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LE BANC

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' avenue Junot (du nom d' un général de Napoléon) est une confortable artère au quasi sommet de la Butte Montmartre. Se séparant soudain de la rue Caulaincourt, elle fait un coude et va s' achever rue Girardon, devant l' immeuble où a longtemps habité Louis-Ferdinand Céline. Elle passe ensuite le relais à la rue Norvins, qui termine sa route place du Tertre, au point culminant de la célèbre Colline. 

En face exactement des fenêtres céliniennes, l' ex atelier du peintre Gen Paul, montmartrois emblématique, grand invalide de guerre, compagnon de cuite de Maurice Utrillo et rival du docteur Destouches (Céline, toujours) dans les faveurs des danseuses du quartier ( le Moulin Rouge est au bas de la rue) . A l' autre angle du croisement Junot-Girardon se tient aujourd'hui un cinéma qui appartient au réalisateur Claude Lelouch.

Enfin, à la porte dudit cinéma, un banc public. Banc historique puisqu' il a servi des années de siège au rendez-vous quotidien d' une pléïade d' artistes et d' écrivains qui ont illustré leur temps. Sur cette longue planche se sont en effet posés les séants de Marcel Aymé, Francis Carco, Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Marcel Jouhandeau, du dramaturge René Fauchois, de l' affichiste Paul Colin, du cinéaste Abel Gance, tous alors habitants du coin. En revanche, aucun postérieur féminin bien identifiable : peut-être celui de Suzanne Valadon, venue ramasser son fils Maurice ivre-mort ?

Puis le banc a connu la disgrâce. 1944 ! le morceau de bois n' était- il pas complice, à sa façon, d' une équipe qui, fidèle à la tradition libertaire, apolitique et pacifiste du quartier, ne s' était guère engagée contre l' Occupant? Pire même : Céline et Gen Paul, blessés de 14, avaient entretenu des liens avec l' ambassadeur allemand Otto Abetz, féru, depuis avant guerre, de vie parisienne. Les autres étaient demeurés sagement assis sur le fameux banc d' infamie qui, aujourd'hui amnistié, n' accueille plus que des fesses anonymes.

Donc, ici, pas de plaque commémorative comme en maints endroits voisins à la grande satisfaction des guides touristiques. La punition est sévère. Toutefois, si vous passez là, réservez une seconde d' attention à cette relique du mobilier urbain, victime d' une ingrate destinée. Qui sait si, sur ces lattes revernies, n' ont pas été conçues des oeuvres qui font désormais l' objet d' une considération unanime?

Dans ce cas, le "banc Junot" ne mériterait-il pas de figurer au patrimoine échevelé de la Capitale ? Noble sujet de méditation pour les candidats aux prochaines élections municipales.

 

Publié dans culture

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8 ANS D' AGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

En effet... Merci aux lecteurs passés, présents et à venir, merci à Overblog.

8 ans est donc l' âge de ce blog. Si le rythme de sa production est quelque peu irrégulier (entre 1 et 8 textes par mois), son esprit et ses thèmes de prédilection n' ont pas varié. L' auteur résiste encore aux années.

L' accent sera mis , pour les mois qui viennent, sur l' intemporel (la culture) avant l' événementiel (la politique). Les deux demeureront cependant les plilers majeurs des articles que, j' espère, vous lirez avec intérêt.

Par conséquent, bonne lecture à toutes et à tous! 

Publié dans actualité

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