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SOCIOPHILOSOPHIE D'UNE COLERE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La colère est une manifestation humaine qui vient, la plupart du temps, de plus loin qu'il n'y parait d' emblée. Rien, par exemple, ne semble mieux illustrer la crise qui prévaut aujourd'hui en France que la formule ressassée: " l' augmenta tion du gas oil est la goutte qui fait déborder le vase".

Si nos dirigeants étaient de meilleures têtes politiques, ils auraient déjà soigneusement analysé les signaux divers et variés que leur envoient les citoyens, tels que : 

- l' affaire des Bonnets rouges en octobre 2013, rébellion régionale qui a coûté un milliard d' euros au contribuable grâce à Mme Royal (qui essaie de revenir maintenant sur la scène !...)

- le mouvement " Nuit debout" qui a libéré en mars 2016 une critique impitoyable du modèle actuel de société et permis de gifler Finkielkraut ( aujourd'hui rallié aux gilets jaunes !...)

- l' irruption soudaine (avril 2016) d' "En marche" qui, en un an, a réussi le "dégagisme" et gagné les élections présidentielles et législatives.

- la révolte générale des " Gilets jaunes" , après toute une série de mesures frappant les automobilistes depuis l' été 2018.

- parallèlement, l' extension de l' abstention. En vingt ans de 12 à 25% à la Présidentielle, de 15 à 57% aux Législatives, de 39 à 59% aux Européennes.

- enfin, des faits moins spectaculaires mais qui participent du malaise: la non prise en compte du referendum populaire de 2005 sur l' Europe, la défaite syndicale sur l' âge de la retraite en 2010 , les menaces récurrentes sur l' ensemble des acquis sociaux ou bien, dans un autre compartiment du vivre ensemble, l' insurrection des banlieues il y a maintenant 13 ans.

Encore une fois, si nous étions gouvernés par des hommes de terrain, et non de cabinet, ils auraient interprété de façon plus réaliste l' accumulation d' événements qu' ils ont jugé sans conséquence. Nos jeunes messieurs y auraient lu le récit d' une remise en question du système et de sa représentation. Ils auraient plus vite compris que le phénomène "Gilets jaunes" est une suite logique du surgissement éclair des "Marcheurs" dans une version moins bobo. Ils auraient découvert comment, en l' espace d' une génération et quarante ans de mal-gouvernement, la partie modeste de la classe moyenne a été expulsée, par l' argent, des centre-villes et, enjambant les quartiers d' immigrés, s' est retrouvée reléguée en zone péri urbaine, dans des lotissements pavillonnaires sans les infrastructures de transports correspondantes et donc rigoureusement dépendante d'une sinon deux voitures, grevant les budgets familiaux. Nos décideurs auraient même pu réaliser qu' une telle évolution ne se produit pas en quelques jours (voir sur le propos notre article " Triangle post colonial" du...13 août 2011).

Pourquoi les élus qui habitent, eux, majoritairement en ville, n' ont-ils pas, ces 40 fameuses dernières années (après les 30 "glorieuses" qui les ont précédées et ont créé l' illusion d' une croissance permanente), trouvé le temps de noter ce chambardement? d' évaluer la mutation, de se pencher sur les difficultés conséquentes pour les populations "rurbanisées" qu' ils sont censés représenter et dont il leur revient de voter les lois d' aménagement les concernant?

Pourquoi, durant toute cette époque, la République s' est-elle plutôt efforcée de tolérer, voire de couver, de choquantes féodalités? Prenons, à titre d'illustration,, la dynastie Dassault. Le grand-père Marcel, puis le petit-fils, Olivier, détiennent , depuis des décennies, un mandat de député littéralement acheté dans une extrémité rurale  de l' Oise. La corruption d' électeur n' a rien d' illégal. Pendant ce temps, le fils, Serge, s' est offert un titre de sénateur dans l' Essonne. Tous trois ont  notoirement "le chèque facile", et figuraient (Marcel et Serge sont décédés) parmi les parlementaires les moins assidus.

Qu' ont-ils jamais su ainsi de la vie pratique des villageois dont ils finançaient distraitement la réfection du clocher ou les maillots de l' équipe de foot? Ce n' est là qu'un exemple : il n' est sans doute pas étranger au développement croissant du rejet de la classe politique et, en conséquence, de l' abstention électorale. Pour les générations nouvelles, la pérennité et la reproduction des rentes parlementaires sont devenues inexcusables et ne pas aller aux urnes se mue en geste contestataire .

Voilà qui sent mai 68 et exprime la philosophie des barrages de la colère. Une vérité s' empare des oubliés : il existe en France deux pays qui y vivent séparément. C' est en tout cas ce qu' éprouvent certains et certaines des smicard(e)s retraité(e)s ou non qui débarquent en novices sur "les Champs", venant du Pas de Calais, de la Creuse, des Ardennes et autres nids de pauvreté. La France pourtant, ils l' ont défendue dans le travail qu' ils ont depuis perdu, et  leurs aïeuls aussi dans les tranchées ou les maquis. Sur 'la plus belle avenue du monde", ils sont des étrangers. Ils ne savent y parler que de leur peine à exister à l' adresse d' une "élite républicaine" qui , de son côté, se donne rarement la peine de les écouter.

La réalité est là, qu'ils mesurent avec amertume : une partie des Français vit au-dessus des moyens de la France, et une autre, la leur, au-dessous. Le problème alors s' élargit : on passe du prix du carburant à une crise ouverte de modèle social.


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Publié dans société

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LA COLERE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La France est donc, nous répète-t-on, en colère. En tout cas un nombre non négligeable de Français le sont, qui clament, les choses étant , " ne plus en pouvoir". Ces mots sont forts. Pourtant, comparées à celles de bien d' autres nations, les conditions de vie hexagonales semblent encore enviables. Si une partie de la population consomme, voyage et épargne sans restriction, les besoins, considérés comme vitaux, de la grande majorité sont globalement assurés. Ce n' est pas la justice, mais c' est le moindre mal du moment...

Quoique, depuis une trentaine d' années, soit le second septennat Mitterrand, on constate la dégradation régulière des services publics, de l' école à l' hôpital, de l' état des routes aux installations ferroviaires, des tribunaux aux universités, pour ne citer que ceux-la. Situation à laquelle il convient d' ajouter l' endettement chronique de l' Etat et des Collectivités locales, le désarroi du monde rural, l' inquiétante atmosphère des quartiers sensibles, un taux de chômage irréductible, une préjudiciable désindustrialisation, l' hypertrophie du secteur tertiaire (de la bureaucratie notamment ), l' insuffisance des investissements indigènes, une évasion fiscale peu sanctionnée, d' indécentes inégalités de revenus, le découragement massif des maires, l' exode relatif des diplômés, une abstention électorale conséquente, la radicalisation des communautarismes (CRIF d'un côté, UOIF de l' autre) : autant de signes  de désaffection civique et d' abandon de l' intérêt général.

En 2000 ans d' Histoire, la France a été confrontée à toutes sortes de crises : religieuses, politiques, militaires, identitaires, coloniales, financières, sociales, qu' elle a surmontées par un réflexe d' unité. Ce ressort est-il grippé? D' aucuns, face au spectacle de désaveu des "intermédiaires", terme en vogue pour désigner partis et syndicats, en attribuent la source à un sentiment d' humiliation et à un scepticisme défensif que sous-estimerait le Pouvoir.

Non qu' il n' eût existé auparavant. On a toujours connu une Cour arrogante, régentant sans souci des "territoires" excentrés plus ou moins obéissants. Toutefois, le paysage n' est aujourd'hui pas tout à fait le même. Les nouvelles technologies, la géo-politique, l' écologie, rebattent les cartes. Le contribuable ne se veut pas taillable et corvéable, le provincial ne s' assimile plus à un colonisé guettant les décisions d' une lointaine métropole : sous couleur de prix des carburants s' exprime le rejet d' une oligarchie indifférente au sort du vulgaire.

Je suis en colère, contre moi aussi : en colère de me voir amené à ressasser ce lot de lieux communs. Seulement voilà , pas de "Grenelle" du genre possible. L' humiliation ne se prête pas à la négociation. Elle relève de l' attention que les uns et les autres portent à la société, le nanti au précaire, le cabinet ministériel au péri-urbain, l' énarque au chômeur, bref de ce dédain structurel que réservent les "décideurs" aux classes malmenées par leurs soins.

Par conséquent, l' humiliation mijote depuis pas mal de temps dans un enfermement auquel n' échappent que de rares exceptions servant d' alibis. Les Bonnets Rouges, Nuit debout, les Gilets Jaunes, ne racontent-ils pas cependant quelque chose? L' inadéquation institutionnelle de la Vème République à la réalité de 2018, et le mensonge de la "représentation" du peuple citoyen, avec ses scandales à répétition (Cahuzac, Fillion, Benalla, etc),  son bi camérisme obsolète, son découpage régional surréaliste, son millefeuilles bureaucratique toujours plus épais, son train de vie fastueux et l' impunité de ses Princes ?

Faire la sourde oreille aux craquements du système, qui viennent de partout, est grave. Le changement quinquennal de président n' est pas la réponse. A force, le pays des Droits de l' Homme, des Lumières et des Grands Principes se retrouvera dans la violence, à la merci de quelque junte qui mettra tout le monde d' accord. Les démocrates "de progrès" n' auront alors qu' une ressource : sortir leur mouchoir pour un temps indéterminé ( encore un poncif réactivé).

 

Publié dans actualité

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A PROPOS D' ARMEE EUROPEENNE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' idée d' armée européenne, réapparue dans l' actualité, n' est guère nouvelle. Deux pionniers de la construction fédérale, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, et Jean Monnet, promoteur de la Communauté Charbon-Acier (CECA), y songeaient dès la fin de la 2 ème guerre mondiale et le début de la "guerre froide" (1947), en liaison avec le chancelier Adenauer.

L' idée même s' est aussitôt heurtée à la violente opposition des gaullistes, hostiles à toute réduction de souveraineté, et des communistes dénonçant une opération montée de Washington et du Vatican contre l' Union soviétique. Jacques Duclos traitait Schuman de "boche" à l' Assemblée nationale et, de Colombey, le Général rappelait que les fondements de la France se situaient dans une diplomatie et une armée totalement indépendantes.

Bien que ratifié sans accroc par les Allemands, le traité de la C.E.D a provoqué dans l' hexagone ce qu' on a nommé "une nouvelle affaire Dreyfus", tant les passions y ont agité l' opinion deux ans durant, hors distinction partisane ou presque. L' abbé Pierre, député social-chrétien, les radicaux Herriot, Daladier, Mendès-France, les socialistes Moch, Daniel Mayer, Savary (exclus de la SFIO pour indiscipline) figurent parmi les adversaires les plus résolus d' un projet qui n' a pas été sans conséquences. Ainsi l' élection (au 13ème tour) de René Coty comme président de la République est-elle l' effet d' une neutralisation réciproque d' un candidat cédiste et d' un anti-cédiste, et le vote de rejet final du 30 août 1954 a-t-il provoqué la démission de Monnet de la présidence de la CECA.

Si l' idée d' armée européenne se voit aujourd'hui relancée avec insistance par E. Macron, c' est paradoxalement sur des bases inversées: l' obsessionnel "danger communiste" n' existe plus (remplacé par la menace jihadiste?), l' isolationnisme prêché par Trump oblige les Européens à renforcer leur protection contre d' éventuels agresseurs que le président français désigne nommément (les U.S.A.,, la Russie, la Chine,,,)

Les obstacles ne manquent cependant pas:  maigreur d' une armée allemande de 170.000 hommes, survivance des nationalismes, et, surtout, absence d' une industrie d' armement transnationale : Airbus est, dans le domaine, au 7ème rang mondial (les 5 premières entreprises relevant de constructeurs américains soigneusement corrélés ente eux par le président Clinton)), Thalès au 12ème, Safran au 15ème. Les Belges viennent de renouveler leur aviation militaire avec des chasseurs-bombardiers U.S. Si la pensée Macron-Merkel est d' abandonner la "politique des petits pas" pour créer "d' en haut" une force de défense nucléaire continentale que, pour l'instant, possède et finance seul le contribuable français, dans un monde où l' attentat terroriste semble primer sur le lancement d' une bombe H appelant une réplique immédiate et équivalente, voilà bien une pensée qui mérite réflexion.

Et ce n' est pas l' affaiblissement des deux leaders dans leurs pays respectifs qui parait devoir impulser un irrésistible élan à ce serpent de mer âgé de quelques 70 printemps. Trouvez mieux.

 

 

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Publié dans politique

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L' IDEE DEMOCRATIQUE EST-ELLE "USEE"?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie libérale telle que la connaissent aujourd'hui maints pays occidentaux développés est- elle menacée de débordement historique autoritaire? c' est la question que posent des observateurs impavides arguant que : 

- de grandes entreprises multinationales comme les GAFA ( Google/Apple/Facebook/Amazon) sont plus riches et puissantes que la plupart des Etats membres de l' ONU et  en mesure de leur imposer leurs intérêts à elles

- la mondialisation du Tout numérique remet en cause des orientations et situations supposées acquises dans des domaines névralgiques comme la Communication, l' Education, les Technologies militaires et industrielles, bouleversant au passage le marché de l' emploi sur la planète

- les rapports de force géo-politiques se sont profondément modifiés : l' Europe est une ancienne superpuissance éclatée, l' Asie un continent conquérant et revanchard, les U.S.A une nation traversée par des contradictions qui commencent à affaiblir le pays

Trump, Xi Jinping, Poutine, Erdogan, dont les manières de gouverner ne semblent pas répondre aux plus purs idéaux démocratiques, redessinent  des pans de l' atlas mondial à leur façon. Pas un Européen parmi eux, pas un avocat des principes sur lesquels se fonde une société se revendiquant d' abord des Droits de l' Homme.

C' est pourquoi il n' est pas tellement bien vu de rappeler de nos jours les notions de séparation des pouvoirs et de liberté d' expression. L' opposition nationalisme/multilatéralisme choisit, à ce niveau, de mettre d' autres thèmes en vedette : la sécurité, fille du terrorisme, l' immigration, mère des racismes. La coopération et la fraternité sont dès lors des concepts vieillissants.

Qu'une contrée qui se prétend un modèle de démocratie comme celle de Donald Trump, s' enferme jalousement dans ses frontières, revient à nier la liberté de circuler vers laquelle tendent désormais les jeunes habitants de la Terre. Ce qui est usé justement, c' est cela, ne penser la vie que par le truchement de l' Etat-nation, de ses institutions obsolètes, ses partis corrompus, ses syndicats sclérosés, son racket permanent. Ce qui devrait au contraire être définitivement usé, c' est de jouer, comme Trump et ses semblables, avec la Paix des peuples en substituant à ce Bien suprême les égoïsmes de classe, le pouvoir des lobbys et du business, la diplomatie secrète et le surarmement. 

Finalement, je préfère le lanceur d' alerte à l' "observateur", aussi avisé soit-il.

 

 

 

 

Publié dans société

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