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Matamores, M' as-tu vu ...

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' époque semble une aubaine pour les frimeurs et les poseurs. Ils se bousculent au portillon.
J' ai eu l' occasion ( chronique " Imbu roi " du 5 juin 2012) d' évoquer le cas de BH Lévy, philosophe dévitalisé par Aron et Vidal-Naquet, responsable de pièces et films unanimement sifflés, et inoxydable matamore.

Brushing et chemise blanche irréprochables, il est à tous les avant-postes de l' actualité médiatique, mais plutôt côté jardin. Son héroïsme ne dépasse jamais l' hôtel cinq étoiles le plus proche du point chaud. "BHL" est résigné à la célébrité dans le confort et la sécurité.

Le hic, c' est d' entendre partout un personnage dépourvu de toute autre légitimité que le feu vert de Nétanyaou, trancher des affaires du monde. C' est le même BHL qui a " conseillé" Sarkozy en Libye et Fabius en Syrie. On a vu les résultats : le chaos pour les malheureuses populations libyennes et l' extension du jihadisme à tout le Sahel. Jugez l' étonnement de le trouver récemment assis aux côtés de Hollande à la table des négociations franco-irako-kurdes, tandis que la France court pour recoller les morceaux avec Assad contre l' Etat islamique. D' où émane donc ce pouvoir occulte ? Pourquoi prend-on encore au sérieux un mégalo dont le maître mot est : " Armons-nous...et allez-y, les petits gars! ".

Aussi assoiffé de gloriole est son copain "m' as-tu vu" Philippe Val, ex directeur de "Charlie hebdo", puis, non sans pagaille, de France Inter par la grâce de Carla Bruni-Sarkozy. Si l' obsession de Lévy est la démocratie de type atlantique ( il a été classé 22ème personnage d' importance mondiale par un journal...américain ! ), celle de Val est "la liberté d' expression" à une voie, la sienne. C' est au nom de celle-ci qu' il a publié les caricatures de Mahomet tout en virant le dessinateur Siné pour manque de respect au fils Sarkozy.

Résultats là aussi : 17 morts pour les caricatures et un procès perdu par Val pour " licenciement abusif ". Pas compliqué , il suffit de suivre le fil conducteur : une islamophobie - une palestinophobie - auprès de laquelle Zemmour et Finkielkraut pourraient passer pour des agents de Daesh. La méthode Val consiste à procéder par amalgames successifs où l' exactitude de l' information n' a plus tellement d' importance, le but du jeu étant de parvenir à taxer d' hitlérienne la moindre réserve sur les faits et gestes des dirigeants sionistes. C' est, dit-on, " porteur" dans des milieux influents.

Voilà deux exemples d' un air du temps favorable au bluff et à la flagornerie. La liste n' en finit pas, qui pourrait aisément englober le maire clownesque de Béziers, Ménard, Mélanchon, pathétique Tartarin des banlieues, Monsieur-fais-moi-peur, le "criminologue" Raufer, authentique fascisant, lui, ou encore la mégère aux lèvres pincées Caroline Fourest.
Il parait qu' on ne doit pas s' en prendre au physique de quelqu' un . Eh bien moi, je le confesse publiquement , il est des gens à qui je trouve de vraiment sales gueules.,

Publié dans actualité

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Précurseuses

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La première partie du XIXème siècle et l' époque dite du "socialisme utopique" (saint-simonisme et fouriérisme) ont été une période de bouillonnement féministe, un phénomène surtout citadin. A côté de noms connus, tels ceux de Flora Tristan, George Sand, Hortense Allart ou Pauline Roland, d' autres, demeurés pratiquement ignorés, méritent de figurer au palmarès d' une longue lutte ( non encore totalement gagnée ).

Ainsi celui de Claire Bazard, fille du conventionnel Joubert et épouse d' un responsable saint-simonien. Elle a été à l' origine d' une des premières revues féministes, "Femme nouvelle". Sa volumineuse correspondance, insistant sur les capacités révolutionnaires du féminisme, a induit beaucoup d' engagements ultérieurs. Sa belle-soeur, Palmyre Bazard, a publié en 1831, dans "L' Organisateur", un texte déclarant : " Femmes, ne craignez point de vous élever au-dessus de cette place obscure que vous occupez(...) Courage ! ce n' est point une usurpation que nous vous proposons."

Claire Démar, passionaria du saint-simonisme, défendait des points de vue jugés "excessifs" par l' opinion, tels que l' extension aux femmes de la "Déclaration des Droits de l' Homme et du Citoyen". Elle a collaboré aux publications dénonçant "la double oppression", sociale et sexuelle, avant, incomprise et désavouée, de se suicider.

Suzanne Voilquin, brodeuse mariée elle aussi à un saint-simonien, a dirigé les journaux "La Femme libre" et "La Tribune des femmes" où elle a publié le testament "scandaleux" de Claire Démar, "Ma Loi d' avenir".

Jeanne Deroin, lingère, autodidacte puis institutrice, a combattu toute sa vie " l' assujettissement des femmes". Elle a co-fondé en juin 1848 " L' Opinion des femmes", éditée par une société ouvrière d' éducation mutuelle. Candidate aux élections législatives de mai 1849, alors que les femmes n' avaient pas le droit de vote, elle a fait l' objet d' une fracassante campagne d' injures et de calomnies. Elle a fini par s' expatrier en Angleterre où elle est morte dans la misère.

Eugénie Niboyet, protestante montpelliéraine, a activement participé à " La Femme libre", créé deux journaux féministes à Lyon ( Le Conseiller des femmes et L' Athénée des femmes ) avant de fonder à Paris "La Gazette des femmes". Vilipendée elle aussi, elle s' est réfugiée à Genève et a publié en 1863 " Le Vrai livre des femmes ".

Jenny d' Héricourt a écrit " La Femme affranchie ", réponse à Proudhon, Michelet, Auguste Comte notamment, qui soutenaient, comme Enfantin, le "successeur" même de Saint-Simon, que " l' infériorité naturelle de la femme" l' écartait de l' exercice du pouvoir. Ces hommes, considérés progressistes, justifiaient leur position par le fait que la majorité des femmes, dans les campagnes surtout, étaient sous l' influence d' une Eglise catholique ultraconservatrice.

Désirée Véret, ouvrière et épouse du militant Jean Gay, brève compagne de Victor Considérant, a participé au lancement de "La Femme libre ". En 1848, elle a défendu le droit au divorce, puis s' est exilée à Bruxelles où elle a repris son travail de couturière et adhéré à la Première Internationale.

Le sort de la plupart de ces précurseuses minoritaires et obscures ( la liste n' est pas exhaustive) a été, on le voit, tragique. On imagine mal l' énergie, la ténacité et l' abnégation qu' il leur a fallu pour faire face à l' écrasant machisme de leur temps, et faire avancer les droits, qui nous paraissent maintenant élémentaires, de l' autre moitié de la société. Leur rendre hommage est bien le minimum qu' on leur doit aujourd'hui.

Publié dans histoire

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Sur la question ouvrière (3)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

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Sans doute la question de la place de l' ouvrier dans une société qui se veut démocratique se pose-t-elle en termes relativement nouveaux ( nous avions déjà évoqué le problème dans la chronique " Triangle post-colonial " du 13 août 2011). Les acquis sociaux de l' après seconde guerre mondiale ont contribué indiscutablement à redessiner l' univers peint par Zola. Les usines ont déserté le centre-ville. La désindustrialisation a modifié le rôle et la fonction d' ouvrier. L' immigration de masse a marqué la mentalité prolétarienne.

Qu' est-ce qu' un "ouvrier" aujourd'hui ? Les fondateurs français de la Première Internationale (1864) étaient des manuels à mi-chemin entre l' artisan alphabétisé et le salarié souvent encore illettré, détenteurs d' un savoir-faire : Tolain était ciseleur sur bronze, Antoine Limousin passementier, Fribourg graveur, Varlin relieur, Camélinat monteur sur bronze. Les trois premiers de sensibilité proudhonienne. Tous habitaient le quartier du Temple, alors au coeur du Paris populaire. De même, d' ailleurs, les dirigeants communistes, quelques décennies plus tard, étaient-ils en grande majorité d' origine ouvrière.

Le développement excentré de la grande industrie (métallurgie, chimie, automobile), utilisatrice d' une abondante main d' oeuvre, a progressivement drainé un prolétariat désormais assujetti aux tâches anonymes et répétitives qu' exige la production de série, vers les banlieues. Les effets en ont été l' embourgeoisement des centres-ville, promus lieux de culture et de loisirs pour classes favorisées, et une spéculation effrénée mettent l' acquisition d' un logement intra muros hors de portée des salariés modestes.

Les soutiers de la mutation industrielle, automates de la modernité, ont été encasernés dans des ensembles de barres et de tours vite devenus de véritables ghettos communautaires et insécures. Ceux qui l' ont pu se sont rabattus vers des lotissement pavillonnaires qui les ont exilés en les endettant à vie. Ils sont ainsi entrés dans la tribu des "rurbains", pseudo campagnards voués aux longs déplacements quotidiens , coupés en famille des avantages de la grande ville, et éloignés du même coup de la subversion.

Les transformations économiques et technologiques n' ont pas été non plus sans incidence sur l' image jusque là victimaire de l' ouvrier, acteur emblématique et héroïsé du matérialisme dialectique. Le légendaire mineur de fond est à la retraite. L' électrification des voies nous a privés du visage noirci du chauffeur de loco, et le docker en survêt' Adidas n' impressionne plus.

Qu' est-ce alors que l' ouvrier? en quoi se distingue-t-il socialement du "col blanc" de base, smicard dans la grande distribution ? manuel qui, en fait, ne produit pas grand'chose, à quel titre mériterait-il attention ? les machines, les robots, l' ordinateur le remplacent dans les tâches les plus pénibles. Agent de télésurveillance ou auxiliaire d' entretien en CDD sont des boulots qui ne sollicitent aucune qualification particulière, à peine quelques jours de stage. La femme de ménage employée à domicile est-elle réellement une ouvrière ? Dira-t-on d' un balayeur, fonctionnaire municipal, et de son épouse, caissière de supermarché, qu' ils constituent à eux deux un couple d' ouvriers stricto sensu? ce sont des prolos, point. Leur condition illustre seulement la disparition de la fierté créatrice de l' ouvrier-artisan d' autrefois et des savoir-faire condamnés pour non retour sur investissement.

Cependant, le fantôme de l' ouvrier, lui , demeure l' objet de préjugés bourgeois. A tel point que le terme s' est vu supplanté par "travailleur", plus neutre. Il n' y a que le Parti socialiste, qui n' en compte aucun, pour garder la coquetterie provocatrice de se proclamer "ouvrier". Il rôde en effet autour du mot lui-même on ne sait quelle peur mal refoulée, quel dédain inavouable pour le "bas revenu" et les choix culturels qu' on lui attribue. La frontière ne passe pas que par le métier. On peut aussi être classé "ouvrier" selon ce qu' on regarde à la télé.

Pour conclure, l' impression prévaut que le Système a trouvé cette fois, par le biais de la mondialisation et du nouvel individualisme, un moyen de se débarrasser sans bruit de la question ouvrière qui le tourmentait depuis 150 ans. Pour autant, pas de l' inégalité sociale...Le "mouvement", tout cloisonné, charcuté, chloroformé qu'il soit, respire encore.

Publié dans société

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