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48 articles avec histoire

De l' Angleterre (1)

Publié le par memoire-et-societe

   Le Royaume Uni (U K) est- il en train de devenir fictif ? L' Irlande, sauf les 6 cantons de l' Ulster, est indépendante depuis 1949. Le Pays de Galles, rattaché à la couronne d' Angleterre au16ème siècle, possède désormais une Assemblée nationale siègeant dans sa capitale, Cardiff. Enfin, en Ecosse, troisième communauté celte de Grande Bretagne, les indépendantistes ont obtenu, en mai 2011, la majorité au Parlement régional, et le leader du pays, Alex Salmond, a promis un referendum sur l' indépendance en 2014 dont le résultat parait acquis.

   Reste l' Angleterre (53 millions d' habitants),d' essence anglo-saxonne, où se concentre la presque totalité des richesses des Iles britanniques. Mais si l' unité du royaume semble ainsi  fragilisée, le trône des Windsor, lui, reste solidement  arrimé. Le secret : dix siècles de co-existence  insulaire, mise à l' épreuve par la menace d' envahisseurs continentaux.

   Faut-il dès lors parler d' "invincibilité "? Rappelons qu' à l' origine les Normands de Guillaume le Conquérant  se sont emparés du pays à l' issue de la bataille d' Hastings (1066) et que la dynastie angevine des Plantagenêt  y a règné trois siècles. Par la suite, les velleïtés françaises d' invasion ont  tourné court, tant celle de Seignelay, fils de Colbert, en 1690, que celles de Phélypeaux de Pontchartrain, quinze ans plus tard, de Choiseul, le grand ennemi de William Pitt, et  de Claret de Fleurieu, alors ministre de la Marine de Louis XVI.

  Arrivé là, on se pose la question : Napoléon et  Hitler pouvaient-ils occuper l' Angleterre et , de leur point de vue, n' ont-ils pas commis une erreur en ne le faisant pas ?

   Napoléon n' a jamais cessé de caresser le projet, depuis 1798 où il a réuni à Boulogne les premiers moyens d' une attaque, à 1812 où, pressé par la coalition européenne, il y a renoncé. En 1801, 1804, 1805, 1808, il a élaboré des plans, rédigé des instructions, concentré des troupes, mobilisé des ports, rassemblé des bateaux. Son problème était qu' il n' avait pas, n' a jamais eu, une Marine militaire à la hauteur de son Armée de terre, ni non plus de la Royal Navy. Des amiraux peu motivés, restés souvent attachés à la monarchie, une logistique inadaptée au transfert de 70.000 hommes à travers la Manche, des équipages improvisés et  indisciplinés. Napoléon ne tarde pas en fait  à comprendre que son ambition est, dans ces conditions, peu réalisable. Il transforme alors, sans l' avouer, son dessein guerrier en stratégie politique. Il sait que les contraintes coûteuses de  la police permanente des mers étouffe l' économie anglaise et  ruine ses finances. A défaut d' envahir, il va laisser  planer une menace qui oblige l' ennemi à ne pas baisser la garde et  à s' user dans l' attente d' une éventuelle agression. La retraite de Russie et  le "chancre espagnol" finissent par éloigner de  l' esprit de l'Empereur l' image vaincue de ces îles noyées dans les brumes nordiques...

   Quand ses plus belles troupes, celles qui ont été ensuite décimées à Stalingrad, ont débouché sur les plages de Dunkerque, soutenues  par une aviation encore maîtresse du ciel et  des sous-marins performants, Hitler, en hésitant à franchir le Rubicon local, a perdu sa meilleure occasion de faire plier le genou à l' Angleterre. Le Führer, et avec lui  l' amiral  Raeder, redoutaient d' abord l' échec du transbordement de 250.000 hommes sur des barges à fond  plat, faiblement motorisées et offertes aux canons ennemis. En outre, le chef  nazi qui , dans son obsession raciste, voyait dans les Anglais des cousins aryens, cherchait à négocier avec les partisans de l' "apaisement" (Halifax, Chamberlain) un compromis selon lequel Londres garderait les mains libres dans l' Empire, et Berlin se satisferait de la gouvernance de l' Europe continentale. Mais Churchill vint couper court à ces palabres d' épiciers.

   Faute d' entente, Hitler change alors d' épaule et recourt à la manière forte: commence le "Blitzfrieg", destiné à terroriser les civils, et la préparation d'un  débarquement. De Dunkerque à Cherbourg, la Wehrmacht  fourbit ses armes en vue de l' opération "Lion de mer", ciblée sur l' axe  Portsmouth-Brighton. Acharnée, la Royal Air Force contrarie l' activité de Luftwaffe, d' autant que la recherche du compromis a  laissé un répit à la R.A.F pour mieux  s' organiser. La bataille aérienne se prolonge, l' automne et  ses grandes marées se profilent. Le 17 septembre, l' expédition est renvoyée au printemps 1941.

   Comme Napoléon, Hitler se résigne à spéculer sur l' asphyxie économique de l' adversaire, et la lassitude de son opinion publique. En juin 1941, l' Allemagne attaque...mais l' Union Soviétique. D' un débarquement sur les côtes anglaises, on continue, bien sûr, de parler. L' amiral Dönitz, successeur de Raeder, énumère des dates, sélectionne les lieux propices...Début 1944, Londres reçoit, du Pas-de-Calais et de Belgique,  les premiers V2, bombes aveugles, sans pilote. Mais ce sont les Alliés qui, en juin, débarquent en Normandie.

   Autant de faits qui peuvent sans doute contribuer à exliquer l' euroscepticisme  têtu d' outre-manche. Isolée par  la géographie et  par l' histoire, l' Angleterre ne croit profondément qu' en elle-même. ( à suivre )

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Topographie d' un anniversaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le 18 mars 2013 s' annonce un jour ordinaire.Sauf, quoiqu' il en soit, pour les amateurs d' Histoire, puisque ce sera le 142ème anniversaire de la Commune de Paris. Celle-ci a duré 71 jours, pour s' achever par la "Semaine sanglante" et le massacre des derniers insurgés au fond du cimetière du Père Lachaise.

   La Commune occupait  trois lignes dans mon livre de 1ère (le sujet a connu depuis des hauts et des bas) et  était confusément  associée à la présence des Prussiens qui encerclaient Paris. L' Ecole républicaine mentait  puisque l' un des motifs de l' insurrection de 1871, ainsi que l' a illustré  le ralliement patriotique du colonel Rossel, était l'insuffisance de la résistance du gouvernement dit de "Défense nationale" et  le désir du peuple, après des mois de blocus et de famine,de poursuivre la lutte contre l' envahisseur : c' est parce qu'ils interdisaient aux gardes nationaux  l' accès aux canons non utilisés que les généraux Lecomte et Thomas ont été  fusillés comme traitres dès le 18 mars.

   Je ne me suis donc jamais contenté de la version officielle. Vallès, Lissagaray, Vuillaume, ont laissé assez de récits incontestables. Etudiant, je montais fin mai, avec des cents et des mille, perdu dans la foule des drapeaux, au "Mur" (1), but annuel du pélerinage à la mémoire des 30.000 fédérés (chiffre régulièrement admis) victimes de cette guerre de classe d' une violence inédite (2).

   Je ne m' en tenais pas là.Je m' étais aussi traçé un parcours-souvenir de la rébellion qui m' entrainait sur des lieux marquants de son déroulement. Chemin de randonnée qui ne figure dans aucun Guide historique et polyglotte, mais  évoque  des barricades, des incendies, des exécutions, bref  les retombées de la haine et de la peur d' un Paris qu' on n'enseigne pas aux touristes.

   C' est à l' emplacement de l' actuelle basilique du Sacré-Coeur (3) qu' a achevé d' expirer  Eugène Varlin, qui avait précisément  tenté d' arracher à la foule  Lecomte et Thomas. Varlin incarnait l' une des plus nobles figures du mouvement ouvrier. Eviscèré, énucléé, démembré, la troupe est allé jeter ses restes dans une fosse du Père Lachaise. J' y songe quand je vois des multitudes insouciantes grimper au sommet de la colline, couronnée désormais d' une pieuse et pâle patisserie architecturale grâce aux  soins d' autorités attachées à faire oublier les    évènements qui ne flattent pas.

   En redescendant  Montmartre vers la gauche, on approche des vieux faubourgs, Saint-Martin et Saint-Denis, intégrés désormais au Xème arrondissement. De nombreux immigrés, des logements vétustes, de séculaires théâtres, d' assez misérables boutiques, et  la Mairie, rue du Château d' eau, tout près de la Bourse du travail. Une haute barricade se dressait  à l' angle de la rue du Faubourg Saint-Martin : c' était sur celle-la qu' avait choisi de se hisser le député Charles Delescluze, 62 ans, pour s' offrir aux balles versaillaises.

   Plus bas encore vers le centre, au bout de la rue du Temple, l' Hôtel de Ville : les Communards ont, le 24 mai, réduit en cendres ce palais renaissance, abri favori, selon eux, des tripotages et  des trahisons. N' a subsisté, trois ans durant, que " l' effroyable et admirable ruine" dont les lecteurs du Figaro réclamaient le maintien comme " témoignage édifiant de barbarie". On l' a reconstruit peu après, à l' identique.

   Sacrifiant l' héroïque Butte aux Cailles, cap à l' ouest, à l' extrème de la Ville, Porte du Point-du-Jour, endroit anodin, malgré son actuel " Centre d' animation Paris Jeunes". Le 21 mai, le lieu, voisin de la Seine et déserté (volontairement?), a permis à un espion d' y introduire les soldats versaillais. On imagine ceux-ci se glissant au petit matin le long des maisons endormies, vers la Porte Saint-Cloud, puis se répandant peu à peu dans les rues des Beaux Quartiers, sous les applaudissements, depuis leurs balcons, des élégants que ces Ruraux venaient "sauver". La Semaine sanglante commençait, promettant au général-marquis de Galliffet la victoire sur les ouvriers qu'il n'avait pu remporter face aux Prussiens.

   Le combat ramène sur le versant sud de Montmartre, après un crochet place Vendôme pour imaginer les débris de la Colonne vouée à l' Empereur, mise à  bas sur ordre de Gustave Courbet et  reconstruite en 1873 à sa charge. Nous sommes parvenus dans le quartier de la " Nouvelle Athènes", place Saint-Georges, devant la " Fondation Dosne-bibliothèque Thiers " où résidait le " bourreau de la Commune ". Les insurgés ont tout brûlé le 25 mai, et  sa belle-soeur a tout  restauré l' année suivante, aux frais du contribuable. Thiers n'y a cependant  jamais remis les pieds.

   Habitant le quartier, je m' arrête là. A chacun sa façon de ressusciter des circonstances qui, au fil du temps, ont quitté une mémoire plurielle pour entrer dans l' Histoire et, sans trop d' obstacles j' espère, dans les livres de 1ère.

 

 

(1) Le P.C., qui a acquis la fosse commune faisant face au Mur pour y enterrer ses dirigeants, a longtemps dominé, par ses bataillons militants, la commémoration de cette Révolution à sensibilités multiples (anarchiste, républicaine, démo-patriotique,etc.) 

(2) Depuis l' évocation de son centenaire (1971), la Commune ne fait plus l' objet de rassemblements  partisans.

(3) Eviter au passage  les ragots versaillais des livres  de l' acteur Lorànt Deutsch, et les récupérations démago de M.Guaino. On peut en revanche lire avantageusement, sur les usages politiques du passé, l' étude documentée de l' historien Eric Fournier : " La Commune n' est pas morte " (éd. Libertalia, 2013).

 

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Pour l' Alsace

Publié le par memoire-et-societe

   Je suis attaché à l' Alsace.Pas seulement pour ses sites ou ses monuments, pas seulement parce que mon épouse était alsacienne, mais pour l' abnégation avec laquelle les Alsaciens ont affronté en 75 ans trois guerres qui  ont écartelé cette malheureuse région.

   L' Alsace constitue l' un des motifs qui me rendent  résolument favorable à la coopération franco-allemande. Mon père, résistant, a pourtant  été déporté à l'épouvantable camp de Mauthausen. Ma belle-mère a changé quatre fois de nationalité : deux fois allemande, deux fois française. Elle lisait en allemand et parlait en dialecte. Française, elle ne l' est devenue qu' après sa scolarité puis à la fin de sa vie. Son fils aîné a été à 13 ans enrôlé dans la Jeunesse hitlérienne (HJ). De force naturellement.

   Durant l' occupation, l' instituteur allemand affecté à la nazification du village commandait deux oeufs et n' en consommait qu' un: l' autre, disait-il,était " pour le Führer ".
   140.000 Alsaciens et Mosellans ( les "Malgré nous") ont été versés d' office dans la Wehrmacht, puis expédiés sur le front de l' est. 40.000 d' entre eux sont morts. D'autres, prisonniers, ne sont sortis du camp russe de Tambov qu' en 1949. Les parents des déserteurs étaient  aussitôt envoyés au camp de concentration voisin du Struthof, dans les Vosges.

   Le 10 juin 1944, la Division SS " Das Reich" brûlait Oradour sur Glane (642 victimes civiles). Parmi les incendiaires, 13 Alsaciens, qui ont été jugés en 1953. L'un d' eux venait d' un village proche de celui de mon épouse. Ailleurs,un garçon, évadé, combattait dans les  Forces Françaises Libres, et son frère, incorporé, à Stalingrad.

   Peu de ralliés idéologiques au nazisme, émules de Charles Roos ( fusillé par les Français en février 1940 pour espionnage) en dépit de liens culturels anciens rattachant l' Alsace au monde germanique. Une poussée d' autonomisme en 1924,  quand le Cartel des Gauches entendait revenir, au nom de la loi de séparation de l' Eglise et de l'Etat, sur le statut concordataire dont jouit la région, ou 29 ans plus tard quand ont été mis en cause, au procès du génocide d' Oradour à Bordeaux, des "Malgré nous".

   L' instabilité juridico-identitaire, la phase, aujourd'hui révolue, d' a-linguisme où l' on s' accrochait au dialecte  parce qu' on ne savait parler correctement ni le français ni l' allemand, les périodes d' exode,avec les "protestataires" en 1871 et  les "évacués" en 1939, l' incompréhension ignorante  des " Français de l' intérieur" , une sorte de superpatriotisme qui semble vouloir excuser une espèce d' ambiguité, tout cela fait de l' Alsace , solide, généreuse, le creuset de la Réconciliation et  de la Paix du Continent. Et de Strasbourg, la vraie capitale de l' Europe , avant Bruxelles,  en voie de n'être  plus qu' une Babel anglophone et bureaucratique.   

 

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L' affaire de Sakiet sidi Youssef

Publié le par memoire-et-societe

   Début février 1958, six soldats français du contingent, prisonniers du FLN algérien, étaient exécutés dans le Constantinois. Les auteurs de ce massacre ayant franchi le barrage électrifié( dénommé "Ligne Morice") s' étaient réfugiés en territoire tunisien par un tunnel débouchant dans les bâtiments de la douane du village de Sakiet sidi Youssef. Le samedi 9 février au matin, l' aviation française répliquait en bombardant l' agglomération.
   Travaillant alors à Radio-Tunis, j' ai été le premier journaliste européen arrivé sur place. La bourgade d' environ 1.500 habitants était groupée autour d' une artère principale est-ouest. Détruite, presque rasée, l' extrémité ouest englobait  la fameuse douane, les casernements de la Garde nationale et un local de la Croix Rouge destiné aux réfugiés algériens.
   Muni de mes premières informations, je téléphonais un "papier" à l' intention de l'émission "Paris Vous Parle" en relatant, sans un mot de commentaire, ce que j' avais constaté de visu. Mais dans la nuit un communiqué émanant du général Salan, commandant en chef en Algérie, démentait totalement l' opération et, du coup, mes propos. Aussitôt  trois députés "Algérie française"  interpellaient le gouvernement sur l' attitude du correspondant de la Radio nationale qui avait "trahi", et exigeaient ma tête.
   Les évènements, en se compliquant rapidement, sont venus à mon secours. Journalistes étrangers, diplomates, observateurs divers  affluaient et, en témoignant, confirmaient mes dires point par point. La Tunisie déposait plainte auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour atteinte à sa souveraineté. L' affaire s' internationalisait. Un négociateur américain, Murphy, était désigné pour dénouer la crise qui venait de s'ouvrir  et , au-delà, chercher une issue au grave conflit d' Algérie. Je n' ai pas été licencié.

   Quelques semaines plus tard éclatait à Alger l' insurrection du 13 mai,fomentée avec l' appui de l' Armée. Le général Salan se ralliait au général de Gaulle. La IVème République s' effondrait, jetant aux oubliettes les six soldats assassinés et  les 57 victimes du bombardement de Sakiet.

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Retournement d' un retournement

Publié le par memoire-et-societe

   En 1956, l' insurrection algérienne, vieille de presque 2 ans, avait fait  tâche d' huile avec le soutien affiché du leader égyptien Gamal Abdel Nasser, lui même allié de Moscou. Le Q.G. des "rebelles", selon la formulation de l' époque, était installé au Caire d'où partaient les caravanes d' armes destinées au FLN.
   A Paris, sous le gouvernement socialiste de Guy Mollet, les nombreux partisans de l' Algérie française et les pro-sionistes faisaient campagne en faveur d' une intervention sur le canal de Suez, que Nasser venait de nationaliser. Le projet s' efforçait d'

 associer le Royaume Uni, toujours chatouilleux quant aux approvisionnements en pétrole et  à son accès à l' océan indien.

   Une expédition franco-britannique ( plan Mousquetaire) du meilleur style colonial est donc montée en novembre 1956 en direction de Port Saïd, entrée du Canal, alors que de son côté Israël se lançait dans la guerre du SinaÏ derrière  Ben Gourion. Si, en quelques jours, Tsahal avait atteint ses objectifs, les Européens, eux, enregistraient un retentissant  fiasco politique avec l' ultimatum américano-soviétique exigeant l' arrêt immédiat de l' opération. Moment-clé. Tout basculait soudain, les cartes étaient  redistribuées au Moyen Orient où l' angélisme des USA  venait remplacer les turpitudes des vieux empires coloniaux. Ce malheureux baroud amorçait  en outre l' agonie de l' Algérie française. Les lendemains du 13 mai 1958 étaient déjà contenus dans l' échec de Port-Saîd.

   Assiste-t-on aujourd'hui à une sorte de retournement du retournement d'il y a 55 ans? Avec la  guerre d' Irak et  son appui inconditionnel à Israël, l' autorité de Washington, dont il ne faut pas pour autant négliger les moyens de pression sur les pays islamiques, est affaiblie. Ce sont maintenant les anciens parias  français et  anglais qui, forts de leur expérience, jouent parfois les intermédiaires entre des leaders du printemps arabe et  un Département d' Etat  dépassé par la rapidité du changement  puis, il est vrai, moins polarisé sur la région. C' est en partie juste pour la Libye où s' est  tant agité Sarkozy , mais aussi pour ce qui concerne le Maghreb et  le Sahara.

   Ainsi le précepte selon lequel la Nature a horreur du vide se vérifie-t-il. Le monde arabe se cherche un interlocuteur occidental, et on n' est plus en 1956...

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L' Europe, c'est le continent

Publié le par memoire-et-societe

   " Europe! Europe! Europe!" ironisait le Général. Question pourtant déterminante pour l' avenir français (cf. blogs des 30 octobre,22 novembre, 16 décembre 2011 et 9 janvier, 6 mars, 28 septembre 2012). Depuis que Pompidou, en contradiction avec de Gaulle,et croyant  faire contrepoids à l' Allemagne non encore réunifiée, a introduit (1973) la Grande Bretagne dans la Communauté, l' Europe n' a connu, de la part des Britanniques, qu' embûches, atermoiements, critiques, objections et obstruction. Il n' est à cet égard qu' à interroger ceux qui, depuis 40 ans, travaillent avec les représentants du Royaume et y accumulent les dépressions.

   Or voici que le Premier Ministre Cameron annonce qu' il va proposer à  ses concitoyens en 2017 (rien,pour l'instant, ne semble urgent) un referendum pour savoir si, oui ou non, ceux-ci daignent demeurer parmi nous. Il s' agit, bien entendu, d' un assez  vulgaire chantage, car chacun sait  qu' en réalité la Grande Bretagne, et plus particulièrement l' Angleterre, n' abandonneront jamais leur siège à Bruxelles. Cela pour deux raisons parfaitement claires:

   - l' organisation européenne actuelle adhère aux choix de l' économie libéralo-conservatrice britannique, dont l' objectif est notamment de pérenniser l' existence d' une zone de libre-échange englobant les marchés du continent voisin, sur lesquels et  lequel  la Couronne n' a jamais tout à fait renoncé à exercer une sorte d' "indirect rule".

   - la pression de Washington qui apprécie à sa juste valeur l' avantage qu' il y a à compter un allié inconditionnel dans la place, et n' hésite pas, pour l' occasion, à en appeler à la solidarité anglo-saxonne.

   La menace d' un retrait n' impressionne donc que les naïfs. Coup de bluff  médiatisé et démago, qui n' a pour but que de préparer de nouvelles exigences et  de réclamer des dérogations supplémentaires. Le fameux  euroscepticisme d' outre-manche est en fait à géomètrie variable: il suit la courbe des concessions, traduites de préférence en monnaie sonnante et trébuchante, que, à l' instar de Mme Thatcher, " le Premier" parvient à arracher, au comble de son "sentiment pro- européen". Bref, tout cela a aussi une odeur électorale. C'est  pourquoi l' angloscepticisme ne doit pas non plus faire peur.

   Rejetant toute mesure de tonalité  fédérale (Euro, Défense commune, Espace Schengen), bénéficiant d' une contribution financière privilègiée et  injustifiée, Londres feint maintenant de vouloir quitter un terrain que, répétons-le, le Royaume n' est, de toute façon, pas décidé à déserter: ceux qui jubilaient en silence à l' idée de voir enfin déménager  ces squatters communautaires devront déchanter.

   Evidemment, le propos cameronien est au passage un bras d' honneur à cette  Françallemagne qui pourrit depuis si longtemps les nuits de Downing street, et  fête sans pudeur des noces d'or. L' affront  mériterait réponse: quel responsable essaiera-t-il  d' expliquer à Mr. Cameron qu' il fait une  confusion ? que l' Europe est d' abord une entité continentale qui s' efforce de  devenir "une et indivisible" pour permettre à ses peuples de faire face à la redistribution mondiale des cartes, et, après tant d' épreuves, de vivre en paix?

 

 

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Afrique: la totale

Publié le par memoire-et-societe

   Ce que nous présagions ( blogs du 12 octobre, " La France saharaïsée", et du 30 décembre 2012, " Répartition"), s' est produit : la France s' est engagée dans une nouvelle guerre en Afrique, après avoir pressé le Conseil de Sécurité de donner son feu vert ( résolution 2085).

   Si l' on en est arrivé là, la véritable responsabilité, plus qu' à Hollande,en incombe à Sarkozy et à ses mauvais génies: l' auteur du "Discours de Dakar", Guaino, qui soutenait que " l' homme africain n' est pas encore entré dans l Histoire" (désormais il est servi), et B.H.Lévy, mû d'abord, comme il l' a déclaré en Israël, par le souci constant de la sécurité de l' Etat  sioniste. Ces hommes ont été les fossoyeurs de la politique française dans le monde arabe et en Afrique de l' ouest.

   Le duo Sarkozy-Lévy notamment a pris avec soin le contre-pied de toutes les orientations suivies en la matière depuis le général de Gaulle, orientations que même  Mitterrand, ancien ministre de la France d' outre-mer, avait eu la prudence de ne pas toucher. Faute d' avoir pu impliquer la France en Irak, Sarkozy, à peine élu, s' est livré à une surenchère pro-américaine ridicule (séjour près du lieu de vacances de Bush jr.) et à un zèle anti-islamique qui l' a amené en Libye à outrepasser le mandat de l' ONU et  à pousser ainsi les Russes, inquiets, à défendre Assad en Syrie. Clairement, l' annexion du Nord Mali  par les fondamentalistes est la suite des inconséquence de l' ancien président français.

   Notre  diplomatie a de la sorte réussi un prodige: se mettre des pays musulmans à dos  sans obtenir une once de confiance de Washington, qui continue de fulminer contre, disait l' ancien secrétaire à la Défense  Rumsfeld, "ces cons de Français". C'est donc une France  isolée qui court aujourd'hui partout, de la Côte d' Ivoire à la Centrafrique et de Djibouti à Tombouctou, pour essayer de limiter les dégats.
   Les Anglais, allié européen, la soutiennent comme la corde soutient le pendu: l' " esprit de Fachoda"(1898) ne les a jamais quittés. L' Otan, sous la coupe des Américains, ne marchande pas son appui...moral. L' Algérie joue un jeu ambigu, autorise des avions  français à survoler le pays, et laisse,comme le Pakistan avec les talibans, des djihadistes dont certains proviennent de l' ex GIA, se servir de ses confins du sud  comme bases de départ ou de repli. Paris enfin ne peut trop spéculer sur l' introuvable "force africaine" dont les différents contingents n' en finissent pas d' arriver, peu pressés de se positionner aux côtés d' une armée malienne misérable, et sans le dire, de s' associer à ce qui ressemble à une opération coloniale. En face, des Touaregs indépendantistes, aguerris par des années de rébellion au Sahara et de combat en Libye, et les groupes de fanatiques salafistes de l' AQMI, du MUJAO et de l' ANSAR EDDINE.

   On a pu se demander un instant si l' Elysée n' exagérait pas volontairement le danger .Mais qu' allait pouvoir une colonne de 1800 "terroristes" grimpés sur des pick up dès qu'interviendraient des "Rafales" et des hélicoptères d' assaut? La résistance et l' armement (fusées, canons anti-chars,missiles sol air) des forces islamistes démontrent que leurs moyens ne sont pas négligeables ni leur combativité à sous-estimer.

   L' ancien tropisme néo-colonialiste a fait place à un souci géo-politique, tel est le discours officiel. Pour autant, les intérêts strsictement français ne sont pas, et c' est normal, passés à la trappe.Voilà que ressurgit  le sort de nos compatriotes ex patriés .Ils seraient 6.000, parait-il,dont une moitié de franco-maliens ayant une idée très approximative de leur patrie d' Europe. Décidément, cette histoire de double nationalité devient un casse- tête pour les gouvernements " métropolitains". Il faudrait donc aller guerroyer aux quatre coins du monde sous prétexte de protèger tout détenteur local d' un passeport français! Plus convaincante est l' existence de ressources régionales comme l' uranium,le pétrole et l' eau souterraine. S' en détourner vertueusement n' aboutirait qu ' à encourager d' autres  " investisseurs"  à confier à la France le soin de maintenir l' ordre dans les grottes et les déserts tandis qu'eux se chargeraient de "mettre en valeur" les richesses secrètes du fabuleux continent.

   En somme, aux Français l' usage du bâton suivi d' un "french basting" bien pesé  pour incurable colonialisme,aux impérialismes voisins les hommages d'un développement humaniste, plus la clé du tiroir-caisse.
   Hollande a martialement endossé une crise dont il n' est pas la source. A lui de dire où il veut aller dans un domaine ultrasensible .Notre pays n' a vocation ni à devenir le gendarme de son ancien Empire, ni à servir de paillasson à des concurrents de mauvaise foi. Au contraire, son rôle est d' oeuvrer à l' éclosion d' un printemps africain à l' abri des fanatiques et des exploiteurs.On aimerait l' entendre dire, car cette intervention solitaire sur le terrain ne pourra se prolonger sans que ceux qui applaudissent de loin ne se mettent à dénoncer une opération de reconquête sous étendard socialiste.

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Noël: la réalité historique comme cadeau aux enfants

Publié le par memoire-et-societe

   L' Histoire descriptive enseigne que la France a été saignée à blanc à Charleroi, Verdun et Craonne, abandonnant derrière elle un million et demi de morts,un peuple de gueules cassées, de gazés, de jeunes veuves, de pupilles de la Nation, des régions entièrement  sinistrées  et un franc dévalué. Puis que, péniblement revenue à elle, elle s' est trouvée expulsée du cercle des grandes puissances par la débâcle de 1940 .Qu' en 1962 à Evian, la " métropole" a consacré la fin de l' Empire et l' Empire congédié une "métropole" plus soucieuse de bombe atomique et de relation franco-allemande que de rapport avec ses anciennes et lointaines possessions. Quelques impérialistes attardés tentaient encore de freiner la mutation, alors que s' amorçait l' immigration de masse des ex-colonisés nécessaires aux  " Trente glorieuses".

   Dans le jeu de bascule que fut l' entre-deux-guerres, le pays, à moitié exsangue, s' efforçait de faciliter la digestion de  sa laborieuse victoire à coups de pactes et de traités sans lendemain.  Pendant ce temps, l' Allemagne, ruinée et amère, ruminait sa revanche contre " le coup de poignard dans le dos" attribué au bolchévisme et contre une France, selon ses nouveaux maîtres, " livrée aux Juifs et aux Nègres".

   Ce résumé factuel relativise  l' appréhension d'une vérité méritant d' être complètée par des données souvent occultées et

ayant  pesé lourd en cette période : l'impact de la révolution russe de 1917, le poids de l' URSS sur la scène internationale à partir des années 20, le rôle en France de la branche locale ( le PCF) du mouvement communiste mondial (le Komintern). Autant d' éléments qui justifient de porter davantage  attention à des réalités maintenues aujourd' hui encore dans une certaine pénombre  comme l'influence concrète  exercée, sur la politique intérieure, par le parti communiste  jusqu'aux premières années de la " guerre froide ". 

   Ainsi, vers les années 27-28, le P.C prônait-il la stratégie dite "classe contre classe", qui excluait toute alliance avec la social-démocratie, accusée de collusion avec le capitalisme. Tactique qui  contribua à l'échec du Cartel des Gauches quand une fraction de la droite louchait  en direction du fascisme mussolinien et que l' ombre d' Hitler planait outre-Rhin. Puis, soudain conscient de la menace pour sa sécurité que pouvait représenter le nazisme, le Kremlin, et avec lui le Komintern, aligné, au nom de l'internationalisme prolétarien et de la " défense de la Patrie socialiste"  (l'URSS), sur les positions de la diplomatie soviétique, désignait le fascisme comme ennemi absolu, et  amorçait  au bénéfice des socialistes en titre  un pas qui a abouti deux ans plus tard au succès du Front populaire.

   Du côté de Moscou et du  PCF, les Accords de Munich (1938) ont été néanmoins perçus comme une alliance de Paris et de Londres avec l' Axe Berlin-Rome,  incitant  l' URSS, soucieuse d' éviter l' isolement, à pactiser avec Hitler. La méfiance soviétique n' était sans doute pas infondée puisque le Reich a quand même envahi la Russie. Cette mondialisation de la guerre ne pouvait laisser les USA indifférents: la coalition se nouait alors  entre Staline et les puissances occidentales. Le Komintern était dissous. Le PCF ralliait officiellement  la Résistance. Les Soviétiques endossaient l' essentiel  du conflit en termes de sacrifices humains (23 millions de morts). Pour autant, les Occidentaux entendaient liquider Hitler sans cèder un pouce de terrain au communisme. Le partage de Yalta, début 1945, était déjà gros d'une longue crise est-ouest...

   La connaissance d' un tel  "back ground", brossé à grands traits et déjà  familier aux  observateurs, s' avère, on le constate fréquemment, indispensable à l' édification de nos descendants. Offrons la leur en ces temps de Noël. Même quand elle risque de s' écarter un peu du contenu de leur livre de classe.

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Les Marx sisters

Publié le par memoire-et-societe

   Quel que soit le jugement qu'on porte sur sa doctrine, nul ne saurait ignorer la place prise par la pensée de Karl  Marx dans le monde moderne. On sait moins que le philosophe a eu trois filles d' âge adulte qui, elles aussi, ont marqué leur époque.

   L'ainée, Jenny, née en 1844 quand Marx était en exil à Paris, dite Jennychen pour la distinguer de sa mère, Jenny von Westphalen, a épousé, au lendemain de la Commune de 1871, le journaliste proudhonien (anarchisant) Charles Longuet réfugié à Londres, avec qui elle a eu six enfants. Une union qui n'enthousiasmait pas Marx, peu francophile ( les Français venaient de l' expulser) et surtout très hostile aux utopies de  Proud'hon. Nullement découragée par la demi désapprobation paternelle, Jenny s'est engagée, notamment  en faveur de l' indépendance irlandaise, sous le nom de plume de J. Williams.Epuisée par les tâches militantes et familiales, Jenny est morte relativement jeune (38 ans), ayant  contribué à amener le gouvernement Gladstone à modifier sa politique en Irlande.

   Laura, sa cadette d' un an, née à Bruxelles, a épousé elle aussi un Français, le docteur Paul Lafargue. Au moins celui-ci était-il acquis aux thèses de son beau- père, et un peu juif du côté maternel. Lafargue a d' ailleurs été,avec Guesde, l' initiateur au marxisme du mouvement ouvrier français, tandis que son épouse traduisait le "Manifeste du Parti Communiste" à l' intention des premiers adeptes du " socialisme scientifique". Les Lafargue, sans enfant,  militaient aussi pour le "Droit de mourir dans la dignité", cause impensable dans la France-fille-aînée-de- l' Eglise". Ils ont  prêché l' exemple en se suicidant à domicile, rentrant du théâtre un soir de 1911. Laura avait 66 ans.

   La benjamine, Eleanor, née quant à elle en 1855 à Londres, a été essayiste politique. Particulièrement brillante,  polyglotte,oratrice de talent, elle accompagnait son père dans les conférences socialistes internationales.Survint, comme à l' habitude,pourrait-on dire, un journaliste français en exil, historien de la Commune, Prosper-Olivier Lissagaray. Il a 34 ans, Eleanor 17. Cette fois, Karl s' oppose ouvertement au mariage. Le couple tient jusqu'en 1882 .Eleanor s'implique de plus en plus dans les grèves ouvrières et les luttes féminines. Elle y rencontre Edward Aveling, avec qui elle commence à vivre jusqu'à ce que ce dernier la trahisse. A 43 ans, Eleanor se suicide par chagrin d' amour.

   Au-delà des  péripéties se rapportant à chacune d'elles, on retient aujourd'hui  le rôle que ces femmes d' influence ont joué en leur temps,  grâce à  l' énergie qu' elles ont déployée contre les multiples formes de l' aiénation humaine.

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Tito est mort cette nuit

Publié le par memoire-et-societe

   Belgrade,  en janvier 1980: à l' hôtel, de faux clients feignaient toute la journée de lire dans le hall. Le soir, la même blonde prenait place sur un haut  tabouret du bar. On pouvait règler en dollars, en marks ou en francs suisses. Les journaux étrangers, dans la boutique de souvenirs, avaient du retard  parce que la censure était  débordée. Le réceptionniste, Nikita, avait vécu à Paris et acceptait les pourboires en francs français.
   Le samedi, un pianiste âgé jouait des fox-trot et des valses de Vienne dans la vaste salle à manger presque déserte. L' hiver sautait d'un crépuscule à l'autre, poussant aux plus brouillonnes nostalgies. Un courant d'air, en vacances de Sibérie, vidait des rues blafardes, neutralisées, d'où étaient balayés même les rails du tramway d' un  autre siècle.

   Chaque matin, les "correspondants" se retrouvaient au Centre International de Presse devant le panneau de polystyrène sur lequel, à midi pile, était punaisé le communiqué du Collectif médical. Un groupe éphémère se formait avant de se diriger vers les téléphones. Les Japonais filmaient le texte pendant dix minutes. Le gros Pierre Salinger machouillait son cigare, résigné. L' état présidentiel demeurait obstinément "stationnaire".

   On se concertait alors  sur l' exégèse des formules aseptisées du bulletin. La vulgate médicale se mêlait au décryptage de la langue de bois et aux "fuites" incontrôlables. La jambe du grand homme faisait l' objet  d' innombrables spéculations, puis l' ensemble du corps le plus décoré au monde (du sternum à l' aisselle et de la clavicule au ceinturon) était l' occasion d' une téléauscultation immatérielle.

   Après la publication du Communiqué, le salon rococo de l' hôtel servait le dimanche de lieu de rendez-vous aux héros à la casse. On ne soupçonnait pas l' intrépide dynamitéro sous le vieillard agité par un léger Parkinson Ni des chefs de francs-tireurs, des organisateurs d'insurrection, d' ex agit-prop du Komintern et d' intraitables commissaires politiques parmi ces retraités échangeant leurs avis sur le diabète et le cholestérol.

   A l'abri d'un pilier, venait régulièrement s' asseoir un couple anodin. Lui, oreilles appareillées, avait été le patron de la Sécurité de la République Fédérale, l' exécuteur de toutes les purges, liquidations, répressions de masse des oustachis, des staliniens, des tchetchniks, des slovènes pro-hitlériens, des conspirateurs macédoniens ou de leurs comparses albanais et musulmans. Ruthènes, Valaques, Tziganes, Bulgares, tous avaient tremblé. On saluait avec déférence ce monsieur au cheveu rare sirotant sa crème de cacao.

   Puis l' amputation du président-à-vie a relancé un moment un intérêt faiblissant. Un si long guet ! Il y avait belle lurette que Salinger et son studio mobile prêt à affronter la guerre est-ouest  avaient plié bagage. Ce n'était pas pour cette fois-la. Trois mois d' attente ! Devant la mauvaise volonté des chars soviétiques et la décourageante réussite de l' opération chirurgicale , il fallait se rendre à l' évidence : on n' aurait pas les gratifiantes images du soulèvement de Prague douze ans auparavant. Retour à Paris.

   Quelques jours plus tard, dans  l' avion Paris-Mexico du petit matin :

   - Un journal, monsieur ? a proposé l' hôtesse de l' air mal réveillée.

   Le gros titre paraissait ne pas avoir eu le temps de sècher : " Le maréchal Tito, président de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie, est mort cette nuit ."

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