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"RAPHAËL DES FLEURS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Bonne idée que de présenter en ce printemps au "Musée parisien de la Vie romantique", dans le quartier même où est née la version française du mouvement, une exposition du maître de la Rose, Pierre-Joseph Redouté.
Artiste à l' embranchement du dessin et des sciences de la nature, Redouté, né en 1759 dans les Ardennes belges, arrive à Paris à 24 ans et y meurt à 81, après avoir traversé sans encombre une tumultueuse époque : la fin de l' Ancien Régime, la Révolution, l' Empire, la Restauration et une bonne partie de la Monarchie de Juillet.

Elève du Hollandais Van Spaendonck, il devient dès 1793 (l' année de la Terreur), responsable du département des vélins au Museum et l' illustrateur de nombreux ouvrages de botanique. Dès lors, on fait appel à son inspiration poétique et à sa technique rigoureuse : aux Manufactures de Sèvres et des Gobelins, au Musée des Beaux-Arts de Lyon comme au Château de la Malmaison. Il est bientôt le peintre floral attitré des "Grands", de l' impératrice Joséphine de Beauharnais à la reine Marie-Amélie et au roi Charles X qui lui remet les insignes de la Légion d' Honneur.

Spécialiste de l' aquarelle sur vélin, on le surnomme le "Raphaël des fleurs" en un temps où le goût des plantes exotiques rapportées par les botanistes de leurs explorations en Amérique du sud et en Australie fait fureur. On se dispute ses gouaches et ses gravures. Ses illustrations de recueils inspirent les céramistes, les peintres sur soie, les brodeurs, les concepteurs de papier peint, c' est-à-dire les acteurs d' arts appliqués et décoratifs qui viennent témoigner d' une société où le pouvoir des fleurs ne  fane jamais.

" L' iconographie végétale, affirme Redouté vers la fin de sa vie, n' est plus simplement un art du luxe." Il défend jusqu' au bout l' idée que ses "précieux modèles", les roses immortelles, doivent profiter à tous grâce aux outils qui peuvent rendre la Beauté accessible à chacun. Le message de Redouté n' est pas demeuré lettre morte: le pinceau et la machine poursuivent un fructueux dialogue. 

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CONTRIBUTION à l' HISTOIRE SOCIALE en FRANCE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ainsi va le mouvement populaire dans notre pays qu' il grandit, se scinde, décline, puis , tel le Sphinx, renaît de ses cendres et verdit à nouveau, engendrant au passage des " avancées" qui ne sont parfois qu' un rattrapage de mesures existant ailleurs, mais qu'un patronat local rétrograde a freinées par tous les moyens (il a été, de ce fait, toujours aisé de demander à un égoïsme aussi forcené pourquoi, selon lui, il y a des communistes, mais bon...) L' Allemagne de l' Empereur Guillaume II, où dominait la social-démocratie, était plus ouverte en matière de retraites ouvrières, d'hygiène d' entreprise et de sécurité maladie que la IIIème République française, où des dispositions identiques étaient immédiatement soupçonnées de "collectivisme" et annonciatrices de ruine générale. C' est seulement en 1936 (Front populaire) qu' ont été octroyés 15 jours de congé payé aux salariés (et en 1945 qu' a été accordé le droit de vote aux femmes.) Désolé, mais notre fameux modèle social n' est pas partout à l' avant-garde : syndicalisme anémique, paupérisation que ne compensent pas des aides en déclin, services publics en déficit alarmant, salaires féminins dévalorisés, pénibilité contestée, maladies et accidents du travail mal reconnus, emplois saisonniers peu réglementés, etc. Encore faut-il préciser que bien des conquêtes ont été historiquement précédées de grèves dures, voire accompagnées d' émeutes et de sanglantes répressions (1830, 1848, 1871, 1906 pour les principales). La lutte des classes en France n' a jamais été une légende. Même les "hussards noirs de la République", ces instituteurs issus des couches populaires, n' ont pu modifier en profondeur les mécanismes de reproduction des élites ni augmenter de façon concluante les occasions de mobilité sociale.

C' est donc un paradoxe relatif que de voir "la Gauche", terme qui en vérité se réfère plus au parlementarisme bourgeois qu' à la défense des intérêts prolétariens (un adjectif fleurant désormais l' archaïsme), que de voir, oui, la Gauche installée lessiver en moins de quarante ans le mouvement progressiste: Mitterrand, originaire du centre droit, a étranglé un parti communiste déjà discrédité par le système stalinien, Hollande, par son insuffisance, vidé de sa substance le Parti façonné par le même Mitterrand. Phénomène qui n' est sans doute pas étranger à un affaiblissement syndical simultané.

Sans remonter aux Jacobins et aux Girondins, aux Blanquistes et aux Proudhoniens, aux Sociaux-Démocrates et aux Anarcho-Syndicalistes, sans allusion à la dégénérescence mondiale des modèles dérivés (nationalistes et autoritaires, exotiques, planistes, religieux, césariens, libéralo-libertaires et autres), rappelons qu' il y a plus d'un siècle déjà, en 1905, les formations se réclamant du "socialisme" avaient réussi à fusionner en Section Française de l' Internationale Ouvrière (SFIO). Quinze ans plus tard, l' ensemble éclatait sous la pression d' un courant majoritaire rallié à la nouvelle Internationale Communiste. Plusieurs tentatives de réunification ont eu lieu entre les deux guerres puis à la Libération, entravées chaque fois par le stalinisme et la guerre froide, par dessus la tête de millions d' électeurs unitaires frustrés.

A l' intérieur même de la vieille SFIO, qu' avaient désertée les ouvriers, les microscissions se succédaient: "néo-socialistes" sur la droite, "parti socialiste ouvrier et paysan" sur la gauche, "parti socialiste autonome" puis "unifié" lors de la guerre d' Algérie, fractures en général suivies de regroupements en "clubs" et "conventions" jusqu'à la réunification du Congrès d' Epinay en 1971. Cela dit, l' échec ultérieur et définitif de "la génération Mitterrand" ne saurait gommer la prégnance de la question sociale. La Nature, c' est connu, a horreur du vide.

Parallèlement a prospéré au fil des ans une kyrielle de chapelles ultrarévolutionnaires et de sectes panmarxistes au discours inaccessible aux non initiés, mais dépensant beaucoup d' énergie doctrinale à s'excommunier mutuellement. De Krivine à Laguillier ou de Lambert à Pablo, Bezancenot et Poutou, elles constituent encore un élément plutôt anecdotique mais familier, sans lequel la saga révolutionnaire se sentirait amputée. Maintes carrières y ont d' ailleurs débuté depuis quelques décennies avant de trouver leur chemin de Damas : celles de Jospin, Mélanchon, Drai, Cambadélis, entre autres.

Aujourd'hui le courant communiste est partagé en une dizaine de groupes "refondateurs" et le courant socialiste, après implosion électorale, cloisonné en tribus gauloises allant d' un macronisme tempéré à un extrémisme mélanchonien replié sur lui même. Les rescapés de cette Gauche décomplexée s' apprêtent déjà à se positionner en continuateurs de leur oeuvre.

On redoute alors le scénario : leurs organisations aux adhérents raréfiés risquent  de s' entredéchirer des années avant que surgisse l' homme providentiel qui révélera que l' union fait la force. Un Congrès historique supplémentaire rapprochera des agrégats militants d' accord sur l' essentiel qui devront expliquer, le pouvoir conquis dans l' urne, l' inusable obligation d' opter pour  l' opposé de leurs promesses d' opposants, de jongler avec la ligne programmatique, de sacrifier, à l' abri de motivations alambiquées, à l' électoralisme et au clientélisme , bref de renoncer  en chemin. 

La phalange des insatisfaits mettra alors en accusation les "félons pouvoiristes" devant des masses ainsi poussées vers l' abstention... Cette fascination  récurrente pour la rupture entre soi (fut-ce au prétexte de la place d' une virgule dans une motion, d' un ego froissé ou d'un coup de com' narcissique) est, chez des "leaders" éléphantisés par leur entourage, d' ordre culturel, génétique et vaniteux (plutôt n°1 d' un groupuscule que n°2  d' un parti  étoffé). Il relève de la taquinerie théorique ou de l' occasion tactique à saisir plus que de l'analyse approfondie des mutations cycliques du capitalisme. Le problème est, par conséquent, devenu autant celui de la fiabilité de l' engagement que celui de l' étendue du "dégagisme" en cours.

 

 

 

Publié dans histoire

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SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

Publié dans société

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PASSAGES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La vie est un passage : ce lieu commun comporte une part de vérité quand on considère la

rapidité avec laquelle s' efface le souvenir de certains auteurs (français en tout cas) qui ont en

leur temps fait rire nos parents en soulignant l' absurde de notre condition. L' intention ici est de

donner, sans prétention à l' exhaustivité, l' envie, dans la période assez chagrine qui est la nôtre,

de lire ou relire quelques-uns de ces moralistes modernes.(1) Encore joués ou cités, mais guère

lus, chacun d' eux démontre que l'humour de qualité n' est pas qu' anecdotique. Il est inusable

parce que totalement humain :

Alphonse Allais(1854-1905)- "L' argent, tout compte fait, aide à supporter la pauvreté".

Georges Courteline(1858-1929)- "Il ne faut pas gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir  en

sentant la gifle sans l' entendre."

Jules Renard(1864-1910)- " La modestie, c' est de n' être rien et d' être quand même modeste. "

Erik Satie(1866-1925)- " Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux."

Tristan Bernard(1866-1947)- " Que ne suis-je riche pour venir en aide au pauvre que je suis."

Sacha Guitry(1885-1957)- " C' est entre trente et trente et un ans que les femmes vivent les dix

meilleures années de leur vie."

Pierre Dac(1893-1975)- " Il vaut mieux qu' il pleuve aujourd'hui plutôt qu 'un jour où il fait beau."

Henri Jeanson(1900-1970)- " Les maris se choisissent les yeux ouverts et les amants les yeux

fermés."

Frédéric Dard(1921-2000)- " Les gens qu' on couche sur son testament ne dorment que d' un

oeil."

Pierre Desproges(1939-1988)- " La démocratie est la pire des dictatures : celle exercée par le

plus grand nombre sur la minorité.

(1) On peut, bien sûr, se référer aussi  à la longue lignée de chansonniers, paroliers,

  dialoguistes talentueux et influents aujourd'hui parfaitement  ignorés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans culture

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