Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

JEAN RHYS ET LE DERACINEMENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Histoire d' une femme qui a , sa vie durant, souffert de déracinement : bien que traduite en France, l' oeuvre de Jean Rhys (Ella Gwendoline Rees-Williams) y est peu lue.

Née en 1890 dans l' île de la Dominique, alors possession de l' Empire britannique, cette fille d' un médecin gallois et d' une créole d' ascendance écossaise, quitte le pays natal pour rejoindre, à 16 ans, une parente installée à Londres.
Elle tente une carrière théâtrale que son accent antillais compromet. Elle s' essaie dans le chant sans plus de succès, puis bascule peu à peu dans le milieu des demi-mondaines où se mêlent alcool, prostitution et avortements.
Abandonnée par son protecteur, elle danse dans des revues légères et pose pour des peintres. Elle s' engage en 1914 comme cantinière sur le Front où elle rencontre un parolier franco-néerlandais, Jean Lenglet, personnage assez douteux qu' elle épouse et dont elle a une fille (Rhys se mariera trois fois).

Parallèlement, elle a commencé à écrire des nouvelles qui évoquent sa région d' origine, les Caraïbes. Le romancier Ford Madox Ford la remarque, lui choisit le pseudonyme de Jean Rhys, et la publie tandis que le mari de celle-ci moisit en prison.

Tous les textes de Rhys tournent autour d' un thème central : son parcours de femme déracinée (rootless), confrontée aux brutalités de son existence (elle déteste Londres et l' Angleterre). Son oeuvre pose globalement la question de la "désorientation". Suspendue entre la nostalgie d' une terre sublimée où elle ne reviendra plus et sa répulsion pour une société corrompue qu' elle ne trouve pas la force de quitter, Jean Rhys se sent totalement rejetée
 C' est le sujet de "Voyage in the Dark" (1934), son troisième roman, écrit à Paris, qui narre la déchéance d'Anna, son sosie, avec une précision de chirurgien de l' âme. Fascinée par le Montparnasse des années 20 ( "Rive gauche", "Quartet" ), elle poursuit, de roman en roman, le voyage au bout de la solitude et du nomadisme spirituel.

Après un silence douloureux, illustré par sa dépendance au vin et au pernod, elle fait un retour remarqué en 1966 avec " La Prisonnière des Sargasses", cette algue brune qui croise au nord des Antilles, à l' écart de toute frontière et promiscuité avec le monde moderne. C' est son testament et sa consécration.

Son désenchantement viscéral confère à l' écriture de Jean Rhys la force poétique qui participe de chacune de ses résurrections. L' avocate des femmes vaincues par la vie, écrasées comme elle par la violence de son Temps, finit ses jours dans le paisible comté du Devonshire, où les vaches et les pommiers ressemblent, à s' y méprendre, à ceux de la Suisse normande. Ne l' y manquez pas.

Publié dans littérature

Partager cet article
Repost0

1969 ET 2017

Publié le par Jean-Pierre Biondi

De Gaulle et le PC en 1969, la Droite parlementaire et le PS en 2017, le rapprochement entre ces deux phases de "dégagisme" n'est pas illogique.

En mai dernier les partis dits de gouvernement ont subi une sérieuse défaite. Celle-ci ne semble pas due qu'à l'indécence morale du candidat Fillon et à l'insuffisance notoire du non-candidat Hollande. Elle correspond, et là se situe le parallèle, à une mutation de société dont la crise de 68-69 avait déjà fourni l'exemple.

Lassitude de l'opinion, retard dans la mondialisation, archaïsme des pratiques politiques, émergence d'inédites problématiques (écologie, numérique, parité), tous les ingrédients étaient réunis pour ce coup de balai renouvelé.

1968 aussi avait fait deux victimes : De Gaulle, bien sûr, qui a dû un an plus tard laisser la place à un libéral moderne, Pompidou, tourné d'avantage vers le néo-capitalisme financier que vers la grandeur patriotique. Le Partie communiste ensuite qui, trop soucieux de ménager un gaullisme utile à la diplomatie soviétique, a entamé un déclin que ni le score de Duclos en 69 (20%) ni l'Union de la Gauche négociée avec Mitterrand n'ont pu stopper.

Le capitalisme ne connaît pas d'états d'âme. Quand ses garants ne font plus l'affaire, il s'en cherche d'autres au prétexte de l'efficacité économique. Le neutralisme gaulliste devient-il contre-productif, on lui met dans les pattes des technocrates éprouvés comme Pompidou et Giscard. Les gesticulations sarkozistes finissent-elles par indisposer la Finance, on lui substitue un peu de guimauve socio-libérale, le temps de trouver mieux. On prépare le coup d'après, qui va permettre une redistribution fiable des rôles.

Républicains (ex-UMP) et Socialistes ont été en 2017 renvoyés à la case départ en vertu d'un opportun mais justifié ras-le-bol. Macron, c'est Pompidou junior, banquier comme lui. Voilà le syndic fiable !

En 1969, rappelons le, l'Entreprise s'était rendormie sur ses deux oreilles. 2017, c'est 1969, les barricades (de 68) en moins, le terrorisme en plus. Pompidou avait négocié l'indépendance de l'Algérie. Le jeune Macron a l'air doué : ne pourrait il pas un peu arranger les embrouilles avec les Arabes créées par Bush en Irak et prolongées par Sarkozy en Libye ?(1) C'est que les élections de 2022 vont venir vite... La Finance, dont parlait si énergiquement Hollande avant son quinquennat, a besoin d'y voir clair.

 

(1) Emmanuel Macron a effectué une (première ?) visite au Moyen-Orient et offert de jouer les intermédiaires entre l'Arabie et l'Iran au Liban sous le regard vigilant d’Israël.

Publié dans politique

Partager cet article
Repost0