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histoire

" LA MORRIS "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Championne olympique du poids, du disque et du javelot, championne de France de football avec le Red Star Olympique, victorieuse de Paris-Nice et du Bol d' or automobiles (elle se fera plus tard enlever les seins pour faciliter l' usage du volant), détentrice de la meilleure performance cycliste mondiale sur 5km en 1924, plusieurs fois championne de France en natation et water-polo, plongeuse de haut vol, boxeuse, haltérophile, tireuse à l' arc, compétitrice motocycliste, monitrice équestre, professeur de tennis et aviatrice, "la morris", comme on l'appelait, née en 1893 dans une famille bourgeoise parisienne, a d' abord été une ambulancière et estafette héroÏque sur le front de la Somme et à Verdun.

Ses mensurations n' avaient rien d' exceptionnel (1m66 pour 68 Kgs), mais elle était un phénomène de puissance musculaire, doté d' une volonté de fer. Ayant opté pour le genre "garçonne" en vogue pendant les "années folles", bagarreuse, provocatrice, cheveux ras, fumant trois paquets par jour , arborant la cravate, vêtue en permanence de pantalons et de vestons d' homme, elle parlait comme un charretier, était proche de Cocteau, de Joséphine Baker, et vivait en couple avec la comédienne Yvonne de Bray ( grande amie de Colette), personnage principal de "La Folle de Chaillot", la pièce de Giraudoux.

L' homosexualité n' était toutefois pas, à l' époque, tolérée dans le milieu sportif. Ecartée des Jeux de 1928 pour conduite scandaleuse et "mauvais exemple", Violette Morris commence à multiplier les propos injurieux sur la France, " pays dégénéré, enjuivé et négrifié", qui reprennent ceux de la propagande raciste des Ligues d' extrême droite. " Invitée ", dit-on, par Hitler aux Jeux de 1936 à Berlin, elle y aurait été alors recrutée par les services de renseignement allemands.

Dès 1940 en tout cas, elle collabore avec le chef des S.S à Paris, Helmut Knochen. On murmure qu' elle torture des résistantes rue Lauriston où opère le sinistre duo Bonny-Lafont. Si les sentiments pro-nazis de "la Morris" ne font aucun doute, néanmoins les preuves de ses crimes manquent encore, les archives de la Gestapo française ayant été incendiées par Bonny lui_même. 

La fin de cette femme hors norme est à l' image de sa vie. Tentant d' infiltrer les réseaux gaullistes, elle a été abattue en avril 44 par les combattants du maquis normand "Surcouf", près de Lieurey, dans l' Eure. L' ordre de la supprimer émanait de Londres, après accord du général de Gaulle. Elle allait avoir 51 ans.

Naturellement, les aventures de Violette Morris ont stimulé la plume des journalistes-historiens. De nombreux articles et ouvrages lui sont consacrés. Voici les derniers, publiés en 2019 :

Gérard Cortanze: "Femme qui court" (éd. Albin Michel)

Rey, Golic, Krys : " A abattre par tous les moyens " ( BD en 2 vol. Futurolis éd.)

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LA MEMOIRE A TROU DE ZEMMOUR

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Eric Zemmour est d' autant plus inquiétant qu' il est spectaculaire. Chroniqueur sur une chaîne d' information continue, on lui oppose chaque soir un contradicteur que je le soupçonne d' avoir préalablement choisi tant il sert de faire valoir aux thèmes sur les quels le polémiste souhaite aller.
Un jour, voici B-H. Lévy, cuistre mondain à jamais disqualifié par son rôle auprès de Sarkozy dans la désastreuse intervention de la France en Libye. Le lendemain, voilà un touchant "homme de paix", Marek Halter, que Zemmour pulvérise d' entrée en le comparant au personnage de dessins animés pour enfants "oui-oui".

Seul, l' ancien maire, ancien socialiste, de Sarcelles, François Pupponi, qui, lui, connait le terrain et la musique, a su engager, face à la nouvelle idole de l' extrème droite, un débat sérieux. Zemmour, travesti en moine-soldat de l' identité gauloise, instruit avec constance le procès de l' immigration et ressasse sans effort le danger mortel qu' elle implique, avec les divers arguments que, désormais chacun connait sur le bout des doigts. C' est facile, mais payant.

Zemmour, juif familialement originaire d' Algérie qui, déclare-t-il, " aurait pris le parti du général Bugeaud lors de la conquête en 1830 du pays qui, alors, n' existait pas", se pose donc en héritier de Jeanne d' Arc. C' est quand même curieux, cette manie qu' ont certains Juifs de nier l' existence de peuples et de nations : des sionistes soutiennent de leur côté, qu' il n' y a pas de peuple palestinien.

C' est en réalité ne prendre en compte qu' un versant de la vérité historique. Institutionnellement province ottomane, la Régence d' Alger était, dans les faits, indépendante depuis 1515 et gouvernée par un dey . Tout le XIXème siècle a été ainsi émaillé, dans cette Algérie "fictive", de rébellions musulmanes locales durement réprimées par l' Administration coloniale: en 1871, par exemple, les partisans du cheikh el Mokrani en révolte ont été déportés en Nouvelle Calédonie sur les mêmes bateaux que les insurgés de la Commune. Vérifiez, M. Zemmour.

Je ne vais pas repasser le film (même si vous avez a posteriori "explicité" vos propos de façon fumeuse) : ni la confiscation des terres cultivables par les colons, le sacrifice des tirailleurs dans les deux guerres mondiales, la ségrégation éducative et citoyenne, l' invention du "double collège" électoral, la chasse impitoyable aux messalistes, ni le massacre de Sétif le jour de l' armistice, le sabotage de tout projet de réforme (Viollette en 1936, Depreux en 1947) par le lobby colonial et " L' Echo d' Alger" financés notamment par les  Borgeaud,  Blachette, Schiafino, René Mayer, de Sérigny, et soutenus par les gouverneurs Soustelle,  Lacoste, Papon, les élections truquées par Naegelen, la censure et les saisies de publications, ni enfin, bouquet final, les disparitions et la "gégène". Au total, quoiqu' on puisse objecter, plus d' un siècle de domination militarisée et d' humiliant mépris social et culturel, sans les quels une guerre généralisée de 8 ans serait indéchiffrable.

Vous avez, semble-t-il, M. Zemmour, une bonne mémoire mais, vue de près, elle est mitée. Vous êtes serein : votre auditoire n' a pas vécu les événements. Vos démonstrations sont manichéennes. L' immigration maghrébine qui vous fait si peur est pourtant un écho inévitable de la longue colonisation qui l' a précédée et d' une décolonisation totalement ratée par la classe politique française.  Ceux qui, à l' époque, avaient le courage de le dire, étaient baillonnés sans coup férir, comme je l' ai été moi-même, avec d' autres, à la radio par les représentants du ministre de l' Information Peyrefitte. (Vidal-Naquet et Jean Rous en ont témoigné, mais c'est, je l' avoue, du "détail"  historique bien ancien...)

Pupponi n' a pas rappelé ce contexte. Il s' est contenté d' observer que les choses sont "plus complexes" que vous ne dites. Il n' est pas  méchant.

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"REVOLUTIONS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On célèbre, dénonce, maudit, ou mythifie en permanence la "révolution". Pas de terme plus passe-partout, en matière idéologique, politique, sociale, intellectuelle ou artistique notamment, donc galvaudé, et dérivant tant bien que mal vers des situations et  équivoques diverses.  C' est pourquoi les mutations les plus convaincantes paraissent celles qui  résultent d' une réflexion discrète, sinon secrète, même  éloignée encore de l' effet qu' elle recherche.

Rousseau, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, ont été, on le sait, des annonciateurs de la révolution française. Ils ont élaboré une réponse humaniste à des éternités de pouvoir absolu. Leur marche a pris deux tiers d' un siècle, de la mort du roi Soleil à la convocation des Etats Généraux. Mais la France est entrée en République, le Français est devenu Citoyen. ( Le Contrat social : 1762 ).

Des phénomènes assimilables, quoique moins spectaculaires, ont, depuis, remis en cause l' état de la société. Pour qui connait, par exemple, l' oeuvre de Marx, on parle à son propos de la " révolution de 1844". Formule, a priori, pour militants et initiés, mais qui, compte tenu de sa rencontre avec Engels et de l' influence qu' a exercé par la suite le philosophe allemand dans le monde, interdit d' éluder cette étape de sa réflexion . C' est en effet à ce moment que l' idéaliste hégélien est devenu le théoricien du matérialisme historique et a défini et développé des concepts comme lutte des classes ou plus-value, qui ont armé une forte partie du mouvement ouvrier  et paysan jusqu' à la chute du régime soviétique, et encore...  ( Manifeste du parti communiste : 1848 ).

Autre cas: le Sénégalais Senghor se plaisait à évoquer, devant un interlocuteur perplexe, " la révolution de 1889" (le millésime, bien sûr, n' était pas choisi par hasard). 1889 était l' année où un jeune Normalien, Henri Bergson, soutenait une thèse de doctorat intitulée " Les données immédiates de la conscience" et où, réhabilitant l' Intuition, il contestait la priorité séculaire de la Raison sacralisée par l' Occident au nom d' un déterminisme intransigeant.. Bergson ouvrait à sa façon une porte à Freud et à l' exploration de l' inconscient, puis à tous les mouvements culturels et artistiques  ( dadaïsme,  surréalisme, Cavalier bleu,  Bauhaus ou,' plus près encore, situationnisme et promotion des Arts Premiers), qui ont, non seulement renouvelé l' Expression mais aussi , par un autre regard porté sur le monde, une manière de consommer le quotidien et d' envisager le Sens de la vie. ( Le Manifeste du surréalisme : 1924 ).

Révolutions sans fracas assourdissant ni barricades en flammes, mais non sans lendemain.

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INES ARMAND OUBLIEE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Elle a été non seulement une figure de la révolution soviétique de 1917, à l' instar de Zinoviev, Trotski ou Boukharine,, mais également le grand amour de Lénine. Ce double "emploi" joue-t-il dans la moindre notoriété de l' intéressée au regard de ses homologues masculins? Inès Armand, née Elisabeth Pécheux d' Herbenville en 1874 à Paris, fille d' un chanteur français d' opéra connu sous le nom de Théodore Stephen, est en tout cas plus oubliée qu' eux par l' historiographie.

Elle n' avait que cinq ans quand sa tante, professeur de piano de la richissime famille russe Armand, dont l' aïeul avait été officier dans l' armée napoléonienne, emmena la petite orpheline à Moscou. Elle y reçut une éducation bourgeoise, apprit à parler cinq langues, devint Inessa, et se fit habiller par les grands couturiers parisiens. Elle épousa à 19 ans le fils aîné de sa famille d' accueil, en eut quatre enfants avant de fuguer, à 26 ans, avec le frère cadet de son mari qui n' en avait que 17 mais lui fit un fils supplémentaire avant de mourir lui-même de la tuberculose.

Indifférente aux scandales, Inès adhéra alors au bolchévisme, ce qui lui valut d' être déportée en Sibérie d' où elle parvint à s' enfuir à Paris. C' est là, dans le milieu des révolutionnaires exilés, qu' elle rencontra Ilitch Oulianov, alias Lénine, qu' elle connaissait déjà de nom. Il a 40 ans, elle 35. Le coup de foudre est réciproque. Lénine est installé avec épouse ( Nadia Kroupskaïa) et belle-mère, 4 rue Marie-Rose, dans le XIVème arrondissement, à l' époque encore prolétarien (le modèle de vie du leader bochévik, comme d' ailleurs ses gôuts artistiques et littéraires sont plutôt petits-bourgeois). Mais le temps d' un révolutionnaire professionnel est précieux. Fasciné par la beauté et la personnalité d' Inès, Lénine la fait déménager au n°2 de cette rue banale, dans l' immeuble voisin du sien (transformé un certain temps en musée par le P.C).

Les amants, devenus fusionnels, voyagent de congrès en congrès, fréquentent ensemble le gotha socialiste : Kautsky, Jaurès, Adler, Rosa Luxembourg, Martov , etc. Ce qui survit de leurs échanges (peu d'écrits) montre qu' Inès et Lénine s' influencent réciproquement quant à la lutte des classes, au défaitisme révolutionnaire et à la lecture du marxisme. C' est encore ensemble que, délaissant les bistrots de la porte d' Orléans, ils décident de regagner par tous les moyens la Russie en éruption.

Mais, une fois là-bas, sonne le glas de leur romantique communion. . Leurs rencontres se raréfient. Il faut préserver l' image sacrée d' un Lénine vertueusement concentré sur la Cause. De son côté, Inès a accepté des responsabilités au Parti, notamment sur les questions féminines. En réalité, elle est épuisée par les vingt ans qu' elle vient de vivre. Elle succombe, à 46 ans, au choléra dans un village caucasien où Lénine l' a envoyé se reposer. On inhume la militante au son de l' "Internationale", dans la nécropole du mur du Kremlin. On efface la maîtresse.

Lénine est inconsolable, ce qui constitue le plus probant aveu public. Malade lui aussi, il survit trois ans et demi à Inès, de plus en plus retiré dans les environs de la capitale russe. Selon ses proches, l' intraitable révolutionnaire s' "humanise" alors, quittant "le masque d' acier" (il ne tutoyait personne sinon Martov et...Inès) que le combat anticapitaliste lui avait depuis si longtemps plaqué sur le visage. Il repose aujourd'hui, à quelques mètres de la femme qu' il a aimée.

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SUR LA TRACE D' UN AVENTURIER PASSE DE MODE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le nom de Jean-Baptiste Dutrou-Bornier ramène au temps de l' expansion de l' Empire colonial français, quand la vogue des explorations exotiques et la soif d' inconnu, encouragées par la mère-patrie, jetaient sur les océans conquérants et officiers mariniers, en attente d' eldorados ou de galons : ainsi  Caillié, Rimbaud, Monfreid chez les civils, Dodds, Marchand, Galliéni, Brazza, Lyautey ou Francis Garnier chez les soldats, parmi des centaines d' anonymes, disparus dans des conditions souvent atroces.

Dutrou-Bornier donc, natif de Montmorillon, dans la Vienne,petit-fils d' un député à la Convention, embarque dès 14ans, rêvant lui aussi de se tailler quelque part un royaume béni par la France. Il a jeté son dévolu sur une île perdue que son métier de capitaine au long cours lui a permis de découvrir, alors qu' il fournissait en  main d' oeuvre servile les planteurs sud américains. L' île, que les hispaniques nomment " isla de Pascua", lui convient à tel point qu' il vend son bateau et s' installe sur  cette terre conforme à ses projets. Il a 33 ans.

Mais les choses ne tardent pas à se gâter avec les autochtones, les rapa, quand le Français se met en tête de les déposséder et de recruter des mercenaires pour assurer le travail forcé, procédant au besoin à la déportation commerciale des récalcitrants à Tahiti, distante de 4000 kilomètres. 

L' Eglise, informée des faits, rappelle bientôt ses missionnaires. Seul maître à bord, Dutrou-Bornier épouse une Polynésienne qu' il couronne comme Reine, tout en sollicitant le protectorat français qui lui est refusé. Pour mémoire, l' île, située à 37OO kilomètres du Chili, dont elle dépend aujourd'hui, est alors (1868) totalement ignorée des archéologues et des globe-trotters.

Le règne éphémère du Poitevin ne lui laisse pas le loisir de s' attarder sur les statues Moaî qui feront, elles, la vraie fortune de cette terre. Il y accumule seulement moutons et chevaux pour faire là un centre d'élevage.

Cependant, en 1877, l' annonce se répand de son assassinat par les rebelles de Rapa Nui, le nom historique du lieu. La population est tombée de 900 habitants, dix ans plus tôt, à 130. Exécutions, exils, maladies, ont déjà mis un terme à un fantasme dont la sombre trace semble avoir totalement disparu des mémoires.

 

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DESTINS (IV)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

En avril 1945, Göring se réfugie dans l' une de ses propriétés, non loin du Berghof où ni lui ni "la première dame" ne sont plus reçus. La rupture sera consommée quand le Feldmarschall proposera, in fine, d' assurer le pouvoir pour négocier avec l' Ouest et s' allier à lui contre le communisme.

Arrêté par les Américains, le n°2 du régime est emmené à Nuremberg, son ultime séjour avant sa condamnation et son suicide par empoisonnement, la veille de son exécution.

Emmy et Edda, elles, sont tout d' abord internées au Luxembourg, puis Frau Göring est déférée devant une " Commission de dénazification " qui lui inflige un an de prison, la saisie de la majeure partie de ses biens et l' interdiction de remonter sur scène avant 5 ans. On ne verra plus Emma Sonnenmann jouer Goethe, on ne l' entendra plus lire Schiller ou déclamer Hölderlin.

Jamais non plus elle ne reniera son compagnon, auquel elle consacre même une fervente déclaration de fidélité dans "An der Seites meines Mannes" (Au côté de mon mari"), ouvrage publié en 1967. Cet homme était-il seulement la brute épaisse et parvenue qu' il s' acharnait à paraître, "tirant son révolver au mot Culture"? C' est lui aussi qui a proposé à Erich-Maria Remarque, pacifiste, bête noire des Nazis qui ont brûlé ses livres et l' ont soupçonné à tort d' origines juives, de rentrer librement en Allemagne (ce que l' écrivain a prudemment refusé de faire).

Emmy, désormais handicapée par une sciatique chronique, s' est, après plusieurs changements de domicile, installée dans un deux pièces du centre ville de Munich où elle va demeurer jusqu' à son décès en 1973 et son inhumation près de la photographe Léni Riefenstahl, célèbre pour son film à la gloire des Jeux Olympiques hitlériens de 1936 à Berlin. 

Quant à Edda, enfant choyé du gratin nazi, elle suit, tant bien que mal, une scolarité surveillée par son oncle paternel, l' hitlérosceptique Albert. Elle est jolie. Elle s' oriente d' abord vers les études de Droit, puis se tourne vers l' emploi de laborantine médicale dans l' idée de se consacrer à la santé de sa mère.

La jeune femme devient en 1970  la compagne d' un journaliste de "Stern" à la recherche de sensationnel, Heidemann, qui rachète l' ancien yacht d' Hermann Goering (alias Göring), "Carin II", où il organise des veillées évocatrices néo-nazies. Cependant, Edda s' éloigne peu à peu de l' expression politique, accaparée par ses combats juridiques visant à récupérer sa fortune envolée. Elle revendique 15 ans la restitution du cadeau de baptême d' Hitler, une "Vierge et l' Enfant", peinture de Lucas Cranach l' Ancien. Elle y engloutit ses économies : le tableau a été rendu au Musée de la Ville de Cologne d' où le maire de l' époque l' avait tranquillement retiré.

Déboutée, partout vaincue, la filleule d' Hitler n' évoque plus la figure de ce père dont elle s' est montrée si fière et qu' elle n'a eu la permission de revoir qu' une unique fois en prison, peu avant la mort volontaire de celui-ci.

Edda Göring est décédée sans enfant le 21 décembre dernier, âgée de 80 ans. Elle a été secrètement enterrée, sur instruction du Land de Bavière. L' annonce de sa disparition ne date que du mois de mars, il y a quelques semaines.

 

P.S- Le personnage d' Edda apparaît dans "Selling Hitler" (Vendre Hitler) de 1991, interprété par Alison Steadman. Cette série de 5 épisodes télévisés est basée sur une arnaque dont ont été victimes en 1983 Gerd Heidemann et "Stern", croyant avoir, pour une somme rondelette, mis la main sur un superscoop, le "Journal intime d' Hitler", document qui n' a jamais existé.

 

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DESTINS (III)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Promu général de brigade en 1950, après un passage d' attaché militaire à l' ambassade de Londres, Stehlin devient en 1960 (de Gaulle a repris le pouvoir) chef d' état-major de l' Armée de l' Air. Il assume ce commandement jusqu' en 1963 (la guerre d' Algérie est terminée), puis, atteint par la limite d'âge, est nommé Conseiller d' Etat au tour extérieur.

Il quitte ce poste pour sièger dans plusieurs conseils d' administration de sociétés : Bugatti, Algeco, Hughes Aircraft Europe. Il surprend alors en prenant publiquement position contre l' arme nucléaire française, chère à l' homme du 18 juin, son protecteur (rappelons que tous deux sont saint-cyriens.)

Résolument passé dans le camp atlantiste et viscéralement antisoviétique, l' Alsacien l' emporte aux élections législatives d' après-mai 68 comme candidat centriste, battant son rival gaulliste dans la 21ème circonscription de Paris, la plus huppée de la capitale, puis est aisément réélu en 1973 ("votez malin votez Stehlin!" proclame son affiche électorale).

La journée du 6 juin 1975, 31ème anniversaire du débarquement en Normandie, se révèle fatale pour Paul Stehlin. En fin de matinée, Frank Church, membre d' une commission d' enquête du Sénat américain, dévoile les noms d' hommes politiques et d' officiers généraux européens  rétribués comme "experts" ou "consultants" par le fabricant californien de chasseurs Northrop. Celui de Stehlin y figure,  depuis 1964. C' est d' autant plus crédible qu' étant  vice-président de l' Assemblée nationale, l' ex pilote s' était engagé, arguant de ses compétences, en faveur de l' acquisition des appareils U.S Y16 et Y17 contre le Mirage F1-E de Dassault, lors du renouvellement de la flotte aérienne de l' OTAN. 

Vers 18 heures 30, le 6 juin toujours, tandis que l' information venue de Washington circule dans Paris, l' ancien général quitte son bureau, avenue de l' Opéra. Encore sous le coup d' une conversation pointue avec le correspondant de l'Agence "Associated Press", il longe le trottoir, encombré à ce moment de la soirée, avant de rejoindre son véhicule garé dans le voisinage. Soudain une forte bourrade dans le dos le précipite contre un autobus qui ne peut l' éviter (témoignages demeurés anonymes). Victime d' un grave traumatisme crânien, Stehlin (68 ans) est transporté à l' hôpital Cochin où il décède le 22 juin sans avoir repris connaissance.

Aucune enquête n' est diligentée, ni témoin éventuel auditionné. La famille se borne à communiquer que "le général Stehlin ne s' est pas suicidé". Le trépas est rangé dans la rubrique des " accidents de la route", et l' hommage du président de l' époque, Valéry Giscard d' Estaing, dont Stehlin était parfois " le visiteur du soir",  vite oublié.

( à suivre)

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DESTINS (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Stehlin, né à Hochfelden, bourgade du nord de l' Alsace dont la principale particularité est d' être le siège de la brasserie Meteor, est devenu Français en 1918, à onze ans. Puis saint-cyrien et brillant aviateur. " Un type bien, plutôt porté sur le fric", jugent ses camarades. Parfaitement bilingue, il est de 1935 à 39 "Attaché Air" à l'ambassade de France à Berlin. Il y noue relation avec Hermann Goering, bras droit d' Hitler, mais également pilote de chasse aux multiples victoires, et avec son épouse "Emmy".

Emma Sonnenmann, fille d' un entrepreneur de Hambourg, est la seconde femme du chef de la Luftwaffe (Goering est aussi son deuxième mari) et une actrice réputée du Théâtre National de Weimar. Elle a abandonné la carrière artistique pour devenir en fait la "Première Dame du IIIème Reich", en se faisant des ennemies mortelles d' Eva Braun, maîtresse cachée du Führer, et de son amie intime, Magda,femme légitime du n°3 du régime Joseph Goebbels. D' autant qu' au grand scandale d' Himmler et de Borman, Frau Goering n' est même pas membre du Parti nationl socialiste.

Combien a duré la liaison d' Emmy avec l' officier français de 14 ans son cadet, nul n' est en mesure de le préciser. Grande, blonde, mondaine et dépensière, Emmy accouche en 1938, à près de 45 ans, d' une fille baptisée Edda, en hommage, dit-on, à la fille de Mussolini, Edda Ciano. Le parrain est évidemment Hitler. Goering célèbre l' événement en faisant passer 500 avions sur Berlin ( il en aurait fait défiler 1000, annonce-t-il, s' il s' était agi d' un garçon). Le journal " Der Stürmer", appartenant à Julius Streicher, nazi historique, se fait alors l' écho de rumeurs selon quoi le maréchal des ciels germaniques serait "stérile" à la suite d' une blessure à l' aine reçue lors de la vaine tentative de putsch dit de la Brasserie, en 1923 ( échec auquel d' ailleurs a participé Streicher lui-même.) . Fureur de Goering et d' Hitler qui ne peut faire moins que  disgracier le coupable. Streicher sera cependant condamné à mort par le tribunal de Nuremberg pour son antisémitisme maladif ( il a été  gauleiter de la Franconie, région de Nuremberg justement, où se tenaient les grandes parades hitlériennes, et l' un des concepteurs de la "Solution finale").

(à suivre)

 

 

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LE SECRET DE MADAME FAVART

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le nom de Favart est familier aux Parisiens puisque c' est celui qu' on associe à l' Opéra Comique, appelé aussi "Salle Favart".

Charles-Simon Favart était un entrepreneur de spectacles, auteur et compositeur de pièces et de chansons à succès sous le règne de Louis XV. C' est dans les coulisses d' un théâtre qu' il rencontre une jeune et jolie actrice, Justine Duronceray, qui devient son épouse et sera involontairement à l' origine de ses déboires.

En 1746, Maurice de Saxe,  aristocratique dignitaire allemand choisi par le Roi Louis pour commander les Armées françaises, décide de s' adjoindre une troupe de comédiens afin de suivre et distraire ses soldats en campagne. Il recrute ainsi la Compagnie de Favart.

Le Maréchal de Saxe a 50 ans. Madame Favart 31 de moins. Elle est un moment la maîtresse du glorieux militaire, puis décide de rompre, son mari averti ne pouvant supporter cette infortune.

Maurice de Saxe, grand collectionneur de femmes, ancien amant de la belle Adrienne Lecouvreur qu' il partageait avec Voltaire et qui fut, dit-on, empoisonnée par une rivale, la duchesse de Bouillon, puis favori de la future tsarine Anne 1ère (qui l' a éconduit parce qu'il "honorait" conjointement la chambrière de la princesse),   de Saxe donc, prend très mal les choses. C' est  son honneur seigneurial et  sa donjuanesque réputation qui se trouvent en jeu. Il fait adresser au couple des lettres de cachet.

Justine (prénom d' ailleurs quelque peu sadien) se réfugie au couvent. Charles- Simon part se dissimuler dans un village des environs de Strasbourg. En 1748, Louis XV fait don  à de Saxe du château (délabré) de Chambord, en hommage à ses victoires. Ce dernier poursuit de plus en plus belle Justine de ses assiduités, alternant menaces et promesses.
De guerre lasse et pour venir en aide à son époux malade, madame Favart se rend à Chambord. Les lettres de cachet sont oubliées. En droit français, cela est aujourd'hui très exactement qualifié de  "viol par contrainte morale", passible devant les Assises, et selon l' article 222-23 du Code pénal, de 15 ans de réclusion.

Justine reprend en 1749 sa brillante carrière d' auteure et d'interprète,  jusqu' à son décès en 1772. Charles lui survit vingt ans, et disparaît dans le tintamarre de la Révolution Quant au maréchal, ayant affirmé l'arbitraire primauté des caprices du pouvoir, il meurt en 1750 des suites d' un duel l' ayant opposé au prince de Conti. Quoique des rumeurs aient aussi circulé selon lesquelles il aurait banalement succombé à un gros rhume contracté en son château, où les travaux de rénovation et, semble-t-il, de chauffage, n' étaient pas encore achevés

Mais là aussi le secret fut gardé. 

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MEMOIRE DE RIRETTE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il n' est pas sans intérêt d' observer que les plus âpres combats féministes, au XIXème siècle, ont convergé avec le développement des idées anarchistes. Logique, car s' agissant d' un même problème : l' émancipation de l' être humain aliéné. Cela fut vrai aux U.S.A, avec Emma Goldman et Voltairine de Cleyre, en France avec, bien sûr, Louise Michel, mais aussi des militantes moins célèbres telles Séverine, compagne de Jules Vallès, Madeleine Pelletier ou "Rirette" Maitrejean. 

C' est de cette dernière qu' il est ici question, tant un injuste silence  entoure son nom. L' anarchisme était à ses yeux la traduction concrète de sa revendication majeure : l' abolition de la domination masculine, indissociable d' un système basé sur le mariage et l' oppression religieuse.

Fille de paysans corréziens, Anne Henriette Estorges quitte définitivement athée l' internat catholique qui l' a élevée. Elle rêvait de devenir institutrice. Pour éviter une union " arrangée", elle s' enfuit à Paris à 17 ans à peine, travaille dans les ateliers de couture et développe des relations dans le milieu syndicaliste libertaire : d' abord auprès de l' ouvrier sellier Louis Maitrejean, dont elle a deux filles et garde le nom, puis avec le journaliste anarchiste Mauricius qui, comme Libertad, est son maître à penser.

Grièvement blessée par les dragons lors d' une grève des terrassiers en 1908, elle devient la compagne de Viktor Kibaltchich, alias Victor Serge, figure notoire du mouvement révolutionnaire. Rirette, comme on l' appelle désormais, est impliquée avec son ami dans l' enquête sur les attentats en 1912 de la "bande à Bonnot". Après un bref séjour en prison, elle épouse durant la guerre en 1915, Serge qui est toujours incarcéré.

Ce dernier une fois libéré, en 1917, le couple se sépare, en désaccord sur la révolution bolchévique. En effet, tandis que Rirette demeure attachée à l' anarchisme individualiste d' action directe, Serge  opte pour le communisme libertaire, plus acquis à l' organisation collective, et rejoint seul la Russie des Soviets.

Rirette  trouve du travail dans l' imprimerie : comme typographe, puis correctrice, affilée au "Syndicat des correcteurs", structure privilégiée d' accueil de l' élite ouvrière révolutionnaire. Elle partage alors la vie d' un responsable syndical des usines Renault, Maurice Merle, avec qui elle dirige la "Revue anarchiste". A la Libération, elle fait la  connaissance, par le milieu de la presse, d'Albert Camus auquel va la lier une réelle amitié. Les témoins, comme l' anarchiste allemand Lou Marin, confirment l' influence de Rirette sur les orientations libertaires du futur Prix Nobel en train d' écrire " L'Homme révolté".

Tous deux s' associent pour réclamer la libération de Victor Serge, envoyé par Staline au Goulag, et soutenir le combat de Louis Lecoin en faveur de l' objection de conscience. Puis, correctrice au quotidien "Libération" première manière (celui dirigé par le progressiste d' Astier de la Vigerie), et aux éditions Flammarion, Rirette commence à perdre la vue. Elle disparaît, aveugle, en 1968, au moment où le Quartier Latin se couvre de barricades qu' elle aurait sans doute aimé défendre.

Son souvenir mérite mieux que de jaunir au fond d' archives peu consultées : il participe aux luttes féminines et culturelles qui se poursuivent.

Publié dans histoire

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