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Répartition

Publié le par memoire-et-societe

L' Europe qui se construit n' est pas forcément celle qui s' affiche dans les "Sommets" ou Conseils présentés depuis des décennies comme "historiques". Elle progresse en réalité dans le non-dit, s'efforçant d' opérer un partage des responsabilités entre pays souverains résolus à affirmer l' intégration du Continent.
La crise mondiale est une chance de préciser le contour du bloc que peut devenir cette Europe, dégagée de l' étouffement bureaucratique et de l' euroscepticisme de principe. Tandisque l' Europe du nord (au premier rang l' Allemagne) cherche légitimement à veiller à  la santé financière de la Communauté (stabilité du système bancaire, niveau nécessaire de l' investissement,garantie des équilibres budgétaires,action de réduction de la dette), l' Europe du sud ( notamment la France) s' implique dans les dossiers méditerranéens et africains.
Arrêtons-nous dans l' immédiat sur ces derniers, à savoir le conflit palestinien, l' évolution du monde arabe, l' émergence économique et le rôle stratégique de l' Afrique noire. Trois questions où les intérêts de l' Europe se trouvent directement concernés.

Après l' entrée, à une écrasante majorité, de la Palestine à l' Unesco (octobre 2011) puis, comme Etat observateur, à l' ONU (novembre 2012), les USA connaissent au Moyen Orient un isolement né de leur soutien inconditionnel à la politique israëlienne désavouée par la quasi totalité de la communauté internationale.

Washington demeure certes un acteur incontournable dans la région, ne serait-ce que par son potentiel militaire.Mais, pour la première fois depuis l' intervention franco-britannique sur le canal de Suez en 1956 qui les a évincés de la scène, les Européens ont l' occasion de compter à nouveau dans le règlement d' un conflit vieux de 65 ans.Désormais moins sûr de l' efficacité réelle des US, Néthanyaou sera plus sensible aux avis d' une Europe unanime. D' autant que l' opinion comprend que, moins que la sécurité d' Israël, c' est l' annexion de la Cisjordanie qui motive les ultras du sionisme.

Les peuples arabes, quant à eux,ont besoin d' être considérés pour autrechose que le pétrole contenu dans leur sol.Leur existence ne se borne pas à l' enrichissement des princes saoudiens et des émirs du golfe persique. Or, à ce jour, qui, mieux que l' Europe proche, semble apte à établir avec ces pays un continuum politique et des échanges culturels durables? de l' Atlantique à l' Euphrate, les revendications(paix,démocratie,développement) se recoupent. L' heure est à l' initiative.

On dit François Hollande "très inquiet" de la tournure de la situation saharienne.Nous avons déjà fait référence à celle-ci (blog "La France saharaïsée" du 12.10).Les appétits s'aiguisent en Afrique noire où le taux de croissance annuel dépasse 6%. On s'y bouscule: Américains, Chinois, Emergents, lorgnent sur les ressources inexploitées du continent. L' Europe possède dans ses cartons de vastes projets de coopération nord-sud. Mais depuis les faits d' armes du tandem Sarkozy-B.H.Lévy, repoussant les restes de l' armée libyenne au Mali, c' est toute la région qui est en ébullition et la diplomatie française qui s' alarme.Le Sahel, la Centrafrique, voient se multiplier des raids tribaux et fondamentalistes déstabilisant les Etats, au plaisir mal dissimulé de ceux qui ont intérêt à l'élimination de toute présence européenne sur ces terres. Il ne s' agit plus de néo-colonialisme mais de géo-politique:faut-il laisser se développer aux portes du vieux continent un foyer de fanatisme religieux et conquérant? C' est en réponse à la question que prend forme l' idée de répartition intra-européenne.

Publié dans politique

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Janus président

Publié le par memoire-et-societe

   "Président et poète, comment conciliez-vous les deux?", la question a toujours agacé Senghor. Pour lui, action poltique et activité culturelle, dont la poésie était une manifestation aboutie,formaient un tout. Le problème n' était donc pas de "concilier" mais d'aménager le temps nécessaire à l'exercice, simultanément, de l' une et de l' autre,en observant leur complémentarité.

   La responsabilité politique requiert les horaires inflexibles du protocole et un propos savamment calibré, la création poètique se fonde sur le rythme mystèrieux de la vie intérieure, une consommation différente de la durée, accordée aux avatars ou aux caprices de l' imaginaire. Comment loger dans dix huit heures quotidiennes d' éveil -Senghor ne dérogeait qu' exceptionnelle-

ment  au minimum de sommeil indispensable à son équilibre- la double tâche qu' il s' assignait?

   De l' étudiant au chef d' Etat, pas un seul de ses " rôles" professionnels, pédagogiques ou politiques successifs n' est venu perturber son hygiène de vie. Couché tôt( sauf impératif diplomatique) et levé tôt, sans souci de saison et de climat, le président sénégalais ne renonçait jamais à sa demi-heure de gymnastique matinale et à ses trente minutes de lecture le soir avant de dormir. Sa rigueur, sa frugalité ( ni alcool ni tabac), et une ponctualité héritée des missionnaires bretons et alsaciens de son enfance, témoignaient d' un sens de l'organisation et d' un esprit de méthode sans lesquels il ne pouvait normalement fonctionner.

   Ainsi,la longueur de toute audience, quelle que fût la qualité du visiteur, était-elle préalablement arrêtée. L' huissier introduisait l' interlocuteur à l' heure dite dans le  bureau cerné de hautes tapisseries de la Manufacture nationale de Thiès, pour venir le rechercher à la minute prévue. A chacun d'exposer son affaire et d' obtenir une réponse dans le délai imparti.Exigeante expérience !

   Tous les sujets étaient abordables: du plus local au plus planétaire, du plus prosaîque au plus philosophique.Faire précèder l' entretien d' une courte fiche de présentation dont la langue et le style devaient se montrer irréprochables, prédisposait à un contact rendu aisé par l' impression présidentielle d' avoir à faire à un esprit clair qui ne va pas gaspiller le temps précieux de celui qui l'écoute.

   Senghor, justement, écoutait beaucoup, intervenait peu, concluait brièvement. Il n'avait pas en vain été à la rude école du général de Gaulle. Quand un problème méritait une attention paticulière, le président demandait un rapport écrit complet; susceptible d'engendrer un acte décisionnel.

   A dix huit heures, il quittait son bureau, escorté de son aide de camp, et regagnait l' appartement privé, en haut du Palais. Nul, en principe, ne devait l' y déranger. Devant ses fenêtres, face à l' île de Gorée rôtissant encore au soleil, il contemplait l' océan, le manège des cargos arrivant d'autres continents, et se mettait jusqu' au dîner à composer des élégies qui l' extrayaient de la solitude du pouvoir.

   Etait-ce un " bon président"? celui qui convenait, à ce stade de l'Histoire,à son pays? Sa popularité de barde des pasteurs et des paysans de la  brousse africaine l' a déjà fait passer à la postérité. La volonté d' intègrer politiquement la Culture à l' économie du Développement ,propre à  ce Janus moderne, ne cesse depuis  trente deux ans qu 'il a quitté la vie publique de gagner du terrain.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans culture

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Gide,Pavese et l' Apogée

Publié le par memoire-et-societe

   Je devais avoir vingt deux ans. Je venais de lire coup sur coup "Le Voyage d' Urien " et " Le Bel été ". Vingt deux ans, l' âge où des lectures laissent imaginer qu'on va réellement maîtriser son destin. Ce pic de confiance, une envie aussi ardente de juguler l' ordre des choses ne peuvent durer. Mais j' étais alors capable de courir des heures en longues foulées, sans essoufflement. J' étais acquis à tous les défis, installé dans une sorte d'exaltation muette.Mes matinées me filaient entre les doigts, avec un parfum d' anis.J'étais prêt à l' élan qui instille dans l' âme la folie d' exister.

   " Cette année-là, je crois bien que je ne dormis jamais. J' avais un ami qui dormit encore moins que moi " : ainsi débute " Le Diable sur les collines ", l' une des nouvelles du " Bel été ". Nous sommes partis, mon ami Otto Hahn et moi, à la lisière de juillet, par les hauteurs surplombant de vieux villages sardes. Leurs ruelles pavées ne maltraitaient pas encore mes genoux. Le soleil faisait fondre nos mélancolies, le jazz occupait nos nuits, la fraternité irriguait nos corps bronzés et abandonnés.

   Dormir, se vêtir n' avaient plus grande nécessité. Les pentes étaient aisées et les distances théoriques, rassemblées en des espaces brûlants, ouverts au loin sur le satin bleu de la mer. Là, exactement, se situait l' apogée de nous-mêmes.

   Chacun embellit la mémoire heureuse. Mémoire de clairs de lune, de torrents et de plages, de granges et de terrasses, de sentiers, de sommes sous des fougères, de bains nocturnes et de bivouacs sur les grèves, de jardins en montagne, de remparts, de flots écumants, de crépuscules violets. De fruits lourds. De puits. De jours sans dépit.

   Nous ne distinguions plus nos désirs de la réalité. Nous voguions au hasard des îles proches, emmenés par des pêcheurs aux rides profondes. Les ruines d' un temple, un moulin isolé sur un tertre, une jetée désaffectée, toute l' euphorie méditerranéenne, introduisaient dans nos songes d' insolites méditations sur l' infini. Nous mangions, n' importe quand et n' importe où, des poissons, des olives, des melons, du fromage au piment. Nous décrètions la Loi abrogée, selon la recommandation de Pavese: " Un seul plaisir, celui d' être vivant, tout le reste est misère".Nous avions , à haute voix, proclamé l' Utopie.

   On n' a jamais vingt deux ans une seconde fois .

 

Publié dans littérature

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Noël: la réalité historique comme cadeau aux enfants

Publié le par memoire-et-societe

   L' Histoire descriptive enseigne que la France a été saignée à blanc à Charleroi, Verdun et Craonne, abandonnant derrière elle un million et demi de morts,un peuple de gueules cassées, de gazés, de jeunes veuves, de pupilles de la Nation, des régions entièrement  sinistrées  et un franc dévalué. Puis que, péniblement revenue à elle, elle s' est trouvée expulsée du cercle des grandes puissances par la débâcle de 1940 .Qu' en 1962 à Evian, la " métropole" a consacré la fin de l' Empire et l' Empire congédié une "métropole" plus soucieuse de bombe atomique et de relation franco-allemande que de rapport avec ses anciennes et lointaines possessions. Quelques impérialistes attardés tentaient encore de freiner la mutation, alors que s' amorçait l' immigration de masse des ex-colonisés nécessaires aux  " Trente glorieuses".

   Dans le jeu de bascule que fut l' entre-deux-guerres, le pays, à moitié exsangue, s' efforçait de faciliter la digestion de  sa laborieuse victoire à coups de pactes et de traités sans lendemain.  Pendant ce temps, l' Allemagne, ruinée et amère, ruminait sa revanche contre " le coup de poignard dans le dos" attribué au bolchévisme et contre une France, selon ses nouveaux maîtres, " livrée aux Juifs et aux Nègres".

   Ce résumé factuel relativise  l' appréhension d'une vérité méritant d' être complètée par des données souvent occultées et

ayant  pesé lourd en cette période : l'impact de la révolution russe de 1917, le poids de l' URSS sur la scène internationale à partir des années 20, le rôle en France de la branche locale ( le PCF) du mouvement communiste mondial (le Komintern). Autant d' éléments qui justifient de porter davantage  attention à des réalités maintenues aujourd' hui encore dans une certaine pénombre  comme l'influence concrète  exercée, sur la politique intérieure, par le parti communiste  jusqu'aux premières années de la " guerre froide ". 

   Ainsi, vers les années 27-28, le P.C prônait-il la stratégie dite "classe contre classe", qui excluait toute alliance avec la social-démocratie, accusée de collusion avec le capitalisme. Tactique qui  contribua à l'échec du Cartel des Gauches quand une fraction de la droite louchait  en direction du fascisme mussolinien et que l' ombre d' Hitler planait outre-Rhin. Puis, soudain conscient de la menace pour sa sécurité que pouvait représenter le nazisme, le Kremlin, et avec lui le Komintern, aligné, au nom de l'internationalisme prolétarien et de la " défense de la Patrie socialiste"  (l'URSS), sur les positions de la diplomatie soviétique, désignait le fascisme comme ennemi absolu, et  amorçait  au bénéfice des socialistes en titre  un pas qui a abouti deux ans plus tard au succès du Front populaire.

   Du côté de Moscou et du  PCF, les Accords de Munich (1938) ont été néanmoins perçus comme une alliance de Paris et de Londres avec l' Axe Berlin-Rome,  incitant  l' URSS, soucieuse d' éviter l' isolement, à pactiser avec Hitler. La méfiance soviétique n' était sans doute pas infondée puisque le Reich a quand même envahi la Russie. Cette mondialisation de la guerre ne pouvait laisser les USA indifférents: la coalition se nouait alors  entre Staline et les puissances occidentales. Le Komintern était dissous. Le PCF ralliait officiellement  la Résistance. Les Soviétiques endossaient l' essentiel  du conflit en termes de sacrifices humains (23 millions de morts). Pour autant, les Occidentaux entendaient liquider Hitler sans cèder un pouce de terrain au communisme. Le partage de Yalta, début 1945, était déjà gros d'une longue crise est-ouest...

   La connaissance d' un tel  "back ground", brossé à grands traits et déjà  familier aux  observateurs, s' avère, on le constate fréquemment, indispensable à l' édification de nos descendants. Offrons la leur en ces temps de Noël. Même quand elle risque de s' écarter un peu du contenu de leur livre de classe.

Publié dans histoire

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Haïti au coeur

Publié le par memoire-et-societe

   Douloureux destin que celui de cette  île des Caraïbes, victime d' une colonisation et d'un esclavage également impitoyables. Depuis le 5 décembre 1492, jour où Colomb a débarqué sur ce bout de terre nommé Ayiti  par les Taînos, ses habitants vite exterminés, le lieu, constamment ravagé par la violence, les cyclones,la famine et les épidémies, semble maudit.

   Sans entrer dans le détail, rappelons que la partie occidentale, colonie française baptisée Saint-Domingue, est devenue, suite à la révolte menée par Toussaint Louverture et à l' abolition provisoire de la servitude par la Convention en 1794, la première nation noire indépendante dix ans plus tard sous son nom d' origine, Haïti.Indépendance handicapée notamment par une incessante instabilité politique et trente ans d' occupation par l'armée des Etats-Unis(1915-34). Cette situation a trouvé sa conclusion dans la dictature en 1957 de Duvalier père, dit "Papa Doc", et la terreur engendrée par ses hommes de main, les " tontons macoutes".

   Alors a débuté l' exil de l' intelligentsia haïtienne, étonnamment nombreuse pour un pays de quelques millions d' habitants parmi les plus pauvres du monde. Trois directions principales: New york  ou  Montréal au nord, Paris évidemment,

 enfin, grâce à l' hospitalité de Senghor, Dakar au sud.

   C' est dans cette dernière ville que j' ai connu plusieurs représentants,écrivains et artistes, de l' émigration intellectuelle haïtienne dont nul ne parlait en France.Ainsi Roger Dorsinville, qui devint un excellent directeur littéraire des Nouvelles Editions Africaines. Comme auteur, il a étroitement uni dans son oeuvre (11 volumes ramassés sous le titre "Rites de passage"), Senghor et Louverture,c'est-à-dire  un fort sentiment de la nègritude et la nostalgie de la " perle des Antilles", son pays natal où il est finalement retourné mourir après  la chute de Duvalier junior en 1986.

   Même aventure pour Jean-Fançois Brierre (ami de jeunesse de Jacques Roumain, auteur du célèbre "Gouverneur de la rosée", mort à 37 ans, sans doute empoisonné) promu directeur des Arts et Lettres du Sénégal,  dont les nombreux et riches poèmes, parsemés d' images surréalistes, mêlent  le mal du pays et les références à l' Afrique-mère. Et voici encore Félix Morisseau-Leroy,issu d' une grande famille de journalistes, biographe de Dessaline, le " père de la nation haïtienne".  Traducteur de Sophocle en créole,il s'est recyclé comme professeur de lettres. Puis Gérard Chenêt, condisciple de Jacques Stephen Alexis et de René Depestre, deux romanciers ayant acquis la stature internationale, le premier avec "Compère Général Soleil" qui frôla le prix Goncourt, le second avec "Hadriana dans tous ses états " qui obtint le Renaudot.Globe-trotter de la révolte, Chenêt  finit  par se fixer il y a quarante ans à Toubab Dyalaw, au sud de Dakar, où il a créé pour les artistes africains une sorte de villa Médicis, Sobo Badé, dotée d' un poètique théâtre de verdure. 

   La colonie culturelle haîtienne, effet inattendu de la dictature, a compté également un couple talentueux d' artistes de la scène : lui, Lucien Lemoine, poète et dramaturge, avait profité de la venue à Dakar de la troupe de Jean-Marie Serreau qu'il accompagnait pour "oublier" de repartir ; son épouse, Jacqueline Scott-Lemoine, a été l' inoubliable reine de la pièce d' Aimé Césaire, "La tragédie du roi Christophe", et a joué des années, au théâtre Daniel-Sorano, Shakespeare et Ousmane Sembène, Molière et Birago Diop.

   Tous sont morts aujourd'hui, ayant gardé, imprègnée du sol retrouvé des Ancêtres, Haïti au coeur.

 

Publié dans culture

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Occident: le déclin?

Publié le par memoire-et-societe

   L' idée que l' Occident est entré dans une phase de déclin, encore relatif, ne cesse de gagner du terrain dans les opinions publiques.A ce sentiment se rattache notamment le spectacle des interventions militaires hasardeuses des Etats-Unis à travers le monde depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.Interventions qui se sont pratiquement toutes soldées par le constat de la supériorité technologique occidentale mais aussi de l' incapacité politique américaine et de l' échec humain des croisades impulsées de Washington.

  Que ce soit en Corée, à Cuba, au Vietnam, en Somalie, en Iran, en Irak ou en Afghanistan, nulle part l' US Army ne peut se targuer d' avoir emporté une victoire convaincante et définitive. Au contraire, elle a abandonné des pays poussés au  chaos, des populations hébétées devant des destructions cette fois réellement massives, des gouvernements achetés après l'élimination de  toute alternative crédible.Loin d' avoir épargné la dictature à la Corée du Nord ou l' anarchie à la Somalie, l' impérialisme, il faut bien l' appeler par son nom, les a renforcées, n' ayant rien  retenu des problèmatiques culturelles, ni même admis que les drones ne suffisent pas à vaincre des résistances populaires.

   Aussi ne s' étonne-t-on point que les libérateurs de 1945, et avec eux leurs alliés, bref tout un mercenariat ignorant et surarmé, voient leur prestige s' étioler. Le peuple américain serait las de ces interminables conflits qui lui coûtent  des enfants et des fortunes,  mais se laisse conditionner par l' image renouvelée du " méchant" ( le Jap', le communiste, le terroriste, le musulman,etc),se nourrit de l'illusion de conduire des continents à sa conception de la société,et finit par accepter qu' on tapisse de bombes des villes...à reconstruire! Cette manière de faire commence pourtant à prendre  l' eau.Le modèle de la Superpuissance est remis en question, et pas seulement dans le domaine économique et financier, qui n' est pas l' objet de ce propos mais s' affirme évidemment déterminant.

   Des déclins nationaux s' inscrivent, à titre supplémentaire, dans ce déclin global. En ce cas, rien ne sert d'être depuis des lustres un satellite docile du " gendarme du monde". Ainsi, l' Angleterre s' accroche-t-elle par là aux  souvenirs d' une splendeur défunte : une monarchie folklorique, les relents d'un Commonwealth formel, des océans partagés, un royaume lézardé de partout, ne témoignent pas de l'infaillibilité du protectorat américain. Ils sont seulement le reflet d' une politique en décalage sur l' évolution internationale et d' une dynamique de l' isolement. L' euroscepticisme, majoritaire en Grande Bretagne, et une sourde haine anticontinentale, ne font qu' accentuer le décrochage.

   Dernier carré de l'occident contesté, la fourmillière européenne.Amorcé au sud,le déclin, né de la spéculation financière, révèle une triple crise de société : crise des valeurs, consécutive au choc des référents culturels,première cause de guerres,  crise découlant de l' égoïsme des  classes  dirigeantes, de la démotivation des  cadres précarisés et surexploités, du désespoir d'un salariat mal payé et marginalisé, crise enfin des institutions où la représentation est faussée par des lois électorales iniques,paralysée par la désinvolte  intrusion  des lobbies, des  oligarchies et  des corporatismes,affaiblie par  l' utilisation contestable de l' argent public,désavouée par l' orientation générale du projet européen tel que le conçoit la technocratie.

   C' est  là aussi , à ce niveau de volonté politique, que l' Occident entier est attendu.  En redéfinissant ses fins pour contribuer à d'autres printemps sur  terre. Le déclin n' est pas fatal.

 

 

 

 

 

Publié dans actualité

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