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45 articles avec histoire

Pourquoi l' Allemagne

Publié le par memoire-et-societe

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Dans quelques mois sera célébré le centenaire de la première Guerre mondiale, sinistre boucherie où la France a laissé toute une génération et une substance qui, 20 ans plus tard, lui a fait dramatiquement défaut.

Son bourreau? une Allemagne vaincue qui refusait la défaite, et que l' humiliation a conduite vers une dictature raciste que l' Histoire a condamnée. L' Allemagne a très durement payé sa seconde défaite, et, en 1945, les deux adversaires, ivres de deuils et de ruines, se retrouvaient groggy. Pour ces composantes majeures du continent, l' heure du nationalisme aveugle était révolue. De chaque côté du Rhin germait au contraire la conviction d' une complémentarité. Quelque temps après, le Traité de Rome (1957) scellait la réconciliation et un solide partenariat.

Il n' y avait d' ailleurs pas trop le choix. La France était, est encore, le voisin terrestre le plus important d' une Allemagne qui a besoin d' ouverture sur les aires atlantique et méditerranéenne. Le sens de l' organisation et le souci du collectif de cette dernière, associés à la créativité et à la faculté d' improvisation de la première, constituaient la meilleure chance de réussite pour l' Europe de l' ouest confrontée à un monde en pleine mutation. Après 75 années d' âpres combats faits de fascination-répulsion réciproque, après les tranchées et les camps, chacun réalisait qu' il ne pouvait trouver d' allié plus conséquent.

Cette histoire commune est en effet une étrange addition de contrastes et de convergences. A une France centralisée depuis Clovis (Vèmè siècle) correspond une Allemagne devenue Etat-nation de type fédéral en 1871 (dans la galerie des Glaces du château de Versailles). L' influence française était forte outre-rhin depuis la révocation de l' édit de Nantes (1685). 40.000 huguenots, venus de La Rochelle et surtout de Metz, s' étaient alors réfugiés dans les terres luthériennes. 15.000 avaient contribué à "refonder" Berlin, médiocre bourgade de 6.000 âmes, dont ils ont résolument stimulé l' activité économique et développé les établissements d' enseignement. En 1700, 20% de la population était française. A la Cour prussienne de Frédéric-Guillaume, puis de celle de Frédéric II, où Voltaire a séjourné trois ans, s' était constituée une aristocratique colonie de langue et de culture françaises dont la descendance est représentée, aujourd' hui encore, par le ministre de la Défense de la République Fédérale, Thomas de Maizière.

Beaucoup d' intellectuels allemands, dont Kant, se sont passionnés pour la Révolution de 1789. Par la suite, malgré les guerres napoléoniennes, les échanges artistiques n' ont jamais cessé , les Allemands (et les Autrichiens) se distinguant en musique (romantisme), les Français en peinture (impressionnisme). Le marxisme a pénétré le mouvement révolutionnaire, l' existentialisme et la psychanalyse les milieux universitaires. Au plus fort de la guerre de 1914, les avant-gardes, politique ( socialistes et pacifistes) et artistique (dadaïstes), ont maintenu des contacts en Suisse. Durant la décennie des années 1920-1930, Paris et Berlin ont été les foyers et les laboratoires d' une vraie renaissance culturelle : Expressionnisme, Bauhaus d' un côté, Art déco, Surréalisme d' un autre, Gropius, Klee, Heidegger par ici, Matisse, Breton, René Clair par là, mettant en relief la porosité qu' une exposition intitulée "Paris-Berlin" (1900-1933), au Centre Pompidou, a consacrée en 1978. Nombre de peintre allemands (Ernst,Hartung, Wols, Bellmer) se sont installés à Paris dès l' arrivée au pouvoir des Nazis qui les qualifiaient de "dégénérés".

Depuis lors, l' évidence n' a pas diminué: quelle meilleure voie qu'une progressive intégration franco-allemande, une harmonisation concertée des politiques publiques (fiscale, bancaire, sociale, linguistique, pédagogique, militaire, scientifique, industrielle, etc.)? que davantage d' initiatives conjointes telles la chaîne de télévision Arte ou l' Office Franco-Allemand pour la Jeunesse? Déjà, les jeunes Français ont banni le mot "boche" de leur vocabulaire. La proximité continue des présidents et des chanceliers depuis de Gaulle-Adenauer est une référence qu'ont symbolisée et concrétisée à la fois Kohl et Mitterrand à Verdun, Hollande et Joachim Gauck à Oradour. Les opinions semblent ainsi mûres pour pousser plus loin cette construction, car elles constatent qu' en ce moment même, dans la jungle de la mondialisation, se joue l' avenir européen.

Pourquoi l' Allemagne? Parce c' est dans la logique géographique, historique et culturelle, et dans la perspective d' une paix durable entre deux peuples contigus qui se sont faits trop de mal au profit des trusts et des marchands de canons.

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Délire de fin (du nazisme)

Publié le par memoire-et-societe

Parmi les délires du nazisme agonisant, le projet de destruction de Londres figure en bonne place. L' action se déroule au nord du Pas-de-Calais, dans la région de Saint-Omer.
En 1940, les départements du Nord et du Pas-de-Calais ont été décrétés "zone interdite" par les Allemands, autrement dit détachés du reste de la zone occupée. Les Nazis avaient en effet l' intention de les intégrer à la Flandre belge pour constituer un micro-Etat, dominion du Reich, apte à lui assurer le contrôle du détroit, face à l' Angleterre.

Le lieu sélectionné par les ingénieurs et les stratèges militaires pour implanter l' entreprise d'anéantissement englobait trois sites principaux, proches les uns des autres : Eperlecques, Wizernes-Helfaut, Mimoyecques, qui vont devenir, de mars à septembre 1944, des objectifs prioritaires pour l' aviation alliée.

Le bunker d' Eperlecques, en lisière de forêt, témoigne de la mégalomanie hitlérienne : il s' agit d' un bloc carré de béton haut de 22 mètres comprenant une usine d' assemblage, une unité de production d' oxygène liquide , une rampe de lancement de "bombes volantes", V1, et surtout de fusées, V2. Ce dispositif, monument historique depuis 1985, était voué à fourbir des armes de représailles ( Vergeltungswaffen) contre les bombardements de villes allemandes. 22.000 fusées en sont parties. Fin 1944, les Alliés s' en sont approprié la technique, mise au point par von Braun, pour l' appliquer à la recherche spatiale.

La coupole de Wizernes-Helfaut ( 91 mètres de diamètre, 5,5 mètres d' épaisseur), couronnée d' un dôme de 55.000 tonnes de béton sous couvert boisé, était une vraie ville souterraine de sept kilomètres de galeries dédiées aux V2. Sa construction (Sonderbaut) par l' Organisation Todt a nécessité un an de travail de jour et de nuit. Plusieurs milliers de prisonniers et déportés, en majorité des citoyens soviétiques, y ont laissé la vie, avec 150 habitants du village voisin, tués par la pluie de bombes larguée par les quadrimoteurs américains B 24. Mais les fusées, elles, n' ont pas eu le temps de décoller.

Quant à la forteresse du hameau de Mimoyecques,appelée le "canon de Londres", son unique vocation était la disparition de la carte de la capitale britannique, distante de 165 kilomètres. Née d' une suggestion d' Albert Speer, le ministre-architecte d' Hitler, elle se nichait dans une colline de calcaire des environs des " Deux-Caps" (Gris Nez et Blanc Nez) et employait 5.000 personnes. Souterraine elle aussi, elle avait pour mission d' installer le V3, canon à longue portée et pompe de haute pression (HDP en allemand), de 127 mètres de long et 150 mm de diamètre qui, selon les chefs nazis, allait renverser le cours de la guerre. Elle impliquait deux complexes reliés par un tunnel ferroviaire, dotés l' un comme l' autre de cinq puits obliques comportant à leur tour cinq canons susceptibles de tirer chacun dix obus-minute, soit 600 projectiles à l' heure. Le site fut neutralisé le 6 juillet 1944 par des bombes perforantes de 6 tonnes. Le V3, encore au stade du prototype, n' a donc jamais servi. La 3ème Division d' infanterie canadienne s' est emparée des lieux le 5 septembre. Les experts allemands avaient prévu le lancement de cet effrayant héritier de la "Grosse Bertha " pour le 1er octobre...

L' alliance de la technologie la plus avancée et de la folie la plus destructrice (on ne parlait pas alors d' "armes de destruction massive") a été l' une des ultimes manifestations du nazisme aux abois. L' Armée rouge était aux portes de la Prusse et les Occidentaux atteignaient les bords du Rhin tandis qu' Hitler et ses seïdes s'attardaient sur le meilleur moyen de terroriser les populations qu' ils n' avaient pu soumettre. Pour les amateurs d' Histoire, le sujet vaut le déplacement dans le Pas-de-Calais.

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Courage de femme

Publié le par memoire-et-societe

Camp des parachutistes français à Limassol, île de Chypre, novembre 1956 : le général Gilles, commandant des troupes aéroportées du "plan Mousquetaire", tient sous sa tente un ultime "briefing" destiné aux Correspondants de guerre dont je suis, envoyé par le quotidien "Franc-Tireur", hostile à cette expédition.

"Dans la nuit, indique-t-il, les paras sauteront sur le Canal pour s' emparer de points stratégiques, puis la troupe (légionnaires, tirailleurs) débarquera au petit matin sur les quais nettoyés de Port-Fouad, rive asiatique de l' objectif ". Il y a là les pros du baroud, Chauvel du "Figaro", Paul Bonnecarrère, grand reporter autonome, Larriaga,caméraman à la RTF, Jules Roy, de "Paris-Match", et le photographe David Seymour dit Chim, de l' Agence Magnum, qui trouveront la mort ensemble quelques jours plus tard, puis une jeune femme en battle dress, Brigitte Friang.

Quand "le Borgne", surnom du général, annonce qu' aucun journaliste ne sera intégré au parachutage nocturne, elle se lève, larmes aux yeux, pour protester. Gilles ne cède pas, la jeune femme sort de la tente, furieuse. Je ne l' ai pas revue en terre égyptienne.

Qui était Brigitte Friang? Certainement la femme la plus intrépide que j' ai rencontrée. En 1943,jeune bourgeoise de 19 ans, elle appartient déjà, chargée des parachutages dans la région ouest, à la branche militaire de la France Libre. Grièvement blessée lors de son arrestation par la Gestapo, elle est déportée à Ravensbrück, camp de concentration pour femmes. Elle s' en tire et, de retour, commence à écrire (Les Fleurs du ciel, 1955), devient l' attachée de presse d' André Malraux, son modèle (Un autre Malraux,1977), et surtout correspondante de guerre en Indochine où l' insurrection a éclaté en 1946.

Rien ne l' effraie. Elle saute malgré la canonnade à Dien Bien Phu où se trouvent précisément Gilles, Roy, blessé à la tête,Bonnecarrère et Seymour. Dans ce milieu, on est vite un intrus. Tout le monde se connait depuis la Résistance et se revendique du gaullisme historique, de l' Information engagée. Guerriers et journalistes ont frôlé vingt fois la mort côte à côte. Ils ont fini par se confondre, partageant la même vie, le même adversaire, Allemand, Viet, Arabe, et le jeu de l' aventure à quitte ou double. Leur flegme sous-entend les coups durs affrontés, les cadavres accumulés, la rage froide de l' acharnement.

On prête à Brigitte Friang une liaison. C' est, bien sûr, avec une autre figure de la France Libre, ministre du Général. Mais sa vie privée ne compte pas en regard de sa mission de témoin-soldat. Elle repart: au Vietnam, "couvrir" la guerre, américaine cette fois, puis au Moyen-Orient, toujours en première ligne, sous les obus et les bombes.
Quand elle s' arrête enfin, saine et sauve, elle échange le treillis portant sur l' épaulette le titre de "correspondant", pour la plume. Elle écrit deux volumes de souvenirs, " Regarde-toi qui meurs ", et se consacre à ses amis, Maurice Schumann, la voix d' " Ici Londres ", ou les historiens François Furet et Stéphane Courtois. La femme de courage laisse place à une paisible dame rangée, rescapée inattendue des pires furies .
Elle est morte en 2011 dans le Vaucluse, enfouie sous les décorations, et plutôt oubliée.

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Militer à gauche

Publié le par memoire-et-societe

Le tome 2 (bel-bz) du "Dictionnaire biographique du Mouvement social" (appelé aussi " le Maitron", du nom de son créateur) me présente comme "militant socialiste". Même si j' ai appartenu quelque temps à des organisations se revendiquant de cette étiquette, j' ai tellement peu d' estime pour MM. Mollet et Mitterrand, je me sens tellement peu de convergence avec MM. Hollande et Fabius, que je me demande si accepter d' être ainsi classé "socialiste" n' est pas introduire une confusion dans l' esprit du lecteur.

Les subtilités idéologiques et le funambulisme électoral de la vieille social- démocratie m' ont toujours répugné. A ce point d' ambiguité et d' opportunisme, trop, c' est trop pour moi, qui ne suis pas un professionnel de la politique. Je n' ai pas davantage apprécié la brutalité stalinienne, le sectarisme trotskiste ou le moralisme chrétien- progressiste. J' ai donc opté pour une marginalité qui, je le concède, ne peut que profiter à la "Droite", mais que je n' ai pas tant à regretter quand j' observe la série de velléités guerrières et la croissance du chômage, de la fiscalité, des déficits publics et des scandales divers qui caractérisent la gestion "socialiste" actuelle.

Je me suis d' ailleurs aperçu que je n' étais pas seul de mon espèce. Des milliers de militants se sont éloignés depuis pas mal de temps, la plupart sur la pointe des pieds, de l' action organisée. Ces malheureux n' ont point fait, bien sûr, l' objet de l' attention des Responsables. La courtisanerie existe aussi à gauche : c' est elle qui fabrique les meilleurs apparatchik(i).

C' est pourquoi j' ai choisi d' évoquer deux figures hors cadre dont j' ai partagé le parcours. Leur idéologie parait aujourd' hui obsolète, leur abnégation bien vaine, leur espérance chimérique. Cet hommage ne passionnera donc pas, mais c' est une dette au regard de vies comme les leurs, jalonnées de combats perdus, de sacrifices ignorés, de déceptions additionnées. Tous deux en tout cas témoignent d' une volonté sociale inflexible.

Victor Fay, issu d' une famille juive de Varsovie, est entré aux Jeunesses communistes polonaises à 15 ans. Plusieurs fois emprisonné, il se réfugie en France en 1925. Remarqué par le Komintern (Internationale Communiste), il est chargé en 1929 du secteur Education au P.C.F et de la rubrique " Doctrine et Histoire" dans "L' Humanité". Il imprime à cette dernière une ligne luxemburgiste qui marque une distance avec l' orthodoxie stalinienne, notamment sur le problème des nationalités.Emporté dans l' engrenage de l' opposition interne derrière André Ferrat et la revue "Que faire?", Fay est exclu en 1936 et entre au Parti socialiste S.F.I.O l' année suivante.

Devenu correcteur d' imprimerie, il s' oriente, après la Résistance dans le Midi et les Cévennes, vers le journalisme à Lyon libre, Combat, puis à la Radio publique où il dirige les émissions vers l' Europe de l' Est. Militant anticolonialiste actif, il quitte la S.F.I.O pendant la guerre d' Algérie et participe à la fondation du P.S.U. Je me souviens avoir défilé avec lui, enthousiasmé par le mouvement de mai 68, autour de la Maison de la Radio pour réclamer alors la libération de l' Information. Parvenu à la retraite, "Victor" a multiplié les interventions dans les colloques , les journaux et les revues théoriques. Jamais, ce petit homme aux yeux plissés et brillants, n' a voulu transiger: "souple sur la tactique, ferme sur les principes", répétait-il, paraphrasant Lénine auquel il avait conservé estime et admiration.
Marxiste indépendant, il a défendu jusqu' au bout son orientation " conseilliste", c' est-à-dire attachée au pouvoir de "Conseils" ouvriers, alors que ses qualités intellectuelles et sa culture politique auraient pu lui valoir une ascension politique à la hauteur de son expérience.

L' autre personnage est une femme, Berthe Fouchère, alias Irma Taury. Fille d' un charpentier de la Nièvre, elle faisait partie de cette phalange d' enseignants publics nommés " hussards noirs de la République. D' abord adhérente au P.C, elle est révoquée de l' Education Nationale à cause d' articles en faveur de la propagande anticonceptionnelle, interdite au temps de la "Chambre bleu horizon". Contrainte à l' exil, elle se rend en Algérie, puis en Roumanie et en Allemagne avant de se fixer à "Vienne la Rouge", capitale de l' austro-marxisme qu' animait Otto Bauer, dirigeant de l' " Union des Partis socialistes pour l' action internationale", dite "Internationale Deux et demi". Elle a été sa collaboratrice jusqu' à son retour en France, nommée dans le département de l' Oise sans être formellement retitularisée. Pour autant, elle n' abandonne pas un seul jour son travail syndical et politique. Se situant à l' aile gauche de la S.F.I.O, tendance unie autour de Marceau Pivert, elle partage tous ses combats : Front populaire, Antifascisme, Décolonisation, Féminisme, Scission créant le P.S.U, Présidentielle de 1981, humble, désintéressée, inlassable, au détriment de toute vie personnelle. Elle est morte solitaire, à 80 ans, dans une chambre d' HLM de Montataire ne contenant qu' un lit et des piles de journaux jaunis. Je n' ai jamais rencontré quelqu'un, même un adversaire, qui ne l' ait respectée.

Victor Fay, Berthe Fouchère, ne sont pas des exceptions. Militer est ingrat. D' autres sincérités, d' autres générosités, sont comparables. A la vérité, c' est toutes celles-là, souvent anonymes, que je salue .

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Contribution résumée à une lecture de l' Histoire

Publié le par memoire-et-societe

Son parcours incite à discerner trois stades principaux dans l' aventure humaine:

1- L' Age polythéiste, aboli sauf parmi de rares tribus d' Australie, Afrique et Amérique du sud, dont on se demande si on ne protège pas leur survie pour assurer la fin de carrière des anthropologues et le chiffre d' affaires des organisateurs de safari-photos. L' homme y est soumis à la nature et à ses éléments (l' eau, le vent, le soleil, un animal dans le totémisme) qui relèvent du Sacré. L' ancienneté de cette forme primitive de vie relativise d' ailleurs l' éloignement dans le temps de notre "Antiquité " .

2- Avec le second stade, l' Avènement du monothéisme, les choses se compliquent. L' homme est confronté à la parole des prophètes, envoyés spéciaux d' un Dieu unique. L' urbanisation se développe, les biens se privatisent. Chez les Juifs, où prévaut la matrilinéarité, la multiplication des métissages avec des non- juifs annonce le recul de l' orthodoxie, sinon de la pratique religieuse. Chez les Chrétiens, où l' on parle de " déchristianisation ", la Foi plafonne, y compris dans le tiers-monde qu' ils avaient voulu leur chasse gardée. Les Eglises évangéliques s' y taillent bien quelques principautés, mais c' est aux dépens des catholiques, nullement à ceux de l' Islam, seule religion révélée ( encore faut-il faire la part ici de l' esprit de revanche contre la colonisation et de la promesses d' un développement immédiat ) qui étende réellement son influence malgré ses divisions: chiites contre sunnites, islam arabe et non arabe, etc.

3- La troisième phase, celle des mutations rationalisées, n' est pas à son terme, loin de là. Elle se définit par les avancées de la connaissance scientifique, de Copernic à la Conquête spatiale, et le rôle croissant de l' argent dans des systèmes de gouvernement taraudés par les phénomènes de classe, ou mus par leurs appétits impérialistes. Depuis Darwin, le monde se déchiffre à travers l' évolution,qui induit, plus qu' à partir de la création, qui annonce. L' homme, quasi majoritairement urbain, est délivré de maints tabous, demandeur de technologies et d' améliorations matérielles Les changements sociologiques ébranlent la position de religions qui peinent pour ne pas être distancées (cas du mariage homosexuel ). Le nombre des vocations s' effondre (problème du mariage des prêtres ). L' émancipation juridique et financière de la femme , la libération des moeurs, interrogent la structure familiale établie. Les pratiques cultuelles sont délaissées ( ainsi le Carême ou la Confession) au profit d' une morale axée sur les droits individuels , conforme à un égocentrisme libertaire et consumériste en contradiction avec l' enseignement traditionnel.
La problématique, pour l' Occident à l' origine de la plupart de ces mutations, est de se trouver désormais concurrencé par des pays dits émergents et surpeuplés. Cette rivalité devrait marquer un moment où, la politique se coupant de plus en plus de la citoyenneté, pourraient s' établir des régimes de type chinois combinant le règne d' un lointain, solennel Etat-parti et le mode de développement capitaliste.

Pour autant, le besoin de spiritualité désaliénée, l' élan vers la transcendance, la recherche d' un sens, n' ont pas disparu. Ils connaitront sans doute des propositions mieux en phase avec les inquiétudes et les instabilités engendrées par la modernité. La période réfute l' immobilité parce que l' homme pressent aujourd'hui dans le mouvement des vérités et des satisfactions susceptibles de lui être accessibles.

Une telle opinion provoque, bien sûr, la contestation des spécialistes de la certitude et du formatage. Mais rien de l' homme n' est finalement à rejeter : ni le respect de la Nature que nous rappellent les écolos, ni l' exigence éthique, ni la désincarcération psychologique et sociale de l' individu.Tout est à recueillir dans cette longue histoire même si, selon certains futurologues, l' humanité n' est pas elle-même éternelle.

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La Passion de Luther King

Publié le par memoire-et-societe

Martin Luther King a été l' homme d'une Passion : celle de la Justice par la non violence. Il n'en a pas été la première victime. Mais son combat, mortel, a été juridiquement victorieux.

" L' homme d' Atlanta " vivait dans un Etat des U.S.A, la Géorgie, où, 14 ans avant sa naissance en 1929, s' était reconstitué le fameux Ku Klux Klan. Luther King jr., contemporain du krach boursier de Wall street, a ainsi passé son enfance au sein d' une communauté racialement discriminée, dont les deux tiers des membres étaient chômeurs. Lui appartenait à un embryon de classe moyenne noire : son père pasteur dirigeait une Association pour la promotion des gens de couleur et se montrait un homme d' affaires avisé.
King jr. a donc été un privilégié de l' éducation occidentale : admis à 15 ans à Morehouse College, sorte de Harvard pour Noirs, il y connait une crise de mysticisme qui l' oriente vers la vocation religieuse. A la même époque de sa vie, il découvre " Essai sur la désobéissance civile " de Henry David Thoreau, premier contact avec l' idée de résistance non violente, puis lit l' oeuvre de Marx dont il désapprouve l' interprétation matérialiste de l' Histoire mais retient la critique du capitalisme. C' est chez Gandhi qu'il trouve enfin la réponse susceptible de nourrir l' exigence d' équité qui l' habite.

Il achève sa formation philosophique à l' université de Boston et se marie avec la fille d' un petit entrepreneur. Le couple s' installe en 1954 à Montgomery, fief raciste de l' Alabama où " l' apôtre des Noirs" déploie très vite une intense activité en faveur de l' égalité civique. L' affaire Rosa Park, du nom d' une femme condamnée pour avoir refusé de céder son siège à un Blanc dans l' autobus, noue le destin du Docteur King. Il prend la tête de la " guerre des autobus " qui va durer plus d' un an et pose publiquement le problème des Droits. Menacé de lynchage, agressé physiquement, espionné par la CIA de Hoover, incarcéré plusieurs fois sous de faux prétextes, King réplique en demandant à ses partisans d' " aimer nos ennemis ".

En décembre 1956, la Cour Suprême déclare inconstitutionnelle la ségrégation dans les transports, alors que l' agitation gagne de plus en plus les communautés noires. King demeure formel : " Une insurrection , dit-il, dans un pays où les Noirs ne représentent que 12% de la population et ne possèdent qu' un pourcentage minime d' armement, serait un suicide ".

De retour dans son quartier natal d' Auburn, il y prêche à l' Ebener Baptist Church, comme son père. Il est toujours l' objet de multiples persécutions qui finissent par provoquer l' intervention pour sa défense du candidat démocrate à la Maison Blanche, John Kennedy. Rien ne freine désormais la détermination de King. Il va partout où on l' appelle : à Albany, Birmingham, Washington, Detroit, New York, Chicago, Rochester, partout il attire des foules immenses et s' offre comme cible aux milices ultra.
Le Prix Nobel de la Paix, qui lui est décerné en 1964, ne peut modifier son destin. King, indifférent aux effets de la notoriété, ne cesse d' en appeler à " ceux qui meurent de faim dans le Mississipi, qui n' ont pas de travail, et qu' on empêche de voter." Un courant plus radical que le sien s' est formé avec le mouvement nationaliste des " black muslims". Son leader, Malcolm X, plaide la violence en regard des maigres résultats obtenus jusqu' ici .Le légalisme est selon lui un luxe petit-bourgeois qui fait sourire Hoover et les racistes. Cela ne suffit pas à détourner King du gradualisme. La loi sur le vote des Noirs est signée en août 1965. King continue de se déclarer ouvert à toute solution à la condition d' avancer sans verser le sang.

Parallèlement, il s' engage contre la guerre du Vietnam qui implique de nombreux soldats "de couleur " Il s' écrie en 1967 : " Un pays qui dépense, année après année, plus pour son budget militaire que pour le progrès social va vers sa mort spirituelle". Il élargit le problème racial à celui de la pauvreté, de la solidarité pour l' emploi, le logement et l' instruction, associant à son combat les Portoricains, les Latinos, les Amerindiens et les Blancs déshérités des Apalaches. Il déborde sans hésiter les prudences modérées en esquivant les risques irréfléchis.

En 1968, il est à Memphis pour soutenir la grève des égoutiers et des éboueurs. Il a , comme Jaurès, depuis longtemps la prescience de son assassinat : il sort un instant sur le balcon de son motel, un tireur guette...James Earl Ray, un déséquilibré. King mourant murmure seulement : " Enfin libre, enfin libre ". Loin de là, au fond du continent noir, un homme qui aura 95 ans demain 18 juillet, Nelson Mandela, a déjà pris le relais.

P.S. Ce blog , " Mémoire et Société ", fait l' objet, pour la période août 2011- mai 2013, d' une publication imprimée sous le titre " Chroniques franco-citoyennes ".

L' ouvrage est accessible en librairie, ou chez l' éditeur: "Dictus Publishing ", Heinrich Böcking strasse 6-8, 66121 Sarrebrück ( Allemagne )

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De l' Angleterre(2)

Publié le par memoire-et-societe

   C' est en Angleterre qu' à la fin du 18ème siècle nait l' "Age industriel", autrement dit le mode de production capitaliste et son support, le libéralisme économique, gagnant ensuite la France de Louis XVIII, l' Allemagne, la Russie, les Etats-Unis et le Japon.

   Le prolétariat britannique a été sans doute, du moins jusqu' aux années 1850, le plus maltraité, dans des bagnes manufacturiers sur  lesquels règnait un patronat cynique : journées de travail de 15 à 16 heures, y compris pour les femmes et les enfants, salaires dérisoires, taudis, espérance de vie moyenne de 35 ans, etc. Une scandaleuse inhumanité  et  le plus cruel  paupérisme ont  donc marqué  cette période.

   Cependant - effet de la solidarité insulaire?- le mouvement ouvrier anglais, quoique organisé de bonne heure, est demeuré, face à l' exploitation extrème des travailleurs, l' un des plus modérés. Alors que l' idée révolutionnaire progressait à travers les Associations Internationales (la Première a été créée en 1864), la section anglaise s'en tenait  à des formes conciliantes du combat social : le réformisme chartiste d' abord, le mouvement coopératiste d' Owen, le trade-unionisme et le parti travailliste ensuite. Le syndicalisme de contrôle et  le réformisme parlementaire répondaient à la politique de classe des marxistes, avalisant  l' intégration au capitalisme pour en tirer le maximum d' avantages.

   La parade préalable de la bourgeoisie locale à la montée d' un socialisme conquérant était d' ailleurs habile. Elle consistait à transmettre toute  revendication sociale au Parlement élu, à faire ainsi des députés les pseudo  arbitres de

litiges sans cesse obérés par  un intérêt patriotique supérieur, argument imparable dans une Ile en état de paranoïa permanent.

   De ce point de vue, le règne de feu Margaret Thatcher  s' est révélé exemplaire. La Dame de fer a désindustrialisé, fermé les usines, jeté des millions de gens à  la rue pour faciliter le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier. Avec Wall street, la City de Londres est aujourd' hui la première place  financière mondiale. Les traders y affluent de partout. Les matières premières y  font du yoyo, enrichissant ou ruinant, selon les circonstances, les économies de nombreux pays en développement. On nomme cela   pragmatisme.

   Un nationalisme sourcilleux ( voir les Malouines) accompagne un euroscepticisme qui met en relief  les vraies priorités du conservatisme thatchérien : l' alliance inconditionnelle avec les  Etats-Unis  à la sauce reaganienne et  la survie du Commonwealth. Ce dédain de l' Europe ne peut d'ailleurs être mieux  illustré aujourd'hui que par la désignation pour  le poste de ministre des Affaires étrangères de l' U.E  de Mme Catherine Ashton, dont la spectaculaire incompétence s' est manifestée à l' occasion du  printemps arabe et de quelques autres évènements non négligeables.

   Le  Premier Ministre  Cameron assume avec aisance  l' héritage de l' époque Thatcher. Il s' applique à déstructurer ce qui reste du projet d' Europe politique, à jouer la libérale  Merkel   contre le social- libéral  Hollande, à  prôner  l' élargissement  constant d' une  Communauté où  il n' a qu' un pied, à courir au- devant des  voeux de Washington, bref  à  anéantir  la  coopération  amorcée par  de Gaulle et Adenauer. Avec ou sans ses Celtes, l' Angleterre reste une île.

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De l' Angleterre (1)

Publié le par memoire-et-societe

   Le Royaume Uni (U K) est- il en train de devenir fictif ? L' Irlande, sauf les 6 cantons de l' Ulster, est indépendante depuis 1949. Le Pays de Galles, rattaché à la couronne d' Angleterre au16ème siècle, possède désormais une Assemblée nationale siègeant dans sa capitale, Cardiff. Enfin, en Ecosse, troisième communauté celte de Grande Bretagne, les indépendantistes ont obtenu, en mai 2011, la majorité au Parlement régional, et le leader du pays, Alex Salmond, a promis un referendum sur l' indépendance en 2014 dont le résultat parait acquis.

   Reste l' Angleterre (53 millions d' habitants),d' essence anglo-saxonne, où se concentre la presque totalité des richesses des Iles britanniques. Mais si l' unité du royaume semble ainsi  fragilisée, le trône des Windsor, lui, reste solidement  arrimé. Le secret : dix siècles de co-existence  insulaire, mise à l' épreuve par la menace d' envahisseurs continentaux.

   Faut-il dès lors parler d' "invincibilité "? Rappelons qu' à l' origine les Normands de Guillaume le Conquérant  se sont emparés du pays à l' issue de la bataille d' Hastings (1066) et que la dynastie angevine des Plantagenêt  y a règné trois siècles. Par la suite, les velleïtés françaises d' invasion ont  tourné court, tant celle de Seignelay, fils de Colbert, en 1690, que celles de Phélypeaux de Pontchartrain, quinze ans plus tard, de Choiseul, le grand ennemi de William Pitt, et  de Claret de Fleurieu, alors ministre de la Marine de Louis XVI.

  Arrivé là, on se pose la question : Napoléon et  Hitler pouvaient-ils occuper l' Angleterre et , de leur point de vue, n' ont-ils pas commis une erreur en ne le faisant pas ?

   Napoléon n' a jamais cessé de caresser le projet, depuis 1798 où il a réuni à Boulogne les premiers moyens d' une attaque, à 1812 où, pressé par la coalition européenne, il y a renoncé. En 1801, 1804, 1805, 1808, il a élaboré des plans, rédigé des instructions, concentré des troupes, mobilisé des ports, rassemblé des bateaux. Son problème était qu' il n' avait pas, n' a jamais eu, une Marine militaire à la hauteur de son Armée de terre, ni non plus de la Royal Navy. Des amiraux peu motivés, restés souvent attachés à la monarchie, une logistique inadaptée au transfert de 70.000 hommes à travers la Manche, des équipages improvisés et  indisciplinés. Napoléon ne tarde pas en fait  à comprendre que son ambition est, dans ces conditions, peu réalisable. Il transforme alors, sans l' avouer, son dessein guerrier en stratégie politique. Il sait que les contraintes coûteuses de  la police permanente des mers étouffe l' économie anglaise et  ruine ses finances. A défaut d' envahir, il va laisser  planer une menace qui oblige l' ennemi à ne pas baisser la garde et  à s' user dans l' attente d' une éventuelle agression. La retraite de Russie et  le "chancre espagnol" finissent par éloigner de  l' esprit de l'Empereur l' image vaincue de ces îles noyées dans les brumes nordiques...

   Quand ses plus belles troupes, celles qui ont été ensuite décimées à Stalingrad, ont débouché sur les plages de Dunkerque, soutenues  par une aviation encore maîtresse du ciel et  des sous-marins performants, Hitler, en hésitant à franchir le Rubicon local, a perdu sa meilleure occasion de faire plier le genou à l' Angleterre. Le Führer, et avec lui  l' amiral  Raeder, redoutaient d' abord l' échec du transbordement de 250.000 hommes sur des barges à fond  plat, faiblement motorisées et offertes aux canons ennemis. En outre, le chef  nazi qui , dans son obsession raciste, voyait dans les Anglais des cousins aryens, cherchait à négocier avec les partisans de l' "apaisement" (Halifax, Chamberlain) un compromis selon lequel Londres garderait les mains libres dans l' Empire, et Berlin se satisferait de la gouvernance de l' Europe continentale. Mais Churchill vint couper court à ces palabres d' épiciers.

   Faute d' entente, Hitler change alors d' épaule et recourt à la manière forte: commence le "Blitzfrieg", destiné à terroriser les civils, et la préparation d'un  débarquement. De Dunkerque à Cherbourg, la Wehrmacht  fourbit ses armes en vue de l' opération "Lion de mer", ciblée sur l' axe  Portsmouth-Brighton. Acharnée, la Royal Air Force contrarie l' activité de Luftwaffe, d' autant que la recherche du compromis a  laissé un répit à la R.A.F pour mieux  s' organiser. La bataille aérienne se prolonge, l' automne et  ses grandes marées se profilent. Le 17 septembre, l' expédition est renvoyée au printemps 1941.

   Comme Napoléon, Hitler se résigne à spéculer sur l' asphyxie économique de l' adversaire, et la lassitude de son opinion publique. En juin 1941, l' Allemagne attaque...mais l' Union Soviétique. D' un débarquement sur les côtes anglaises, on continue, bien sûr, de parler. L' amiral Dönitz, successeur de Raeder, énumère des dates, sélectionne les lieux propices...Début 1944, Londres reçoit, du Pas-de-Calais et de Belgique,  les premiers V2, bombes aveugles, sans pilote. Mais ce sont les Alliés qui, en juin, débarquent en Normandie.

   Autant de faits qui peuvent sans doute contribuer à exliquer l' euroscepticisme  têtu d' outre-manche. Isolée par  la géographie et  par l' histoire, l' Angleterre ne croit profondément qu' en elle-même. ( à suivre )

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Topographie d' un anniversaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le 18 mars 2013 s' annonce un jour ordinaire.Sauf, quoiqu' il en soit, pour les amateurs d' Histoire, puisque ce sera le 142ème anniversaire de la Commune de Paris. Celle-ci a duré 71 jours, pour s' achever par la "Semaine sanglante" et le massacre des derniers insurgés au fond du cimetière du Père Lachaise.

   La Commune occupait  trois lignes dans mon livre de 1ère (le sujet a connu depuis des hauts et des bas) et  était confusément  associée à la présence des Prussiens qui encerclaient Paris. L' Ecole républicaine mentait  puisque l' un des motifs de l' insurrection de 1871, ainsi que l' a illustré  le ralliement patriotique du colonel Rossel, était l'insuffisance de la résistance du gouvernement dit de "Défense nationale" et  le désir du peuple, après des mois de blocus et de famine,de poursuivre la lutte contre l' envahisseur : c' est parce qu'ils interdisaient aux gardes nationaux  l' accès aux canons non utilisés que les généraux Lecomte et Thomas ont été  fusillés comme traitres dès le 18 mars.

   Je ne me suis donc jamais contenté de la version officielle. Vallès, Lissagaray, Vuillaume, ont laissé assez de récits incontestables. Etudiant, je montais fin mai, avec des cents et des mille, perdu dans la foule des drapeaux, au "Mur" (1), but annuel du pélerinage à la mémoire des 30.000 fédérés (chiffre régulièrement admis) victimes de cette guerre de classe d' une violence inédite (2).

   Je ne m' en tenais pas là.Je m' étais aussi traçé un parcours-souvenir de la rébellion qui m' entrainait sur des lieux marquants de son déroulement. Chemin de randonnée qui ne figure dans aucun Guide historique et polyglotte, mais  évoque  des barricades, des incendies, des exécutions, bref  les retombées de la haine et de la peur d' un Paris qu' on n'enseigne pas aux touristes.

   C' est à l' emplacement de l' actuelle basilique du Sacré-Coeur (3) qu' a achevé d' expirer  Eugène Varlin, qui avait précisément  tenté d' arracher à la foule  Lecomte et Thomas. Varlin incarnait l' une des plus nobles figures du mouvement ouvrier. Eviscèré, énucléé, démembré, la troupe est allé jeter ses restes dans une fosse du Père Lachaise. J' y songe quand je vois des multitudes insouciantes grimper au sommet de la colline, couronnée désormais d' une pieuse et pâle patisserie architecturale grâce aux  soins d' autorités attachées à faire oublier les    évènements qui ne flattent pas.

   En redescendant  Montmartre vers la gauche, on approche des vieux faubourgs, Saint-Martin et Saint-Denis, intégrés désormais au Xème arrondissement. De nombreux immigrés, des logements vétustes, de séculaires théâtres, d' assez misérables boutiques, et  la Mairie, rue du Château d' eau, tout près de la Bourse du travail. Une haute barricade se dressait  à l' angle de la rue du Faubourg Saint-Martin : c' était sur celle-la qu' avait choisi de se hisser le député Charles Delescluze, 62 ans, pour s' offrir aux balles versaillaises.

   Plus bas encore vers le centre, au bout de la rue du Temple, l' Hôtel de Ville : les Communards ont, le 24 mai, réduit en cendres ce palais renaissance, abri favori, selon eux, des tripotages et  des trahisons. N' a subsisté, trois ans durant, que " l' effroyable et admirable ruine" dont les lecteurs du Figaro réclamaient le maintien comme " témoignage édifiant de barbarie". On l' a reconstruit peu après, à l' identique.

   Sacrifiant l' héroïque Butte aux Cailles, cap à l' ouest, à l' extrème de la Ville, Porte du Point-du-Jour, endroit anodin, malgré son actuel " Centre d' animation Paris Jeunes". Le 21 mai, le lieu, voisin de la Seine et déserté (volontairement?), a permis à un espion d' y introduire les soldats versaillais. On imagine ceux-ci se glissant au petit matin le long des maisons endormies, vers la Porte Saint-Cloud, puis se répandant peu à peu dans les rues des Beaux Quartiers, sous les applaudissements, depuis leurs balcons, des élégants que ces Ruraux venaient "sauver". La Semaine sanglante commençait, promettant au général-marquis de Galliffet la victoire sur les ouvriers qu'il n'avait pu remporter face aux Prussiens.

   Le combat ramène sur le versant sud de Montmartre, après un crochet place Vendôme pour imaginer les débris de la Colonne vouée à l' Empereur, mise à  bas sur ordre de Gustave Courbet et  reconstruite en 1873 à sa charge. Nous sommes parvenus dans le quartier de la " Nouvelle Athènes", place Saint-Georges, devant la " Fondation Dosne-bibliothèque Thiers " où résidait le " bourreau de la Commune ". Les insurgés ont tout brûlé le 25 mai, et  sa belle-soeur a tout  restauré l' année suivante, aux frais du contribuable. Thiers n'y a cependant  jamais remis les pieds.

   Habitant le quartier, je m' arrête là. A chacun sa façon de ressusciter des circonstances qui, au fil du temps, ont quitté une mémoire plurielle pour entrer dans l' Histoire et, sans trop d' obstacles j' espère, dans les livres de 1ère.

 

 

(1) Le P.C., qui a acquis la fosse commune faisant face au Mur pour y enterrer ses dirigeants, a longtemps dominé, par ses bataillons militants, la commémoration de cette Révolution à sensibilités multiples (anarchiste, républicaine, démo-patriotique,etc.) 

(2) Depuis l' évocation de son centenaire (1971), la Commune ne fait plus l' objet de rassemblements  partisans.

(3) Eviter au passage  les ragots versaillais des livres  de l' acteur Lorànt Deutsch, et les récupérations démago de M.Guaino. On peut en revanche lire avantageusement, sur les usages politiques du passé, l' étude documentée de l' historien Eric Fournier : " La Commune n' est pas morte " (éd. Libertalia, 2013).

 

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Pour l' Alsace

Publié le par memoire-et-societe

   Je suis attaché à l' Alsace.Pas seulement pour ses sites ou ses monuments, pas seulement parce que mon épouse était alsacienne, mais pour l' abnégation avec laquelle les Alsaciens ont affronté en 75 ans trois guerres qui  ont écartelé cette malheureuse région.

   L' Alsace constitue l' un des motifs qui me rendent  résolument favorable à la coopération franco-allemande. Mon père, résistant, a pourtant  été déporté à l'épouvantable camp de Mauthausen. Ma belle-mère a changé quatre fois de nationalité : deux fois allemande, deux fois française. Elle lisait en allemand et parlait en dialecte. Française, elle ne l' est devenue qu' après sa scolarité puis à la fin de sa vie. Son fils aîné a été à 13 ans enrôlé dans la Jeunesse hitlérienne (HJ). De force naturellement.

   Durant l' occupation, l' instituteur allemand affecté à la nazification du village commandait deux oeufs et n' en consommait qu' un: l' autre, disait-il,était " pour le Führer ".
   140.000 Alsaciens et Mosellans ( les "Malgré nous") ont été versés d' office dans la Wehrmacht, puis expédiés sur le front de l' est. 40.000 d' entre eux sont morts. D'autres, prisonniers, ne sont sortis du camp russe de Tambov qu' en 1949. Les parents des déserteurs étaient  aussitôt envoyés au camp de concentration voisin du Struthof, dans les Vosges.

   Le 10 juin 1944, la Division SS " Das Reich" brûlait Oradour sur Glane (642 victimes civiles). Parmi les incendiaires, 13 Alsaciens, qui ont été jugés en 1953. L'un d' eux venait d' un village proche de celui de mon épouse. Ailleurs,un garçon, évadé, combattait dans les  Forces Françaises Libres, et son frère, incorporé, à Stalingrad.

   Peu de ralliés idéologiques au nazisme, émules de Charles Roos ( fusillé par les Français en février 1940 pour espionnage) en dépit de liens culturels anciens rattachant l' Alsace au monde germanique. Une poussée d' autonomisme en 1924,  quand le Cartel des Gauches entendait revenir, au nom de la loi de séparation de l' Eglise et de l'Etat, sur le statut concordataire dont jouit la région, ou 29 ans plus tard quand ont été mis en cause, au procès du génocide d' Oradour à Bordeaux, des "Malgré nous".

   L' instabilité juridico-identitaire, la phase, aujourd'hui révolue, d' a-linguisme où l' on s' accrochait au dialecte  parce qu' on ne savait parler correctement ni le français ni l' allemand, les périodes d' exode,avec les "protestataires" en 1871 et  les "évacués" en 1939, l' incompréhension ignorante  des " Français de l' intérieur" , une sorte de superpatriotisme qui semble vouloir excuser une espèce d' ambiguité, tout cela fait de l' Alsace , solide, généreuse, le creuset de la Réconciliation et  de la Paix du Continent. Et de Strasbourg, la vraie capitale de l' Europe , avant Bruxelles,  en voie de n'être  plus qu' une Babel anglophone et bureaucratique.   

 

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