clientélisme et dosages savants.

Si j'étais le gouvernement, je transformerais un Sénat onéreux et redondant en Chambre Economique. Pas plus de 100 membres- chercheurs, experts scientifiques, spécialistes du développement, syndicalistes, représentants des collectivités et du monde associatif, chargés de préparer, à l' abri des lobbys, des projets de loi en matière socio-économique et environnementale, avant transmission à l' Assemblée nationale.

Si j'étais le gouvernement, je descendrais le nombre de députés à 400, éligibles deux fois, dont 3 pour les "Français de l' étranger" (actuellement 11députés,12 sénateurs). Je réduirais de moitié les réserves de trésorerie du Parlement et abolirais les privilèges les plus choquants accordés à ces élus, dont certains brillent par l' inassiduité.

Si j' étais le gouvernement, je ne dérangerais pas le pays à tout bout de champ, et éviterais de dépenser des fortunes en campagnes électorales successives qui se contredisent l' une l' autre et entretiennent une instabilité législative et administrative permanente. On élirait le même jour les conseils municipaux, les assemblées régionales, les députés et le président : quatre consultations pour le prix d' une, ou presque.

J' allègerais, si j'étais le gouvernement, le ruineux patrimoine immobilier de l' Etat en vendant les innombrables bâtiments militaires et civils désaffectés et mal entretenus, ou en les transformant en logements sociaux.. Si j'étais le gouvernement, je regrouperais en une Cour Suprême les institutions juridique et financières, Conseil Constitutionnel, Conseil d' Etat, Cour des Comptes, etc. Je supprimerais les "Hautes Autorités", "Instituts Supérieurs" et autres "Commissions Nationales" inventés pour caser un ancien ministre, un vieux copain ou une maîtresse sans argent de poche.

Si j'étais le gouvernement, je taillerais dans le "millefeuilles" bureaucratique : dissolution de deux tiers des 36.000 communes, suppression des départements napoléoniens, afin de stimuler les regroupements urbains et accroitre la crédibilité des régions.

Si j' étais vraiment le gouvernement, je cesserais de gaver les Partis de gouvernement qui alimentent l' abstention et défraient la chronique judiciaire.

Rien qu' avec ça, si j'étais le gouvernement, je réaliserais des économies susceptibles de ramener la France sous la barre des 3% exigés par l' Europe. Mais nous serions alors déjà passés à la VIème République.

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Dés-édités

Publié le par memoire-et-societe

La mode, y compris dans le domaine littéraire, fait autorité. Ainsi, des auteurs qui ont connu des succès de librairie considérables, ont-ils disparu des rayonnages et sont-ils, de ce fait, ignorés des descendants ( lisent - ils toujours ?) de ceux qui forgeaient alors leur notoriété.

Il s' agit pourtant d' écrivains de qualité, imaginatifs et cultivés, taillés pour forger une oeuvre. J' en évoquerai quatre, plus ou moins chahutés par l' Histoire contemporaine et passés par pertes et profits chez les marchands de papier que sont aujourd'hui en priorité les groupes multimedia et les réseaux de distribution : ce sont Maxence Van der Meersch, Victor Margueritte, Henri Béraud, Jean Guéhenno, aux destinées bien diverses. Dés- édités mais parfois cités, guère lus mais vite jugés (1).

Van der Meersch (simple pseudo de Vandermeersch), fils d'un comptable roubaisien, a vécu sous le signe de la tuberculose. Sa soeur et sa femme, une ouvrière du textile, en sont mortes avant lui, décédé à 43 ans. Avocat de profession, il s' oriente vers l' écriture pour rapporter les souffrances des populations pauvres du Nord. Dès son premier roman, "La Maison dans la dune", il connait la réussite et enchaine les records de vente. Il frôle le Goncourt en 1935 avec "Invasion 14", récit sans complaisance sur l' occupation allemande de la région lilloise, et remporte la timbale l' année suivante pour " L' empreinte du dieu". Inspiré par l' humanisme chrétien, "Corps et Ames" (1933), le plus célèbre de ses ouvrages, est une fresque des pratiques médicales, traduite dans une multitude de langues. Van der Meersch, alors présent dans toutes les couches de la société, populiste et chrétien, a du sa renommée aux thèmes, audacieux pour l' époque, qu'il abordait : les grèves de femmes (" Quand les sirènes se taisent") , la prostitution en milieu ouvrier (" Femmes à l' encan"), ou l' homosexualité masculine ( Masque de chair").

L' homosexualité, féminine cette fois, est à l' origine du succès de scandale de Victor Margueritte avec "La Garçonne" (1922). Lorrain, fils d' un général tué à Sedan et petit-cousin de Mallarmé, il démissionne de l' Armée pour se consacrer, comme son frère Paul, à la vie littéraire. Dreyfusiste et pacifiste, il côtoie un moment le communisme. "La Garçonne" se vend à 750.000 exemplaires l' année de sa parution. L' auteur y fustige la dépravation de la haute société parisienne à travers l' histoire d' une fille de bonne famille devenue homosexuelle par révolte contre son milieu : pamphlet féministe qui revendique la libération des moeurs, en harmonie avec les aspirations des "Années folles". Taxé de pornographie, radié de l' Ordre de la Légion d' Honneur pour outrage aux moeurs, Margueritte se venge en attaquant le président Poincaré devant les Assises pour "bellicisme", et réclame la renégociation du traité de Versailles. La démarche perd tout crédit quand on découvre que sa revue, "Evolution", est financée par le ministre allemand des Affaires étrangères, Stresemann. Fidèle à ce paradoxal pacifisme, Margueritte signe pendant l' Occupation dans les journaux de la collaboration avant de disparaitre, fortement dévalué, en 1942.

Autre dreyfusard, collaborateur et lauréat du Goncourt , le Lyonnais Henri Béraud. D'origine modeste, il a d' abord tâté d' un peu tous les métiers, y compris ceux de représentant en vins et de critique gastronomique, avant de faire la guerre dans l' artillerie. Remarqué par Georges Pioch, et Dorgelès, ami de Vaillant-Couturier, de Kessel, d' Albert Londres, il entre au " Canard enchaîné" et au "Crapouillot" en 1916, y déployant ses talents de polémiste et de reporter. Il écrit en 15 jours "Le Martyre de l'obèse" qui, jumelé avec "Le Vitriol de lune", paru l' année précédente, lui vaut le Goncourt de 1922. Ses performances littéraires finissent-elles par lui monter à la tête? En 1928, il saute de l' extrême gauche à l' extrême droite, du "Canard" à "Gringoire" qu'il dirige jusqu' en 1943, assumant et la campagne de calomnies qui a conduit Roger Salengro au suicide et la chasse aux Juifs des années 40. Le fils de boulanger est devenu un mondain maudit, qui savoure une revanche sociale. Plus anglophobe que pro-nazi, il est condamné à mort en 1944 pour " intelligence avec l' ennemi". Mauriac plaide sa cause. De Gaulle le gracie. Auriol le libère, hémiplégique, en 1950. Il meurt, isolé à l' Ile de Ré, huit ans plus tard.

Les chroniqueurs prestigieux de la Première Guerre mondiale n' ont pas manqué : Barbusse, Dorgelès, Genevoix, Drieu La Rochelle, Céline, Jules Romains (lui, comme témoin indirect) ont, côté français, rempli leur tâche avec brio. Pourtant en 1968, 50 ans après l' armistice, alors que de bons bourgeois se pressaient à la frontière pour mettre leur argent à l'abri, paraissait, zappé par le tintamarre ambiant, un vrai chef d' oeuvre : "La Mort des autres", de Jean Guéhenno. Marcel, dit Jean, Guéhenno, était le fils d'un ouvrier sabotier de Fougères, modèle parfait de ces boursiers de la République profilés pour Normale Sup' et les tranchées. Il devient après-guerre une "plume" influente, avocat du pacifisme et responsable de revues comme "Europe" puis "Vendredi". Vichy le pourchasse, il est à l' origine du clandestin "Comité National des Ecrivains" et des "Lettres Françaises" où il signe " Cévennes ". "La Mort des autres" est un ultime hommage à ceux qui l' ont à jamais marqué : Jaurès, Romain Rolland, Alain, et un condisciple de Normale, fauché à Verdun, Marcel Etévé. "Si je repense à lui, confie Guehenno, je me demande comment on a osé le tuer". En cette année de Centenaire, les "grands éditeurs" sembleraient bien inspirés d' exhumer ce petit livre d' un auteur plutôt délaissé.

(1) A défaut d' être réédités, il est vrai que les écrivains en question font assez régulièrement l' objet d' articles, études, colloques ou mémoires qui les coupent efficacement d' une audience de masse.)

Publié dans littérature

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