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MESSAGE D' ANNIVERSAIRE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Enfant, je voyais l' An 2000 hors de ma portée. " Il faudra une longue barbe blanche, me disais-je. Je n' y arriverai jamais." Un jour, un ami de mes parents a déclaré : " J' ai honte, j' ai 60 ans." J' ai songé : " Il a raison. C' est vrai, c' est indécent de vivre tant de temps."

Maintenant, quand je donne mon âge, il y a d' abord un petit silence. Suivent immanquablement les mots : " Mais ( le "mais" est révélateur), vous ne les faites pas !" Victoire du socialement correct.

Le musicien Verdi soutenait que " se tourner vers le passé" était "le progrès".  Le paradoxe n' est pas dénué de fondement. Quand je me repasse le film, revisite les moments majeurs d' une existence à laquelle je voulais donner, faute de Sens métaphysique, une cohérence et une justification, depuis mon enfance dans une ville ouvrière à l' engagement familial dans l' anti hitlérisme ou, plus tard, personnel dans l' action pour la décolonisation, je commence à voir, me semble-t-il, les choses dans leur entière logique.

Je me permets alors un conseil. Il vient d' un autre musicien, surréaliste cette fois , Eric Satie (cf "Satie, musicien de l' Ironie" chronique du 5/5 2017) qui confiait à ses proches : " Pour vivre longtemps, vivez vieux ". Il avait raison. J' ai "fêté", il y a quelques jours, mes 90 ans.

Publié dans société

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L' EFFET NOTRE DAME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai vécu, comme beaucoup, l' incendie de Notre Dame de Paris avec émotion. Ce toit transformé en brasier, puis en béance noire, cette flèche qui se disloque en distribuant autour d' elle des poutres incandescentes, ce symbole concret d' art et d' histoire consumés en quelques instants, ne pouvaient laisser indifférents ceux qui contemplaient pareil spectacle.

Je n' ai jamais été croyant. Ni d' ailleurs anticlérical ( la tolérance est la pire ennemie des dogmatiques). Le choc, si je peux employer le terme, n' a donc pas été pour moi d' ordre religieux, mais de nature culturelle et , en quelque sorte, affective. Notre Dame est partie prenante du quotidien parisien. Plus que le Sacré Coeur ou la Tour Eiffel, qui n' affichent ni la patine de la ferveur mystique ni le même bilan de bâtisseurs morts à son service. Je passais, à défaut d' y entrer à tout coup, sur son parvis, conforté, sans m' en rendre trop compte, par la pensée de savoir là cette imposante présence, de pouvoir la ranger dans la réserve d' une intime transcendance. Notre Dame était à sa place, et c' était bien.

Depuis le sinistre, une dimension s' est ajoutée à la réflexion parce nous, du moins mes semblables et moi, avons pris conscience que Notre Dame est, en fait, plus que Notre Dame. Qu' elle incarne, comme dirait de Gaulle, "une certaine idée de la France", en l' occurrence neuf cents ans de la vie d' un grand Peuple, avec ses vertus et ses faiblesses, sa foi et ses révoltes. Un pays qui m' a donné naissance et façonné. Je le dis donc sans ingénuité : l' incendie de Notre Dame m' a rendu plus français.

Ces mots, quelque peu "éloquents", mais aussi la profondeur du ressenti, traduisent la force de l' événement. Je comprends pourquoi le 15 avril dernier à 19 heures tant de gens ont éprouvé de la tristesse.

Publié dans culture

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LE DESTIN AVENTUREUX DE JEANNE LOVITON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le monde de l' édition et de la littérature a abrité et abrite - c' est inévitable - des personnages turbulents, voire aisément "scabreux". Jeanne, née en 1903 à Paris de la rencontre de la comédienne Denise Fleury, dans la vie Denise Pouchard, et d' un historien volatile, Héron de Villefosse, puis légitimée par Ferdinand Loviton, puis mariée à l' écrivain Pierre Frondaie, et finalement auteure elle-même de romans sous le pseudo masculin de Jean Voilier, en est un éloquent exemple.

Plus que ses écrits, ce qu' en a retenu la chronique est son éclectique tableau de chasse amoureux. Liste non exhaustive : Maurice Garçon, ténor du barreau, Jean Giraudoux au faîte de sa gloire, Alexis Léger, plus connu sous son nom de poète, Saint John Perse, et conseiller écouté de Roosevelt, le ministre mussolinien Dino Gradi, Curzio Malaparte, rédacteur du best-seller "Kaput", Claude Aveline, le "nobélisable" Paul Valéry et Robert Denoël,  tous deux amoureux transis et rivaux, le redouté critique Emile Henriot, sans compter une pléiade de mondaines homosexuelles telles Yvonne Dornès ou Françoise Pagès du Port, voire la communisante Germaine Decaris.
Jeanne Loviton - c' est le nom qu'  a conservé cette contestatrice de la distinction sexuelle - s' est dotée d'une robuste morale philosophique : vivre dans le luxe sans se fatiguer, parcourir le monde en sleeping, ou jouer à la châtelaine dans le Lot en faisant des affaires avec son milieu naturel, celui des hommes de lettres parisiens. Elle connait le Droit, elle a le diplôme d' avocate et son père non biologique, M. Loviton, dirige, avant de la lui laisser, une maison d' éditions juridiques, Domat-Monchrestien. Elle a en outre un carnet d' adresses qui lui permet de faire face à tous les avatars politiques.

De ce dernier elle a besoin quand, en 1945, "l' inventeur de Louis-Ferdinand Céline",

 Denoël, avec lequel elle a de discrets intérêts éditoriaux, se retrouve devant les tribunaux, accusé de "collaboration". Elle appelle au secours "une vieille amie", Suzanne Borel (personnage de Crapotte dans "La Fin des ambassades" de Roger Peyrefitte), compagne puis épouse du ministre Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil National de la Résistance.

L' affaire est sérieuse puisque Denoël, à une semaine de son procès, est abattu d' une balle dans le dos, un soir boulevard des Invalides. Le dossier de sa défense, posé sur le siège arrière de sa voiture dont une roue avait crevé, s' est volatilisé pendant que Jeanne était partie "chercher de l' aide". Pour Céline et Mme Denoël, les choses sont limpides : ils dénoncent publiquement Jeanne Loviton comme meurtrière, mue par le désir de mettre la main sur la prestigieuse entreprise de l' amant. L' enquête piétine. La presse se fait l' écho de fortes pressions exercées sur policiers et magistrats. Effectivement l' assassinat est  vite qualifié "crime crapuleux" et l' enquête abandonnée faute d' éléments.

Reste la bataille juridique, un terrain où excelle Jeanne. Au terme de procès successifs et ardus, la maîtresse se voit attribuées les parts de l' éditeur, associée surprise via  Domat-Monchrestien. L' épouse et son fils sont ruinés. Peu après, les éditions Denoël sont vendues à Gaston Gallimard, leur plus veil adversaire. Paul Valéry, qui aurait pu préciser bien des choses, n' est plus là, terrassé notamment par la rupture et les innombrables trahisons dues à sa Muse. Jeanne Loviton est riche et libre.

Elle s' éteint, paisible nonagénaire, en 1996.

 

LIRE :  "Lettres à Jean Voilier" (1937-1945) par Paul Valéry (Gallimard, 2014)

 

 

 

 

Publié dans littérature

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CANCER EN OCCIDENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On semble s' accorder à juger que le système libéral-occidental arrive à un moment décisif de son histoire rongé qu' il est globalement, au-delà de ses spécificités nationales, par une crise de la représentation, des institutions déphasées, une bureaucratie étouffante et une domination arrogante de la finance et des lobbys.

Le discrédit est accéléré par la multiplication des mutations géopolitiques, socio-culturelles et technologiques dont la classe politique euraméricaine s' est, depuis des décennies, montrée inapte à prévoir les effets, évaluer les bouleversements et organiser la prise en compte.

L' Angleterre, berceau de la démocratie bourgeoise s'il en fut, incarnation d' un parlementarisme traditionnellement donné en exemple, est directement interpellée avec le Brexit. Mais ne daubons pas sur le spectacle burlesque offert par la Chambre des Communes : il est symbolique. Quand les "corps" dits "intermédiaires" , qui font tampons entre les Princes et les Peuples, sont victimes de fonte musculaire et de dépression nerveuse, il est logique de voir surgir des sursauts populistes. Les contradictions, les injustices, les égoïsmes, ne reculent pas, mais se déplacent. Des paysans, des policiers, continuent de se suicider, des casseurs de casser. On parle alors de "transition"

 

L' actualité illustre une problématique qui est, en réalité, plus ancienne et plus complexe, car le malaise démocratique occidental est à la fois le produit d' un lent appauvrissement des classes moyennes ( chômage, surfiscalité, insécurités, etc.) et de l' émergence de blocs rivaux, notamment asiatiques, impulsant de nouvelles formes de capitalisme et une réévaluation du modèle culturel.

La démocratie de papa est en train de perdre de vue ses principes : l' "Idéal républicain" s' effrite, abandonnant le terrain à l' argent-roi. Le terme " démocratie" sert indifféremment les potentats et les tyrans, les totalitarismes sanguinaires et les ploutocraties scandaleuses. Depuis peu, on a renoncé à lui accoler le qualificatif de "socialiste", passé de mode. Surnagent des formules vides de sincérité comme "Etat de Droit" ou "Séparations des Pouvoirs".

Là réside un cancer : dans le flot des paroles privées de crédibilité. Le Peuple pardonne tout, sauf l' humiliation  de mensonges récurrents. La France, l' Europe, l' Amérique, souffrent d' un scepticisme de masse qui va les obliger, à court terme, à se réinventer pour se sauver. La solution devra, d' évidence, être collective et concertée, ou ne sera pas.

 

Publié dans société

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