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litterature

L'AMI BIRAGO DIOP

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sur la scène du Théâtre National Daniel-Sorano du Sénégal, on joue Birago Diop comme on joue Molière sur celle de la Comédie française, c' est à dire comme un auteur relevant d'un patrimoine collectif.

Birago Diop, que je me flatte d'avoir eu comme ami, était né en 1906 à Ouakam, dans la banlieue de Dakar. C' était un homme d' une grande simplicité, direct et fraternel, que son destin "historique" ne semblait guère soucier.

L' Administration coloniale veillait, à l' époque de son enfance, à orienter les meilleurs élèves africains vers des études comme celles de vétérinaire, pour les éloigner des Lettres et du Droit, susceptibles de les pousser à la mise en cause de la colonisation. Birago a donc été élève de l' Ecole vétérinaire de Toulouse et s' y est marié. Une vie toute tracée paraissait s' offrir à lui.

Mais en 1934, le jeune Diop rencontre Senghor, actif  leader de la Négritude et animateur du journal " L'Etudiant noir". Tous deux étaient faits de la même pâte humaniste: Birago publie là ses premiers poèmes, avant d' entamer une carrière professionnelle qui le mène dans plusieurs territoires de l' ouest africain.

C' est à cette occasion qu'il se met à recueillir avec soin contes et fables des griots, bientôt réunis en un recueil à succès : "Les contes d' Amadou Koumba", et qu'il rédige la plaquette "Lueurs", où l' on retrouve "Souffles", texte anticolonial déjà paru dans "L'Etudiant noir."

A l' avènement de l' Indépendance, Senghor le nomme ambassadeur en Tunisie, poste qu' il occupe trois ans. De retour à Dakar, il y ouvre une clinique, mais le gôut de l' écriture ne l' a pas quitté. Le conteur devient dramaturge avec la tragi-comédie "L' os de Mort Lam" qui, mise en scène par Peter Brook, rencontre un succès populaire international.

Dans la dernière phase de son passage sur terre, et jusqu'à sa mort en 1989, Birago Diop se fait, avec "La Plume raboutée", le mémorialiste de son propre parcours.
Son oeuvre, pionnière de la littérature noire francophone post coloniale, a évidemment suscité bon nombre d' analyses et de commentaires de sympathie admirative.

Je ne citerai que ce passage éclairant du critique haïtien Roger Dorsinville à propos du villageois de Mor Lam, histoire d' un homme trahi puis enterré vivant par la faute de son égoïsme:

"Il y a lieu de féliciter l' auteur pour l' exemplaire fidélité à la culture traditionnelle qui est la marque de son génie. Il est remarquable que (...) voulant redresser, il n' ait pas entrepris de prêcher en chrétien ou en scientifique, mais ait choisi, à l' africaine, d' approfondir, sous des apparences ludiques, les caractérisations, les contradictions."

J' aime écouter Birago Diop.
 

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LA FLAMME DU PUNCH

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il était Martiniquais et Normalien. Elle était Normalienne et Martiniquaise. Nés la même année : 1913. Ils se sont rencontrés à Paris, puis mariés. Ils ont été tous deux professeurs au lycée Schoelcher de Fort-de-France, militants communistes et pro indépendantistes. Comment ne se seraient-ils pas "trouvés"?

Lui se nommait Aimé Césaire. Elle, Suzanne, née Roussi. Il n' était pas aisé de se forger un nom à soi quand on était la compagne, d' origine modeste, d' un écrivain et homme politique vite devenu célèbre. Ce n' était d'ailleurs pas le souci de Suzanne. Dotée d' une intelligence hors pair et d' un charme élancé devant lesquels ne manqua pas de s' extasier, au su et au vu de tous, y compris de sa propre femme, André Breton, elle fut décrétée par le Pape du surréalisme " belle comme la flamme du punch".

Cependant, madame Césaire n' était pas prête à succomber au  marivaudage poétique, aussi flatteur soit-il . Mère de plusieurs enfants et enseignante, elle était, en parallèle, dévorée par le besoin d' expression et le combat pour les droits de la Femme noire, "victime de la double peine". 

Après avoir étudié en profondeur les travaux de l' africaniste allemand Frobenius et ceux de Marcus Garvey, à l' origine de la Negro Renaissance aux Etats Unis, elle s' est voulue une initiatitrice du surréalisme aux Antilles. Elle a participé à cet effet, avec son époux et avec le philosophe René Ménil et le peintre cubain Wilfredo Lam, à la fondation de la revue "Tropismes" ( 14 numéros de 1941 à 1945 ) qui a influencé toute l' intelligentsia caribéenne et négro-américaine de l' époque.

Suzanne Césaire a joué un rôle essentiel dans le choix des orientations (aujourd'hui sans doute en partie obsolètes...et encore!) de la publication, notamment :

- l' affirmation, appuyée sur le mouvement de la Négritude et le Surréalisme, de l' identité antillaise et le rejet de la culture "doudou", illustration méprisante du paternalisme colonial.

- la solidarité avec toutes les luttes antiimpérialistes et un tiers-mondisme assumé, de l' Inde au Congo ou, surtout, à l' Algérie, motif d' un début de distanciation avec le Parti Communiste Français que les Césaire finiront par quitter.

- un engagement déterminé en faveur de la cause féministe. " C' est la première fois, révèle son exégète, Jacqueline Leiner, où la femme, dans le surréalisme, n' apparait pas simplement comme instrumentalisée par le désir de l' homme."

Suzanne Césaire est morte du cancer à 50 ans, partageant depuis peu la vie d' un compagnon dont l' identité ne fut pas révélée ( on a évoqué Henri Michaux, avec lequel elle a expérimenté la mescaline dans les années 50 ). Elle avait posé la plume et cessé de vendre la presse communiste en banlieue parisienne. Aimé Césaire, lui, est parti à 95 ans, en 2008, après une tentative vaine et indécente de récupération électorale par Sarkozy. 

-

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SUR MAURICE MAGRE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Nous sommes à cent lieues du coronavirus et du confinement : peut-être le lecteur de ce texte sera-t-il soulagé de pouvoir penser un instant à autre chose? Hasard d' anthologie, je tombe sur une critique de Maurice Magre, alias René Thimmy, parue en 1924 dans "Le Figaro" : "Magre est un anarchiste, un individualiste, un sadique, un opiomane. Il a tous les défauts, c' est un très grand écrivain."

Le curriculum est incomplet : Magre est aussi boudhiste, franc-maçon, et frère du préfet André Magre, secrétaire général de l' Elysée sous la présidence d' Albert Lebrun jusqu' à l' éviction en 1940 de celui-ci par le régime de Vichy.

Né en 1877 dans une famille bourgeoise et toulousaine, le jeune Maurice "monte" à Paris pour réussir dans la littérature. Ce Rastignac occitan commence, comme il se doit, par mener une vie dissolue d' où l' exemple d' un Verlaine ou d' un Rimbaud n' est pas exclu. Il se lie à des poètes comme Paul-Jean Toulet et Francis Carco. Il publie aussi quatre recueils de poèmes tels "La chanson des hommes" et "Les lèvres et le secret" qui ne lui apportent ni la gloire ni la fortune.

Il délaisse peu à peu la cause occitane et cathare pour s' orienter, surtout à partir de 1919 (il a passé 40 ans),vers l' ésotérisme et le martinisme (versant spiritualiste de la maçonnerie). Il  rallie, dans le même élan, la Société théosophique d' Héléna Blatavsky prônant un syncrétisme des traditions religieuses qui influencera  la pensée de Gandhi.

Magre s' achète alors une conduite, comme l' illustre cet extrait en 1931 du "Journal" du féroce Paul Léautaud : "(Magre) était assez vulgaire, comme tous les jeunes gens du midi .(!!). Je le revois très bien dans les bals de quartier, au 14 juillet, tâchant de trouver une conquête(...) Il est devenu fort distingué d' aspect et de manières."

L' événement semble l' éviter : il reste étranger au Front populaire et à la défaite. Ses pas l' ont en 1935 conduit à l' ashram du philosophe oriental Sri Aurobindo, à Pondichéry, toujours comptoir français de l' Inde. Un séjour capital qui ne l' empêche pas d' écrire des chansons sur de la musique de Kurt Weill, célèbre compositeur de "L' Opéra de quat'sous", ni de faire jouer l' une de ses pièces (" La Mort enchaînée") à la Comédie française, ni enfin de multiplier les publications (poèmes,pièces,romans) ,connaître la notoriété et recevoir en 1937 le Grand Prix de littérature de l' Académie (qu' il avait jadis tant vomie).

Il n' en continue pas moins de se proclamer expert en matière de drogues hallucinogènes, consommant de la mescaline vingt ans avant la "beat generation", mais aussi du tarquin ( gin renforcé intégrant de la cinnamone malgache), du yogé (substace psychédélique utilisée pour entrer en transe par des chamans du Brésil) et de la soma ( suc extrait de racines employées dans des rituels brahmanes), voire toutes sortes  de breuvages mystérieux, décoctions rares et mixtures initiatiques. Il n'a donc pas le loisir d' être résistant, pétainiste ou collaborateur: il meurt discrètement à Nice  (zone encore non occupée) à 64 ans, en 1941, vraisemblablement victime d' autointoxication. Les esprits, eux, sont déjà "occupés" ailleurs...

Bonne suite (et fin?) de confinement. 

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LE DESTIN AVENTUREUX DE JEANNE LOVITON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le monde de l' édition et de la littérature a abrité et abrite - c' est inévitable - des personnages turbulents, voire aisément "scabreux". Jeanne, née en 1903 à Paris de la rencontre de la comédienne Denise Fleury, dans la vie Denise Pouchard, et d' un historien volatile, Héron de Villefosse, puis légitimée par Ferdinand Loviton, puis mariée à l' écrivain Pierre Frondaie, et finalement auteure elle-même de romans sous le pseudo masculin de Jean Voilier, en est un éloquent exemple.

Plus que ses écrits, ce qu' en a retenu la chronique est son éclectique tableau de chasse amoureux. Liste non exhaustive : Maurice Garçon, ténor du barreau, Jean Giraudoux au faîte de sa gloire, Alexis Léger, plus connu sous son nom de poète, Saint John Perse, et conseiller écouté de Roosevelt, le ministre mussolinien Dino Gradi, Curzio Malaparte, rédacteur du best-seller "Kaput", Claude Aveline, le "nobélisable" Paul Valéry et Robert Denoël,  tous deux amoureux transis et rivaux, le redouté critique Emile Henriot, sans compter une pléiade de mondaines homosexuelles telles Yvonne Dornès ou Françoise Pagès du Port, voire la communisante Germaine Decaris.
Jeanne Loviton - c' est le nom qu'  a conservé cette contestatrice de la distinction sexuelle - s' est dotée d'une robuste morale philosophique : vivre dans le luxe sans se fatiguer, parcourir le monde en sleeping, ou jouer à la châtelaine dans le Lot en faisant des affaires avec son milieu naturel, celui des hommes de lettres parisiens. Elle connait le Droit, elle a le diplôme d' avocate et son père non biologique, M. Loviton, dirige, avant de la lui laisser, une maison d' éditions juridiques, Domat-Monchrestien. Elle a en outre un carnet d' adresses qui lui permet de faire face à tous les avatars politiques.

De ce dernier elle a besoin quand, en 1945, "l' inventeur de Louis-Ferdinand Céline",

 Denoël, avec lequel elle a de discrets intérêts éditoriaux, se retrouve devant les tribunaux, accusé de "collaboration". Elle appelle au secours "une vieille amie", Suzanne Borel (personnage de Crapotte dans "La Fin des ambassades" de Roger Peyrefitte), compagne puis épouse du ministre Georges Bidault, le successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil National de la Résistance.

L' affaire est sérieuse puisque Denoël, à une semaine de son procès, est abattu d' une balle dans le dos, un soir boulevard des Invalides. Le dossier de sa défense, posé sur le siège arrière de sa voiture dont une roue avait crevé, s' est volatilisé pendant que Jeanne était partie "chercher de l' aide". Pour Céline et Mme Denoël, les choses sont limpides : ils dénoncent publiquement Jeanne Loviton comme meurtrière, mue par le désir de mettre la main sur la prestigieuse entreprise de l' amant. L' enquête piétine. La presse se fait l' écho de fortes pressions exercées sur policiers et magistrats. Effectivement l' assassinat est  vite qualifié "crime crapuleux" et l' enquête abandonnée faute d' éléments.

Reste la bataille juridique, un terrain où excelle Jeanne. Au terme de procès successifs et ardus, la maîtresse se voit attribuées les parts de l' éditeur, associée surprise via  Domat-Monchrestien. L' épouse et son fils sont ruinés. Peu après, les éditions Denoël sont vendues à Gaston Gallimard, leur plus veil adversaire. Paul Valéry, qui aurait pu préciser bien des choses, n' est plus là, terrassé notamment par la rupture et les innombrables trahisons dues à sa Muse. Jeanne Loviton est riche et libre.

Elle s' éteint, paisible nonagénaire, en 1996.

 

LIRE :  "Lettres à Jean Voilier" (1937-1945) par Paul Valéry (Gallimard, 2014)

 

 

 

 

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LES AVENTURES DE GUSTAVE LE ROUGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Gustave Lerouge, alias Le Rouge, consacré "poète" par Verlaine et Mallarmé, salué par les surréalistes comme une sorte de précurseur de l' écriture automatique, loué par Cendrars dans "Bourlinguer" et " L' Homme foudroyé ", cité par Apollinaire, Max Jacob, Cocteau, ou Georges Pompidou, est un nom qui ne parle apparemment plus beaucoup.

Fils d' un petit entrepreneur du Cotentin, il débarque fin 1889 à Paris, nanti d' une licence en droit et d' une vraie admiration pour Jules Verne, mais sans un sou. Il laissera derrière lui, 70 ans plus tard, selon le décompte de Cendrars, 332 publications allant de la poésie, des contes, des pièces de théâtre et des romans feuilletons aux essais, scenarii de films, anthologies, ouvrages de critique littéraire, reportages, biographies, souvenirs et documents divers. Dénominateur de cette polygraphie, une imagination hors norme empruntant en priorité au fantastique et à la fiction scientifique,  parente de celle d' un héros et rival : Fantômas.

L' existence de ce Normand est déjà d' ailleurs une oeuvre en elle-même. Tour à tour employé des chemins de fer, marionnettiste, chansonnier, directeur d' un théâtre qui ne fonctionne pas, fréquentant de préférence les alchimistes et les gitans, collaborateur de revues confidentielles, il finit par devenir, pour vivre, tâcheron de la plume au profit d' éditeurs esclavagistes sans scrupule et, parfois, sans lecteur. Il se marie deux fois: la première avec une écuyère de cirque, également modèle du sculpteur Bourdelle, une seconde fois,veuf, avec une voyante de vingt ans sa cadette.

Entre temps il est colon en Tunisie d' où il se fait expulser par la Résidence pour écrits subversifs. Il est aussi vaguement impliqué dans un projet de complot contre le roi des Belges. Il se met quelques mois à l' abri à Jersey avant de se présenter comme candidat révolutionnaire (il se proclame anarchiste-socialiste et pourfend le capitalisme américain), aux élections législatives à Nevers.

C' est en 1912 que parait en 56 livraisons son roman le plus célébré, "Le mystérieux docteur Cornélius", histoire scientifico-policière d' un "carnoplaste", capable de changer à volonté l' aspect physique d' un individu.. La guerre vient interrompre ce succès de vente. On retrouve Le Rouge, après le conflit qu' il traverse comme reporter aux armées, responsable de l' édition de banlieue du " Petit Parisien ". C' est à cette occasion qu' il fait connaissance de Cendrars et l' initie à la jungle urbaine qui ceinture la capitale, à sa faune d' apaches asociaux, son argot et sa violence. L' ex légionnaire tirera de l' expérience un ouvrage' " La banlieue de Paris", illustré par un photographe débutant, Robert Doisneau. Céline également ne demeurera pas indifférent à l' atmosphères et au style des récits de Le Rouge. 

Ce dernier est maintenant adopté dans le milieu des écrivains, préfacé par Barrès, proche ami du poète Vincent Muselli et du critique Jean Texcier. L' aventurier graphomane, dont les éditions originales valent aujourd'hui une fortune, meurt pourtant banalement, en février 1938, d' un cancer de la prostate.

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POETE DE HASARD

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arnaud Mesnil-Ribas, né en 1988 à Axat (Aude), fait partie des auteurs que les revues de l' entre-soi poétique ignorent, comme produits en quelque sorte d'un hasard éphémère, et peut-être eux-mêmes se considèrent-ils ainsi : non sérieusement poètes...

Enseignant dans le Midi de la France, Mesnil-Ribas publie fort peu et se manifeste moins encore. On ne le voit ni dans les Foires du Livre ni dans les Colloques érudits. Il ne pourchasse pas les éditeurs, travaille dans son coin, en silence, s' il en éprouve la nécessité, se revendiquant à la rigueur du surréalisme première manière.

Sa particularité réside dans le recours à des formules touts faites, celles du quotidien, chewing verbaux qui "collent aux dents",  et aux associations de mots devenues quasi automatiques, qu' il intègre ou pétrit avec le plus tranquille naturel.

Ci-dessous un texte inédit intitulé précisément "Chewing gum", extrait d' un recueil à paraître...un jour.

 

"Bonjour, le soleil sonne sur les toits des hôtels dégarnis et sur leurs chiens assis à l' aplomb                 "Des jeunes filles en fleur 
"Donc le soleil tonne puis ensuite les cloches.
"Le monde à l' envers, note le bedeau le plus proche. 

"Il glisse, glousse, tire ses flèches sur les esclaves escaladant les hôtels par la face nord                                 "La partie semble mal engagée                                                                                                                         "Là-bas au bord des toits là-bas au son du clairon                                                                                          "Au bout du bois 

"Loup y es-tu? entends-tu?                                                                                                                                " Pas de clerc! il se désaltère dans l' onde claire et nette                                                                                 " Je confirme : de clerc aucun!                                                                                                                          " Le bedeau range son carquois et fait sonner le soleil 

"Les esclaves flirtent honteusement                                                                                                                  "Avec les bêtes immondes                                                                                                                                 " De quoi ce loup se mêle-t-il?                                                                                                                        " Qui est son comparse?

" Marie Madeleine se dénonce                                                                                                                           " Les chiens rêvaient de liberté                                                                                                                        " Conditionnelle, plaide-t-elle,                                                                                                                           " Liberté sous caution pour le moins

" Monsieur le juge n' est pas si bon enfant qu' il l' admet                                                                                 " Il joue du droit divin tel un patron                                                                                                                 " Malheureuse Marie-Madeleine, elle fait                                                                                                         " Sous contrôle judiciaire confiance à la justice de son pays

 "Le soleil mâche la fin du jour                                                                                                                           " Soudain la meute de chiens assis se délivre                                                                                                   " A ses risques et périls. Sauve qui n' en peut mais!                                                                                       " " Et ainsi de suite...                                                                                                        

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

 

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REHABILITATION D' ANDRE LEO

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La double actualité de la question sociale et de la cause féminine braque les projecteurs sur un personnage qui, parfaitement oublié au siècle dernier, a joué, de son vivant, un rôle auquel on s' est décidé, depuis une quinzaine d' années, à rendre justice.

Rééditions, biographies, articles de journaux et de revues, ont remis André Léo au goût du jour. Léodile Béra, née dans le Poitou en 1824, épouse Champseix en 1849, veuve à 39 ans, adopte un pseudonyme masculin par emprunt aux prénoms de ses deux fils jumeaux.

Issue de la bourgeoisie républicaine et provinciale, elle a pour mari est un journaliste socialiste disciple du théoricien Pierre Leroux. Condamné par le régime de Napoléon III, le couple se réfugie en Suisse où André Léo écrit ses deux premiers romans, " Un mariage scandaleux" et " Une veille fille", qui connaissent un succès immédiat. On compare l' auteur (autrice) à George Sand. Il permet en tout cas à la famille de survivre.
Installée à Paris après le décès brutal de Grégoire Champseix en 1863, André Léo s' engage aussitôt dans l' opposition politique, adhère à la franc-maçonnerie et se lie avec les figures notoires du féminisme, Noémie Reclus, ( soeur d' Elie et d' Elisée), Paule Minck, Louise Michel , Marguerite Durand.

Avec elles, elle opte en mars 1871 pour la Commune, après avoir notamment créé le journal "La République des travailleurs". Parvenue à fuir la "Semaine sanglante" du mois de Mai , accompagnée du syndicaliste Benoit Malon, elle regagne la Suisse où elle poursuit une activité littéraire déclinante. La guerre a changé les choses et l' exil devient un handicap. Elle rompt avec Malon en 1878 et, après un séjour en Italie, profite de l' amnistie de 1880 pour rentrer en France. Elle a 56 ans.

Dans le mouvement ouvrier, la donne s' est modifiée. Proche des positions de l' anarchisme et de son leader Bakounine, André Léo se heurte de front, au sein de l' "Association Internationale des travailleurs" (Première Internationale, fondée en 1864), à Marx et à ses thèses qu' elle juge "trop autoritaires" . Dans la vision maçonnique, "la chaîne d' union" prime sur la dictature du prolétariat. André Léo est emportée par la nouvelle déferlante qui submerge la militance révolutionnaire. Sa voix devient inaudible.

Elle publie en 1899 son livre-testament, "Coupons le câble!", consacré à la séparation de l' Eglise et de l' Etat qui interviendra effectivement en 1905. Trop tard. André Léo est morte en 1900, accablée par la disparition de ses fils à peu d' années d' intervalle et par une orientation du combat progressiste qui lui parait nier les valeurs défendues par sa vie et  son oeuvre .

 

 

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RELECTURES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Me voici à un moment de vie où l' on tend, dit-on, à relire plus qu' à découvrir. Se plonger une deuxième fois dans un  même ouvrage révèle en effet le désir de retrouver une émotion intime et parfois lointaine . Quel pourcentage d' oeuvres littéraires qui me sont connues cela concerne-t-il? Deux, trois %, je présume. Guère plus.

Je voudrais lister ici, en une sorte de bilan, quelques titres qui ont fait date dans mon esprit. Tous mes "coups de coeur" n' y figurent sans doute pas . Au moins ceux-la font-ils partie de mon Panthéon. Les mentionner suffit donc à inviter à la lecture de pages aujourd'hui quelque peu enfoncées dans la brume des années...Voici :

Jésus-la-Caille (1914) est une visite dans le Montmartre voyou de la Belle époque. Bars louches, hôtels misérables, sombres impasses, personnages troubles, argot oublié, c' est l' atmosphère qu' avant Simenon, Dabit ou Boudard , le poète Francis Carco a évoquée au grand plaisir du théâtre puis du cinéma qui en ont alors fait leur miel.

Histoires de Tabusse (1930). Un autre monde : celui d' un truculent cévenol des environs du Mont Aigoual, écolo avant l' heure. Ce montagnard fanatique d'indépendance est, sous la plume d' André Chamson, un libertaire dont la parole s' affirme d' une confondante modernité. Le cinéma a tiré de l' ouvrage un film qui, parait-il, s' est "perdu" (?)

Le Sang noir (1935) est un récit dont le véhément pessimisme s' apparente aux rugissements de Céline. Son auteur, Louis Guilloux, a été porté sur les fonts baptismaux par Gide, Malraux et Aragon, pas moins. "Le Sang noir ne met pas seulement en cause la bourgeoisie, déclare Guilloux. Il remet toute la vie en cause." Son héros, un vieux prof' surnommé "Cripure" est une figure de notre histoire littéraire. Maurice Maréchal l' a portée sur la scène de son théâtre.

Picardie (1943) J' ai toujours eu un faible pour Pierre Dumerchey, dit Mac Orlan, voguant, à ses débuts, entre Ubu et Dada, et influençant plus tard Boris Vian et Queneau. Les tribulations du sergent Saint-Pierre et de Babet Molina dans le régiment "Picardie", au XVIIIème siècle, est une fête de l' imaginaire. Narrateur de la trempe de Cendrars, Mac Orlan est aussi un maître du fantastique social.

Le Dieu nu (1951). Ce dieu la ne se dénude point. Il se nourrit principalement d' un érotisme retenu par les frustrations de l' hypocrisie sociale. Ou bien : Comment, selon Robert Margerit, une passion annoncée peut devenir la peau de chagrin qui châtre tous les élans de la vie amoureuse. " Le Dieu nu " est un chef d' oeuvre du genre.

La Mort des autres (1968) A mon avis, le plus émouvant et le plus méconnu des textes de Jean Guéhenno, fils d' ouvrier devenu écrivain. " La Mort des autres", c' est la mort dans les tranchées d' un camarade d' Ecole dont la mère ne possédait au monde que ce fils, unique et inégalable. Un réquisitoire accablant contre l' ineptie et la cruauté de la guerre.

L' Eternité plus un jour (1969) Titre inspiré par la pièce de Shakespeare " Comme il vous plaira ". Au bout d' une trentaine d' années de luttes, le héros, un contemporain, tire ce bilan désabusé : " Notre vie aura été sans cette joie qui nous était promise, et a été volée. " L' auteur, le poète Georges-Emmanuel Clancier s' est éteint en juillet dernier sans tambour ni trompette, à 104 ans. Je suis heureux de le relire. 

 

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TRAVEN en français

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le jeu des identités est quelque chose de fréquent dans l' univers littéraire : pseudonymes, alias, incognito(s) ne manquent pas, destinés à masquer une réalité biographique que,pour des raisons diverses, notamment pour alimenter la curiosité des lecteurs, des auteurs refusent de révéler.

Dans le genre, le cas de Ret Marut, signant ses romans B.(sans plus de précision) Traven, est exemplaire. Traven est pratiquement inconnu du monde francophone, alors qu' il est un romancier célèbre en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, au Mexique, et traduit au total dans une quarantaine de pays.

Qui est-il? Depuis 1924, date de son départ d' Europe vers le continent américain (Mexique et Etats-Unis), Traven fait l' objet de recherches de la part de critiques, d' historiens, de sociologues...et de services de renseignement. Si bien qu' on finit par posséder une foule de détails le concernant sans jamais être sûr de l' énigme que constitue sa véritable identité.

Selon l' état actuel de connaissance, Ret Marut (nom figurant sur les registres de police allemands) serait né vers 1880 en Prusse orientale. Selon les uns issu d' une famille modeste, selon d' autres fils caché des amours de l' Empereur Guillaume II avec une actrice britannique. On trouve sa trace comme comédien et père d' une fillette dans la Ruhr, avant de le voir réapparaître à Munich en 1917 comme animateur de la revue "Der Ziegelbrenner" (Le Fondeur de briques). Marut s' implique résolument dans l' insurrection révolutionnaire que vit la Bavière sous le nom de "République des conseils" en 1919,inspirée par le mouvement berlinois "Spartakus" et écrasé, comme lui, par le ministre social-démocrate Noske.

Condamné à mort, Marut parvient à s' enfuir et à gagner Londres où il s' embarque pour Tampico. En juin 1924 Ret Marut est mort : place à B.Traven. Il part comme photographe pour le Chiapas, territoire indien du sud mexicain en proie à la révolution zappatiste. C' est alors qu' il commence à écrire les romans qui vont faire son succès : " Les Cueilleurs de coton", " Le Vaisseau des morts" (brûlé publiquement par les Nazis), " Le Pays du Printemps", et  "Le Trésor de la Sierra Madre" qui deviendra, sous la direction du réalisateur John Huston, avec l' acteur Humphrey Bogart, une immense réussite cinématographique.

Durant plus de 40 ans, Traven, auteur de best seller et anarchiste individualiste se recommandant de Max Stirner, joue à cache-cache avec la société. Il se calfeutre dans les domiciles des femmes avec lesquelles il vit, à Acapulco puis à Mexico, et se nomme alors Hal Crowes, Norvégien d' origine, né à Chicago.

Le "Cycle de l' acajou", titre global de plusieurs ouvrages, est sa dernière grande oeuvre. Il meurt en 1969, à presque 90 ans,sans avoir desserré les dents sur l' énigme de son origine. Les Français commencent à lire Traven, qui fait depuis quelque temps l' objet de traductions : "La Révolte des  pendus" et " La Rose blanche" , aux éditions de La Découverte, " L' Armée des pauvres" à celles du Cherche midi. Les éditions Libertalia, de leur côté, viennent de publier une étude de l' Allemand Recknagel, "B.Traven romancier et révolutionnaire". Document sur une page d' Histoire proche mais encore mystérieuse. Lisible à la plage.
 

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QUI LIT ENCORE...X? (5)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Marcel Schwob est souvent considéré comme l' un des plus brillants talents d' écriture de l' entre-deux-guerres, auquel deux choses ont fait défaut : le temps (il est mort à 37 ans) et un plus opportun choix de genre littéraire (il n' a composé que des contes quand la faveur allait au roman).

Il n' en a pas moins été, une douzaine d' années durant, entre 1893 et 1905, une figure centrale du monde des Lettres parisien. Issu d' un milieu cultivé (son père était l' ami de Jules Verne, Banville et Théophile Gautier), ce surdoué polyglotte a marqué la vie artistique de son époque, riche en créateurs. Mallarmé, Claudel, son condisciple en khâgne, Jarry, qui lui a dédicacé "Ubu roi", Léon Daudet, bien qu' antisémite, Jules Renard, Mirbeau, Oscar Wilde, Stevenson, qu' il a traduit en français, les frères Goncourt, Anatole France, tous ont compté parmi ses admirateurs.

Dès la publication de ses premiers contes, "Le Roi au masque d' or" (1893), "Le Livre de Monelle" (1894) ou " La Croisade des enfants" (1896), son style et son influence se sont manifestés. Il inspire Valéry, qu'éloigne portant de lui le dreyfusisme, le Gide des "Nourritures terrestres" ( qui ne lui reconnaîtra pas sa dette), ou, plus tard, l' Argentin Jorge Luis Borgès et William Faulkner.
 

Proche ami de Colette, Schwob rencontre chez elle la "femme de sa vie", l' actrice Marguerite Moréno (pour qui Jean Giraudoux écrira "La Folle de Chaillot"). Il l' épouse en 1900, sous l' empire d' une passion qui fait ricaner l' impitoyable Paul Léautaud. Néanmoins, Schwob l' érudit trouve du temps à consacrer à la "langue des ruisseaux" dans deux analyses fouillées : "Etudes sur l' argot" (1900 ) et "François Villon" (publication posthume,1912).

Qu' aurait encore produit cet esprit fécond s'i avait vécu la durée d' une vie "normale"? Handicapé dès la trentaine par une série d' opérations de l' abdomen Schwob s' est éteint au lendemain de la réalisation d' un vieux rêve de jeunesse : un voyage à l' île de Samoa, sur les traces de Stevenson.

On redécouvre Marcel Schwob, après cent ans de solitude...Etudes savantes, Colloques, Rééditions de poche, Numéros spéciaux, se succèdent, comme pour compenser le temps perdu. Profitez de l' occasion. Elle ne peut décevoir aucun consommateur de merveilleux. 

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