Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

91 articles avec societe

G. TARDE ET LA PSYCHOLOGIE SOCIALE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La psychologie sociale, qui passe souvent pour une science nouvelle, est en fait une vieille affaire. Le relais, avec une légère différence d' orientation, de chercheurs américains lui confère, de nos jours, un air de jeunesse imméritée et une aura scientifique repeinte à neuf.

De quoi s' agit-il ? de la façon dont nos pensées, nos émotions et par là nos comportements et attitudes, interagissent avec l' environnement humain. Au carrefour de la psychologie et de la sociologie, cette discipline mêle social et mental, analysant à ce titre, en priorité, l' engagement, la mise en condition, la manipulation de masse et les phénomènes sectaires, communautaires ou totalitaires. La littérature d' ailleurs ( Poe, Baudelaire, Zola, Huysmans, Céline) a, de son côté et de longue date, relevé l' alchimie produite par le rapport de l' homme avec la foule, de l' influence de tous sur chacun.

Auguste Comte, philosophe positiviste du XIXème siècle, prônant la "physique sociale", peut figurer comme un précurseur. Derrière lui, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon balisent, dans les années 1890, en plein "naturalisme" donc, le terrain où apparaît pour la première fois le terme de "psychologie sociale".

Je m' attarderai ici sur Tarde, cible favorite de Durkheim, pour avoir placé la psychologie "au coeur de la sociologie", au grand dam de l' élite universitaire d' alors.

Tarde n' était pas philosophe de profession mais magistrat, en prise directe avec les misères de la réalité sociale. " Je fais des hypothèses", s' excusait-il. Son souci premier allait à un modèle plus rationnel de socialisation de l' individu. Lire Tarde, visionnaire appelant, tel Jaurès, jusqu' à sa mort en 1904 à une Paix dont on sait ce qu' il est advenu, n' a donc rien d' archaïque.

C' est si vrai que sa pensée a fait, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l' objet d' une attention aussi soutenue que tardive : de Raymond Aron à Michel Foucault et François Furet, de Régis Debray et Gilles Deleuze à Jacques Derrida, les éloges n' ont  pas fait défaut de la part de certains qui l' auraient peut-être combattu de son vivant.

A ceux qui, au nom de la pureté scientifique, le suspectaient de faire le lit de l' " Ordre moral ", Tarde, impassible, continuait d' opposer sa démarche essentiellement humaniste en un débat sans concession. Selon une logique rigoureuse, il récusait les "trouvailles intellectuelles travesties en faits sociaux" et ne se lassait jamais de dénoncer les "relents théologiques saupoudrant les théories les plus modernistes."

Il liait, fort de son expérience d' empires et de monarchies successives, sa conception du monde au respect des Droits de l' Homme, susceptibles de freiner une "barbarie endémique".

Ce disant, Tarde n' a pu que dénoncer en vain les options d' où allaient inéluctablement découler les pires dictatures. On ne l' a guère écouté. Pour autant, ses propositions ne semblent pas périmées.
 

 

Bibliographie :

Gabriel Tarde : Les Lois de l' imitation. (l' imitation comme lien social) 

Gustave Le Bon : La Psychologie des foules. (sur l' âme des foules)

Serge Tchakhotine : Le Viol des foules. (la propagande politique)

Serge Moscovici : L' Age des foules.  (sur Tarde, Le Bon et Marx)

Jean-Pierre Biondi :  Foules. (poèmes sur "les groupes de l'instant")

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

POUR UNE REPUBLIQUE MIEUX REPUBLICAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai grandi parmi des républicains fervents, tant du côté maternel que paternel. A la maison, le régime ne se discutait pas : il était la voie offerte, grâce à l' Ecole laïque, à la promotion du Citoyen. ll incarnait le Progrès.

Ma grand-mère m' a enseigné, dès mon plus jeune âge, le martyrologe des héros-enfants de la Geste historique : Joseph Bara (14 ans), le tambour immortalisé par le tableau de David, Joseph-Agricol Viala (13 ans), célébré dans "Le chant du départ" puis par Victor Hugo (" L' année terrible"), Pierre Bayle (11 ans), autre tambour, tombé, celui-la , dans les rangs de l' Armée du général Dugommier. Légendes d' une épopée un peu délavée. Médaillons d' une Institution devenue le cri de ralliement des discours électoraux de droite comme de gauche: " Vive la République et vive la France! ".

Fille de paysans, ma grand-mère gardait la certitude que la fin de l' illettrisme réglerait la question sociale. L' ivresse révolutionnaire était dissipée. Restauration, Second Empire, Vichy, Algérie, passons. On retient plutôt de Marianne le sage profil de nurse veillant sur le pays sous un amas de dorures soigneusement entretenues, et conviant désormais, une fois l' an, les Français d' en bas à faire la queue pour admirer leur propre patrimoine, ordinairement réservé à la poignée de privilégiés qu' ils élisent en ronchonnant. 

Simplement, le coût de notre bonne Fée est hors norme. L' équivalent, insinue la Cour des Comptes, de celui de la Couronne britannique. La France serait-elle une république monarchiste qui s' ignore? On s' interroge. On a coupé la tête de Louis XVI, mais on ne s' est pas défait du souvenir grandiose du Roi Soleil. Ainsi avons-nous pu voir défiler, depuis un demi siècle, sous nos yeux nostalgiques, un faux aristo, un prince se disant socialiste et mystique, un roi fainéant nobelisable et deux petits marquis à talons rouges, avant d' essayer Jupiter en personne. Les Français, en tout cas certains d' entre eux, n' ont pas, pour autant, l' air ravi.

Chère et vieille République,                                                                                                              Tu cherches des économies. Bruxelles t' épie. Tes jeunes sont chômeurs. Tes industries ont le hoquet. Tes paysans gémissent. Le maintien de ton séculaire décorum vaut fortune. Puisqu' après tout, l' Etat "c' est nous", supprime, par exemple, ton Sénat, dont chacun sait bien qu' il ne sert, comme cent autres sinécures, qu' à recaser de vieux copains et copines. Mets la résidence versaillaise de "La Lanterne" en location à la semaine. Réduis le nombre et le prix des "missions d' étude" de tes ministres et hauts fonctionnaires. Négocie avec Trump l' usage des Champs-Elysée pour la Fête nationale américaine. Vends le fort de Brégançon par appartement. Il y a encore largement de quoi gratter. Prends exemple sur la chancelière d' Allemagne et les rois -oui, les rois- de Scandinavie. Ils ne manquent pas d' argent de poche, eux. C' est ton anachronique folie des grandeurs qui gâche la soirée. 

En un mot, avoue que ta République pourrait être républicaine autrement. Moins oligarchique, moins gaspilleuse d' argent public et plus généreuse avec les sans-culottes, moins salonnarde et plus attentive aux mal logés, moins contente de toi, même si personne ne se déclare antirépublicain. 

" Vive la République ! " aurait de toute façon conclu ma grand-mère.                                        

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

DEFI

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La jeunesse est-elle en train de lancer à la société française un défi qui l' interpelle dans ses fondements ?

Une partie, issue souvent de l' immigration, récuse l' intégration : refus de la scolarisation, retrait civique, rancune contre l' ancienne colonisation, attirance pour le djihadisme, sont là pour l' illustrer.

Parallèlement, un mouvement de remise en cause paraît éloigner du corps social une fraction des nouvelles élites intellectuelles séduites par des modèles étrangers moins englués dans la bureaucratie et le conformisme.

Les deux branches, quoique différemment positionnés sur l' échiquier social, se rejoignent cependant dans leur attente d' une mutation rendue nécessaire par la mondialisation et ses effets. Des notions séculaires se voient remises en question : études, carrières, "installation",  pour les uns, ordre immuable, hiérarchisations culturelles, discrimination implicite, pour les autres. Liberté et justice sont devenues des exigences prioritaires et consensuelles.

On est en particulier frappé par le détachement progressif des diplômés qui, leurs cursus à peine achevé, s' expatrient, arguant qu' ils trouvent dans des contrées "neuves" et lointaines les espaces d' innovation et de mobilité que limitent les structures sclérosées et les législations paralysantes de leur pays d' origine.

Cette émigration sans fracas, ce glissement, mentionnent en réalité un fait de société qui  s' exprime de temps à autre par une brève éruption, un sursaut plus proche de la jacquerie que d' un changement conséquent : émeutes de banlieues, infiltrations de casseurs dans les défilés, mouvements de contestation collective du genre "Nuit debout" ou "Notre Dame des Landes". Les concerts de rock rassemblant des foules impressionnantes communient à leur façon  avec cette marginalisation protestataire où les slogans "antiflic", le mariage pour tous et le métissage des cultures font voler en éclat les préjugés bourgeois, les tabous chrétiens et les modèles parentaux...

Les palmarès universitaires publiés annuellement par les magazines américains, entachés de manipulation et de chauvinisme, n' ont , on le sait , aucun sens. Aussi, quand l' Ecole Polytechnique est reléguée par eux au ènième rang des établissements d' enseignement supérieur alors que mathématiciens et ingénieurs français sont recherchés dans la Silicone Valley , on s' en inquiète moins que du déficit de professeurs de sciences dans les lycées hexagonaux . C' est que la fuite de cerveaux formés avec l' argent public traduit ici la relation dégradée de sa jeunesse à la Nation.

Lorsque  Emmanuel Macron parle donc de "révolution", on espère qu' il songe notamment à un reclassement des valeurs susceptibles de retenir sur place ceux qui détiennent une faculté de rénover et de créer.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SUR LE POUVOIRISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' Histoire permet de croiser d' authentiques "pouvoiristes". Ni de droite ni de gauche. De droite, puis de gauche, ou inversement. Tendus en permanence vers leur objectif, enfermés dans une stratégie qui y conduit sûrement. Prônant le droit de se contredire et le devoir de l' interdire, doublant l' indulgence d' intransigeance, la démagogie de l' opposant de la jalousie du dirigeant.

En fait, la passion du pouvoir a quelque chose de pathologique. Ne m' ayant jamais effleuré, elle m' a toujours étonné par son obstination et son culot. Rien ne la stimule autant que l' incertitude, ne l' excite plus que l' échec. Le pouvoiriste est un fluctuant que le succès comble et déçoit à la fois. Il jouit de sa victoire sans renoncer au plaisir qu' entretenait son ambition. Il voudrait continuer de figurer en gagnant potentiel qui exaltait ses partisans et lui attirait des courtisans.

Il y a , en tout cela, de l' orgueil aristocratique. L' homme de pouvoir méprise les idolâtres. Ses ennemis le fascinent : comment en viennent- ils à le contester, lui, l' Unique, si entouré et flatté ?On ne peut mieux illustrer le phénomène du pouvoirisme que par quelques exemples  dignes de figurer dans les épisodes de l' Antiquité et de témoigner de l' immuabilité de la nature humaine :

      - ainsi  Alexandre Millerand, fils de petit commerçant, avocat et , à 26 ans, député d' extrême gauche. C' est lui qui rédige le premier texte socialiste d' inspiration foncièrement marxiste en France, appelé " le Programme de Saint-Mandé". Trois ans plus tard, il est ministre dans le même gouvernement que le général de Galliffet, bourreau de la Commune de Paris. Il gravit, sous les injures, tous les échelons : ministre de la Guerre, président du Conseil, puis président de la République en 1920. En 1924, il résiste difficilement au projet de Coup d' Etat contre le gouvernement du Cartel des Gauches  auquel le pousse l' extrême droite. Il démissionne, la mort dans l' âme.

       - ainsi Pierre Laval, fils d' aubergiste auvergnat, devenu lui aussi avocat, socialiste de gauche et député à 31 ans, proche des syndicalistes révolutionnaires qui l' ont élu maire d' Aubervilliers. Quelque temps après, sénateur avec l' étiquette de l' " Union nationale républicaine", il entame une longue carrière ministérielle. Vice-président du Conseil du gouvernement de Vichy en 1940, il en devient le véritable patron deux ans plus tard, cumulant, avec l' appui de l' Occupant, plusieurs portefeuilles-clé entre ses mains. Il meurt, fusillé pour collaboration, le 15 octobre 1945 dans un fossé de la prison de Fresnes.

      - ainsi François Mitterrand, fils de cheminot, avocat, d' abord séduit par les idées d' extrême droite, voire " cagoulardes", vu ses relations avec Claude Jeantet et Schueller, le créateur de " L' Oréal ". L' occupation nazie le conduit à une certaine ambiguïté : agent contractuel de Vichy, décoré de la francisque début 1943, il prend le nom de Résistance de Morland en novembre suivant. Puis, élu député de la Nièvre " Unité et action républicaine" sur un programme anticommuniste après la Libération, il est onze fois ministre sous la IVème République. Il est battu, durant la suivante, aux présidentielles par de Gaulle puis Giscard d' Estaing avant de triompher de ce dernier en 1981. Il fait entrer les communistes au gouvernement. Mitterrand est seul, avec sa clique, son clan, sa cour, à avoir assumé deux septennats complets, autrement dit exercé pendant 14 ans un pouvoir " jupitérien".

( à suivre, très probablement ).
  
   
A

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SUR LE NEPOTISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' un des plus insupportables traits du régime monarchique était sans doute le népotisme présent à tous les niveaux de la société et relatif à la naissance. Pour autant, cette détestable pratique, si elle a changé de bénéficiaires, n' a pas disparu avec l' avènement des Républiques.

Ni la IIIème, ni la IVème, ni surtout la Vème, n' ont renoncé à l' habitude de promouvoir, caser et favoriser les proches ( parents, maîtresses ou amants, amis, amis d' amis) au détriment souvent de plus méritants et compétents qu' eux. On se souvient de l' omerta qui a si longtemps enveloppé les emplois fictifs à la Mairie de Paris sous Chirac, lequel fut, vingt ans après, symboliquement condamné.

Des enfants Fillon ou Le Roux, déguisés en "attachés parlementaires", aux dynasties moins voyantes qui peuplent maintes Institutions, le népotisme fait aujourd'hui l' objet d' une sorte de consensus au sein de l' oligarchie. Phénomène qui semble prospérer avec le concours bien involontaire du contribuable.

Ce népotisme s' accompagne d' ailleurs de gaspillages insolents. Des investissements fastueux ( Hôtels de Région et de Département édifiés à grands frais, employant un personnel pléthorique d' agents de protocole, d' accueil ou d' entretien) un train de vie indécent ( logement, voitures, voyages, réceptions, gratuités multiples) illustrent des excès où le copinage fait aussi son miel.

Je connais, dans le département des Bouches-du-Rhône, une commune de moins de 15000 âmes qui compte 923 employés municipaux dûment recensés. On s' y transmet, d' une génération à l' autre, les postes lucratifs au vu et au su de tous. Tradition informelle qui ne fait pas exception.

C' est pourquoi, sauf à s' y résigner définitivement par clientélisme électoral, ce système de rapines justifie des allègements dans les budgets de fonctionnement de bien des collectivités, quitte à laisser geindre les élus qui profitent régulièrement de la manne.

Certes, il peut être parfois délicat de distinguer où finit le besoin et débute la sinécure. L' évolution des structures administratives, l' introduction  de nouvelles technologies peuvent appeler au contraire à la création de nouveaux postes de travail plus qualifiés. Aux responsables consciencieux de trancher en faveur de l' intérêt général.

N' en demeure pas moins que, pour le citoyen, les actes de népotisme qui lui sont révélés en même temps que lui sont adressés des appels répétés à l' austérité contribuent à accroître fortement (on en est à 50% d' abstentions) sa méfiance à l' égard de la moralité démocratique.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SUR L’ÉLITISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' élitisme connait décidément en France un curieux destin. Après avoir symbolisé le progrès, par la substitution à l' élitisme aristocratique fondé sur la naissance d' un élitisme bourgeois puis petit-bourgeois basé sur le mérite, le voici de plus en plus remis en question au nom du lien social et de l' égalité citoyenne.

L' existence d' une oligarchie coupée , à quelques exceptions près servant d' alibis, des couches populaires, fait l' objet de critiques multiples qui s' adressent en priorité au mode de reproduction de la classe dirigeante, responsable d' une évidente fracture socio-culturelle.

L' illustration spectaculaire de la situation est fournie par le recrutement des "Grandes Ecoles", sorte de garantie offerte aux jeunes issus de milieux favorisés dans la répartition des postes de pouvoir politiques (Grands Corps de l' Etat), économiques ( Banques,Entreprises du CAC 40) et médiatiques (Groupes de Presse). S'en dégagent un entre-soi et une unité de vue qui semblent peu conformes à l' exercice démocratique.

Un tel élitisme transparaît également au niveau des pratiques culturelles. Il cristallise, en dépit d'une facilité accrue d' accès aux musées et de la multiplication de festivals, des groupes sociaux souvent étrangers les uns aux autres dans le choix de leurs loisirs et de leur éducation artistique. L' élite voit-elle un inconvénient à cet apartheid ? Il l' enferme en la flattant .

De façon générale, l' élite d' aujourd'hui, ouverte quant aux choix partisans légalistes (la social-démocratie diplômée y est la bienvenue), mais rigide sur les privilèges de classe liés à la domination  intellectuelle, est, par nature, l' alliée de la Finance. Il n' est pour s' en convaincre qu' à se référer au dîner mensuel du "Siècle" , club créé il y a une vingtaine d' années où se mêlent parlementaires, banquiers, hauts fonctionnaires et éditocrates non communistes et non lepénistes. Rien d' un rendez-vous snob ou bobo. On est là pour cerner calmement les "orientations" qui, en marge des assemblées élues, des instances communautaires et des conférences internationales, sauront conserver et protéger l' Ordre social. Au fond, rien de très neuf.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SUR LE "DECLINISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' annonce de la décomposition d' une France chargée de plus de mille ans d' Histoire est à la mode dans une certaine intelligentsia. Un écrivain comme Houellebecq, un journaliste comme Zemmour, un philosophe comme Onfray, un économiste comme Baverez, produits médiatisés de la culture hexagonale, proclament en choeur que c' en est fini du pays obsolète de Clovis, Jeanne d' Arc, Louis XIV, Napoléon, Clémenceau et de Gaulle.

Les Français les lisent en faisant la part des choses: d' un côté un opportunisme provocateur (et rémunérateur) saisissant l' aubaine d' une situation confuse, de l' autre les difficultés d' une vieille nation pour s' articuler avec. la mondialisation et la justice sociale.

Si le "déclin" consiste à comparer le pouvoir du Roi Soleil avec celui de Macron quatre siècles plus tard, on sombre dans le ridicule. La France était, au XVIIème siècle, et de loin, le pays le plus peuplé d' Europe, le reste du monde demeurant pratiquement inconnu de la civilisation judéo-chrétienne. La langue française était, comme l' a souligné Rivarol, d' usage dans tous les milieux "évolués", plus influente alors que ne l' est aujourd'hui l' anglais commercial. L' émergence économique de nouveaux continents a rebattu les cartes : recul épisodique ou déclin mortel?

Cette redistribution géopolitique et démographique n' exonère pas pour autant la France des fautes et défaites accumulées, qui ont souvent contribué à la baisse de son audience : déroute de 1870, débâcle de 1940, instabilité institutionnelle chronique, échec de la décolonisation, stupide désindustrialisation, incapacité à juguler le chômage et la dette, pour ne prendre que quelques exemples. La France est mal gouvernée. La pagaille y semble congénitale.

Malgré tout, le pays continue de bénéficier d' un acquis particulier. D' abord d' une situation stratégique privilégiée entre Europe du nord et du sud, et sur le chemin de l' Europe à l' Amérique. D'une tradition agricole et de savoirs industriels de premier plan, d' une présence planétaire (second domaine maritime mondial, nombreux territoires ultramarins, siège au Conseil de sécurité de l' ONU, participation au G7), d' une enviable capacité diplomatique et nucléaire, d' un fort  rayonnement culturel et touristique, de chercheurs et ingénieurs appréciés.

Le sort de la France qui a connu les épidémies, les guerres de religion, les Révolutions, la saignée de 14-18, l' exode, l' occupation, maintenant le terrorisme, souffre en réalité moins d' une "crise de civilisation" récurrente ou de la taille de sa superficie que de son fonctionnement politique baroque, du conservatisme égoïste de ses élites et d' un système de classe qui démobilise une partie de son peuple. C' est là le point qui aurait dû inquiéter nos Cassandres patentés. Leur cri d' alarme reste du parisianisme.

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SUR LE NARCISSISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le vieillissement de la population occidentale est un fait d' observation. Il est, certes, d' abord dû aux progrès de l' hygiène, de la médecine et des conditions de vie. On peut toutefois ajouter à cela une donnée psychologique associée à la période : l' avancée de l' individualisme, effet du système libéral-marchand (le consumérisme en est l' une des manifestations : ah, l' ivresse du shopping capricieux !...), et, par là, d' un déficit sensible de la solidarité puis, a fortiori, de l' esprit de sacrifice.

Le narcissisme conservateur qui en découle, fruit d' une recherche d' identification dans des situations d' acculturation massive, s' accompagne à force d' une perte de l' empathie, voire d' une méfiance généralisée envers les autres. La hantise de la sécurité personnelle et familiale ( caméras video, raccordement à un organisme de surveillance, système d' alarme sophistiqué et onéreux) en témoigne: " Je me protège d' autant plus que je m' admire et me sens rare. Je me donne ainsi plus de chances de vieillir". CQFD.

Garantir une existence qu' on croit incomparable mais menacée, et se réfugier à cet effet dans le repli est aujourd' hui une pathologie que n' explique pas une simple peur. C' est pourquoi la question relève autant du responsable politique que du psychanalyste.

Le culte de soi, héritage du mythe de Narcisse tombé amoureux de son image reflétée dans l' eau, tel qu' énoncé par Ovide dans les "Métamorphoses", connait apparemment une actualité inédite. Il fait écho à plusieurs types de phénomènes socio-économiques contemporains et à une organisation sociale où les comportements relevant d'une logique autocentrée incarnent le "malaise de la modernité".

Ce néo narcissisme se répand en dessinant une spécificité particulière du souci de soi. Loin de se satisfaire de la domination du Moi, il se nourrit de fantasmes trahissant en vérité son impuissance fondamentale. La transmutation de la subjectivité qu' est en train d' opérer la mondialisation aboutit à une fragmentation croissante de la société humaine.

En résulte un isolement qui engendre, au milieu même de la foule, un moi appauvri et un ego surdimensionné. C' est ici que Narcisse nargue nos gouvernants : dans la détérioration sans entrave du lien social, base pourtant de toute vie en commun.

 

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

TRUMP AU PAYS DES LUMIERES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les observateurs se posent la question : l' élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d' Amérique aura-t-elle une incidence, directe ou indirecte, sur l' élection présidentielle française d' avril prochain?

Si c'était bien le cas, ce serait actuellement plutôt un effet repoussoir. Pas un responsable politique hexagonal, sinon Marine Le Pen, ne s' est félicité de la victoire du milliardaire new yorkais. Dans un monde en mutation généralisée, le choix du nationalisme, de l' isolationnisme et de la discrimination se situe, de l' avis majoritaire, à contre-courant historique. Il parait paradoxal que la première puissance planétaire se barricade derrière des barrières douanières, des murs racistes et des comportements sexistes au moment où sa rivale, la Chine, affirme habilement son ouverture, comme l' a fait, il y a peu à Davos, le Premier ministre de Pékin.

L' axe néo-conservateur et ultralibéral anglo-saxon que, à la grande satisfaction de Wall street et de la City, sont en train de relancer Trump et Theresa May, produit du Brexit, ressuscitant ainsi l' alliance Reagan-Thatcher, est une régression qui, inéluctablement, va rapprocher l' Union Européenne , menacée, des Pays émergents. Ce nouveau clivage, où Poutine  promet de s' ébattre librement, n' est pas un pas vers la Paix.

Dans ce schéma, où placer l' opinion française? La voie d' un "libéralisme protectionniste" spéculateur ne peut séduire que certains milieux d' affaires et cercles boursiers. Si Trump obtient des résultats rapides en matière de redynamisation économique, son exemple servira aussitôt de référence à une Droite que les problèmes actuels de chômage et d' endettement poussent à l' offensive.
Pour autant, le peuple de France ne donne guère l' impression de vouloir se rallier à des options si opposées aux valeurs humanistes qui inspirent depuis plus de deux siècles sa philosophie. Le populisme finit toujours par se révéler le poumon de la ploutocratie, l' adoubement des riches par les pauvres, ou, selon le vocabulaire marxiste, l' aliénation du Travail au Capital. Voyez, pour illustration de cela, la composition du nouveau gouvernement de Washington. Peu de risque, dès lors, de voir Trump devenir la coqueluche du pays des Lumières.

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>