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LA FLAMME DU PUNCH

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il était Martiniquais et Normalien. Elle était Normalienne et Martiniquaise. Nés la même année : 1913. Ils se sont rencontrés à Paris, puis mariés. Ils ont été tous deux professeurs au lycée Schoelcher de Fort-de-France, militants communistes et pro indépendantistes. Comment ne se seraient-ils pas "trouvés"?

Lui se nommait Aimé Césaire. Elle, Suzanne, née Roussi. Il n' était pas aisé de se forger un nom à soi quand on était la compagne, d' origine modeste, d' un écrivain et homme politique vite devenu célèbre. Ce n' était d'ailleurs pas le souci de Suzanne. Dotée d' une intelligence hors pair et d' un charme élancé devant lesquels ne manqua pas de s' extasier, au su et au vu de tous, y compris de sa propre femme, André Breton, elle fut décrétée par le Pape du surréalisme " belle comme la flamme du punch".

Cependant, madame Césaire n' était pas prête à succomber au  marivaudage poétique, aussi flatteur soit-il . Mère de plusieurs enfants et enseignante, elle était, en parallèle, dévorée par le besoin d' expression et le combat pour les droits de la Femme noire, "victime de la double peine". 

Après avoir étudié en profondeur les travaux de l' africaniste allemand Frobenius et ceux de Marcus Garvey, à l' origine de la Negro Renaissance aux Etats Unis, elle s' est voulue une initiatitrice du surréalisme aux Antilles. Elle a participé à cet effet, avec son époux et avec le philosophe René Ménil et le peintre cubain Wilfredo Lam, à la fondation de la revue "Tropismes" ( 14 numéros de 1941 à 1945 ) qui a influencé toute l' intelligentsia caribéenne et négro-américaine de l' époque.

Suzanne Césaire a joué un rôle essentiel dans le choix des orientations (aujourd'hui sans doute en partie obsolètes...et encore!) de la publication, notamment :

- l' affirmation, appuyée sur le mouvement de la Négritude et le Surréalisme, de l' identité antillaise et le rejet de la culture "doudou", illustration méprisante du paternalisme colonial.

- la solidarité avec toutes les luttes antiimpérialistes et un tiers-mondisme assumé, de l' Inde au Congo ou, surtout, à l' Algérie, motif d' un début de distanciation avec le Parti Communiste Français que les Césaire finiront par quitter.

- un engagement déterminé en faveur de la cause féministe. " C' est la première fois, révèle son exégète, Jacqueline Leiner, où la femme, dans le surréalisme, n' apparait pas simplement comme instrumentalisée par le désir de l' homme."

Suzanne Césaire est morte du cancer à 50 ans, partageant depuis peu la vie d' un compagnon dont l' identité ne fut pas révélée ( on a évoqué Henri Michaux, avec lequel elle a expérimenté la mescaline dans les années 50 ). Elle avait posé la plume et cessé de vendre la presse communiste en banlieue parisienne. Aimé Césaire, lui, est parti à 95 ans, en 2008, après une tentative vaine et indécente de récupération électorale par Sarkozy. 

-

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Publié dans littérature

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LE MOUVEMENT SOCIAL MERITERAIT MIEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Constat banal et navrant : jamais depuis les débuts de l'industrialisation (1820-40), le mouvement social en Europe (on ne dit plus "ouvrier") ne s' est trouvé à un étiage aussi bas, malgré une multiplication record d' organisations et de manifestations .

Les motifs du phénomène sont divers et déterminants : mondialisation et nomadisme des marchés, donc de l' emploi, extension des formes de plus en plus nombreuses d' intelligence artificielle, crainte des classes moyennes pour leur avenir, absorption de la social-démocratie par le libéralisme, effacement du communisme, mouvements migratoires de masse et défaut de reconnaissance des minorités, avènement de l' urgence écologique, part croissante des problèmes sociétaux (rôle des femmes, liberté sexuelle, euthanasie).

De l' anarchie et du marxisme aux communautarismes ethno-religieux, le mouvement populaire est devenu objectivement complice de son déclin. Les solidarités de classe dérivent vers l' individualisme petit-bourgeois, l' internationalisme prolétarien vers l' exclusion culturelle. La perte d' influence du monde du travail face à la modernité est la rançon de tels tropismes.

La Gauche a un problème majeur de représentation. La pauvreté d' une production théorique qui peine à accompagner les mutations sociales, le manque conséquent de vraisemblance économique, l' amertume laissée par l' échec de différentes expérimentations socialistes, ont taillé des croupières au potentiel militant et , plus largement au peuple de gauche.

Démobilisation, abstention,démission, sont, du coup, des comportements accueillis avec faveur par l' autre monde, celui de l' argent, dénoncé pourtant sur les trétaux électoraux. Une fraction non négligeable des électrices et électeurs français à gauche ont déjà annoncé qu'ils resteraient à la maison en cas de nouveau duel Le Pen-Macron au second tour des élections présidentielles de 2022. Voilà qui illustre le désarroi d' une force politique qui, en 1981, totalisait, toutes sensibilités confondues, la majorité des citoyens et n'en compte plus qu' à peine 30%.

Soit une perte de prés d' un électeur sur deux. A ce stade ne surnage qu' un vote de principe, protestation abstraite, sans perspective. L'idée de justice sociale où avaient ensemencé il y a un siècle et demi Proudhon, Pelloutier, Jaurès et tant d' autres, se voit ainsi supplantée  par la tyrannie consumériste, la police bancaire, l' esclavage toxicomaniaque, la violence pour la violence.

Le redressement, idéologique mais aussi éthique,prendra du temps. Ce n' est pas l'affaire d' un Sauveur suprême mais d' un sursaut collectif qui devrait donner jour à un personnel poltique moins déconsidéré par son électoralisme , sa démagogie, ses divisions et ses reniements. Attention ! Le mouvement, sans lequel, aucune société ne fonctionne, le mérite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans actualité

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