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86 articles avec societe

SUR L' ELITISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' élitisme connait décidément en France un curieux destin. Après avoir symbolisé le progrès, par la substitution à l' élitisme aristocratique fondé sur la naissance d' un élitisme bourgeois puis petit-bourgeois basé sur le mérite, le voici de plus en plus remis en question au nom du lien social et de l' égalité citoyenne.

L' existence d' une oligarchie coupée , à quelques exceptions près servant d' alibis, des couches populaires, fait l' objet de critiques multiples qui s' adressent en priorité au mode de reproduction de la classe dirigeante, responsable d' une évidente fracture socio-culturelle.

L' illustration spectaculaire de la situation est fournie par le recrutement des "Grandes Ecoles", sorte de garantie offerte aux jeunes issus de milieux favorisés dans la répartition des postes de pouvoir politiques (Grands Corps de l' Etat), économiques ( Banques,Entreprises du CAC 40) et médiatiques (Groupes de Presse). S'en dégagent un entre-soi et une unité de vue qui semblent peu conformes à l' exercice démocratique.

Un tel élitisme transparaît également au niveau des pratiques culturelles. Il cristallise, en dépit d'une facilité accrue d' accès aux musées et de la multiplication de festivals, des groupes sociaux souvent étrangers les uns aux autres dans le choix de leurs loisirs et de leur éducation artistique. L' élite voit-elle un inconvénient à cet apartheid? Il l' enferme en la flattant .

De façon générale, l' élite d' aujourd'hui, ouverte quant aux choix partisans légalistes (la social-démocratie diplômée y est la bienvenue), mais rigide sur les privilèges de classe liés à la domination  intellectuelle, est, par nature, l' alliée de la Finance. Il n' est pour s' en convaincre qu' à se référer au dîner mensuel du "Siècle" , club créé il y a une vingtaine d' années où se mêlent parlementaires, banquiers, hauts fonctionnaires et éditocrates non communistes et non lepénistes. Rien d' un rendez-vous snob ou bobo. On est là pour cerner calmement les "orientations" qui, en marge des assemblées élues, des instances communautaires et des conférences internationales, sauront conserver et protéger l' Ordre social. Au fond, rien de très neuf.

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SUR LE "DECLINISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' annonce de la décomposition d' une France chargée de plus de mille ans d' Histoire est à la mode dans une certaine intelligentsia. Un écrivain comme Houellebecq, un journaliste comme Zemmour, un philosophe comme Onfray, un économiste comme Baverez, produits médiatisés de la culture hexagonale, proclament en choeur que c' en est fini du pays obsolète de Clovis, Jeanne d' Arc, Louis XIV, Napoléon, Clémenceau et de Gaulle.

Les Français les lisent en faisant la part des choses: d' un côté un opportunisme provocateur (et rémunérateur) saisissant l' aubaine d' une situation confuse, de l' autre les difficultés d' une vieille nation pour s' articuler avec. la mondialisation et la justice sociale.

Si le "déclin" consiste à comparer le pouvoir du Roi Soleil avec celui de Macron quatre siècles plus tard, on sombre dans le ridicule. La France était, au XVIIème siècle, et de loin, le pays le plus peuplé d' Europe, le reste du monde demeurant pratiquement inconnu de la civilisation judéo-chrétienne. La langue française était, comme l' a souligné Rivarol, d' usage dans tous les milieux "évolués", plus influente alors que ne l' est aujourd'hui l' anglais commercial. L' émergence économique de nouveaux continents a rebattu les cartes : recul épisodique ou déclin mortel?

Cette redistribution géopolitique et démographique n' exonère pas pour autant la France des fautes et défaites accumulées, qui ont souvent contribué à la baisse de son audience : déroute de 1870, débâcle de 1940, instabilité institutionnelle chronique, échec de la décolonisation, stupide désindustrialisation, incapacité à juguler le chômage et la dette, pour ne prendre que quelques exemples. La France est mal gouvernée. La pagaille y semble congénitale.

Malgré tout, le pays continue de bénéficier d' un acquis particulier. D' abord d' une situation stratégique privilégiée entre Europe du nord et du sud, et sur le chemin de l' Europe à l' Amérique. D'une tradition agricole et de savoirs industriels de premier plan, d' une présence planétaire (second domaine maritime mondial, nombreux territoires ultramarins, siège au Conseil de sécurité de l' ONU, participation au G7), d' une enviable capacité diplomatique et nucléaire, d' un fort  rayonnement culturel et touristique, de chercheurs et ingénieurs appréciés.

Le sort de la France qui a connu les épidémies, les guerres de religion, les Révolutions, la saignée de 14-18, l' exode, l' occupation, maintenant le terrorisme, souffre en réalité moins d' une "crise de civilisation" récurrente ou de la taille de sa superficie que de son fonctionnement politique baroque, du conservatisme égoïste de ses élites et d' un système de classe qui démobilise une partie de son peuple. C' est là le point qui aurait dû inquiéter nos Cassandres patentés. Leur cri d' alarme reste du parisianisme.

 

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SUR LE NARCISSISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le vieillissement de la population occidentale est un fait d' observation. Il est, certes, d' abord dû aux progrès de l' hygiène, de la médecine et des conditions de vie. On peut toutefois ajouter à cela une donnée psychologique associée à la période : l' avancée de l' individualisme, effet du système libéral-marchand (le consumérisme en est l' une des manifestations : ah, l' ivresse du shopping capricieux !...), et, par là, d' un déficit sensible de la solidarité puis, a fortiori, de l' esprit de sacrifice.

Le narcissisme conservateur qui en découle, fruit d' une recherche d' identification dans des situations d' acculturation massive, s' accompagne à force d' une perte de l' empathie, voire d' une méfiance généralisée envers les autres. La hantise de la sécurité personnelle et familiale ( caméras video, raccordement à un organisme de surveillance, système d' alarme sophistiqué et onéreux) en témoigne: " Je me protège d' autant plus que je m' admire et me sens rare. Je me donne ainsi plus de chances de vieillir". CQFD.

Garantir une existence qu' on croit incomparable mais menacée, et se réfugier à cet effet dans le repli est aujourd' hui une pathologie que n' explique pas une simple peur. C' est pourquoi la question relève autant du responsable politique que du psychanalyste.

Le culte de soi, héritage du mythe de Narcisse tombé amoureux de son image reflétée dans l' eau, tel qu' énoncé par Ovide dans les "Métamorphoses", connait apparemment une actualité inédite. Il fait écho à plusieurs types de phénomènes socio-économiques contemporains et à une organisation sociale où les comportements relevant d'une logique autocentrée incarnent le "malaise de la modernité".

Ce néo narcissisme se répand en dessinant une spécificité particulière du souci de soi. Loin de se satisfaire de la domination du Moi, il se nourrit de fantasmes trahissant en vérité son impuissance fondamentale. La transmutation de la subjectivité qu' est en train d' opérer la mondialisation aboutit à une fragmentation croissante de la société humaine.

En résulte un isolement qui engendre, au milieu même de la foule, un moi appauvri et un ego surdimensionné. C' est ici que Narcisse nargue nos gouvernants : dans la détérioration sans entrave du lien social, base pourtant de toute vie en commun.

 

 

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SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

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TRUMP AU PAYS DES LUMIERES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les observateurs se posent la question : l' élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d' Amérique aura-t-elle une incidence, directe ou indirecte, sur l' élection présidentielle française d' avril prochain?

Si c'était bien le cas, ce serait actuellement plutôt un effet repoussoir. Pas un responsable politique hexagonal, sinon Marine Le Pen, ne s' est félicité de la victoire du milliardaire new yorkais. Dans un monde en mutation généralisée, le choix du nationalisme, de l' isolationnisme et de la discrimination se situe, de l' avis majoritaire, à contre-courant historique. Il parait paradoxal que la première puissance planétaire se barricade derrière des barrières douanières, des murs racistes et des comportements sexistes au moment où sa rivale, la Chine, affirme habilement son ouverture, comme l' a fait, il y a peu à Davos, le Premier ministre de Pékin.

L' axe néo-conservateur et ultralibéral anglo-saxon que, à la grande satisfaction de Wall street et de la City, sont en train de relancer Trump et Theresa May, produit du Brexit, ressuscitant ainsi l' alliance Reagan-Thatcher, est une régression qui, inéluctablement, va rapprocher l' Union Européenne , menacée, des Pays émergents. Ce nouveau clivage, où Poutine  promet de s' ébattre librement, n' est pas un pas vers la Paix.

Dans ce schéma, où placer l' opinion française? La voie d' un "libéralisme protectionniste" spéculateur ne peut séduire que certains milieux d' affaires et cercles boursiers. Si Trump obtient des résultats rapides en matière de redynamisation économique, son exemple servira aussitôt de référence à une Droite que les problèmes actuels de chômage et d' endettement poussent à l' offensive.
Pour autant, le peuple de France ne donne guère l' impression de vouloir se rallier à des options si opposées aux valeurs humanistes qui inspirent depuis plus de deux siècles sa philosophie. Le populisme finit toujours par se révéler le poumon de la ploutocratie, l' adoubement des riches par les pauvres, ou, selon le vocabulaire marxiste, l' aliénation du Travail au Capital. Voyez, pour illustration de cela, la composition du nouveau gouvernement de Washington. Peu de risque, dès lors, de voir Trump devenir la coqueluche du pays des Lumières.

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JOURNALISTES ET POLITICIENS(2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce n' est évidemment pas hasard si le discrédit qui frappe les journalistes recoupe celui qui accompagne généralement les politiciens. Les premiers s' efforcent d' exhiber de plus en plus, par leur ton et leur attitude, une indépendance qui n' abuse personne. Ne relèvent-ils pas, en fin de compte, soit de l' Etat, donc des partis de gouvernement, soit de grands patrons politisés (Lagardère, Dassault, Bolloré, Arnaud, Bouyghes, Pineau) qui les promeuvent ou les licencient à leur guise?

Dans la catégorie des larbins insolents, le quasi octogénaire Elkabbach fait figure de modèle. Encensé par Giscard dans les années 70, donc disgracié en 1981, il se refait vite une santé avec l' appui de Jacques Attali, dont il est le témoin de mariage, et , par suite, de Rousselet, directeur de cabinet de Mitterrand. Ouf!

Nouvelles cabrioles réussies avec Chirac puis Sarkozy, car nul n' est meilleur courtisan des pouvoirs successifs que ce protégé de Lagardère, protégé dont l' arrogance sans péril triomphe sans gloire.
C' est donc avec une joie non dissimulée qu' on a pu enfin voir récemment un responsable river son clou à ce nageur de fond. C' était lors du 3ème débat télévisé des Primaires de la Droite et du Centre où Elkabbach coupant, selon son habitude, grossièrement la parole à son invité, Bruno Lemaire, réserve ses sarcasmes aux sondages qui concernent ce dernier. "Voyez comme je suis libre!" semble clamer le gilet rayé."Je n' ai certainement pas de leçon à recevoir de vous!" lui lance sèchement le candidat.

Cela fait 56 ans que, par vents et marées, au prix de toutes les trahisons déontologiques, Ekkabbach plastronne devant micros et caméras,acteur inévitable d' une Histoire souvent manipulée dont il s' est fait le valet le plus zélé. Qu' est- ce qui justifie tant d' indulgence sinon la permanente porosité  régnant entre la politique partisane et  l' information des citoyens par l' intermédiaire de journalistes sans conscience. Cette escroquerie n' est pas saine du point de vue démocratique.

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JOURNALISTES ET POLITICIENS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Brexit, Trump,poussées nationalistes à travers l'Europe, autant de signes d' un tournant des sociétés occidentales morcelées par la mondialisation du capitalisme:élites,peuples,immigrés, constituent le trépied d' un Ordre nouveau.De là, des rapports de plus en plus complexes entre le pouvoir politique et l' opinion.

De politiciens jouant aux journalistes (chefs de Parti ou d' Entreprise),on n' a jamais manqué. L' inverse est moins fréquent. J' y songeais, entendant le député européen Cavada commenter le Brexit. Cavada a effectué un parcours professionnel heureux jusqu' à la présidence de Radio France.Parvenu à la retraite, il s' est tourné vers une activité qui lui semblait logiquement devoir couronner sa carrière:la politique.

C' était tard pour un début et le bagage était léger. On ne l' avait jamais vu se positionner, sinon sur un europeïsme de principe qui n' engageait à rien. Bayrou, qui venait de créer le Modem et cherchait de nouvelles têtes, n' a eu aucune peine à recruter le récent retraité, et à le caser au Parlement de Strasbourg avant de l' envoyer dans une circonscription du Val de Marne solidement tenue par un sarkozyste.

Le résultat fut tel que nul n' a depuis revu l' ex journaliste dans la région. D' autant que, pour éviter d' être lui- même victime du reflux du Modem, Cavada s' est vite rallié au "Nouveau Centre" inspiré par des transfuges(Morin,Leroy) soucieux de ne pas se retrouver coupés de la majorité UMP. C' est donc avec cette seconde étiquette qu' on retrouve peu après Cavada candidat aux élections municipales dans le XIIème arrondissement de Paris. Autre dégelée, cette fois au bénéfice des socialistes. Le "terrain" n' est décidément pas le point fort du Communicant.

Simple exemple d' une règle non écrite:une certaine notoriété médiatique ne suffit plus à garantir un succès électoral. Celui-ci requiert des conditions de plus en plus prégnantes que négligent les amateurs: des convictions confirmées par l' expérience des confrontations sociales, un ancrage réel et continu parmi les citoyens, un flair qui sache détourner de zigzags opportunistes peu appréciés des électeurs. Les jeux de pouvoir ont leurs exigences. Le plateau d'une télévision toujours suspecte de partialité n' est pas désormais l' antichambre des Palais d'une République en perte de vitesse, voilà qui éclaire autrement les vieux rapports entre leaders d' opinion et  journalistes-vedettes qui se rêvent ministrables.

P.S. Pour qui s' interrogerait sur mes trois derniers mois de silence, je précise que j' ai subi une longue hospitalisation consécutive à une chute(tendon rotulien arraché).Ce fut long et douloureux.

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Cinq ans

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il y a cinq ans, le 13 août 2011 pour être précis, ce blog était créé sur la base de six thèmes non spécialement "grand public" : société(79 articles), actualité(77), politique(65), culture(56), histoire et littérature(44 chacune). Le titre général, "Mémoire et société", avait une consonance peu faite pour attirer les amateurs de distraction.

S' adressant donc à un lectorat relativement limité sur des sujets abordés par ailleurs dans des supports privilégiés, il ne convenait pas de s' attendre à des résultats chiffrés considérables. Ce n' était pas là non plus le but recherché. Aujourd'hui, après 365 textes publiés, 11.000 et quelques visiteurs ont lu 16.400 pages, soit 1,48 page par personne en moyenne. Le rythme de production s' est, il est vrai, bien ralenti depuis 18 mois, l' auteur ayant été sollicité par d' autres travaux.

On dira que, pour le moins, l' effet n' est pas globalement négatif, ledit blog ayant aussi suscité l' intérêt de lecteurs étrangers européens et ultramarins, notamment africains. L' ambition est de poursuivre au même niveau(2 à 3 articles par mois), l' année à venir s' annonçant riche en événements: actions jihadistes, élections américaines et françaises, recomposition de l' institution européenne, évolutions sociétales et culturelles, etc.

La matière ne manquera pas. Merci et bonne future lecture!

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Sport et société

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le récent championnat d' Europe de football a suscité un mouvement interclassiste qui traduisait davantage un sentiment patriotique, - que les attentats terroristes ne font que renforcer-, qu' un véritable consensus social où certains veulent se rassurer.

En réalité, le sport a toujours été clivant, et on ne voit guère à Roland-Garros le même genre de public qu' au Stade Vélodrome. Je me souviens, enfant, de la coloration prolétarienne du cyclisme sur piste avec les "Six Jours" qui se déroulaient au Vél' d' Hiv et, à un moindre degré, du "Tour" avant qu' il ne vire clairement au barnum commercial et au labo d' expérimentation pharmaceutique sous l' égide de Lance Armstrong.

L' ouvrier a laissé place au gestionnaire chargé de la promo du champion luxueusement salarié d' une équipe de marque. La mondialisation aidant, l' idéal du Père Desgranges, est totalement passé aux oubliettes. Maintenant, le Tour relève d' une sorte de rituel dans le cadre familial d' un pique-nique de vacances. Loi travail ou non, l' ouvrier n' est plus ce qu' il était, et la compétition devient surtout le prétexte à une belle balade dans la nature.

Quant au "foot", qui occupe désormais le devant de la scène, impliquant les gros bataillons de la classe moyenne et le flair électoral des politiques de gauche et de droite, il n' a pas manqué d' alerter les businessmen qui notent derrière le chauvinisme d' un spectateur la vulnérabilité du consommateur. Les spots publicitaires accompagnant les matchs importants valent des fortunes que seuls peuvent s' offrir les plus grands groupes. Comme ailleurs, l' argent commande et corrompt (voir les récents scandales à la tête de la FIFA).

La boucle est ainsi bouclée : annonceurs, spectateurs, champions, journalistes créent le "marché". Son succès le place au centre d' un consensus que l' ONU est bien incapable d' incarner, escamote apparemment la lutte de classe, et distribue des CDD qui allègent la précarité du moment. Mais ce sport si rassembleur n'est-il pas, en grattant bien, qu' un pseudo tranquillisant de nos tensions sociales? Panem et circenses ( du pain et des jeux) recommandaient les Romains...

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Un vol (conte moderne)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Vous vous êtes fait voler votre carte de crédit. Sous le nez, dans une rue vide. L' inconnu était d' une rare dextérité. Un pro. Vous veniez de composer votre code, vous n' avez rien vu venir.
Le temps de réaliser, de reprendre vos esprits, de trouver le numéro où s' adresser pour faire opposition, votre compte était déjà allégé. Tout va très vite, dans ces cas-là.

On est dimanche. Votre agence bancaire ne rouvre que le mardi. Les voleurs savent ça. Votre chargée de clientèle (la trentaine, minijupe,évoque souvent son "compagnon") est près du burn out parce que la banque a opéré récemment de fortes compressions de personnel, consécutives à la numérisation. On envisage même de supprimer une agence sur deux, ou bien de regrouper celles-ci, certains employés devenant itinérants : trois jours de la semaine ici, deux et demi là, et inversement. Les rendez-vous ne sont plus acceptés que durant la matinée.

Quand elle est trop occupée, votre chargée de clientèle débranche son téléphone et, après une attente musicale taxée 34 centimes la minute, une voix lointaine vous confirme que votre message a bien été enregistré. Il sera transmis à sa destinataire dès qu' elle sera "joignable".

La chargée de clientèle ne trouve le temps de vous rappeler qu' au moment de quitter son bureau pour aller prendre à temps le train de banlieue qui va la ramener chez elle. Elle se remanifestera sans faute le lendemain de bonne heure, quand elle aura pu contacter l' Assurance et consulter votre relevé. Bonne nuit, pas de problème.

Vous rappelez le lendemain vers midi, avant la pause-déjeuner. Elle s' excuse, une réunion imprévue... Elle n' a d' ailleurs pas de très bonnes nouvelles : votre carte n' était pas assurée, les frais sont donc à votre charge. Les frais? deux retraits de 600 euros le même jour, le premier effectué à deux pas de chez vous, le second dans un coin réputé pour le nombre de ses caravanes. Fugitivement, vous essayez de revoir votre voleur. Typer serait d' un déshonorant racisme. La chargée de clientèle insiste pour que vous alliez porter plainte au commissariat et réclamiez des " réquisitions judiciaires" qui permettent d' utiliser les enregistrements vidéo facilitant l' identification du délinquant.

Un jeune inspecteur de police sympa vous accueille avec la courtoisie qui sied désormais aux services publics attentifs aux citoyens. Vous narrez votre aventure. Il tape votre déposition presque plus vite que vous n évoquez les faits, puis passe à la description physique de l' agresseur. Un visage basané, des lunettes teintées, ça s' est passé si vite...

- Plutôt un faciès de Roumain ? questionne l' inspecteur.

Vous rougissez vaguement. Regrettez-vous d' être là? La délation vous est insupportable, elle vous rappelle l' Occupation, que vous étiez trop jeune pour vivre, vous ne répondez rien. L' inspecteur fait défiler sur son écran des visages que vous ne souhaitez pas reconnaître:

- Et là?... Et là?...

Non, non, personne, aucun d' eux, malgré les 1200 euros qui n' arrangent pas votre situation en cette période de taxe d' habitation. Il fallait faire plus attention. Allez-vous maintenant excuser votre détrousseur? lui trouver des justifications? Quand même pas...

L' inspecteur en rajoute :

- C' est vrai, c' est délicat. Faut être sûr à 200% pour 100.

Cependant, le quatrième portrait à droite... Le même "faciès", le même air faux cul... L' inspecteur ne se formalise pas. Il vous fait lire et signer votre déposition, la tamponne, et vous remet un double. Finalement, porter plainte est psychologiquement satisfaisant. On éprouve du soulagement. La chargée de clientèle vous a précisé que vous alliez recevoir la nouvelle carte à domicile sous six jours, et que vous garderiez votre code secret. Le dossier est clos.

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