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L' anti-parisianisme est-il toujours justifié?

Publié le par memoire-et-societe

A l' école de ma ville natale, à quarante kilomètres de Paris, les enfants chantaient : " Parisiens têtes de chiens, Parigots têtes de veaux..." Cet anti-parisianisme, je l' ai, par la suite, souvent rencontré, plus ou moins marqué : au pays de mon père, en Corse, " victime du colonialisme de l' Etat français" ( au demeurant, un colonialisme plutôt confortable), moins excessif au pays de ma mère, la Bigorre, dont une longue pratique du radical-socialisme tempère les propos, au pays de mon épouse, l' Alsace, où l' Histoire réunit l' exaltation patriotique et une forte attirance pour la culture germanique.

L' anti-parisianisme revêt les aspects les plus anecdotiques : deux de mes petits-fils, ados nés dans les Hauts de Seine et vivant dans le Midi, supporters de l' O.M, ont basculé dans le camp des farouches adversaires du P.S.G et, par ricochet, chez les détracteurs de tout ce qui émane de Paris. Quant à moi, domicilié dans la capitale après des années de séjour à l' étranger, que suis-je, sinon un Parisien sans honte ni orgueil, comme des millions d' autres?

Ce cocktail de la tradition et de la conjoncture a créé, sans remonter à François Villon, une identité qui a communiqué au reste de la Nation un sentiment réservé, d' où il ne faut pas d' ailleurs évacuer toute jalousie. En y regardant de plus près, on relève diverses sources d' anti- parisianisme :

- l' agacement face au Parisien snob et condescendant, empruntant, au sortir de l' Ile de France, des manières d' ethnologue s' étant aventuré dans les marches du Royaume. Ethnocentrisme d' autant plus inadapté que les "Régions" sont en partie peuplées d' ex Parisiens en retraite que n' épate pas le halo de la Ville-lumière.

- L' hostilité à un élitisme jacobin qui tend à considérer la "province" comme une espèce de survivance intermédiaire entre la Capitale et l' Empire perdu, et à convaincre la jeunesse que toute réussite nécessite de "monter" à Paris, le terme "monter" n' étant pas à prendre selon le seul axe sud-nord.

Depuis le 17ème siècle, les Moralistes et Molière (" Les Précieuses ridicules"), puis Balzac, Théophile Gauthier ou Vallès ont évoqué la méfiance provinciale. Aujourd'hui pourtant, le mythe parisien a perdu quelque altitude :

- le mythe américain lui livre une féroce compétition

- le Parisien de souche est une denrée rare, submergée par le brassage ethnique

- la décentralisation, qui a beaucoup progressé, aide d' autres métropoles hexagonales à fixer plus aisément les populations environnantes

- on vit, à revenu égal, mieux en région qu' en Ile de France (qualité de vie et conditions de logement)

-fatigue et stress dus au bruit, à la difficulté de circulation, à la pollution, sont le lot quotidien de 12 millions de Franciliens anonymes que ne peuvent occulter les faits et gestes des VIP et des "people" que narrent inlassablement les média.

L' anti-parisianisme aveugle ne se justifie donc pas plus que son opposé, le parisianisme : toute exclusion est in-signifiante.

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Pourquoi lire Modiano

Publié le par memoire-et-societe

J' aime les romans de Patrick Modiano. J' ai vécu l' Occupation à Paris de 11 à 15 ans dans les quartiers montmartrois des 9ème et 18ème arrondissements. Mon père était un responsable de Libé-nord. Il a été déporté. Je peux donner un avis sur la période.

De la vertigineuse masse de témoignages, souvenirs, récits, études, films, pièces, chansons et documents divers inspirés par elle, je retiendrais, s' il fallait ne garder qu' un élément, la trilogie que constituent "La Place de l' Etoile" (1968), "La Ronde de nuit" (1969) et "Les Boulevards de ceinture" (1972).

J' ai lu et écouté les propos définitifs de force chroniqueurs faisant autorité et nés après-guerre. J' ai alors compris l' avantage du romancier sur l' historien. L' un parle archives, l' autre parle vrai. La rue de Paris occupé, comme je l' ai connue dans mon coin, ne ressemblait pas aux descriptions "épinalisées" de la présence nazie : les rafles n' y étaient pas incessantes, et la Gestapo ne faisait pas du porte à porte. "Les gens " - oui, les Aryens, évidemment - ne survivaient pas à la défaite dans l' angoisse et la terreur. Sous le métro Barbès, le bon populo reprenait en choeur les chansons d' André Claveau et de Rina Ketty. Le cracheur de feu, square d' Anvers, continuait son boulot devant les potaches de l' ex-lycée Rollin, dont une compilation (cf. B; Matot :" La Guerre des cancres") assure aujourd'hui qu' il fut "au coeur de la Résistance". Ah bon ? j' y ai fait, avant la Libération, ma 5ème et ma 4ème.

Le problème, c' était les tickets d' alimentation , la bouffe de chaque jour, parce que les "doryphores" avaient réquisitionné les patates. Devant le célèbre "Tabarin", rue Victor Massé, on voyait des femmes pendues au bras d' officiers allemands qui leur offraient à dîner dans des restaurants de marché noir : ça, c' était dur. On entendait parfois un chef d' ilot de la "Défense passive" siffler et crier "Lumière!" en direction d' une fenêtre laissant filtrer un rai de clarté. Camouflage, alerte, bombardement, étaient les mots courants.

Je raconte cela, parce que le quotidien n' était ni l' héroïsme des uns ni la veulerie des autres, et que le devoir de mémoire obligatoire finit par ne rien dire. L' Occupation de Paris me ramène à une ambiance étrange, une ville vide aux soirées silencieuses, telle que la dépeint sans insistance Modiano. Autour de Pigalle, de rarissimes bagnoles s' extirpaient des personnages trop élégants pour être honnêtes en ces temps de pénurie. Ils s' engouffraient dans des boites de nuit où régnaient les trafics louches, les poules de luxe et le fric d' origine inconnue.

Hitler haïssait spécialement la France, pays pour lui de "dégénérés négrifiés", qu' il voulait, après l' avoir dépecé, réduire à l' état de grenier à fourrage et de "sex center". L' Occupation était la première étape du programme, et on entrevoyait déjà à quoi on allait aboutir. C' est cela que Modiano restitue et insinue parfaitement. Le reste, c' est du reconstruit, de " l' après-coup".

Publié dans littérature

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Levet l' Excentrique

Publié le par memoire-et-societe

Henry Levet était bien né, enfant unique d' un père polytechnicien et député influent, qui s' étonnait un peu de voir son fils, devenu jeune homme, se teindre les cheveux en vert gazon. Il trouvait aussitôt l' explication : "C' est un artiste", disait-il. Levet junior tendait les murs de sa chambre de toile rouge sang et disposait des araignées géantes à l' aplomb de son lit.

En 1894, il a vingt ans, et écrit de ses parents dans "Le Courrier français" qu'ils sont "auvergnats mais honnêtes". Il tient dans le journal une chronique, "Snobisme et strabisme", composée en argot et en latin. Il revendique deux parrainages : le dilettantisme de Jules Laforgue et l' insolence d' Arthur Rimbaud.

Avec Léon-Paul Fargue et Charles-Louis Philippe, il partage convictions anarchistes et errances dans Paris où Levet ne passe pas inaperçu avec son allure de Polichinelle coiffé d' un chèche. S' affirmant solidaire d' Oscar Wilde, alors poursuivi pour homosexualité, il affecte une pseudo pédophilie en gavant de bonbons les petits garçons. Un de ses proches, le décorateur Francis Jourdain, lui conseille de troquer la fausse pédérastie contre une vraie anthropophagie. On vogue en permanence entre Jarry, Alphonse Allais, Charles Cros et ce que sera le dadaïsme des années 20.

Il anglicise un moment son nom en Levey pour publier deux recueils à compte d' auteur : "Le Drame de l' allée", qui narre en cinq poèmes rimés le suicide d' un scarabée, et une versification "cultique", "Le Pavillon". Son co-équipier de bistrot, Valéry Larbaud, y décèle le "ton" de Rimbaud et de Mallarmé, et quelque désespoir sous la dérision.

Mais la fascination du Départ tenaille Levet depuis l' enfance. Le fils à papa réapparait pour faire jouer ses relations et obtenir "une mission d' étude sur l' art khmer" aux frais de la République. Il a 23 ans et, bien entendu, ignore tout du sujet. Parti en décembre, il est de retour en avril sans avoir rédigé la moindre ligne de Rapport. D' ailleurs, si l' on ôte un mois de bateau pour l' aller et autant pour le retour, on est presque tenté de fermer les yeux.
C' est un comédien au chômage qui est chargé du fameux Rapport , après quelques brèves incursions à la Bibliothèque Nationale et l' aide d' un Guide de voyage. Le Directeur de l' Ecole Coloniale, recevant le "document", s' indigne publiquement du "vide de ce prétentieux pathos". Levet est décoré des Palmes académiques.

Il n' est ni Loti ni Malraux. Mais il annonce Cendrars, et Morand. Déjà il s' est embarqué dans un projet de roman, "L' Express de Bénarès", sorte de "Maldoror" dont le manuscrit inachevé a été perdu. En fait, l' "exotisme" de Levet n' esiste que dans l' imaginaire. Son recueil le plus connu, "Cartes postales",. évoque des ports fantômatiques dotés de noms réels, La Plata, Port-Saïd, Las Palmas, l' ombre de personnages de chair, clients de la "Compagnie des Messageris maritimes", fonctionnaires coloniaux, cantatrice de transatlantique, les rêves sultanesques d' un mélancolique nullepart.

Un soir, chez Jourdain, il se met à cracher du sang. Au lieu de se soigner, il use à nouveau de piston pour être nommé vice-consul à Manille, puis aux Baléares, avant un congé- -maladie de longue durée. Trop tard. Sa mère l' emmène mourir de phtisie au soleil de Menton en décembre 1906, peu avant ses 33ans.

 

 

 

 

Petite bibliographie : - "Poèmes, précédés d' une conversation entre MM. Léon-Paul Fargue

                                    et Valéry Larbaud", éd. Les Amis du Livre, 1921

                                 - Patrice Delbourg : "Les Désemparés", éd. Le Castor Astral, 1996

                                 - "Cartes postales et autres textes", Poésie/Gallimard, 2001

                             

 

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Le trésor de Pierre-André Benoit

Publié le par memoire-et-societe

La crise aura au moins eu un effet positif : permettre à des Français de connaitre leur pays en les incitant à délaisser un exotisme (souvent de pacotille) au profit d' un patrimoine injustement dédaigné.
Si cet été l' aventure les conduit vers le sud du Parc national des Cévennes, au pays des rebelles Camisards où les miroirs en creux servaient à cacher la Bible, ils peuvent ainsi faire halte au château de Rochebelle, havre ombragé au bout d' un quartier populaire d' Alès. Cet édifice de la fin du XVIIIème, de style néo-classique, acheté par la Ville, abrite depuis 1989 le musée-bibliothèque Pierre-André Benoit.

Qui était Pierre-André Benoit, appelé PAB dans sa Cité natale comme dans le monde de l' Art, et décédé en 1993? Un humaniste des temps modernes, peintre et graveur, éditeur, bibliophile, collectionneur, ivre de poésie et d' enluminures. On se pressait pour solliciter ou admirer le travail de ce Languedocien enraciné dans son terroir mais ouvert à toutes les expressions créatrices, ami des plus grands avec lesquels il a étroitement collaboré. Ecrivains comme Breton, Claudel, Eluard, Tzara, Artaud, Bousquet, Valéry, pour ne citer que quelques auteurs des 425 ouvrages qu' il a illustrés, désormais déposés dans la Réserve de livres rares de la Bnf. Peintres comme Braque, Duchamp, Arp, Ubac, Dubuffet, Vieira da Silva ou Picasso, représentés sur place, à Rochebelle.

Dans le jardin du château vous accueille une sculpture de Miro. A l' intérieur, la vaste salle d' exposition entièrement conçue par PAB, depuis les ornementations de plâtre coloré des murs et du plafond jusqu' aux découpes des meubles de chêne peint. Trésor d' une vie de passion esthétique, consacrée en priorité aux Arts graphiques et à la fabrication des "minuscules", ces livres de petit format où l' inspiration et le talent du maître illustrateur viennent prolonger le souffle des poètes.

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De l' impopularité des journalistes

Publié le par memoire-et-societe

Il parait que, selon d' innombrables sondages, les journalistes représentent la corporation la plus impopulaire, après celle des politiques, chez les Français. Sans doute la sévérité du jugement, systématique voire caricatural, s' adresse-t-elle en priorité aux journalistes politiques.

Comme toute généralisation, tant d' opprobre semble injuste, quoiqu' en partie fondé. J' ai été journaliste dans une Agence de presse, des journaux écrits, à la radio, à la télévision, à Paris, en région et à l' étranger. J' ai été plusieurs fois, notamment à l' ORTF du temps du ministre Peyrefitte, victime de brimades qui ont nui à ma carrière. Je n' ai donc pas appris la servilité.

Les griefs qui reviennent dans le procès fait aux journalistes, réputés par essence menteurs et stipendés, sont toutefois de trois ordres :

- ce sont des manipulateurs à la disposition du gouvernement et de l' argent. Leur parole n' est pas fiable.

- dépourvus de scrupules, ils privilégient l' effet politico- médiatique au détriment de l' information qu' ils amplifient ou réduisent pour plaire ou obéir.

- la catégorie dite des éditocrates s' arroge une importance dont on discerne mal la justification, sinon de laisser croire à leur hypothétique influence.

De fait, responsable politique et journaliste forment inévitablement un couple. Lequel a le plus besoin de l' autre? jusqu'où s' étend la complicité? le rapport de force? la corruption intellectuelle? on évolue ici dans le trouble territoire des confidences, du renseignement et du renvoi d' ascenseur. La proximité est telle qu' elle se traduit facilement par des liaisons tapageuses : Sinclair et Strauss-Kahn, Trierweiler et Hollande, etc. Ce journalisme de l' oreiller ne fait que développer la méfiance.

De son côté, le "journalisme d' investigation", très prisé depuis l' affaire du Watergate, contribue à entretenir le préjugé que génère le métier. Documents volés, fuites, enquêtes sulfureuses, renvoient l' image de journalistes évoluant comme chez eux parmi les indics et les espions, dans un espace qui mêle basse police et oeuvre de salubrité. Genre dont finalement, d' ailleurs, le public se montre friand.

Pour dire vrai, les journalistes ne sont ni saints ni démons. Certains sont plus consciencieux, intègres et responsables que d' autres, comme il en est pour les avocats ou les notaires. Les bons paient pour les mauvais : l' impopularité n' est pas forcément équitable.

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Cerveaux en fuite

Publié le par memoire-et-societe

La fuite des cerveaux a été longtemps un phénomène lié au sous-développement. Ainsi, en Afrique, voyait-on les jeunes médecins, à peine leur diplôme en poche, chercher à exercer en Europe plutôt qu' en brousse où ils faisaient pourtant cruellement défaut.

Aujourd'hui, ce sont d' ex métropoles coloniales qui sont elles-mêmes touchées par la vague de l' expatriation. On compte actuellement environ deux millions de ressortissants français installés à l' étranger, retraités et évadés fiscaux compris. Chaque année 120.000 jeunes diplômés quittent le pays. Depuis dix ans, leur nombre a cru de 35%.

Les Français étaient auparavant plutôt casaniers, contrairement aux Britanniques, Italiens et Allemands, exilés précoces aux Amériques. Mais depuis le début des années 2000, la moitié des chercheurs de pointe en économie, biologie et mathématiques de l' Hexagone abandonnent celui-ci, souvent sans projet de retour. Leur destination principale est logiquement les Etats-Unis, où les conditions de travail et de rémunération sont .supérieures. L' Asie et l' Allemagne sont également recherchées.

Les motifs de ces départs sont connus : rareté de l' emploi, perspectives de carrière réduites, poids des hiérarchies, surcharge bureaucratique, encore que la rapide mondialisation des échanges scientifiques tende à élargir l' horizon des connaissances.
D' ailleurs, au moment où la France souffre de la perte d' ingénieurs et de chercheurs qu' elle a formés à ses frais, elle conserve un pouvoir d' attraction sur nombre de non nationaux.

Le CNRS comptait en 2012 1749 chercheurs étrangers sur un total de 11312. L' INSERM 281 sur 2153. L' Institut Pasteur 264 sur 622. La plupart indiquent leur intention de se fixer dans le pays. La France est en tête en matière de partenariats avec les laboratoires européens et américains.

Les recrutements d' organismes publics comme le CEA ou le CNRS n' en restent pas moins largement inférieurs au nombre de thèses soutenues annuellement. Cet écart entre formation et débouchés constitue à l' évidence une forte incitation à l' exil, d' autant que le taux des expatriations professionnelles est étroitement soumis au niveau des diplômes : 0,4% pour les bacheliers, 2,5% pour les détenteurs d' un Doctorat.

Un tiers de nos compatriotes entre 18 et 34 ans envisagerait de s' installer à l' étranger, et le rythme des retours ne cesse de ralentir. La fuite des cerveaux n' est assurément pas une spécificité française. Il est subordonné à un nomadisme général que favorisent la liberté relativement récente de circuler, une curiosité accrue pour l' autre et l' ailleurs, le rapetissement de la planète induit par des technologies de communication toujours plus performantes.

N' empêche : le préjudice intellectuel, économique, technique et humain qu' implique ladite fuite des cerveaux peut créer souci à ceux qu' intéresse à l' avenir d' un pays où , par ailleurs, l' illettrisme concerne un habitant sur 10.

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Les fils rebelles de Big Brother

Publié le par memoire-et-societe

L' actualité met depuis quelque temps l' accent sur deux personnages emblématiques de l' univers du web, de son impact et de ses contradictions : l' Américain Edward Snowden et l' Australien Julian Assange, se présentant tous deux comme " lanceurs d' alerte ".

Snowden a 31 ans. Assange bientôt 43. Le premier a d' abord collaboré au service informatique de la CIA, puis travaillé pour la " National Security Agency " (NSA). Cette activité l' a conduit à accéder à l' ensemble du système mondial d' espionnage américain. Choqué et écoeuré par ses découvertes, il a dérobé des dizaines de milliers de documents révélant les méthodes de la NSA et s' est enfui à Hong Kong en 2013 pour dénoncer les innombrables violations de la Constitution opérées par son gouvernement.

Traqué par les agents US, privé de passeport, il a finalement trouvé un refuge provisoire à Moscou, où le KGB, comparé au système de programmes de surveillance américain, fait figure d' association de boy-scouts. Aux USA, d' autres " lanceurs d' alerte " ( i.e " contestataires " ) tels William Binney, Michael Moore ou Daniel Ellsberg ont fait de Snowden un héros. 51% des électeurs républicains un traître.

En France circulent des pétitions de soutien et de demandes d' asile en sa faveur, malgré l' interdiction d' accès au territoire opposée à l' informaticien par Manuel Valls. Snowden envisage de s' installer prochainement au Vénézuela, d' où il poursuivrait sa campagne de divulgations par voie de presse.

Assange est le fondateur de l' organisation WikiLeaks ( leaks signifiant "fuites" en anglais ) Son site a diffusé plus de 40000 informations confidentielles sur les pratiques américaines en Irak et la corruption en Afrique et en Russie. La rédaction du " Monde " l' a élu homme de l' année en 2010. Il est considéré par l ' administration Obama comme l' ennemi public n°1.

Relevant l' écart existant entre les informations détenues par les Etats et celles parvenant aux citoyens, Assange s' est fixé pour but d' inverser la situation en divulguant les renseignements gardés secrets et en tarissant les sources dont se nourrissent les Administrations. " L' organisation des fuites, dit-il, constitue un acte intrinsèquement anti-autoritaire ".

C' en est trop. On lui colle sur le dos une accusation de viol. Il répond en dénonçant un coup monté : WikiLeaks comme par hasard vient de révéler les méthodes de l' armée américaine en . Faisant l' objet d' un mandat d' arrêt international, il trouve refuge en 2012 à l' ambassade d' Equateur à Londres. Du balcon, il clame : " Les Etats-Unis doivent renoncer à la chasse aux sorcières ". Selon Scotland Yard, la présence d d' Assange depuis deux ans dans ce lieu, surveillé de jour comme de nuit par la police anglaise, a déjà coûté plus de 7 millions d' euros au contribuable londonien.

Ces affaires sont profondément morales. Les fils rebelles de Big Brother démontrent ainsi que l' informatique, elle aussi, peut servir à combattre le mépris de l' homme.

Publié dans actualité

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Rêve fou

Publié le par memoire-et-societe

Les responsables politiques français qui, compte tenu de la décomposition partisane actuelle, ont peu d' occasions d' évoquer la politique étrangère, se bornent dans ce domaine qui implique une certaine connaissance des dossiers, à célébrer l' indépendance du pays devant une opinion se satisfaisant, faute de mieux, de pétitions de principe et de généralités.

En fait, depuis la démission du général de Gaulle en 1969, les positions de la France sur la scène internationale n' ont cessé de s' effilocher, alors que l' atlantisme à la sauce bruxelloise grignotait sa liberté de mouvement.

Ce n' était par hasard qu' au lendemain même de la Libération, de Gaulle avait sauté dans l' avion de Moscou. Il entendait ainsi affirmer sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans une monoalliance où sa voix serait reléguée au second plan. Le souci d' une diplomatie équilibrée dans un monde multipolaire était sa règle d' or. Il savait d' expérience que les Anglo-Saxons ont besoin de la France, mais ne commencent à la respecter que lorsqu'elle ne leur est plus soumise. Il est sorti de l' OTAN, où Sarkozy nous a ramenés.

Le premier accroc a été l' oeuvre de Pompidou. Il a en 1972 introduit l' Angleterre en Europe. On préfère croire que l' intention était noble, mais il est inquiétant de songer qu' un chef d' Etat n' évalue pas mieux les risques qu' il prend. De Gaulle, quant à lui, refusait l' intrusion d' un cheval de Troie dans l' aménagement de l' Europe à l' issue de la décolonisation , et donc un obstacle au rapprochement franco- allemand qui constituait la colonne vertébrale du projet.

Un an plus tard, fin 1973, le premier "choc pétrolier" a montré les limites de la solidarité atlantique. Le secrétaire d' Etat américain Kissinger est allé négocier directement avec le roi Fayçal d' Arabie les conditions d' un accord qui pénalisait essentiellement les économies européennes en plein essor, devenues potentiellement des concurrentes dangereuses sur le marché mondial. Pour la France, fin des " trente glorieuses" et, par voie de conséquence, amenuisement de sa puissance diplomatique.

Déjà, l' intervention franco-britannique de 1956 sur le canal de Suez, stoppée par un ultimatum américano-soviétique, avait provoqué la relève par les USA de la présence française au Levant. Après le retour de de Gaulle au pouvoir en 1958, sa " politique arabe ", contestée par le soutien systématique des socialistes à l' Etat d' Israël, piétinait. Le général s' est alors efforcé de trouver une compensation dans le concert international au moyen d' un non-alignement implicite (discours de Pnom Penh de septembre 1966), voire d' une incursion émancipatrice en terre francophone (discours de Montréal de juillet 1967 ).

Cependant, l' abandon dès 1970 des lignes de force tracées par les options gaulliennes au profit d' un retour progressif dans le giron atlantico-européen, en même temps qu' une nette distanciation avec les pays de l' Est, ont sonné le glas d' une stricte vision de l' indépendance nationale. Les hôtes du Quai d' Orsay, formés à l' antienne du nécessaire "bouclier américain ", se sont mis à répéter que la mondialisation devait rapprocher plus étroitement les occidentaux et que chacune de leurs composantes dépendait des autres. Sans préciser jusqu' où certaines étaient plus dépendantes que d' autres. L' option dominion...

La France détient une voix au Conseil de Sécurité des Nations Unies. C' est un atout. Pourquoi ne le jouerait-elle pas en diversifiant ( sans les renverser) ses alliances ? En desserrant le carcan de l' atlantification ? En ouvrant une perspective européenne plus large selon un axe Paris-Berlin-Moscou ? En retrouvant une aura populaire face à la voracité du système totalitaire de la Finance ? En encourageant la Paix et en développant les chances d' une démocratie crédible? Ce rêve "fou" mérite un regard politique neuf et courageux : il viendra, c' est inéluctable.

Publié dans politique

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Vérités,salamalecs, grenouilles

Publié le par memoire-et-societe

Submergé par les fastes du D.Day, l' article de Michel Rocard dans "Le Monde" du 5 juin est passé à la trappe. Il tombait effectivement mal quand Hollande multipliait les ronds de jambe devant la reine d' Angleterre, de rose revêtue.

Pourtant, l' ancien Premier Ministre posait un problème de fond puisqu' il demandait aux "amis anglais" de "sortir " de l' Union Européenne. Sans tenter de me faire valoir, on me permettra de rappeler que ce blog a maintes fois soulevé la question : en novembre 2011 ( Exploser l' euro ), en janvier ( L' Europe en dominion ), mars (Trois Europes ) et septembre ( French bashing ) 2012, en janvier ( L' Europe, c' est le continent ), avril ( De l' Angleterre ), et juin ( Existe-t-il un patriotisme européen ?) 2013.

En substance, que dit Rocard, traduisant le sentiment d' une large majorité de l' opinion ? Que les Anglais, fidèles à une attitude séculaire, " n' aiment pas l' Europe " et que leur objectif est de torpiller l' unification du continent, grâce à une tactique éprouvée : diviser pour régner, élargir pour diluer ; qu' ils se sont introduits dans la C.E à l' occasion d' une erreur de Pompidou, cherchant à contrebalancer l ' essor de la puissance allemande ; que Londres, pensant uniquement commerce, a systématiquement combattu tout pas vers l' intégration et "voulu la paralysie" ; que par la faute de l' Angleterre " l' Europe est entravée et mal gérée, géant économique et nain politique ", ainsi écartée de toute recherche de la paix en Yougoslavie, en Afrique et en Palestine ; que le gouvernement de Sa Majesté a violé les règles communautaires par l' exigence d' accords de dérogation concernant sa contribution financière ( " my money back" ) et son droit à s' en aller quand bon lui semble ( " opting out "); qu'il a toujours mis son véto à la nomination d' un fédéraliste à la tête de la Commission ; qu' il a inlassablement fait prévaloir le point de vue national sur l' intérêt communautaire ; qu ' il bat désormais la campagne pour empêcher l' élection à Bruxelles du luxembourgeois Jean-Claude Junker, trop continental à son goût.

Le réquisitoire de Rocard est implacable. Sa conclusion aussi : " Sans démocratie interne, écrit-il, l' Europe est indigne (...) Vous nous méprisez à ce point ? De quel droit? (...) Vous en aller ? Mais vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous avez créé...Partez donc avant d' avoir tout cassé."

Il est réconfortant de voir un homme politique d' envergure parler vrai. La soumission de la diplomatie française aux hypocrites diktats du Foreign Office mérite depuis 42 ans - date de l' adhésion britannique à la Communauté- d' être dénoncée. C' est fait, au plus fort des salamalecs destinés à Mme Elizabeth dont Mme Hidalgo, maire de Paris, a donné le nom au "Marché aux fleurs", cher à Jacques Prévert. Sans la courageuse lettre de congé de Rocard, nos " amis anglais " n' auraient qu' à continuer de se gausser de ces "stupides grenouilles".

P.S 1- Puisqu' on est dans les célébrations guerrières, comment se fait-il que personne, jamais, n' honore la victoire de Stalingrad sans laquelle le DDay n' aurait sûrement pas pris la même tournure. La présence de Poutine en Normandie n' en a que plus de sens.

P.S 2- Michel Rocard ne cesse d' aggraver son cas. Ne voilà-t-il pas qu' il a signé la pétition offrant l' asile politique en France à Edward Snowden, l' homme qui a révélé l' existence du réseau mondial de cyberespionnage anglo-saxon ?

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Le roman du mécontentement français (5)

Publié le par memoire-et-societe

5. Le guet.

Le mécontentement français n' a rien d' un caprice. Il est palpable au quotidien. Avant 1914, Paris passait pour le berceau de la courtoiserie. La ville est aujourd'hui perçue à l' étranger comme la capitale mal tenue du luxe, dont il faut avoir vu les monuments et les sites, humé un "romantisme" vanté par le cinéma, mais aussi évité les escouades de tire-laines et adouci l' humeur revêche des habitants.

La démotivation, l' agressivité, le repli sur soi ont l' air d' y dominer l' atmosphère jusqu' au ras du trottoir, avec sans doute un bémol en province. Des passants foncent droit devant eux, l' oeil rivé sur leur portable, d' autres tiennent conversation sur la chaussée, sans bouger d' un centimètre pour faciliter la circulation. On s' extirpe au dernier instant du wagon de métro bondé en bousculant ceux qui essaient légitimement d' y entrer. L' inattention à l' autre frise le mépris. Le sans- gêne frôle la goujaterie.

Rares sont les lieux publics qui échappent au vandalisme, les façades qu' épargnent les graffitis. Les panneaux indicateurs, les noms de rues, les plans de la cité, recouverts de tags et de zébrures, sont autant de crachats au visage d' une société de laquelle, par ailleurs, on a pris l' habitude d' attendre tout.

On ne peut pas ne pas éprouver un malaise et, pour peu qu' on se donne la peine de s' informer, ne pas en déduire que ledit malaise existe à trois niveaux, plus connectés entre eux qu' on ne croit. L 'institutionnel, le politique et le psychologique :

- la Constitution, faite en 1958 par de Gaulle pour de Gaulle en pleine crise de la décolonisation, est à l' évidence obsolète. Le rajeunissement suppose, au moins, la concentration du pouvoir législatif en une seule Assemblée, la démonarchisation du pouvoir exécutif par le recours au referendum d' initiative populaire, des dispositions électorales plus proches du modèle allemand, une régionalisation exempte de calculs partisans, l' instauration d' une Chambre économique dotée de responsabilités réelles dans son domaine, la redéfinition de Services publics à bout de souffle. Le tout dans un contexte européen peu favorable, avec des finances et une industrie délabrées. La remise sur pied ne peut dès lors être l' oeuvre d' un seul, mais celle d' un collectif soudé par l' enjeu, comme ce fut le cas pour la Reconstruction réussie des années 1945-50.

- S' agissant du personnel politique, un coup de pied dans la fourmilière s' impose, qui mettrait terme au Grand n' importe quoi ( on vient encore de nommer un "Secrétaire d' Etat à la simplicité" !). Un appareil gouvernemental hors coût, des parlementaires enfilant les mandats sans siéger ni déposer le moindre projet de loi, 23 députés et sénateurs pour la seule population des "Français de l' étranger", d' innombrables scandales de double et triple nationalité, cela et le reste est de la provocation. Tout candidat devrait être soumis à des enquêtes préalables de moralité, des tests de compétence et des relevés systématiques d' assiduité garantissant la qualité de la représentation nationale. Pour être entendue, la République se doit de redonner l' image de la vertu.

- Le moral des classes populaires est en berne. La conscience professionnelle, le civisme, le sentiment patriotique ne font plus recette. Le citoyen garde dans la bouche le goût amer de l' abandon de son savoir-faire, du déclin de sa culture et de sa langue, du recul de sa place dans le monde. Bref, sa confiance dans le pays est atteinte. Du temps sera nécessaire pour la rétablir.

Concluons : je ne crois pas avoir, dans cette série d' articles, débordé d' indulgence pour nos défauts. Qui aime bien, on le sait, châtie bien. Pour autant, je ne sous-estime pas notre potentiel. Les énergies sont là, elles demandent la possibilité de se déployer. Le peuple des Français, qui s' emploie à assimiler une immigration de masse et une mondialisation-américanisation brutale, n' est pas "fini". Il guette le moment de repartir, et cette circonstance n' est pas unique dans le roman de sa longue existence.

Publié dans société

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