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L'AMI BIRAGO DIOP

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sur la scène du Théâtre National Daniel-Sorano du Sénégal, on joue Birago Diop comme on joue Molière sur celle de la Comédie française, c' est à dire comme un auteur relevant d'un patrimoine collectif.

Birago Diop, que je me flatte d'avoir eu comme ami, était né en 1906 à Ouakam, dans la banlieue de Dakar. C' était un homme d' une grande simplicité, direct et fraternel, que son destin "historique" ne semblait guère soucier.

L' Administration coloniale veillait, à l' époque de son enfance, à orienter les meilleurs élèves africains vers des études comme celles de vétérinaire, pour les éloigner des Lettres et du Droit, susceptibles de les pousser à la mise en cause de la colonisation. Birago a donc été élève de l' Ecole vétérinaire de Toulouse et s' y est marié. Une vie toute tracée paraissait s' offrir à lui.

Mais en 1934, le jeune Diop rencontre Senghor, actif  leader de la Négritude et animateur du journal " L'Etudiant noir". Tous deux étaient faits de la même pâte humaniste: Birago publie là ses premiers poèmes, avant d' entamer une carrière professionnelle qui le mène dans plusieurs territoires de l' ouest africain.

C' est à cette occasion qu'il se met à recueillir avec soin contes et fables des griots, bientôt réunis en un recueil à succès : "Les contes d' Amadou Koumba", et qu'il rédige la plaquette "Lueurs", où l' on retrouve "Souffles", texte anticolonial déjà paru dans "L'Etudiant noir."

A l' avènement de l' Indépendance, Senghor le nomme ambassadeur en Tunisie, poste qu' il occupe trois ans. De retour à Dakar, il y ouvre une clinique, mais le gôut de l' écriture ne l' a pas quitté. Le conteur devient dramaturge avec la tragi-comédie "L' os de Mort Lam" qui, mise en scène par Peter Brook, rencontre un succès populaire international.

Dans la dernière phase de son passage sur terre, et jusqu'à sa mort en 1989, Birago Diop se fait, avec "La Plume raboutée", le mémorialiste de son propre parcours.
Son oeuvre, pionnière de la littérature noire francophone post coloniale, a évidemment suscité bon nombre d' analyses et de commentaires de sympathie admirative.

Je ne citerai que ce passage éclairant du critique haïtien Roger Dorsinville à propos du villageois de Mor Lam, histoire d' un homme trahi puis enterré vivant par la faute de son égoïsme:

"Il y a lieu de féliciter l' auteur pour l' exemplaire fidélité à la culture traditionnelle qui est la marque de son génie. Il est remarquable que (...) voulant redresser, il n' ait pas entrepris de prêcher en chrétien ou en scientifique, mais ait choisi, à l' africaine, d' approfondir, sous des apparences ludiques, les caractérisations, les contradictions."

J' aime écouter Birago Diop.
 

Publié dans littérature

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