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Et le génocide ouvrier ?

Publié le par memoire-et-societe

On traque donc le génocide : africain, indien, aborigène, mahori, arménien, juif, tzigane, bosniaque... Excellente initiative qui n'interdit d'ailleurs ni la pérennité du phénomène (Rwanda, Cambodge) ni la relecture de l'Ancien Testament ou fourmillent les purifications ethno-religieuses.

Pour autant, le génocide ne se limite pas au massacre immédiat d'une population. Il a revêtu dans l'Histoire humaine d'autres formes, d'atrocité variée, qui aboutissaient au même résultat: l'élimination physique plus ou moins programmée de masses d'individus sur des bases non seulement raciales mais aussi économiques et sociales.

Ainsi des ouvriers en Europe à partir des débuts de l'industrialisation. Horaires exténuants, y compris pour les femmes et les enfants, taudis, tuberculose, silicose, dangerosités du travail, la mortalité dans la condition ouvrière (jusqu'au début du XXème siècle l'espérance de vie y excédait  rarement 40 ans) illustrait l'extermination organisée d'une main d'oeuvre sacrifiée, toujours renouvelable, toujours renouvelée.

En Angleterre, en Allemagne, en France, en Russie, cela a duré des décennies et des décennies ponctuées de révoltes, d'émeutes, d'insurrections (1848,1871) écrasées dans le sang. Après la Commune, on ne trouvait plus un chaudronnier ou un cordonnier à Paris.

On peut néanmoins douter que nos "représentants" pensent voter quelque loi à ce sujet. Il n'est pas d'usage de faire le procès de sa propre classe. Les "damnés de la terre" ne sont pas, il est vrai, porteurs de vertus nationales en temps de paix. Ils sont morts ainsi qu'ils ont (peu et mal) vécu. Méprisés puis oubliés dans les replis de la mondialisation qui s'est trouvée ailleurs des machines humaines à produire du charbon, de l'acier et de la plus-value.

Chez nous en France, le peuple ouvrier est passé de mode. Il a cessé de cheminer dans le sens de l'Histoire. Ses immenses cimetières n'inspirent plus les tribuns. Ce génocide-là est particulier : il est amémoriel.

 

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La "dédiabolisation" en marche

Publié le par memoire-et-societe

L'un des phénomènes politiques actuels -encore peu analysé par les médias- est le rapprochement du Front national, version rénovée, et d'une partie de la Communauté juive française. Il y a déjà un moment que, dans le cadre de la "dédiabolisation" de son parti, Mme Le Pen adresse des oeillades appuyées (voir l'interview accordée au journal "Ha'aretz" en janvier 2011) à l'électorat juif et à l'Etat d'Israël, base imaginable d'une croisade anti-islamique occidentale  (1).

Plusieurs évènements sont venus confirmer une démarche qui ne fait cependant pas l'unanimité tant à l'intérieur du Front qu'au sein de la Communauté, et montre en l'occurrence que chacun joue gros :

    - en voyage "exploratoire" aux Etats-Unis début novembre,Marine Le Pen a rencontré,dans les locaux de l'O.N.U à New York, Ron Prosor, diplomate israélien qui, quoiqu'ait ensuite prétendu Tel Aviv, a posé un geste politique parfaitement calculé. Au cours du même déplacement, la dirigeante du F.N s'est rendue en Floride pour s'y entretenir avec William Diamond, l'un des plus influents membres de l'"American Israel Public Affairs Committee" (AIPAC), principal lobby sioniste des U.S.A. Dans la foulée, Marine Le Pen a rendu visite à Guido Lombardi, du "Tea Party", organisation néoconservatrice en relation avec "Yisrael Beiteinou" du sulfureux Liebermann.

     -quelques jours plus tard, le numéro 2 du Front, par ailleurs compagnon de Mme Le Pen, Louis Aliot, s'envolait pour Israël en compagnie de Michel Thooris, policier de profession et candidat aux prochaines législatives au titre des "Français de l'étranger".A cette occasion, les deux hommes ont établi un contact avec des "homologues" israéliens. Ils sont également allés en Cisjordanie, dans les colonies d'Eli et de Shilo, alors que le Quai d'Orsay venait d'y condamner la construction de nouveaux logements pour les colons.

En France, l'offensive de "charme" était relayée par l'avocat d'extrême droite Goldnadel, président de France-Israël et membre éminent du C.R.I.F  (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), homme qui passe pour l'agent de liaison entre les ultras agissant aux deux bouts de la Méditerranée.

Quant à la stratégie dédiabolisante du Front, destinée à sortir celui-ci de la solitude, elle cible ainsi plusieurs catégories précises de citoyens:

    - les "classes populaires" par une succession de discours "ouvriéristes",comme à Metz le 11 décembre, et la réduction des socialistes à une caste de carriéristes bobos totalement coupés des difficultés de la masse des Français.

     -la classe moyenne qui a largement voté contre le Traité européen de 2005 et demeure hostile aux ukases de la bureaucratie bruxelloise.

     -des juifs plus ou moins inquiets pour leur sécurité au milieu d'une population musulmane solidaire des Palestiniens. (Ainsi une "Union des Français juifs", de création récente, appelle-t-elle à voter Le Pen).

Ces choix ont un but évident: isoler l'islamisme, véhiculé, répète le Front, par l'immigration et renforcé par la mondialisation. De ce fait, la politique internationale du F.N s'inscrit en cohérence avec les projets sionistes (plan Ynon de balkanisation systématique du monde arabe) et la prospective planétaire des néo-conservateurs américains tendant à rétablir le monde judéo-chrétien et la race blanche dans leur suprématie battue en brèche par l'altermondialisme, l'émergence et l'"autodétestation gauchiste". Rien n'est inventé: l'analyse figure noir sur blanc dans les rapports et études concoctés dans des instituts, universités, centres de recherche et autres "think tank" comme l'American Institute for Public Policy Research, John Hopkins University ou le Jewish Institute for National Security.

Il est donc bon de savoir que, désormais, les alliés du F.N en voie de dédiabolisation sont MM.Richard Pearle et Liebermann.La logique y trouve son compte.

 

(1)Richard Pearle. "A clear break: a new strategy for securing the Realm" (Institute for Advanced Strategic and Political Studies". Washington and Tel Aviv 1996)

 

 

 

 

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La vieille Europe et la mer

Publié le par memoire-et-societe

Comme prévu (voir blog "Exploser l'euro" du 22 novembre dernier), l'Angleterre s'est désolidarisée du projet  de sauvetage européen approuvé le 9 décembre par les 26 autres pays membres de la CEE.

Dans le cas contraire,le Premier britannique risquait d'être désavoué par le Parlement ou dominent,malgré les travaillistes et les démocrates-libéraux, les conservateurs eurosceptiques, et par l'opinion publique (une large majorité d'Anglaises et d'Anglais sont hostiles à la construction européenne). Le fond du problème n'est donc pas le choix personnel du chef du gouvernement : c'est le pays lui-même.

L'opposition au continent a des racines historiques et des motifs conjoncturels :

     -depuis des siècles la hantise de l'Ile est une alliance franco-germanique qu'elle perçoit comme un danger direct pour son influence politique, son commerce international et son identité culturelle. G. Pompidou, à la différence du général de Gaulle, avait soutenu (comme contrepoids à l'Allemagne...) l'entrée en 1973 du loup, ou du lion si l'on préfère,britannique dans la bergerie des six fondateurs du traité de Rome. Ce ne fut dès lors qu'obstructions,remises en cause,exigences de dérogations et de privilèges,litiges subalternes et incessantes contestations,Mme Thatcher allant jusqu'à réclamer le remboursement de la contribution financière du Royaume Uni. Il aura donc fallu 38 ans et une crise existentielle pour que le Continent se résolve à l'idée d'une Europe à deux vitesses et à la préférence d'une perspective fédérale plutôt qu'à la stagnation dans le libre échange.38 ans pour admettre que l'Angleterre a deux priorités:l'alliance atlantique, c'est-à-dire l'adéquation de sa diplomatie à la politique américaine, et la sauvegarde d'un Commonwealth qu'elle ne maîtrise d'ailleurs plus. Ensemble de considérations stratégiques agrippées à la City comme à une planche de salut, où le continent européen ne peut figurer que comme un intrus. Du coup, l'anglomanie régnant dans l'entre-deux guerres chez les dirigeants français s'est-elle volatilisée...

     -le monde anglo-saxon vit une poussée de francophobie (et de germanophobie par la même occasion) particulièrement forte. Ce mélange récurrent de dépit et de dédain, stimulé par la percée de l'euro, se matérialise quotidiennement dans les tabloïds londoniens,ou tout ce qui rappelle les "grenouilles" est d'emblée ridiculisé et dénigré. Quitte à traverser ensuite la Manche pour aller se faire convenablement soigne (1). Aux U.S.A maintenant, les Français sont, pour l'homme de la rue, l'objet de préjugés peu flatteurs : ingrats(c'est-à-dire désobéissants), non fiables, colonialistes et prétentieux. Quant à la France proprement dite, "pays secondaire",  parlant "une langue morte", elle a le front de songer à jouer avec les Grands. N'évoquons pas les nations de la zone Pacifique : tout ce qui touche aux Gaulois et aux Papistes est depuis longtemps indésirable de ce coté-là de la planète, amplifiant ainsi les sentiments de la lointaine mère patrie.

Cette animosité peut avoir cependant son effet positif:inciter à une accélération de l'intégration continentale dans un univers désormais multipolaire. La liberté pour l'Europe réelle de se réorganiser permettra alors  de nouer de nouvelles relations avec les Emergents et de se dégager du modèle atlantique dominant. Bonne croisière de haute mer pour David Cameron.

 

 

(1)L'arbitrage de la finale de Coupe du monde de rugby ou les Français  se sont vus ouvertement volés au profit de la Nouvelle Zélande est à cet égard un épiphénomène sans doute anecdotique, mais malgré tout significatif.

 

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Le "peuple inventé"

Publié le par memoire-et-societe

Newt Gingrich, 69 ans, donné favori pour l'investiture républicaine à l'élection présidentielle américaine de novembre 2012,a qualifié récemment le peuple palestinien (11 millions de personnes dispersées par le monde) de "peuple inventé". Président de la Chambre des Représentants de 1995 à 1999, Gingrich reprend le propos de l'ex-premier ministre d'Israël Golda Meir qui déclarait en 1969 que "le peuple palestinien n'existait pas".

La thèse du politicien américain est que la population vivant en Palestine lors de la création de l'Etat d' Israël (1948) fait partie d'une communauté plus large, la "communauté arabe", et a donc le loisir d'aller "dans plein d'endroits". Newt Gingrich est diplômé d'Histoire de l'université Emory d'Atlanta (Géorgie).

Certes,la Palestine (nom venant du grec ancien) arabo-musulmane ne remonte " qu'au XIIIème siècle", au temps de l'Empire ottoman. Que dire alors de l'invention du "Caucasien" (l'Américain blanc) apparu au XVIIème seulement avec le célèbre "Mayflower" (1620), sur un continent déjà occupé ? M.Gingrich ne le dit pas.
Ce professeur de vertu et néanmoins businessman,laudateur des valeurs morales famille-travail-patrie, élu inamovible des quartiers racistes du sud d'Atlanta,est,selon la presse américaine même, un personnage qui traîne derrière lui un lot déjà respectable de casseroles : combine pour éviter le Vietnam,histoires d'adultères peu reluisantes alors qu'il instruisait au Congrès contre Bill Clinton au sujet de l'affaire Levinsky, amende de plusieurs centaines de milliers de dollars pour fraude fiscale,obscures relations avec le milliardaire australien Rupert Murdoch, propriétaire de la maison d'édition Harper Collins qui publie des livres de Gingrich à prix d'or.

On peut manifester quelque perplexité devant l'éventuelle installation à la Maison Blanche d'un homme qui se place au niveau d'Avigdor Liebermann, leader du parti extrémiste Yisrael Beiteinu, ancien videur de boites de nuit aujourd'hui ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tel Aviv.

L'électeur juif américain de bonne foi ne ressentira-t-il point comme une marque de mépris à son égard la surenchère démagogique irresponsable du candidat Gingrich, incitation à un désespoir qui peut en effet conduire au regain du terrorisme. Suffirait-il donc de nier l'existence de l'Autre pour obtenir des suffrages ? l'Etat d'Israël existe,dans des conditions déterminées avec précision par la communauté internationale. Le peuple palestinien existe,privé d'Etat mais pas de drapeau puisqu'il flotte devant le bâtiment de l'Unesco, selon des réalités forgées par l'Histoire.

Grand fantôme entassé depuis 63 ans dans des camps,spectre emmuré dans les ruines de Gaza,ombre évincée de ses terres par une colonisation illégale, le "peuple inventé" de M.Gingrich inaugure un régime inédit : la démocratie sans peuple.

 

 

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Le Parti ? encore utilisable ? (2)

Publié le par memoire-et-societe

Dans le dernier article de ce blog était posée la question de la légitimité du parti politique quand le potentiel militant préfère s'investir dans le monde associatif. La réflexion mérite prolongation dans la mesure où une critique prend pleinement sa valeur en se concluant par un volet constructif.
Les partis actuels -et cela est valable pour les écolos vite adaptés aux magouilles d'appareil- se confirment inaptes à dépasser l'horizon de l'élection et de la fringale de places. Avec eux, la vie politique n'est plus que derbys entre "écuries" dont on cherche, sous la casaque fluorescente, les référents théoriques durables.

Les inévitables déceptions des supporters sont alors réduites à des paris manqués, rattrapables le coup d'après. J'entends déjà l'objection : "sans les partis, aussi imparfaits soient-ils, comment faire émerger les propositions et les compétences nécessaires à la confection de lois ?"

En énonçant, pour commencer, un minimum de règles "déontologiques" susceptibles d'établir la confiance dans l'action des hommes publics :

     la responsabilité politique n'obéit à aucun plan de carrière ni caractère héréditaire. Elle n'est qu'une délégation momentanée, pas un "métier".

     selon cette logique,toute charge élective (d'une durée uniforme, du maire au président de la République) ne peut faire l'objet que de deux mandats successifs, non cumulables, avec limite d'age.
     l'exercice de mandat électif n'ouvre pas vocation à être ensuite recasé dans l'un des clubs choisis de la République (Sénat, Conseil économique, tour "extérieur" du Conseil d'Etat ou de la Cour des Comptes, Comités supérieurs et Hauts

Conseils multiples et variés, grands consommateurs d'argent public).

     le nettoyage des étables partisanes ( Bouches-du-Rhône et Pas-de-Calais par ci, Hauts de Seine et Essonne par là) est à fortement encourager; la tradition du parachutage électoral du dirigeant "national" parisien contre l'avis des adhérents locaux à proscrire soigneusement.

Deux voies vers une représentativité authentique vaudraient dès lors la peine d'être explorées:

     la transmission directe des revendications des gouvernés à des médiateurs spécialisés indépendants des pouvoirs politiques et économiques dominants pour chaque problématique sociale(un exemple en passant : le surendettement).

     une plus grande perméabilité de l'action des gouvernants aux doléances des gouvernés sans les éléments qui fondent les hiérarchies (discours codé, absolu du diplôme, corporatisme, puissance des lobbys) en vue du développement de la fluidité sociale et du tarissement de la reproduction oligarchique.

Effacement, rénovation ou refondation, l'avenir du concept "parti" se place aujourd'hui en tout cas au coeur des attentes d'une société affamée de transparence.

 

 

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Le "Parti" ? encore utilisable ? (1)

Publié le par memoire-et-societe

Le sociologue Pierre Bourdieu a osé remettre en cause, dans son essence et son exercice, une institution aussi sacrée que l'Ecole de la République. On pourrait procéder de même pour ce qui concerne un autre tabou de nos démocraties, le Parti politique. Moment, il est vrai, mal choisi en temps de campagne électorale tous azimuts:sa critique n'est à l'ordre du jour ni à gauche ni à droite ni entre les deux. Pour autant, son rôle mériterait d'être interrogé à la lumière de la mutation actuelle de la société française, et pas uniquement sous l'angle d'Internet.

Depuis l'époque révolue où un parti comme le P.C représentait pour ses militants la justification de leur existence au sein d'une communauté close, le mode d'organisation partisan s'est en effet profondément transformé. De fin en soi, la bonne carte est devenue un moyen, plutôt rémunérateur, parmi d'autres.

Pendant que le débat national se concentre sur la nature économique du système, opposant libéraux et dirigistes,la tentation est alors  forte de se tourner vers les réalités qui renvoient à d'autres clivages. Pas pour s'attacher à la portée éventuelle de nouvelles recettes de "management" de l'opinion:on n'aboutit, dans ce cas, qu'à une dégradation supplémentaire de la crédibilité politique. C'est dans le procès plus vaste de la soumission de l'Etat à la marchandisation qu'il convient d'inscrire la dénonciation du Parti, élément soi-disant indispensable d'un bon fonctionnement démocratique. Quand une organisation se fait complice d'une dérive des services publics en instruments desservant l'intérêt public, elle impose aux citoyens le devoir de se défendre.

C'est le cas pour le P.S comme pour les partis de droite depuis la naissance de la 5ème République. Ce sont ces partis, par leurs structures, leurs pratiques, leur coût vertigineux pour la collectivité, sans élimination d'ailleurs des phénomènes de corruption, la sélection élitiste de leurs dirigeants, qui ont mué des supports théoriquement idéologiques en commerces de non proximité. Adossés confortablement à la société de consommation, ils se consacrent à dénicher les clientèles qui les feront subsister. Leur unique nécessité est électorale.

Dès lors, d'autres mécanismes de concertation et de proposition deviennent indispensables dans l'élaboration d'un choix de société. S'il est évidemment impossible de livrer une formule magique,quelques pistes peuvent être néanmoins évoquées telles que la création d'espaces de participation citoyenne à l'abri des sphères institutionnelles et des influences de classe,celle de mobilisations autour d'expérimentations sociales actualisées et d'aires de solidarité échappant justement au contrôle d'appareils partisans.

Les "démocrates sincères" n'ont pas à garantir les privilèges d'une oligarchie dont la motivation est d'abord de pérenniser un système essoufflé et de rassurer des agents publicitaires employés à plein temps à fourguer une société bricolée.

Bourdieu, au secours, ils vont finir par installer Marine !

 

 

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L'ethnisme et le Marché

Publié le par memoire-et-societe

L'un des nombreux effets de la mondialisation marchande semble bien le développement des communautarismes, réflexes spontanés devant le risque d'engloutissement identitaire. Plus se multiplient les échanges de tous ordres, s'internationalise la gestion des sociétés, et plus s'affirment la tendance au repli sur une minorité, la solidarité prioritaire avec un groupe restreint. Il y a là,à la fois,un paradoxe et une logique:peur d'être noyé dans le magma des états-nations (près de deux cents à l'O.N.U), sentiment d'être le jouet d'institutions perçues comme de menaçantes bureaucraties(CEE, FMI, OMC, OCDE, etc.), étrangères en tout cas au citoyen de base.

Du coup, l'ethnisme et, proche de lui, la xénophobie, gagnent-ils du terrain en tant que refuges,souvent illusoires et anachroniques,parfois tragiques. Quand, par exemple, des Corses écrivent IFF (les Français dehors) sur les murs, cela peut s'inscrire dans un héritage irrédentiste qui a nourri le mythe littéraire du bandit d'honneur. Quand ils abattent froidement un pompiste marocain parce qu'il occupe un emploi sur l'île, cela devient méprisable.

Ces ethnismes illustrent par ailleurs la mauvaise conscience de diasporas cherchant à compenser, dans la  surenchère nationaliste, leur installation plus ou moins ancienne dans "l'exil" et la fatalité du non-retour. Situation qui place les communautés dans une condition schizophrénique où  la nostalgie d'une patrie éloignée et sublimée s'oppose aux réalités du pays vécu. Ainsi apparaissent des "expatriés de naissance" : franco-algériens sifflant "La Marseillaise", juifs héroisés par leur participation à l'armée israélienne. La politique de chaque camp, relevant apparemment de l'inspiration divine, induit ainsi une obéissance quasi mystique à une inconditionnalité sans faille...

Ces constats désabusés découlent en partie de la mondialisation sauvage qui jongle avec les concepts rendus parfaitement modulables d'altérité et d'identité. Le Marché a besoin d'acculturation, c'est-à-dire de ce qui en fait contrarie l'ouverture et le dialogue véritables L'intolérance ethnique lui rend quelque part service.

 

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