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CE QUE LES CHINOIS PENSENT DE NOUS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La République populaire de Chine, née en 1949 sous la présidence de Mao, mobllise de plus en plus l' intérêt en multipliant les interrogations. Son développement fulgurant comme pays du tiers-monde, ses performances économiques, techniques et commerciales comme nation industrielle, en font désormais la rivale directe des U.S dans la course au titre de première puissance planétaire.

L'épidémie du Covid 19 a encore accru l' attention non seulement parce que la Chine figure à la source de la maladie, mais aussi parce qu' on a réalisé que la production des moyens de protection ( masques, tests, instruments de recherche) résidait pour une bonne part dans ce même pays.

Depuis des années, reportages, études, colloques, livres et films se consacrent au " phénomène chinois" et à l' idéologie qui le sous-tend. Rares sont toutefois ceux qui se demandent ce que peuvent penser de l' Occident un milliard quatre cents millions de Chinois ( et moi et moi et moi! chantait Jacques Dutronc). 

La France n' est pas la nation européenne la moins cotée, malgré son passé colonial. Au moins n' a-t- elle pas participé à la "guerre de l' opium", et a-t-elle servi de refuge, dans les années 20, à des communistes chinois en fuite,  devenus ouvriers chez Renault. De la France on lit volontiers sa littérature (Balzac, Flaubert, Hugo et Simone de Beauvoir en tête). On est friand de ses produits de luxe (sacs foulards, tailleurs, bijoux, parfums ). On est  empli de gratitude pour le général de Gaulle, pionnier de la reconnaissance internationale du régime de Pékin. Paris demeure la cible des jeunes mariés de la classe moyenne pour leur romantique lune de miel.

Deux points pourtant continuent d' alimenter la perplexité du Chinois actuel :

- le manque d' enthousiasme patriotique des Français, comparé à sa fierté nationale personnelle. Comment expliquer, par exemple, cette indifférence à la légende napoléonienne? Non à la Révolution, mais à l' Empereur? Vouloir renier ce bout glorieux d' Histoire, n' est-il pas signe de décadence?

- la contradiction que s' acharnent à voir les Français entre communisme et business. Comme si la fin du maoïsme était l' instauratuion de la pénurie! Le communisme à la chinoise vise l' enrichissement dans des termes que n' aurait pas désavoué le libéral Guizot...mais sous Louis-Philippe. 

Ce communisme n' a rien de libertaire. Il est autoritaire, hiérarchisé, centralisé. La classe administrante du Parti-Etat est aussi une néo-bourgeoisie d' affaires fidèle théoriquement au dogme marxiste-léniniste et empiriquement à la trilogie officielle: entreprendre, investir, accumuler le Capital national. Elle fonctionne sur une base méritocratique impliquant une discipline absolue et sans faille. Le rigorisme du système n' exclut d' ailleurs pas la formation d' une frange de parvenus aussi indécents et cyniques que partout ailleurs. Le progrès du niveau général de vie contribue à la rendre alors socialement tolérable.

Face au grand combat de liquidation du capitalisme américain, l' Europe n' apparait qu'une spectatrice défraichie, une sorte de ventre mou, inapte à assumer le statut d' arbitre qu' aurait pu, pourrait peut-être encore, lui conférer son rayonnement ancien, si elle parvenait à s' unir et se décoloniser.

La conquête du monde par un "Empire du Milieu" requinqué est dès lors, selon le citoyen chinois, une fatalité issue de la décomposition galopante de la civilisation démocratique issue des Lumières.

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DES SPORTIFS ET DES HOMMES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le scandale des agressions sexuelles dans le milieu sportif, phénomène récurrent mais s' inscrivant aujourd'hui dans un contexte de crise sociale, touche un domaine dont les objectifs affichés sont au contraire d' aider les Jeunes à entrer dans la vie en les orientant vers les valeurs de loyauté et de respect fraternel. Encore une illusion qui se dissipe ?

Je profite néanmoins de cette actualité pour ressusciter le souvenir de quelques grands champions français qui, chacun dans leur spécialité, demeurent par leur exemple et leurs exploits, de réconfortantes références. La seule évocation de ces patronymes en partie oubliés ou méconnus ne devrait pas manquer de réjouir certaines mémoires et de retenir l' attention des néophytes.

Carpentier, Rigoulot, Ladoumègue, Taris, Lapébie, sont des noms-symboles d'un patrimoine. A cette caractéristique commune s' ajoute un autre élément : tous sont d' origine populaire, comme si la réussite sportive était pour les enfants de famille modeste une garantie de promotion sociale.

Georges Carpentier (1894-1975) a été le dandy du sport de haut niveau. Fils d' un mineur du Pas-de-Calais, né dans le coron, il débute comme commissionnaire chez un notaire avant de se révéler doué pour la boxe, la Française d' abord (il devient vite champion du monde amateur), l' anglaise ensuite. Après une guerre de 14 héroïque en tant que pilote de chasse, il se tourne un moment vers le rugby puis revient à la boxe. Il conquiert trois titres de champion d' Europe et gagne en 1921 le grade d' outsider du champion du monde toutes catégories, l' Américain Jack Dempsey. Battu de peu, Carpentier s' installe au faîte de la notoriété des deux côtés de l' Atlantique, couvert d' honneurs et coqueluche d'un Tout Paris séduit par sa classe et son élégance naturelles.

Charles Rigoulot (1903-1962) est fils d' un boucher pourvu de 8 enfants. A 21 ans Charles est déjà champion olympique d' haltérophilie et à 22 promu au titre d' "homme le plus fort du monde". Gravement blessé au cours d' une tentative de record de l' épaulé-jeté, il se reconvertit avec succès dans le catch et la course automobile, remportant le célèbre "Bol d' or" en 1937. Sa popularité conduit le cinéma à l' évoquer et le mettre en scène dans plusieurs films tels " Cent francs par seconde" ou " Sur deux roues".

Jules Ladoumègue ( 1906-1973) a perdu, peu avant sa naissance, son père, docker bordelais, dans un accident du travail, et sa mère dans un incendie, trois mois après sa venue au monde . Elevé par une tante, il est à 12 ans apprenti jardinier et à 20 détenteur de plusieurs records du monde de course à pied. Je l' ai rencontré à la fin des années 50 dans les couloirs de la radio et ai  alors compris la raison de sa phénoménale foulée : " Julot " ,idole de 400.000 personnes venues l' acclamer sur les Champs Elysées après son absurde radiation pour "professionnalisme " (voir les cachets réglés aujourd'hui aux vedettes sportives), Julot donc n' avait pas de hanche. Sa souplesse n' avait d' égale que sa modestie. 

Jean Taris ( 1909-1977 ) a été le pionnier de l' essor de la natation française. Fils d' employé des chemins de fer, 34 fois champion de France, 3 fois finaliste des Jeux olympiques, invaincu de la traditionnelle Traversée de Noël de Paris à la nage (8 km), il a été inscrit au Tableau mondial de la Natation (ISHOF) en 1984. Un court-métrage,"Taris, roi de l' eau ", lui a été consacré par l' auteur de " Zéro de conduite ", le cinéaste Jean Vigo.

Roger Lapébie ( 1911-1996 ), autre fils de cheminot, autre Bordelais, apprenti dans une miroiterie, aborde le sport par l' athlétisme où il côtoie Ladoumègue. Mais, repéré très tôt ( 16 ans ), il devient  cycliste professionnel et entame une carrière qui lui permet d' accumuler les victoires les plus prestigieuses, y compris le Tour de France sur dérailleur ( 1937 ) qui est une première. Un film retraçant son aventure reprend le slogan clamé par le public à son passage : " Vas-y Lapébie !".

Grâce soit aussi rendue à des centaines  d'autres,  Maurice Garin, vainqueur en 1903 du premier Tour de France, Jean-Pierre Wimille, Mimoun, Cerdan, Kopa, Lacoste, Magne, Bobet, Jazy, les frères Boniface, Killy, Marielle Goitschel, Calmat, Tabarly, Platini, Prost, D' Oriola, Douillet, Hinault, Marie-Jo Pérec, Laura Flessel, Jeannie Longo,Laure Manaudou, Karabatic, Estanguet, aujourd'hui Kevin Mayer, Lacourt, Loeb, Martin Fourcade, Teddy Riner ou M'Bappé , bref à tous ceux  aussi titrés (Anquetil, Just Fontaine, Drut, Gatien), populaires (Robic,Poulidor, Thévenet, Virenque, Fignon, Tony Parker ) ou méritants,( Cochet, Borotra, Diagana,Mazeaud, Lavillénie,Noah), à peine mentionnés dans cet hommage. Ils sont légions qui ont su donner du sport une image de courage et de dignité qu' une fausse note ne peut effacer.

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LA "HAINE" DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Natif des "Hauts de France", mais de père corse, de mère pyrénéenne, vivant à Paris depuis l' âge de 11 ans, marié à une Alsacienne,  je profite de ce cosmopolitisme hexagonal pour observer de près l' évolution du rapport entre ce que le politiquement correct  nomme désormais "les Territoires", et la Capitale.

J' ai connu une époque où le prestige de cette dernière  faisait l' objet d' une sorte de fascination. Modèle de  moderne liberté , le Parisien, artiste et raffiné, ou le Gavroche issu des banlieues ,  rebelle et anticlérical, suscitaient chacun à leur manière une curiosité à laquelle s' ajoutait une dose indiscutable d' envie. L' intéressé profitait d' ailleurs de l' occasion pour afficher envers le "plouc" docile une condescendance qui gravait en celui-ci une sourde rancune.

Les choses ont largement changé. Comme la société elle-même. Les grandes villes n' ont pas de complexe : elles peuvent offrir une qualité de vie qui en fait à leur tour des pôles d' attraction, d' ailleurs moins onéreux, plus proches d' une mer ou d' une montagne, et, par voie de conséquence, amorcent paradoxalement  un phénomène de  lococentralisation . Elles effacent ainsi une frustration légendaire: l' obligation de "monter  à la capitale" pour réussir. D' autant que les temps de déplacement se sont considérablement réduits : 3 heures de TGV de Marseille à Paris, 2 de Lyon, Rennes ou Strasbourg, 1 de Lille. Le nivellement urbain s'est matérialisé.

De plus en plus de cadres aisés  s'installent à la campagne tout en travaillant partiellement en ville , renonçant  à la rente que constitue la hausse permanente du prix de la pierre intra muros  (on n évoque pas ici  la question des "résidences secondaires ", qui renvoie  à une  problématique différente ). La contradiction est partout. Autre évolution : domiciles personnel et professionnel se chevauchant souvent  grâce au numérique et au télétravail, la décision se fait plus rapide : supplémént heureux aux mesures de décentralisation accumulées depuis une trentaine d' années. Le vieux mot d' ordre "décoloniser la province" semble alors devenu, en apparence au moins, obsolète. La "province" n' est plus l' exil, et encourage le choix écologique.

On remarque malgré tout que l' impopularité jalouse de Paris  recule peu . Les "gilets jaunes" en fournissent l' illustration. Quelques éruptions micronationalistes persistent sans émouvoir. Mais pour beaucoup, la capitale demeure d' abord une ville  chère, encombrée, polluée, insécure, peuplée de gens pressés et stressés, où se tapit un jacobinisme autoritaire, brutal, sinon corrupteur et corrompu. Cité de riches donc, inaccessible, définitivement inégalitaire, méritant les flammes de Sodome. Le médiocre niveau de vie de la majorité des Franciliens, leur état chronique de fatigue physique et nerveuse, leur ambition de devenir aussi des retraités des champs,  ne parviennent pas à infléchir les préjugés de ceux qui avouent en aparté qu' ils n' auraient jamais supporté le système "métro-boulot-dodo".

On peut ajouter à cela, surtout chez les ruraux, un grief identitaire inavoué : Paris n' est pas une cité "vraiment française" . On y voit "traîner" trop d' étrangers qui, par quartiers entiers,  ignorent notre Histoire,  bafouent notre Culture, insultent nos Traditions et nos Valeurs , abiment notre Langue,  uniquement intéressés, à entendre leurs contempteurs,  par le moyen de s'  enrichir le plus vite possible  avec la complicité tacite des princes qui gouvernent. A la limite, Paris offrirait l' exemple d' un surmétissage, assumé aux frais de la vieille population d' artisans et de laboureurs qui ont bâti le Pays.

"Haine"(historique?)  de Paris, réchauffée par la rélle  souffrance des terroirs ?  ou haine de pouvoirs aveugles et obscurs, stimulée par la cruauté de la crise mondiale ?... un peu des deux,, sans doute.

 

P.S- Voir aussi :  "L' anti-parisianisme est-il toujours justifié?" (article du 30/06/2014)

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MESSAGE D' ANNIVERSAIRE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Enfant, je voyais l' An 2000 hors de ma portée. " Il faudra une longue barbe blanche, me disais-je. Je n' y arriverai jamais." Un jour, un ami de mes parents a déclaré : " J' ai honte, j' ai 60 ans." J' ai songé : " Il a raison. C' est vrai, c' est indécent de vivre tant de temps."

Maintenant, quand je donne mon âge, il y a d' abord un petit silence. Suivent immanquablement les mots : " Mais ( le "mais" est révélateur), vous ne les faites pas !" Victoire du socialement correct.

Le musicien Verdi soutenait que " se tourner vers le passé" était "le progrès".  Le paradoxe n' est pas dénué de fondement. Quand je me repasse le film, revisite les moments majeurs d' une existence à laquelle je voulais donner, faute de Sens métaphysique, une cohérence et une justification, depuis mon enfance dans une ville ouvrière à l' engagement familial dans l' anti hitlérisme ou, plus tard, personnel dans l' action pour la décolonisation, je commence à voir, me semble-t-il, les choses dans leur entière logique.

Je me permets alors un conseil. Il vient d' un autre musicien, surréaliste cette fois , Eric Satie (cf "Satie, musicien de l' Ironie" chronique du 5/5 2017) qui confiait à ses proches : " Pour vivre longtemps, vivez vieux ". Il avait raison. J' ai "fêté", il y a quelques jours, mes 90 ans.

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CANCER EN OCCIDENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On semble s' accorder à juger que le système libéral-occidental arrive à un moment décisif de son histoire rongé qu' il est globalement, au-delà de ses spécificités nationales, par une crise de la représentation, des institutions déphasées, une bureaucratie étouffante et une domination arrogante de la finance et des lobbys.

Le discrédit est accéléré par la multiplication des mutations géopolitiques, socio-culturelles et technologiques dont la classe politique euraméricaine s' est, depuis des décennies, montrée inapte à prévoir les effets, évaluer les bouleversements et organiser la prise en compte.

L' Angleterre, berceau de la démocratie bourgeoise s'il en fut, incarnation d' un parlementarisme traditionnellement donné en exemple, est directement interpellée avec le Brexit. Mais ne daubons pas sur le spectacle burlesque offert par la Chambre des Communes : il est symbolique. Quand les "corps" dits "intermédiaires" , qui font tampons entre les Princes et les Peuples, sont victimes de fonte musculaire et de dépression nerveuse, il est logique de voir surgir des sursauts populistes. Les contradictions, les injustices, les égoïsmes, ne reculent pas, mais se déplacent. Des paysans, des policiers, continuent de se suicider, des casseurs de casser. On parle alors de "transition"

 

L' actualité illustre une problématique qui est, en réalité, plus ancienne et plus complexe, car le malaise démocratique occidental est à la fois le produit d' un lent appauvrissement des classes moyennes ( chômage, surfiscalité, insécurités, etc.) et de l' émergence de blocs rivaux, notamment asiatiques, impulsant de nouvelles formes de capitalisme et une réévaluation du modèle culturel.

La démocratie de papa est en train de perdre de vue ses principes : l' "Idéal républicain" s' effrite, abandonnant le terrain à l' argent-roi. Le terme " démocratie" sert indifféremment les potentats et les tyrans, les totalitarismes sanguinaires et les ploutocraties scandaleuses. Depuis peu, on a renoncé à lui accoler le qualificatif de "socialiste", passé de mode. Surnagent des formules vides de sincérité comme "Etat de Droit" ou "Séparations des Pouvoirs".

Là réside un cancer : dans le flot des paroles privées de crédibilité. Le Peuple pardonne tout, sauf l' humiliation  de mensonges récurrents. La France, l' Europe, l' Amérique, souffrent d' un scepticisme de masse qui va les obliger, à court terme, à se réinventer pour se sauver. La solution devra, d' évidence, être collective et concertée, ou ne sera pas.

 

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" JEHANNE, AU SECOURS ! "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' effacement progressif et simultané du catholicisme et du communisme, suivi d' un "dégagisme" réservé aux partis dits " de gouvernement " ( une phalange social-démocrate déconsidérée et une droite affairiste ralliée à la mondialisation) que, bien sûr, les pouvoirs en place n' ont pas senti venir, oui tout cela a changé en quelques décennies le visage de la France, et suscité au sein d' une société ainsi chahutée, les ruptures d' homogénéité culturelle qu' on est en train d' y vivre.

Face à cette vulnérabilité, deux communautés semblent au contraire renforcer leurs positions. La séculaire communauté juive, élargie par l' apport d' une branche séfarade provenant du Maghreb, a consolidé sa place dans les secteurs  dominants économiques et intellectuels . Elle s' appuie sur d' actifs lobbys, tel le CRIF, et sur l' influence de l' Etat d' Israël dans une partie de la classe politique nationale.

La musulmane, plus forte en nombre et principalement issue de l' immigration post-coloniale, se situe à un moindre niveau de pouvoir et de prospérité, éprouvant souvent amertume ou hostilité à l' égard d' un pays d' accueil qui est aussi son ex colonisateur.

Les deux groupes, très soudés intérieurement, se vouent une haine mortelle, basée notamment sur le lointain conflit israëlo-palestinien, en principe étranger aux autochtones. Voilà qui pourtant perturbe le climat et l' ordre public, multiplie les actes racistes, accroît les risques terroristes, minimise une identité  chrétienne historique , met en cause un acquis républicain comme la laïcité, envoie aux oubliettes la politique arabe gaulliste.

Autant de faits qui accompagnent un chassé-croisé entre une dynamique urbaine, cosmopolite et consumériste et le déclin d' une ruralité appauvrie, empêtrée dans les vestiges d' un monde dépassé. A cet endroit précis réside une fracture qui s' aggrave, fait le jeu des extrémistes et des micronationalistes, ouvre potentiellement une crise de régime. Dans la nouvelle version de la relation tradition-modernité, la France, pays de laboureurs et d' artisans, fille aînée de l'Eglise, est une image d' Epinal, devenue douloureuse pour ceux de ma génération sans doute, quoique bien patriarcale, en tout cas dorénavant pétrifiée dans le roman national.

Le rapport de forces a, pour le moins, évolué. Villes, banlieues, campagnes, les cartes sont partout rebattues dans cette démocratie poussive où retentit parfois, au coeur des défilés et sur les ronds, cet appel populiste et désespéré " Jehanne, au secours ! " On ne peut mieux résumer l' inquiétude angoissée d' un peuple qui ne sait plus où aller.

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APPRENTISSAGE DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Certains, provinciaux ou touristes étrangers, n' aiment pas Paris. " Cité bruyante, assez sale, chère, où les gens sont peu aimables et toujours pressés, les garçons de café insolents, les musées en grève ou en rénovation", se plaignent-ils. Il y a du vrai. J' ajouterai même aux critiques, surtout depuis que Mme Hidalgo prétend diriger la capitale française, des travaux incessants  partout à la fois, des rues barrées, des arrêts d' autobus escamotés, des parcours imprévisibles, des déviations sans préavis, des encombrements accentués par la fermeture ahurissante des voies sur berge. Bref, une pagaille  permanente. Cette Ville réussit l' exploit d' être à la fois suradministrée (21 adjoints au maire, 533 conseillers de Paris et d' arrondissement rémunérés, 49000 fonctionnaires municipaux) et sous-gouvernée, si l' on en juge par l' incohérence des décisions. J' y suis né. Je peux en parler.

Cependant, malgré le choix invariablement malchanceux de ses responsables (Chirac et ses "frais de bouche", Tibéri et sa mafia corse, Delanoé et ses colères puériles), Paris parvient encore à sauver ses parts de magie. 

Quand je vois la "découverte" se limiter à un passage par Notre Dame, la Tour Eiffel, le Sacré Coeur et à une soirée "féerique" au Lido, je me dis que , là et ailleurs, la conception commerciale du tourisme n' est décidément qu' un suave artifice.

Car en réalité une ville telle que Paris s' apprend.  Comme une langue. Ne s' explore sérieusement qu' à pied. Ne permet de reconstituer le puzzle qu' à terme. Mon circuit d' initiation serait l' inverse de celui qu' offre la quasi totalité des Agences : un tour au Père Lachaise, y compris au Mur des Fédérés, comme dégourdissement historique, une flânerie dans les "Passages" qui s' emboîtent entre les jardins du Palais Royal et le Faubourg Montmartre, un arrêt devant le jet d' eau du Square d' Orléans, le recueillement dans l' espace du vieil Hôpital Saint-Louis, une halte sur la place des Vosges à la tombée du jour, à titre de simple exemple. Avant toute explication. Je sais : un cimetière et un hôpital ne répondent pas forcément à l' image attendue... Mais en ce lieu, toutes les subjectivités ont  leur chance parce chaque endroit a ses fantômes: Paris est d' abord une ville-musée exceptionnelle.

C' est sans doute pourquoi elle suscite une telle collection de passions. On y croise les personnages les plus divers: Hugo, Balzac, Baudelaire, Zola, bien sûr, mais encore Apollinaire, Cendrars, Léon-Paul Fargue, Carco, Breton et Aragon, Céline, Salmon, Dabit ou Léo Malet, les noms arrivent en foule, dans un désordre ravi .

Les présentations ainsi faites, vous pouvez passer à la visite : lecture de plaques commémoratives au-dessus des porches, recherche d' adresses disparues dans des rues recommencées, traces à demi effacées de récits d' autrefois, survivances plus ou moins préservées de passés à l' abandon.

Chose réconfortante, l' apprentissage de ce Paris là connait un regain de curiosité. On voit, à l'angle des rues, des groupes de plus en plus fournis, serrés le nez en l' air autour de leur guide. A leur tour, ils apprennent Paris. 

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SOCIOPHILOSOPHIE D'UNE COLERE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La colère est une manifestation humaine qui vient, la plupart du temps, de plus loin qu'il n'y parait d' emblée. Rien, par exemple, ne semble mieux illustrer la crise qui prévaut aujourd'hui en France que la formule ressassée: " l' augmenta tion du gas oil est la goutte qui fait déborder le vase".

Si nos dirigeants étaient de meilleures têtes politiques, ils auraient déjà soigneusement analysé les signaux divers et variés que leur envoient les citoyens, tels que : 

- l' affaire des Bonnets rouges en octobre 2013, rébellion régionale qui a coûté un milliard d' euros au contribuable grâce à Mme Royal (qui essaie de revenir maintenant sur la scène !...)

- le mouvement " Nuit debout" qui a libéré en mars 2016 une critique impitoyable du modèle actuel de société et permis de gifler Finkielkraut ( aujourd'hui rallié aux gilets jaunes !...)

- l' irruption soudaine (avril 2016) d' "En marche" qui, en un an, a réussi le "dégagisme" et gagné les élections présidentielles et législatives.

- la révolte générale des " Gilets jaunes" , après toute une série de mesures frappant les automobilistes depuis l' été 2018.

- parallèlement, l' extension de l' abstention. En vingt ans de 12 à 25% à la Présidentielle, de 15 à 57% aux Législatives, de 39 à 59% aux Européennes.

- enfin, des faits moins spectaculaires mais qui participent du malaise: la non prise en compte du referendum populaire de 2005 sur l' Europe, la défaite syndicale sur l' âge de la retraite en 2010 , les menaces récurrentes sur l' ensemble des acquis sociaux ou bien, dans un autre compartiment du vivre ensemble, l' insurrection des banlieues il y a maintenant 13 ans.

Encore une fois, si nous étions gouvernés par des hommes de terrain, et non de cabinet, ils auraient interprété de façon plus réaliste l' accumulation d' événements qu' ils ont jugé sans conséquence. Nos jeunes messieurs y auraient lu le récit d' une remise en question du système et de sa représentation. Ils auraient plus vite compris que le phénomène "Gilets jaunes" est une suite logique du surgissement éclair des "Marcheurs" dans une version moins bobo. Ils auraient découvert comment, en l' espace d' une génération et quarante ans de mal-gouvernement, la partie modeste de la classe moyenne a été expulsée, par l' argent, des centre-villes et, enjambant les quartiers d' immigrés, s' est retrouvée reléguée en zone péri urbaine, dans des lotissements pavillonnaires sans les infrastructures de transports correspondantes et donc rigoureusement dépendante d'une sinon deux voitures, grevant les budgets familiaux. Nos décideurs auraient même pu réaliser qu' une telle évolution ne se produit pas en quelques jours (voir sur le propos notre article " Triangle post colonial" du...13 août 2011).

Pourquoi les élus qui habitent, eux, majoritairement en ville, n' ont-ils pas, ces 40 fameuses dernières années (après les 30 "glorieuses" qui les ont précédées et ont créé l' illusion d' une croissance permanente), trouvé le temps de noter ce chambardement? d' évaluer la mutation, de se pencher sur les difficultés conséquentes pour les populations "rurbanisées" qu' ils sont censés représenter et dont il leur revient de voter les lois d' aménagement les concernant?

Pourquoi, durant toute cette époque, la République s' est-elle plutôt efforcée de tolérer, voire de couver, de choquantes féodalités? Prenons, à titre d'illustration,, la dynastie Dassault. Le grand-père Marcel, puis le petit-fils, Olivier, détiennent , depuis des décennies, un mandat de député littéralement acheté dans une extrémité rurale  de l' Oise. La corruption d' électeur n' a rien d' illégal. Pendant ce temps, le fils, Serge, s' est offert un titre de sénateur dans l' Essonne. Tous trois ont  notoirement "le chèque facile", et figuraient (Marcel et Serge sont décédés) parmi les parlementaires les moins assidus.

Qu' ont-ils jamais su ainsi de la vie pratique des villageois dont ils finançaient distraitement la réfection du clocher ou les maillots de l' équipe de foot? Ce n' est là qu'un exemple : il n' est sans doute pas étranger au développement croissant du rejet de la classe politique et, en conséquence, de l' abstention électorale. Pour les générations nouvelles, la pérennité et la reproduction des rentes parlementaires sont devenues inexcusables et ne pas aller aux urnes se mue en geste contestataire .

Voilà qui sent mai 68 et exprime la philosophie des barrages de la colère. Une vérité s' empare des oubliés : il existe en France deux pays qui y vivent séparément. C' est en tout cas ce qu' éprouvent certains et certaines des smicard(e)s retraité(e)s ou non qui débarquent en novices sur "les Champs", venant du Pas de Calais, de la Creuse, des Ardennes et autres nids de pauvreté. La France pourtant, ils l' ont défendue dans le travail qu' ils ont depuis perdu, et  leurs aïeuls aussi dans les tranchées ou les maquis. Sur 'la plus belle avenue du monde", ils sont des étrangers. Ils ne savent y parler que de leur peine à exister à l' adresse d' une "élite républicaine" qui , de son côté, se donne rarement la peine de les écouter.

La réalité est là, qu'ils mesurent avec amertume : une partie des Français vit au-dessus des moyens de la France, et une autre, la leur, au-dessous. Le problème alors s' élargit : on passe du prix du carburant à une crise ouverte de modèle social.


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L' IDEE DEMOCRATIQUE EST-ELLE "USEE"?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie libérale telle que la connaissent aujourd'hui maints pays occidentaux développés est- elle menacée de débordement historique autoritaire? c' est la question que posent des observateurs impavides arguant que : 

- de grandes entreprises multinationales comme les GAFA ( Google/Apple/Facebook/Amazon) sont plus riches et puissantes que la plupart des Etats membres de l' ONU et  en mesure de leur imposer leurs intérêts à elles

- la mondialisation du Tout numérique remet en cause des orientations et situations supposées acquises dans des domaines névralgiques comme la Communication, l' Education, les Technologies militaires et industrielles, bouleversant au passage le marché de l' emploi sur la planète

- les rapports de force géo-politiques se sont profondément modifiés : l' Europe est une ancienne superpuissance éclatée, l' Asie un continent conquérant et revanchard, les U.S.A une nation traversée par des contradictions qui commencent à affaiblir le pays

Trump, Xi Jinping, Poutine, Erdogan, dont les manières de gouverner ne semblent pas répondre aux plus purs idéaux démocratiques, redessinent  des pans de l' atlas mondial à leur façon. Pas un Européen parmi eux, pas un avocat des principes sur lesquels se fonde une société se revendiquant d' abord des Droits de l' Homme.

C' est pourquoi il n' est pas tellement bien vu de rappeler de nos jours les notions de séparation des pouvoirs et de liberté d' expression. L' opposition nationalisme/multilatéralisme choisit, à ce niveau, de mettre d' autres thèmes en vedette : la sécurité, fille du terrorisme, l' immigration, mère des racismes. La coopération et la fraternité sont dès lors des concepts vieillissants.

Qu'une contrée qui se prétend un modèle de démocratie comme celle de Donald Trump, s' enferme jalousement dans ses frontières, revient à nier la liberté de circuler vers laquelle tendent désormais les jeunes habitants de la Terre. Ce qui est usé justement, c' est cela, ne penser la vie que par le truchement de l' Etat-nation, de ses institutions obsolètes, ses partis corrompus, ses syndicats sclérosés, son racket permanent. Ce qui devrait au contraire être définitivement usé, c' est de jouer, comme Trump et ses semblables, avec la Paix des peuples en substituant à ce Bien suprême les égoïsmes de classe, le pouvoir des lobbys et du business, la diplomatie secrète et le surarmement. 

Finalement, je préfère le lanceur d' alerte à l' "observateur", aussi avisé soit-il.

 

 

 

 

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MEMOIRE HISTORIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Trump vient encore d' adresser à son jeune ami Macron une vacherie ajustée.Comme on demandait à l' Américain, qui s' était déclaré "conquis" par la revue du 14 juillet à Paris, s' il envisageait une manifestation du même genre aux Etats Unis, il a répondu : "oh! c' est trop cher! " Quand on sait que le budget militaire américain est de très loin le premier du monde, la réplique est plutôt mufle.

Cela dit, ce milliardaire économe a mis le doigt sur une réalité : les dépenses insensées que les autorités françaises consacrent à fêter et célébrer l' Histoire, du village à la capitale. Aux U.S.A précisément, mais aussi dans bien d' autres pays, la célébration des moments historiques est regroupée en une journée fériée, en l' occurrence le "Memorial Day" où hommage est rendu aux morts des victoires (les deux guerres mondiales) comme des défaites (Vietnam).

En France, le sujet est, sans jouer sur les mots, explosif. Quand Giscard a voulu supprimer le congé du 8 mai (date qui, à vrai dire, ne renvoie pas à un succès exclusivement national) le tollé a été tel que l' auteur de la suggestion a vite fait machine arrière. Moyennant quoi les intransigeants du souvenir ont sauvé un de ces "ponts" qui font, dans notre pays, le charme d' un mois de mai de vacances pré-estivales aussi onéreux qu' improductif.

Le réseau routier, longtemps objet de fierté, se dégrade. Les trains, autrefois réputés pour leur ponctualité, accumulent les dysfonctionnements. Air France, qui fut l' une des meilleures compagnies aériennes internationales, part à vau l' eau. Pendant que la décentralisation offre à l' Etat l' occasion de refiler en grande partie la charge des services publics (écoles, hôpitaux, tribunaux, transports) aux collectivités locales en réduisant constamment leurs budgets, nos gouvernants impavides ne cessent de subventionner la Mémoire - que dis-je? toutes sortes de mémoires se relayant au long de l' année. Grandes batailles, armistices, esclavage, atrocités, déportations, tout est prétexte, devant des publics clairsemés ou "spécialisés", à mobilisation des élus, dépôts de gerbes, allocutions forcément redondantes, projets de musées thématiques, ou poses de plaques dont les passants ignorent l' objet.

Cette manie, qui fait sourire les Anglo-Saxons, toujours à l' affût d' une raison de moquer les Français, cette manne aussi qui permet de survivre à des tas d' associations parasitaires et fantomatiques, illustre ce qu' on nomme la "légèreté française", mais doit être électoralement rentable puisque aucun homme politique n' y voit rien à redire.

365 jours par an d' histoire mémorielle, sans rappel de quelques défaites, elles aussi mémorables, c' est beaucoup. C' est même trop pour demeurer signifiant. Quel homme vraiment d' Etat aura le courage de mettre de l' ordre dans ce fatras et cette gabegie?

Gardons le 14 juillet et le 11 novembre : de belles dates qui évoquent Poilus et Sans Culottes, et sur lesquelles peut se greffer tout le reste. Une nation robuste n' a pas besoin d' appeler à tout moment la publicité historique à la rescousse. Elle se suffit à elle même sans alourdir ses dettes.

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