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82 articles avec societe

TRUMP AU PAYS DES LUMIERES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les observateurs se posent la question : l' élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d' Amérique aura-t-elle une incidence, directe ou indirecte, sur l' élection présidentielle française d' avril prochain?

Si c'était bien le cas, ce serait actuellement plutôt un effet repoussoir. Pas un responsable politique hexagonal, sinon Marine Le Pen, ne s' est félicité de la victoire du milliardaire new yorkais. Dans un monde en mutation généralisée, le choix du nationalisme, de l' isolationnisme et de la discrimination se situe, de l' avis majoritaire, à contre-courant historique. Il parait paradoxal que la première puissance planétaire se barricade derrière des barrières douanières, des murs racistes et des comportements sexistes au moment où sa rivale, la Chine, affirme habilement son ouverture, comme l' a fait, il y a peu à Davos, le Premier ministre de Pékin.

L' axe néo-conservateur et ultralibéral anglo-saxon que, à la grande satisfaction de Wall street et de la City, sont en train de relancer Trump et Theresa May, produit du Brexit, ressuscitant ainsi l' alliance Reagan-Thatcher, est une régression qui, inéluctablement, va rapprocher l' Union Européenne , menacée, des Pays émergents. Ce nouveau clivage, où Poutine  promet de s' ébattre librement, n' est pas un pas vers la Paix.

Dans ce schéma, où placer l' opinion française? La voie d' un "libéralisme protectionniste" spéculateur ne peut séduire que certains milieux d' affaires et cercles boursiers. Si Trump obtient des résultats rapides en matière de redynamisation économique, son exemple servira aussitôt de référence à une Droite que les problèmes actuels de chômage et d' endettement poussent à l' offensive.
Pour autant, le peuple de France ne donne guère l' impression de vouloir se rallier à des options si opposées aux valeurs humanistes qui inspirent depuis plus de deux siècles sa philosophie. Le populisme finit toujours par se révéler le poumon de la ploutocratie, l' adoubement des riches par les pauvres, ou, selon le vocabulaire marxiste, l' aliénation du Travail au Capital. Voyez, pour illustration de cela, la composition du nouveau gouvernement de Washington. Peu de risque, dès lors, de voir Trump devenir la coqueluche du pays des Lumières.

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JOURNALISTES ET POLITICIENS(2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce n' est évidemment pas hasard si le discrédit qui frappe les journalistes recoupe celui qui accompagne généralement les politiciens. Les premiers s' efforcent d' exhiber de plus en plus, par leur ton et leur attitude, une indépendance qui n' abuse personne. Ne relèvent-ils pas, en fin de compte, soit de l' Etat, donc des partis de gouvernement, soit de grands patrons politisés (Lagardère, Dassault, Bolloré, Arnaud, Bouyghes, Pineau) qui les promeuvent ou les licencient à leur guise?

Dans la catégorie des larbins insolents, le quasi octogénaire Elkabbach fait figure de modèle. Encensé par Giscard dans les années 70, donc disgracié en 1981, il se refait vite une santé avec l' appui de Jacques Attali, dont il est le témoin de mariage, et , par suite, de Rousselet, directeur de cabinet de Mitterrand. Ouf!

Nouvelles cabrioles réussies avec Chirac puis Sarkozy, car nul n' est meilleur courtisan des pouvoirs successifs que ce protégé de Lagardère, protégé dont l' arrogance sans péril triomphe sans gloire.
C' est donc avec une joie non dissimulée qu' on a pu enfin voir récemment un responsable river son clou à ce nageur de fond. C' était lors du 3ème débat télévisé des Primaires de la Droite et du Centre où Elkabbach coupant, selon son habitude, grossièrement la parole à son invité, Bruno Lemaire, réserve ses sarcasmes aux sondages qui concernent ce dernier. "Voyez comme je suis libre!" semble clamer le gilet rayé."Je n' ai certainement pas de leçon à recevoir de vous!" lui lance sèchement le candidat.

Cela fait 56 ans que, par vents et marées, au prix de toutes les trahisons déontologiques, Ekkabbach plastronne devant micros et caméras,acteur inévitable d' une Histoire souvent manipulée dont il s' est fait le valet le plus zélé. Qu' est- ce qui justifie tant d' indulgence sinon la permanente porosité  régnant entre la politique partisane et  l' information des citoyens par l' intermédiaire de journalistes sans conscience. Cette escroquerie n' est pas saine du point de vue démocratique.

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JOURNALISTES ET POLITICIENS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Brexit, Trump,poussées nationalistes à travers l'Europe, autant de signes d' un tournant des sociétés occidentales morcelées par la mondialisation du capitalisme:élites,peuples,immigrés, constituent le trépied d' un Ordre nouveau.De là, des rapports de plus en plus complexes entre le pouvoir politique et l' opinion.

De politiciens jouant aux journalistes (chefs de Parti ou d' Entreprise),on n' a jamais manqué. L' inverse est moins fréquent. J' y songeais, entendant le député européen Cavada commenter le Brexit. Cavada a effectué un parcours professionnel heureux jusqu' à la présidence de Radio France.Parvenu à la retraite, il s' est tourné vers une activité qui lui semblait logiquement devoir couronner sa carrière:la politique.

C' était tard pour un début et le bagage était léger. On ne l' avait jamais vu se positionner, sinon sur un europeïsme de principe qui n' engageait à rien. Bayrou, qui venait de créer le Modem et cherchait de nouvelles têtes, n' a eu aucune peine à recruter le récent retraité, et à le caser au Parlement de Strasbourg avant de l' envoyer dans une circonscription du Val de Marne solidement tenue par un sarkozyste.

Le résultat fut tel que nul n' a depuis revu l' ex journaliste dans la région. D' autant que, pour éviter d' être lui- même victime du reflux du Modem, Cavada s' est vite rallié au "Nouveau Centre" inspiré par des transfuges(Morin,Leroy) soucieux de ne pas se retrouver coupés de la majorité UMP. C' est donc avec cette seconde étiquette qu' on retrouve peu après Cavada candidat aux élections municipales dans le XIIème arrondissement de Paris. Autre dégelée, cette fois au bénéfice des socialistes. Le "terrain" n' est décidément pas le point fort du Communicant.

Simple exemple d' une règle non écrite:une certaine notoriété médiatique ne suffit plus à garantir un succès électoral. Celui-ci requiert des conditions de plus en plus prégnantes que négligent les amateurs: des convictions confirmées par l' expérience des confrontations sociales, un ancrage réel et continu parmi les citoyens, un flair qui sache détourner de zigzags opportunistes peu appréciés des électeurs. Les jeux de pouvoir ont leurs exigences. Le plateau d'une télévision toujours suspecte de partialité n' est pas désormais l' antichambre des Palais d'une République en perte de vitesse, voilà qui éclaire autrement les vieux rapports entre leaders d' opinion et  journalistes-vedettes qui se rêvent ministrables.

P.S. Pour qui s' interrogerait sur mes trois derniers mois de silence, je précise que j' ai subi une longue hospitalisation consécutive à une chute(tendon rotulien arraché).Ce fut long et douloureux.

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Cinq ans

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il y a cinq ans, le 13 août 2011 pour être précis, ce blog était créé sur la base de six thèmes non spécialement "grand public" : société(79 articles), actualité(77), politique(65), culture(56), histoire et littérature(44 chacune). Le titre général, "Mémoire et société", avait une consonance peu faite pour attirer les amateurs de distraction.

S' adressant donc à un lectorat relativement limité sur des sujets abordés par ailleurs dans des supports privilégiés, il ne convenait pas de s' attendre à des résultats chiffrés considérables. Ce n' était pas là non plus le but recherché. Aujourd'hui, après 365 textes publiés, 11.000 et quelques visiteurs ont lu 16.400 pages, soit 1,48 page par personne en moyenne. Le rythme de production s' est, il est vrai, bien ralenti depuis 18 mois, l' auteur ayant été sollicité par d' autres travaux.

On dira que, pour le moins, l' effet n' est pas globalement négatif, ledit blog ayant aussi suscité l' intérêt de lecteurs étrangers européens et ultramarins, notamment africains. L' ambition est de poursuivre au même niveau(2 à 3 articles par mois), l' année à venir s' annonçant riche en événements: actions jihadistes, élections américaines et françaises, recomposition de l' institution européenne, évolutions sociétales et culturelles, etc.

La matière ne manquera pas. Merci et bonne future lecture!

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Sport et société

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le récent championnat d' Europe de football a suscité un mouvement interclassiste qui traduisait davantage un sentiment patriotique, - que les attentats terroristes ne font que renforcer-, qu' un véritable consensus social où certains veulent se rassurer.

En réalité, le sport a toujours été clivant, et on ne voit guère à Roland-Garros le même genre de public qu' au Stade Vélodrome. Je me souviens, enfant, de la coloration prolétarienne du cyclisme sur piste avec les "Six Jours" qui se déroulaient au Vél' d' Hiv et, à un moindre degré, du "Tour" avant qu' il ne vire clairement au barnum commercial et au labo d' expérimentation pharmaceutique sous l' égide de Lance Armstrong.

L' ouvrier a laissé place au gestionnaire chargé de la promo du champion luxueusement salarié d' une équipe de marque. La mondialisation aidant, l' idéal du Père Desgranges, est totalement passé aux oubliettes. Maintenant, le Tour relève d' une sorte de rituel dans le cadre familial d' un pique-nique de vacances. Loi travail ou non, l' ouvrier n' est plus ce qu' il était, et la compétition devient surtout le prétexte à une belle balade dans la nature.

Quant au "foot", qui occupe désormais le devant de la scène, impliquant les gros bataillons de la classe moyenne et le flair électoral des politiques de gauche et de droite, il n' a pas manqué d' alerter les businessmen qui notent derrière le chauvinisme d' un spectateur la vulnérabilité du consommateur. Les spots publicitaires accompagnant les matchs importants valent des fortunes que seuls peuvent s' offrir les plus grands groupes. Comme ailleurs, l' argent commande et corrompt (voir les récents scandales à la tête de la FIFA).

La boucle est ainsi bouclée : annonceurs, spectateurs, champions, journalistes créent le "marché". Son succès le place au centre d' un consensus que l' ONU est bien incapable d' incarner, escamote apparemment la lutte de classe, et distribue des CDD qui allègent la précarité du moment. Mais ce sport si rassembleur n'est-il pas, en grattant bien, qu' un pseudo tranquillisant de nos tensions sociales? Panem et circenses ( du pain et des jeux) recommandaient les Romains...

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Un vol (conte moderne)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Vous vous êtes fait voler votre carte de crédit. Sous le nez, dans une rue vide. L' inconnu était d' une rare dextérité. Un pro. Vous veniez de composer votre code, vous n' avez rien vu venir.
Le temps de réaliser, de reprendre vos esprits, de trouver le numéro où s' adresser pour faire opposition, votre compte était déjà allégé. Tout va très vite, dans ces cas-là.

On est dimanche. Votre agence bancaire ne rouvre que le mardi. Les voleurs savent ça. Votre chargée de clientèle (la trentaine, minijupe,évoque souvent son "compagnon") est près du burn out parce que la banque a opéré récemment de fortes compressions de personnel, consécutives à la numérisation. On envisage même de supprimer une agence sur deux, ou bien de regrouper celles-ci, certains employés devenant itinérants : trois jours de la semaine ici, deux et demi là, et inversement. Les rendez-vous ne sont plus acceptés que durant la matinée.

Quand elle est trop occupée, votre chargée de clientèle débranche son téléphone et, après une attente musicale taxée 34 centimes la minute, une voix lointaine vous confirme que votre message a bien été enregistré. Il sera transmis à sa destinataire dès qu' elle sera "joignable".

La chargée de clientèle ne trouve le temps de vous rappeler qu' au moment de quitter son bureau pour aller prendre à temps le train de banlieue qui va la ramener chez elle. Elle se remanifestera sans faute le lendemain de bonne heure, quand elle aura pu contacter l' Assurance et consulter votre relevé. Bonne nuit, pas de problème.

Vous rappelez le lendemain vers midi, avant la pause-déjeuner. Elle s' excuse, une réunion imprévue... Elle n' a d' ailleurs pas de très bonnes nouvelles : votre carte n' était pas assurée, les frais sont donc à votre charge. Les frais? deux retraits de 600 euros le même jour, le premier effectué à deux pas de chez vous, le second dans un coin réputé pour le nombre de ses caravanes. Fugitivement, vous essayez de revoir votre voleur. Typer serait d' un déshonorant racisme. La chargée de clientèle insiste pour que vous alliez porter plainte au commissariat et réclamiez des " réquisitions judiciaires" qui permettent d' utiliser les enregistrements vidéo facilitant l' identification du délinquant.

Un jeune inspecteur de police sympa vous accueille avec la courtoisie qui sied désormais aux services publics attentifs aux citoyens. Vous narrez votre aventure. Il tape votre déposition presque plus vite que vous n évoquez les faits, puis passe à la description physique de l' agresseur. Un visage basané, des lunettes teintées, ça s' est passé si vite...

- Plutôt un faciès de Roumain ? questionne l' inspecteur.

Vous rougissez vaguement. Regrettez-vous d' être là? La délation vous est insupportable, elle vous rappelle l' Occupation, que vous étiez trop jeune pour vivre, vous ne répondez rien. L' inspecteur fait défiler sur son écran des visages que vous ne souhaitez pas reconnaître:

- Et là?... Et là?...

Non, non, personne, aucun d' eux, malgré les 1200 euros qui n' arrangent pas votre situation en cette période de taxe d' habitation. Il fallait faire plus attention. Allez-vous maintenant excuser votre détrousseur? lui trouver des justifications? Quand même pas...

L' inspecteur en rajoute :

- C' est vrai, c' est délicat. Faut être sûr à 200% pour 100.

Cependant, le quatrième portrait à droite... Le même "faciès", le même air faux cul... L' inspecteur ne se formalise pas. Il vous fait lire et signer votre déposition, la tamponne, et vous remet un double. Finalement, porter plainte est psychologiquement satisfaisant. On éprouve du soulagement. La chargée de clientèle vous a précisé que vous alliez recevoir la nouvelle carte à domicile sous six jours, et que vous garderiez votre code secret. Le dossier est clos.

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La République

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me suis rendu place de la République à Paris, à la "Nuit debout" qui, au même moment se tenait, identique, à Rennes, Nantes, Toulouse , Strasbourg, Lyon et autres lieux. En un mot, à un rassemblement festif et libertaire issu du refus de la Loi sur le travail dite aussi Loi el Khomri.

Un mini mai 68 en dépit du plan d' urgence, qui résonne comme un soufflet sur la joue du gouvernement Vals.On le sait, il ne sortira,au plan politique, directement rien de cette révolte spontanée de Jeunes contre la précarité, sinon un degré supplémentaire d' affaiblissement du pouvoir en place. Pourtant ces assemblées nombreuses, ces quotidiens défis, au pied même de la statue de la République, constituent des symboles dont les effets ne manqueront pas de se faire sentir, suscitant une dynamique du désir d' en finir avec un modèle de société à bout de souffle, un régime anachronique, usé, dont la classe dirigeante a perdu toute considération.

Place de la République, l' autre soir, passait un courant d' air agréablement pur. La parole n' y était pas tenue par Mélanchon, el Kabbach et Bernard-Henri Lévy, sombres figures de la décomposition ambiante. Non. Chacun prenait à son tour la parole, au gré de débats qui n' éludaient aucune question, n' hésitaient pas à remettre en cause l' existence de la démocratie bourgeoise et le mode de représentation des citoyens, appelaient à voter blanc pour bloquer la machine avant de reconstruire autrement, sur des bases élaborées en commun, sans hiérarchie ni préjugé. Aucune violence ni altercation, seulement l' écoute de l' autre, l' anonyme, quelque chose qu' un Français de vingt ans aujourd'hui n' avait jamais expérimenté.

Bien sûr que cela est restreint, marginal, embryonnaire, mais une génération capable de concevoir une telle liberté ne saurait être une génération fichue! Je les ai écoutés, ces orateurs d' un soir, je me suis bien gardé de jouer devant eux à l' ancien combattant. Il ne s' agissait que de les laisser s' exprimer, c' est de leur sort qu' ils souhaitaient débattre, que de se perdre dans ce flot de garçons et de filles -énormément de filles!- qui ressemblaient à mes propres petits-enfants.

Je suis rentré ragaillardi. Ce genre d'événement n' est jamais sans lendemain, il en annonce d' autres, électoraux ou pas, ce n' est plus tellement le problème, où la confiance retrouvée, l' imagination libérée, la solidarité réactivée, toutes ces valeurs "utopiques", viennent contrarier l absolutisme de l' argent, la dictature de l' actionnaire majoritaire et des lobbies, les escroqueries fiscales, le règne de tous les Cahuzac, Balkany, Guéant ou Strauss-Kahn.

Illusion, euphorie d' une heure, diront les esprits forts. Peut-être. Et si, cependant, l' urgence n' était pas totalement là où on l' ont placée nos Princes?

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai longtemps dédaigné le 9ème au profit de la rive gauche de la Seine avant de réaliser à quel point l' endroit où je résidais sortait de l' ordinaire. D' un bohème mouchoir de poche, fruit de la poussée urbanistique haussmannienne du Second Empire, sont en effet issus le romantisme littéraire français, la peinture moderne et le surréalisme.

Un siècle durant s'y est amassée une foule impressionnante d' oeuvres et de talents divers: gens de théâtre, de Talma à Charles Dulin, musiciens comme Chopin, Berlioz, Wagner, Honegger, Sauguet, Messiaen ou Xénakis, écrivains tels Nodier, Hugo, George Sand, Musset, Mallarmé, et naturellement vagues successives de peintres, des Impressionnistes aux Fauves, aux Nabis ou aux Cubistes.

Aujourd'hui le triangle Place Saint-Georges/Trinité/Place Pigalle, fief centenaire de cette Nouvelle Athènes, se voit submergé par l' irruption d' une vision bouleversée du quartier: South Pigalle (ou SOPI), ainsi baptisé par référence aux acronymes anglo-saxons du même type (SOHO=South Houston). La fort bourgeoise rue d' Aumale et le boboïsme new-yorkais se font face. Des groupes du 3ème âge venus sagement visiter le musée Gustave Moreau, celui, vieillot, de la Vie romantique, et la boutique du Père Tanguy, cryptes d'un Age défunt, croisent les"hipsters" hantant les clubs à la mode et les innombrables magasins de guitares électriques dernier cri.

Le tournant s'est amorcé il y a une petite dizaine d' années quand des jeunes "branchés Brooklyn" ont rencontré le journaliste américain John von Sothen et résolu avec lui de réveiller le tristounet versant sud de Pigalle. L' offensive est partie d' un bar de nuit sis rue de la Tour d' Auvergne, "Le César",pour s' étendre rapidement à l' ensemble de la zone ciblée. L' idée répondait à un renouveau démographique dû à l' installation dans le quartier de nombreux couples de cadres peu enclins à endosser la réputation de Pigalle comme haut-lieu de basse prostitution. Déjà,le marché immobilier était sur le coup, le "Financial Times" et "l' Express" étaient alertés, l' Argent et le Marketing s' en mêlaient.

L' habileté provocatrice consistait à récupérer une réputation sulfureuse en supprimant ses stigmates: plus d' affligeantes sexagénaires sur le trottoir,plus de macs planqués au bistrot, plus de travelos camés hélant les passants. Le fin du fin était de s' appuyer sur le souvenir inoffensif d' une voyoucratie vulgarisée par les livres d' Albert Simonin et les films de Jean Gabin pour appâter le bourgeois, faire marcher le business et grimper le prix du mètre carré. La croissance de SOPI s' accompagnait d' ailleurs d' une explosion gastronomique bio-végétarienne dont les cafés-restaurants de la rue des Martyrs se sont faits avec succès les propagateurs, et de la création d' une ligne de vêtements appréciée des rappeurs. Le logo déposé SOPI s' est inscrit sur des T-shirts, des chaussures, des sacs, des montres et des boissons.

J' imagine le peu d' émotion que produit ce microphénomène sur un Béarnais ou un Haut Savoyard.C' est pourtant l' évolution qui les guette aussi : la mondialisation financière n' a ni mémoire ni frontière.

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De la Nouvelle Athènes à South Pigalle (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sarah Bernhardt possédait rue La Bruyère, dans le 9ème arrondissement de Paris, un hôtel particulier avec grand escalier central en marbre blanc et salle de bal. Jusqu' en 1914, au bout de la même rue, là où plus tard a séjourné Antonin Artaud, existait une ferme. Les habitants voisins allaient y chercher leur lait. A deux pas, rue Moncey, Caillebotte a hébergé un jeune peintre, Claude Monet, et sa famille sans le sou. Alphonse Allais avait son rond de serviette à "L' Auberge du Clou", avenue Trudaine où se trouve le lycée ex-Rollin, rebaptisé Decour du nom d' un professeur résistant fusillé. Mes parents demeurant rue Condorcet, j' y ai été élève, un peu après Edgar Morin, un peu avant Patrick Modiano. Square d' Anvers, jouxtant le lycée, au Café des Oiseaux, venait écrire Courteline. Breton y attendait Jacqueline Lamba, alors danseuse aquatique au "Coliseum". C' est dans un autre square, celui de la Trinité, que se sont connus ceux qui ont marqué la génération "yé-yé" du golf Drouot, boulevard Montmartre : Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Johnny Halliday.

Dès l' avant-guerre, plusieurs sanctuaires du Surréalisme avaient disparu : le passage des Princes, cher à Aragon, et Le Cyrano, poste de commande de Breton, dont l' atelier se situait rue Fontaine à cent mètres de là et de la Cité Véron où vivaient Prévert et Boris Vian.

La vie nocturne de ce bas Montmartre n' avait rien perdu de son essence festive sous l' Occupation. Seul le public avait changé. Les boites de la rue Pigalle, les cabarets de chansonniers, le bal Tabarin, rue Victor Massé, accueillaient désormais des groupes compacts d' officiers bottés, entourés de jeunes personnes coupe de champagne à la main.

A la sortie du lycée, je poursuivais de solitaires investigations : boulevard de Clichy, avec ses cinémas interdits aux mineurs comme moi, puis place Clichy, devant l' immense Gaumont Palace,dans la rue Lepic, de l' autre côté de la frontière du 18ème, dont les étals avaient été vidés par les restrictions. Le lycée m' avait un jour envoyé avec deux camarades quêter à domicile pour " les Prisonniers" : nous allions frapper aux portes, de la rue de Dunkerque à celle de La Rochefoucauld. Parfois, des femmes parfumées, hâtivement enveloppées d' un peignoir, déposaient en souriant leur obole dans la boite que nous leur tendions.

A la Libération, les Américains ont aussitôt remplacé les Allemands dans les bars et les lupanars. Les Communistes, tout puissants dans l' arrondissement, ont pris le quartier en main. Du toit du siège du Parti, place de Chateaudun, ils balançaient dans le vide les Miliciens de Darnand. Un vent de Révolution flottait dans l' air. (à suivre).

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L' esprit et la lettre

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le Tour de France 2015 est achevé. Il a été une incontestable réussite organisationnelle. Son succès populaire ne s' est pas démenti : foules sur le bord des routes et en haut des cols, millions d' amateurs scotchés l' après-midi à la télévision, depuis notre enfance le Tour nous laisse chaque fin de juillet un peu nostalgiques.

L' épreuve, toujours aussi exténuante, est un événement sportif mondial, à l' instar des Jeux Olympiques et de la Coupe du monde de football. Quand, en 1903, le journaliste Géo Lefèvre a suggéré l' idée au rédacteur en chef de L' Auto, Henri Desgrange, nul n' aurait prévu l' écho qu' elle rencontrerait, au point de devenir aujourd'hui le support d' une entreprise colossale.

Ainsi "Sky", équipe anglaise du vainqueur, Froome, y a - t- elle investi 25 millions d' euros avec l' assurance d' en retirer dix fois plus. Belle opération d' investissement capitalistique...

Deux objectifs avaient en son temps animé Desgrange : faire connaitre la beauté des régions françaises et rendre hommage à la Patrie. Les vues aériennes et terrestres, que diffuse désormais avec talent la télévision, des paysages et des monuments variés que rencontre le Tour, répond pleinement au premier point. Contribuent -elles pour autant à sensibiliser les Jeunes à leur patrimoine historique et culturel, espérons-le.

Si la lettre est donc respectée, on est moins sûr que l' esprit des fondateurs le soit vraiment, à voir les dérives financières et commerciales qui président de plus en plus à l' évolution et la mondialisation du TDF, comme disent les chaînes américaines. L' inégalité des budgets engagés par les équipes (de 1 à 5), donc des chances de vaincre, fausse la compétition au départ . Les meilleurs coureurs, de leur côté, font chaque saison l' objet d' enchères sans limite qui favorisent systématiquement les plus riches.

En gros,si le spectacle demeure, son essence patriotique et festive a fait place au business. Cette mutation vers l' Argent n' était pas le rêve de Desgrange, pas plus que celui de Coubertin n' était de faire des J.O cette foire aux orgueils nationaux. Les humanistes ont été floués.

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