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MEMOIRE DE RIRETTE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il n' est pas sans intérêt d' observer que les plus âpres combats féministes, au XIXème siècle, ont convergé avec le développement des idées anarchistes. Logique, car s' agissant d' un même problème : l' émancipation de l' être humain aliéné. Cela fut vrai aux U.S.A, avec Emma Goldman et Voltairine de Cleyre, en France avec, bien sûr, Louise Michel, mais aussi des militantes moins célèbres telles Séverine, compagne de Jules Vallès, Madeleine Pelletier ou "Rirette" Maitrejean. 

C' est de cette dernière qu' il est ici question, tant un injuste silence  entoure son nom. L' anarchisme était à ses yeux la traduction concrète de sa revendication majeure : l' abolition de la domination masculine, indissociable d' un système basé sur le mariage et l' oppression religieuse.

Fille de paysans corréziens, Anne Henriette Estorges quitte définitivement athée l' internat catholique qui l' a élevée. Elle rêvait de devenir institutrice. Pour éviter une union " arrangée", elle s' enfuit à Paris à 17 ans à peine, travaille dans les ateliers de couture et développe des relations dans le milieu syndicaliste libertaire : d' abord auprès de l' ouvrier sellier Louis Maitrejean, dont elle a deux filles et garde le nom, puis avec le journaliste anarchiste Mauricius qui, comme Libertad, est son maître à penser.

Grièvement blessée par les dragons lors d' une grève des terrassiers en 1908, elle devient la compagne de Viktor Kibaltchich, alias Victor Serge, figure notoire du mouvement révolutionnaire. Rirette, comme on l' appelle désormais, est impliquée avec son ami dans l' enquête sur les attentats en 1912 de la "bande à Bonnot". Après un bref séjour en prison, elle épouse durant la guerre en 1915, Serge qui est toujours incarcéré.

Ce dernier une fois libéré, en 1917, le couple se sépare, en désaccord sur la révolution bolchévique. En effet, tandis que Rirette demeure attachée à l' anarchisme individualiste d' action directe, Serge  opte pour le communisme libertaire, plus acquis à l' organisation collective, et rejoint seul la Russie des Soviets.

Rirette  trouve du travail dans l' imprimerie : comme typographe, puis correctrice, affilée au "Syndicat des correcteurs", structure privilégiée d' accueil de l' élite ouvrière révolutionnaire. Elle partage alors la vie d' un responsable syndical des usines Renault, Maurice Merle, avec qui elle dirige la "Revue anarchiste". A la Libération, elle fait la  connaissance, par le milieu de la presse, d'Albert Camus auquel va la lier une réelle amitié. Les témoins, comme l' anarchiste allemand Lou Marin, confirment l' influence de Rirette sur les orientations libertaires du futur Prix Nobel en train d' écrire " L'Homme révolté".

Tous deux s' associent pour réclamer la libération de Victor Serge, envoyé par Staline au Goulag, et soutenir le combat de Louis Lecoin en faveur de l' objection de conscience. Puis, correctrice au quotidien "Libération" première manière (celui dirigé par le progressiste d' Astier de la Vigerie), et aux éditions Flammarion, Rirette commence à perdre la vue. Elle disparaît, aveugle, en 1968, au moment où le Quartier Latin se couvre de barricades qu' elle aurait sans doute aimé défendre.

Son souvenir mérite mieux que de jaunir au fond d' archives peu consultées : il participe aux luttes féminines et culturelles qui se poursuivent.

Publié dans histoire

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" JEHANNE, AU SECOURS ! "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' effacement progressif et simultané du catholicisme et du communisme, suivi d' un "dégagisme" réservé aux partis dits " de gouvernement " ( une phalange social-démocrate déconsidérée et une droite affairiste ralliée à la mondialisation) que, bien sûr, les pouvoirs en place n' ont pas senti venir, oui tout cela a changé en quelques décennies le visage de la France, et suscité au sein d' une société ainsi chahutée, les ruptures d' homogénéité culturelle qu' on est en train d' y vivre.

Face à cette vulnérabilité, deux communautés semblent au contraire renforcer leurs positions. La séculaire communauté juive, élargie par l' apport d' une branche séfarade provenant du Maghreb, a consolidé sa place dans les secteurs  dominants économiques et intellectuels . Elle s' appuie sur d' actifs lobbys, tel le CRIF, et sur l' influence de l' Etat d' Israël dans une partie de la classe politique nationale.

La musulmane, plus forte en nombre et principalement issue de l' immigration post-coloniale, se situe à un moindre niveau de pouvoir et de prospérité, éprouvant souvent amertume ou hostilité à l' égard d' un pays d' accueil qui est aussi son ex colonisateur.

Les deux groupes, très soudés intérieurement, se vouent une haine mortelle, basée notamment sur le lointain conflit israëlo-palestinien, en principe étranger aux autochtones. Voilà qui pourtant perturbe le climat et l' ordre public, multiplie les actes racistes, accroît les risques terroristes, minimise une identité  chrétienne historique , met en cause un acquis républicain comme la laïcité, envoie aux oubliettes la politique arabe gaulliste.

Autant de faits qui accompagnent un chassé-croisé entre une dynamique urbaine, cosmopolite et consumériste et le déclin d' une ruralité appauvrie, empêtrée dans les vestiges d' un monde dépassé. A cet endroit précis réside une fracture qui s' aggrave, fait le jeu des extrémistes et des micronationalistes, ouvre potentiellement une crise de régime. Dans la nouvelle version de la relation tradition-modernité, la France, pays de laboureurs et d' artisans, fille aînée de l'Eglise, est une image d' Epinal, devenue douloureuse pour ceux de ma génération sans doute, quoique bien patriarcale, en tout cas dorénavant pétrifiée dans le roman national.

Le rapport de forces a, pour le moins, évolué. Villes, banlieues, campagnes, les cartes sont partout rebattues dans cette démocratie poussive où retentit parfois, au coeur des défilés et sur les ronds, cet appel populiste et désespéré " Jehanne, au secours ! " On ne peut mieux résumer l' inquiétude angoissée d' un peuple qui ne sait plus où aller.

Publié dans société

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LES AVENTURES DE GUSTAVE LE ROUGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Gustave Lerouge, alias Le Rouge, consacré "poète" par Verlaine et Mallarmé, salué par les surréalistes comme une sorte de précurseur de l' écriture automatique, loué par Cendrars dans "Bourlinguer" et " L' Homme foudroyé ", cité par Apollinaire, Max Jacob, Cocteau, ou Georges Pompidou, est un nom qui ne parle apparemment plus beaucoup.

Fils d' un petit entrepreneur du Cotentin, il débarque fin 1889 à Paris, nanti d' une licence en droit et d' une vraie admiration pour Jules Verne, mais sans un sou. Il laissera derrière lui, 70 ans plus tard, selon le décompte de Cendrars, 332 publications allant de la poésie, des contes, des pièces de théâtre et des romans feuilletons aux essais, scenarii de films, anthologies, ouvrages de critique littéraire, reportages, biographies, souvenirs et documents divers. Dénominateur de cette polygraphie, une imagination hors norme empruntant en priorité au fantastique et à la fiction scientifique,  parente de celle d' un héros et rival : Fantômas.

L' existence de ce Normand est déjà d' ailleurs une oeuvre en elle-même. Tour à tour employé des chemins de fer, marionnettiste, chansonnier, directeur d' un théâtre qui ne fonctionne pas, fréquentant de préférence les alchimistes et les gitans, collaborateur de revues confidentielles, il finit par devenir, pour vivre, tâcheron de la plume au profit d' éditeurs esclavagistes sans scrupule et, parfois, sans lecteur. Il se marie deux fois: la première avec une écuyère de cirque, également modèle du sculpteur Bourdelle, une seconde fois,veuf, avec une voyante de vingt ans sa cadette.

Entre temps il est colon en Tunisie d' où il se fait expulser par la Résidence pour écrits subversifs. Il est aussi vaguement impliqué dans un projet de complot contre le roi des Belges. Il se met quelques mois à l' abri à Jersey avant de se présenter comme candidat révolutionnaire (il se proclame anarchiste-socialiste et pourfend le capitalisme américain), aux élections législatives à Nevers.

C' est en 1912 que parait en 56 livraisons son roman le plus célébré, "Le mystérieux docteur Cornélius", histoire scientifico-policière d' un "carnoplaste", capable de changer à volonté l' aspect physique d' un individu.. La guerre vient interrompre ce succès de vente. On retrouve Le Rouge, après le conflit qu' il traverse comme reporter aux armées, responsable de l' édition de banlieue du " Petit Parisien ". C' est à cette occasion qu' il fait connaissance de Cendrars et l' initie à la jungle urbaine qui ceinture la capitale, à sa faune d' apaches asociaux, son argot et sa violence. L' ex légionnaire tirera de l' expérience un ouvrage' " La banlieue de Paris", illustré par un photographe débutant, Robert Doisneau. Céline également ne demeurera pas indifférent à l' atmosphères et au style des récits de Le Rouge. 

Ce dernier est maintenant adopté dans le milieu des écrivains, préfacé par Barrès, proche ami du poète Vincent Muselli et du critique Jean Texcier. L' aventurier graphomane, dont les éditions originales valent aujourd'hui une fortune, meurt pourtant banalement, en février 1938, d' un cancer de la prostate.

Publié dans littérature

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L' EUROPE ENTRE DEUX FEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On nous convie à désigner prochainement de nouveaux députés européens. C' est un rendez-vous qui ici, en France, ne fait pas courir les foules (l' abstention dépasse en général 50%) et ne mobilise pas davantage les grandes pointures politiques. Par exemple, aucun président de la République n' a jamais été siéger à Strasbourg, malgré ses professions de foi européïste  enflammées.

Le fédéralisme ne semble décidément pas "mordre" sur la France d' en-bas, même si le pays figure parmi les fondateurs de la C.E.E. Où est le problème? Pas seulement dans la difficulté d' un peuple chargé d' Histoire à accepter la réduction de son influence relative. D' autres, l' Espagne, l' Autriche, aujourd'hui l' Angleterre, connaissent cela. L' explication est autre: elle réside surtout dans le fait que l' Etat-nation demeure, à tort ou à raison, le plus sûr rempart d' une société, alors que continue de prévaloir le sentiment d' une grande fragilité structurelle d' une Institution communautaire lointaine, abstraite et autoritaire. L' Europe regorge d' hommes "de raison". Elle manque d' amoureux.

De ce fait, les menaces s' accumulent sur un continent simultanément attirant pour sa prospérité économique et son impuissance politique. Je pèse mes mots : la "vieille Europe" est la cible de deux " serial killers", l' impérialisme américain d' une part, le fanatisme islamique de l' autre. Nier encore cela est de la cécité, je suis désolé. Ou plus : de la complicité.

Le rêve anglo-saxon ( "diviser pour régner" ) qui consiste à faire du continent un dominion à ajouter à son Commonwealth libre échangiste, n' est guère nouveau. Il a été longtemps anglais et politique. Il est désormais américain et financier. 

L' agressivité de l' Islam, elle, vient notamment d' un contentieux plus ancien qui ressuscite les rancunes nées des interventions successives du christianisme et du capitalisme en Orient (croisades, colonisation, pillage des ressources naturelles, racisme). Le jihadisme pense venue l' heure d' une revanche conquérante s' exprimant dans la violence terroriste . C' était prévisible.

Marchandisation et totalitarisme religieux se concurrencent pour s'emparer des territoires qui leur échappent. L' Europe occidentale figure en tête de liste. Elle peine à régenter le multiculturalisme, intégrer l' immigration de masse, gérer, depuis le premier choc pétrolier, les problèmes d' économie, son endettement, son chômage, sa corruption. Pris entre deux feux, l' euroatlantisme anglophone et l' eurafricanisme arabophone, le continent rencontre de plus en plus de difficulté à, comme disait Mao, "marcher sur ses propres jambes". Cela lui est-il encore possible? Ou une forme de démocratie libérale, celle des "Lumières", menace-t-elle de s' éteindre avant le combat décisif: l' inéluctable affrontement de la Chine et de l' Occident? et le choc, chez nous Européens, entre le business et la nouvelle "route de la soie"?

C' est là un enjeu majeur de la proche consultation.

Publié dans politique

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SUR LE CAS MELANCHON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La gauche française est en capilotade. S' il n' est pas, sans doute, l' unique responsable du passage d'une frange conséquente des masses populaires à l' abstention civique, Jean-Luc Mélanchon porte en l' affaire sa part de responsabilité. Le comportement d' un personnage public et sa subjectivité ne restent pas sans influer, positivement ou non, sur une société.

Qui est J-L. Mélanchon? Sa biographie le présente comme "professeur". Il l' a été peu de temps, sur un poste d' auxiliaire. Depuis 1983, il vit des revenus de la politique. Fils de "Pieds noirs" divorcés, sa jeunesse a été jalonnée par les étapes de la carrière de sa mère institutrice : en Normandie puis dans le Jura. Il passe une licence et un CAPES de Lettres modernes tout en militant à l' " Organisation Communiste Internationaliste" (O.C.I), mouvement trotskiste auquel a également appartenu, malgré ses dénégations, Lionel Jospin.

Mélanchon ne s'y attarde pas. Il rallie en 1976 le Parti de Mitterrand, sa nouvelle idole, et y rencontre Claude Germon, maire de Massy, dans l' Essonne, dont il devient le directeur de cabinet. En 1986, trois ans plus tard, il est secrétaire départemental du P.S  élu sénateur. Alors, les portes s'ouvrent. Il amasse fonctions et mandats: animateur d' une tendance du Parti, président de Conseil général (1998), ministre délégué sous Jospin (2000), co-président fondateur du Parti de Gauche (2009), député européen puis à nouveau sénateur, fondateur en 2016 de "La France Insoumise", député de Marseille et président de groupe parlementaire. Son obsession: supprimer de la carte l' anachronique Parti socialiste qui n' a pas voulu reconnaître son charisme.

Car Mélanchon souffre d' un ego ultradimensionné, parfois enfantin. Rien, par exemple, ne le ravit davantage que d' entendre louer ses facilités oratoires ou son bagage historico-politique. Son carburant est un orgueil qui, à force d' invectives tous azimuts, d' excès de démagogie et d' autoritarisme, l' isole jusque parmi les siens, comme en témoigne sa rivalité avec le très électron libre et député Ruffin. La solitude, on a l' impression que l' ex lambertiste (trotskiste de la variété intraitable) la choisit et la subit à la fois. Il a 68 ans. C' est tard pour continuer à rêver de devenir le Fidel Castro de l' Europe.

D' autant que les innombrables démêlés avec la Justice, qu' il partage en compagnie de son égérie, Sophia Chikirou, spécialisée dans les budgets de Communication, ou les rumeurs de népotisme qui courent sur le compte de ce tribun du peuple, paraissent participer de la stagnation des sondages relatifs à L.F.I (7% aux prochaines élections européennes).

Quoi qu' il en soit, l' avenir du néo marseillais ne semble pas trop lui sourire. A l' intérieur de la gauche, ses excommunications et ses problèmes financiers ne lui valent pas que des alliés. Son impact sur les Gilets jaunes s' est révélé inexistant, malgré son ode à. Eric Drouet. Le discret appui maçonnique se dérobe en raison du comportement de ce "Frère" avec les autorités judiciaires et policières. Partisan plus qu' idéologue, passionné plus que cohérent, il ne demeure vraiment crédible qu' aux yeux de ceux à qui son bluff et ses envolées lyriques font encore illusion.

La réalité est dure à affronter : le "leader" risque de ne laisser bientôt que la trace d' un Tartarin dont les vantardises ont concouru à l' éparpillement et  l' effondrement du mouvement social de son temps.  Attristant  bilan qui désespère tous les Boulogne-Billancourt du pays.

Publié dans actualité

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LE DILEMME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie dite participative et l' institution étatique traditionnelle semblent se détacher l' une de l' autre : c' est du moins ce que relèvent certains politologues à propos de la crise actuelle en France.

Faudrait-il alors y voir quelque revanche de nouveaux Girondins sur des Jacobins blasés, du fédéralisme sur le centralisme, de la participation sur la représentation, des ruraux et rurbains sur les métropolitains, de l' esprit libertaire sur la procédure autoritaire, de Proudhon sur Marx? Y voir la réponse d' un peuple excédé, non seulement par la surcharge et les inégalités fiscales, le grignotage de médiocres salaires et retraites,  l' amaigrissement du pouvoir d' achat,  la stagnation du chômage, mais encore par la mondialisation capitaliste, la contrainte consumériste, l' abêtissement publicitaire, la menace mortelle du dérèglement climatique, et, plus confusément, par un sentiment de désagrégation, de perte de prestige collectif aboutissant à un individualisme qui n' est que résignation et repli?

Bien sûr, toute société a besoin d' un minimum d' organisation. A cet effet, elle réclame des règles lui permettant de fonctionner. C' est là que se présente, pour un régime globalement démocratique mais affaibli, un dilemme impitoyable : quelle forme politique envisager, apte à prendre des décisions conformes à l' intérêt général en suscitant un maximum de consensus? La fin que s' assignait, au temps de sa splendeur, la théorie socialiste était de "substituer l' administration des choses au gouvernement des hommes". Mais qu' imagine-t-on pouvant maintenant servir d' amortisseur entre le démontage d' un Etat et l' avènement d' une Démocratie-nation libérale?

Le mouvement des "Gilets jaunes" est à cet égard instructif. Nombre de ses membres contestent le pouvoir étatique tout en sacralisant le passé historique de celui-ci: révolutionnaire sans doute en 1789, mais vite devenu totalitaire. Ce patriotisme sourcilleux, cette exaltation du terroir, dessinent, malgré toute la sympathie qu' engendrent  ces Français humbles, sincères et oubliés de l' oligarchie, comme une sorte de séparatisme. Les banlieues, les "quartiers", ne s' y trompent pas. Ils ne se sont guère solidarisés avec les déshérités d' un monde qui rejette souvent, pêle-mêle, la financiarisation, les lobby et les immigrés. A priori communautaristes par la force des choses, ces derniers ont des visées qui les détournent des litiges entre Gaulois...

On perçoit là les contradictions du populisme: une demande égocentriste de protection nationale et une volonté de relâchement du lien avec le corps social incarné, faute d' alternative, dans une structure qu' on a pris l' habitude de dénommer Etat.

République, Démocratie, Peuple ou Citoyen, leurs rapports s' obscurcissent. Visiblement, le régime actuel ne correspond pas aux attentes, après 40 années d' un scandaleux cafouillage. La France d' aujourd'hui a peu à voir avec celle de Charles de Gaulle. Aussi le "grand Débat National", au point où il est parvenu, ne parait-il pas suffire à déblayer convenablement les décombres, puis à repartir vers la solution qui s' impose : l' instauration d' une République, VIème ou non, revisitée et dératisée de la cave au grenier.

 

 

 

Publié dans politique

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POETE DE HASARD

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arnaud Mesnil-Ribas, né en 1988 à Axat (Aude), fait partie des auteurs que les revues de l' entre-soi poétique ignorent, comme produits en quelque sorte d'un hasard éphémère, et peut-être eux-mêmes se considèrent-ils ainsi : non sérieusement poètes...

Enseignant dans le Midi de la France, Mesnil-Ribas publie fort peu et se manifeste moins encore. On ne le voit ni dans les Foires du Livre ni dans les Colloques érudits. Il ne pourchasse pas les éditeurs, travaille dans son coin, en silence, s' il en éprouve la nécessité, se revendiquant à la rigueur du surréalisme première manière.

Sa particularité réside dans le recours à des formules touts faites, celles du quotidien, chewing verbaux qui "collent aux dents",  et aux associations de mots devenues quasi automatiques, qu' il intègre ou pétrit avec le plus tranquille naturel.

Ci-dessous un texte inédit intitulé précisément "Chewing gum", extrait d' un recueil à paraître...un jour.

 

"Bonjour, le soleil sonne sur les toits des hôtels dégarnis et sur leurs chiens assis à l' aplomb                 "Des jeunes filles en fleur 
"Donc le soleil tonne puis ensuite les cloches.
"Le monde à l' envers, note le bedeau le plus proche. 

"Il glisse, glousse, tire ses flèches sur les esclaves escaladant les hôtels par la face nord                                 "La partie semble mal engagée                                                                                                                         "Là-bas au bord des toits là-bas au son du clairon                                                                                          "Au bout du bois 

"Loup y es-tu? entends-tu?                                                                                                                                " Pas de clerc! il se désaltère dans l' onde claire et nette                                                                                 " Je confirme : de clerc aucun!                                                                                                                          " Le bedeau range son carquois et fait sonner le soleil 

"Les esclaves flirtent honteusement                                                                                                                  "Avec les bêtes immondes                                                                                                                                 " De quoi ce loup se mêle-t-il?                                                                                                                        " Qui est son comparse?

" Marie Madeleine se dénonce                                                                                                                           " Les chiens rêvaient de liberté                                                                                                                        " Conditionnelle, plaide-t-elle,                                                                                                                           " Liberté sous caution pour le moins

" Monsieur le juge n' est pas si bon enfant qu' il l' admet                                                                                 " Il joue du droit divin tel un patron                                                                                                                 " Malheureuse Marie-Madeleine, elle fait                                                                                                         " Sous contrôle judiciaire confiance à la justice de son pays

 "Le soleil mâche la fin du jour                                                                                                                           " Soudain la meute de chiens assis se délivre                                                                                                   " A ses risques et périls. Sauve qui n' en peut mais!                                                                                       " " Et ainsi de suite...                                                                                                        

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

Publié dans littérature

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REHABILITATION D' ANDRE LEO

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La double actualité de la question sociale et de la cause féminine braque les projecteurs sur un personnage qui, parfaitement oublié au siècle dernier, a joué, de son vivant, un rôle auquel on s' est décidé, depuis une quinzaine d' années, à rendre justice.

Rééditions, biographies, articles de journaux et de revues, ont remis André Léo au goût du jour. Léodile Béra, née dans le Poitou en 1824, épouse Champseix en 1849, veuve à 39 ans, adopte un pseudonyme masculin par emprunt aux prénoms de ses deux fils jumeaux.

Issue de la bourgeoisie républicaine et provinciale, elle a pour mari est un journaliste socialiste disciple du théoricien Pierre Leroux. Condamné par le régime de Napoléon III, le couple se réfugie en Suisse où André Léo écrit ses deux premiers romans, " Un mariage scandaleux" et " Une veille fille", qui connaissent un succès immédiat. On compare l' auteur (autrice) à George Sand. Il permet en tout cas à la famille de survivre.
Installée à Paris après le décès brutal de Grégoire Champseix en 1863, André Léo s' engage aussitôt dans l' opposition politique, adhère à la franc-maçonnerie et se lie avec les figures notoires du féminisme, Noémie Reclus, ( soeur d' Elie et d' Elisée), Paule Minck, Louise Michel , Marguerite Durand.

Avec elles, elle opte en mars 1871 pour la Commune, après avoir notamment créé le journal "La République des travailleurs". Parvenue à fuir la "Semaine sanglante" du mois de Mai , accompagnée du syndicaliste Benoit Malon, elle regagne la Suisse où elle poursuit une activité littéraire déclinante. La guerre a changé les choses et l' exil devient un handicap. Elle rompt avec Malon en 1878 et, après un séjour en Italie, profite de l' amnistie de 1880 pour rentrer en France. Elle a 56 ans.

Dans le mouvement ouvrier, la donne s' est modifiée. Proche des positions de l' anarchisme et de son leader Bakounine, André Léo se heurte de front, au sein de l' "Association Internationale des travailleurs" (Première Internationale, fondée en 1864), à Marx et à ses thèses qu' elle juge "trop autoritaires" . Dans la vision maçonnique, "la chaîne d' union" prime sur la dictature du prolétariat. André Léo est emportée par la nouvelle déferlante qui submerge la militance révolutionnaire. Sa voix devient inaudible.

Elle publie en 1899 son livre-testament, "Coupons le câble!", consacré à la séparation de l' Eglise et de l' Etat qui interviendra effectivement en 1905. Trop tard. André Léo est morte en 1900, accablée par la disparition de ses fils à peu d' années d' intervalle et par une orientation du combat progressiste qui lui parait nier les valeurs défendues par sa vie et  son oeuvre .

 

 

Publié dans littérature

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