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HELP!

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Quand, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron a marché dans la cour du Louvre vers ses partisans massés au bas d' un podium illuminé, il ne s' est pas senti seulement porteur d' un mandat national. Il s' est "en même temps" convaincu d' une responsabilité européenne que personne, en réalité, ne lui avait explicitement confiée.

Les circonstances, il est vrai, pouvaient se prêter à un rêve d' historique grandeur. L' Angleterre avait l' année précédente, au soulagement de beaucoup, opté pour le Brexit. L' Italie était empêtrée, à nouveau, dans une confusion où l' on voyait la gauche ( Mouvement Cinq Etoiles) et la droite (Ligue du Nord) établir entre elles une alliance forcément temporaire, tout  en bénéficiant de  la neutralité apparente du Vatican et de la Mafia. L' Espagne traînait derrière elle le boulet catalan. La chancelière allemande Merkel laissait entendre qu' elle préparait sa retraite politique alors que s' affirmait chez elle une alarmante poussée populiste.

Pour le nouveau et fringant président français, les portes semblaient s' ouvrir en grand. Il pensait attacher sans coup férir son nom au progrès décisif de l' Europe fédérale devenant alors un arbitre incontournable du jeu politique mondial.

L' illusion s' est vite dissipée. Les Anglais ont entraîné le Brexit dans la confusion calculée où ils sont maîtres afin, dans la lassitude générale, d' arracher le maximum en sacrifiant le minimum. Gagner du temps et diviser pour règner sont leurs méthodes séculaires, inlassablement répétées. Quand donc admettra-t-on que l' Angleterre (qui n' est pas le Royaume Uni) ne se veut pas "européenne" ? Nostalgique de son Empire, ultra atlantiste, dominion WASP des U.S.A, soit... Européenne ? Jamais! Macron, lui, l' a compris, qui essaie de se montre le moins coulant sur les conditions du départ.

L' Italien fascisant Salvini n' a pas tardé à faire du Français sa bête noire, en tandem avec Orban le Hongrois, vigile intransigeant de l' espace domestique, tous deux se découvrant soudain des faiblesses pour l' ogre Poutine. La présence et le poids européens, autrement dit macroniens, sur le théâtre des tensions internationales équivalent donc à zéro. Chacun des 27, ou 28, on ne sait plus, traite pour son propre compte. C' est l' inverse de la nouvelle ère annoncée par le grand "show" de la Sorbonne.

Le manque d' enthousiasme de l' Union pour la nouvelle responsable de la Banque Centrale, Christine Lagarde, puis les déboires de Sylvie Goulard, recalée comme Commissaire Européenne, dessinent d' ailleurs les limites du pouvoir élyséen. Mais le plus mauvais coup porté au macronisme diplomatique - affaibli d' autre part par la désinvolture de Trump- est sans doute le lâchage allemand en matière de politique monétaire. Berlin ne cache plus son intérêt pour un "regroupement" nord européen qui rassemblerait l' Allemagne, l' Autriche et le Benelux, rendant l' euro plus sûr qu' un mariage indéterminé avec des champions de l' endettement comme la Grèce, l' Italie et désormais la France en pleine effervescence.

Pour rééquilibrer un bateau qui prend l' eau, Macron prépare la contre-attaque. A défaut de l' Europe enivrante célébrée au Quartier latin, pourquoi pas un retour au noyau dur : les 6 du Traité de Rome renforcés par l' adjonction de l' Espagne, de l' Autriche, du Portugal et du Danemark, soit 10 Etats au total, garants d' une monnaie, d' une diplomatie et d' une défense communes ?

Repli douloureux et incertain pour le disciple de Monnet, Schuman, Spaak et Delors. Européens, help !

Publié dans actualité

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