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SOCIOLOGIE CONTRE IDEOLOGIE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

XIVème samedi...que sont les "gilets jaunes" devenus? Les pionniers ont stationné jour et nuit, Noël compris, sur les ronds-points. Ils étaient identifiables : blancs, avec une proportion de femmes supérieure à celle qu'on voit la plupart du temps dans les mouvements de protestation, chargés de famille, en grande majorité provinciaux ( ruraux et périurbains ), essentiellement issus de la petite classe moyenne ( commerçants de détail, artisans, travailleurs indépendants, retraités de la fonction publique locale), sans parti et primomanifestants, mais demandeurs sincères de considération et de solidarité patriotique.

Depuis la dégénérescence de la Gauche (communistes liquidés par Mitterrand, socialistes dégoûtés par Hollande, syndicats usés par des mobilisations sans effet), ceux "d' en bas" s' abstiennent en masse, en attente d' autre chose que le commode rituel électoral anti Le Pen, bouclier favori de la démocratie "représentative".

Soudain, un peu d' air frais s' est mis à souffler au bord des "Nationales". Jacquerie contre un Etat insatiable et inaccessible, une oligarchie égocentriste, un mépris de classe masqué tant bien que mal par un paternalisme insupportable.

Chose révélatrice, l' autre partie souffrante du peuple, en l' occurrence l' immigration , n' a pas bougé le petit doigt. Elle a continué de vaquer à ses occupations,  en premier lieu la recherche d' emploi, sans le moindre souci des gesticulations "gauloises" d' à côté. Situation qui illustre à quel point l' immigré, surtout non européen, a pris désormais ses distances,  combien les communautarismes se sentent dissociés de la vie nationale et des organisations reconnues du monde du travail. L' information n' est pas négligeable: elle n' a été relevée par personne. Les "Quartiers" n' ont  apparemment délégué que des casseurs, ni poujadistes ni gauchistes mais aptes à discréditer une juste colère et à en détacher les modestes convaincus.

Dans ce charivari, l' idéologie, celle du moins visant à cautériser les plaies sociales en promettant à chaque génération un lendemain en chanson, n' est plus qu' un refrain essoufflé pour colloques ou congrès. Son discours n' atteint pas le citoyen. La passerelle qui mènerait des "think tank" aux ronds-points n' existe pas. En fait de passerelle, la seule connue du moment est celle où se sont affrontés un boxeur révolté et les CRS: elle se nomme Senghor, du nom d'un apôtre de la Conciliation. Encore une indication dédaignée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans actualité

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APPRENTISSAGE DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Certains, provinciaux ou touristes étrangers, n' aiment pas Paris. " Cité bruyante, assez sale, chère, où les gens sont peu aimables et toujours pressés, les garçons de café insolents, les musées en grève ou en rénovation", se plaignent-ils. Il y a du vrai. J' ajouterai même aux critiques, surtout depuis que Mme Hidalgo prétend diriger la capitale française, des travaux incessants  partout à la fois, des rues barrées, des arrêts d' autobus escamotés, des parcours imprévisibles, des déviations sans préavis, des encombrements accentués par la fermeture ahurissante des voies sur berge. Bref, une pagaille  permanente. Cette Ville réussit l' exploit d' être à la fois suradministrée (21 adjoints au maire, 533 conseillers de Paris et d' arrondissement rémunérés, 49000 fonctionnaires municipaux) et sous-gouvernée, si l' on en juge par l' incohérence des décisions. J' y suis né. Je peux en parler.

Cependant, malgré le choix invariablement malchanceux de ses responsables (Chirac et ses "frais de bouche", Tibéri et sa mafia corse, Delanoé et ses colères puériles), Paris parvient encore à sauver ses parts de magie. 

Quand je vois la "découverte" se limiter à un passage par Notre Dame, la Tour Eiffel, le Sacré Coeur et à une soirée "féerique" au Lido, je me dis que , là et ailleurs, la conception commerciale du tourisme n' est décidément qu' un suave artifice.

Car en réalité une ville telle que Paris s' apprend.  Comme une langue. Ne s' explore sérieusement qu' à pied. Ne permet de reconstituer le puzzle qu' à terme. Mon circuit d' initiation serait l' inverse de celui qu' offre la quasi totalité des Agences : un tour au Père Lachaise, y compris au Mur des Fédérés, comme dégourdissement historique, une flânerie dans les "Passages" qui s' emboîtent entre les jardins du Palais Royal et le Faubourg Montmartre, un arrêt devant le jet d' eau du Square d' Orléans, le recueillement dans l' espace du vieil Hôpital Saint-Louis, une halte sur la place des Vosges à la tombée du jour, à titre de simple exemple. Avant toute explication. Je sais : un cimetière et un hôpital ne répondent pas forcément à l' image attendue... Mais en ce lieu, toutes les subjectivités ont  leur chance parce chaque endroit a ses fantômes: Paris est d' abord une ville-musée exceptionnelle.

C' est sans doute pourquoi elle suscite une telle collection de passions. On y croise les personnages les plus divers: Hugo, Balzac, Baudelaire, Zola, bien sûr, mais encore Apollinaire, Cendrars, Léon-Paul Fargue, Carco, Breton et Aragon, Céline, Salmon, Dabit ou Léo Malet, les noms arrivent en foule, dans un désordre ravi .

Les présentations ainsi faites, vous pouvez passer à la visite : lecture de plaques commémoratives au-dessus des porches, recherche d' adresses disparues dans des rues recommencées, traces à demi effacées de récits d' autrefois, survivances plus ou moins préservées de passés à l' abandon.

Chose réconfortante, l' apprentissage de ce Paris là connait un regain de curiosité. On voit, à l'angle des rues, des groupes de plus en plus fournis, serrés le nez en l' air autour de leur guide. A leur tour, ils apprennent Paris. 

Publié dans société

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