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POUR UNE REPUBLIQUE MIEUX REPUBLICAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai grandi parmi des républicains fervents, tant du côté maternel que paternel. A la maison, le régime ne se discutait pas : il était la voie offerte, grâce à l' Ecole laïque, à la promotion du Citoyen. ll incarnait le Progrès.

Ma grand-mère m' a enseigné, dès mon plus jeune âge, le martyrologe des héros-enfants de la Geste historique : Joseph Bara (14 ans), le tambour immortalisé par le tableau de David, Joseph-Agricol Viala (13 ans), célébré dans "Le chant du départ" puis par Victor Hugo (" L' année terrible"), Pierre Bayle (11 ans), autre tambour, tombé, celui-la , dans les rangs de l' Armée du général Dugommier. Légendes d' une épopée un peu délavée. Médaillons d' une Institution devenue le cri de ralliement des discours électoraux de droite comme de gauche: " Vive la République et vive la France! ".

Fille de paysans, ma grand-mère gardait la certitude que la fin de l' illettrisme réglerait la question sociale. L' ivresse révolutionnaire était dissipée. Restauration, Second Empire, Vichy, Algérie, passons. On retient plutôt de Marianne le sage profil de nurse veillant sur le pays sous un amas de dorures soigneusement entretenues, et conviant désormais, une fois l' an, les Français d' en bas à faire la queue pour admirer leur propre patrimoine, ordinairement réservé à la poignée de privilégiés qu' ils élisent en ronchonnant. 

Simplement, le coût de notre bonne Fée est hors norme. L' équivalent, insinue la Cour des Comptes, de celui de la Couronne britannique. La France serait-elle une république monarchiste qui s' ignore? On s' interroge. On a coupé la tête de Louis XVI, mais on ne s' est pas défait du souvenir grandiose du Roi Soleil. Ainsi avons-nous pu voir défiler, depuis un demi siècle, sous nos yeux nostalgiques, un faux aristo, un prince se disant socialiste et mystique, un roi fainéant nobelisable et deux petits marquis à talons rouges, avant d' essayer Jupiter en personne. Les Français, en tout cas certains d' entre eux, n' ont pas, pour autant, l' air ravi.

Chère et vieille République,                                                                                                              Tu cherches des économies. Bruxelles t' épie. Tes jeunes sont chômeurs. Tes industries ont le hoquet. Tes paysans gémissent. Le maintien de ton séculaire décorum vaut fortune. Puisqu' après tout, l' Etat "c' est nous", supprime, par exemple, ton Sénat, dont chacun sait bien qu' il ne sert, comme cent autres sinécures, qu' à recaser de vieux copains et copines. Mets la résidence versaillaise de "La Lanterne" en location à la semaine. Réduis le nombre et le prix des "missions d' étude" de tes ministres et hauts fonctionnaires. Négocie avec Trump l' usage des Champs-Elysée pour la Fête nationale américaine. Vends le fort de Brégançon par appartement. Il y a encore largement de quoi gratter. Prends exemple sur la chancelière d' Allemagne et les rois -oui, les rois- de Scandinavie. Ils ne manquent pas d' argent de poche, eux. C' est ton anachronique folie des grandeurs qui gâche la soirée. 

En un mot, avoue que ta République pourrait être républicaine autrement. Moins oligarchique, moins gaspilleuse d' argent public et plus généreuse avec les sans-culottes, moins salonnarde et plus attentive aux mal logés, moins contente de toi, même si personne ne se déclare antirépublicain. 

" Vive la République ! " aurait de toute façon conclu ma grand-mère.                                        

 

Publié dans société

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LA MONDIALISATION CONTRE L' INTERNATIONALISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jusqu' à la fin de la "guerre froide" , le mot d' internationalisme, opposé à celui d' impérialisme, se référait principalement au "mouvement ouvrier". Cet internationalisme était une composante fondamentale de la théorie socialiste, incarnée dans des organisations successives : l' "Association Internationale des Travailleurs" (A.I.T) ou Première Internationale (Londres,1864), la Seconde, social-démocrate (Londres,1889), la Troisième, communiste (Moscou,1919), puis la Quatrième, dite précisément communiste-internationaliste (Paris,1938). Sans omettre la "Deuxième et demi", marxiste unitaire née à Vienne, ni la résurrection d' une A.I.T de tendance libertaire qui a vu le jour à Berlin. 

L' internationalisme ouvrier, aujourd'hui en hibernation, se revendique d' une action collective de classe dont la finalité est l' abolition des frontières étatiques bourgeoises et l' instauration de la solidarité des peuples. Perspective idéaliste compromise par deux guerres impérialistes et une scission ouvrière qui, en dépit de la révolution bolchévique de 1917, ont renforcé le capitalisme.

Ce recul historique s' est accompagné de l' émergence d' un internationalisme institutionnel (Société des Nations en 1920, Organisation des Nations Unies en 1945, Traité européen de 1957) visant la gestion de la planète par la coopération multilatérale. Le système s' est cependant vite transformé en tremplin d' un libéralisme prônant la circulation, hors de toute règle, des marchandises et, surtout, des capitaux. Cette mondialisation, d' inspiration américaine et d' essence marchande, implique en fait l' interdépendance des économies, l' intensification d' une concurrence faussée à la base, bref la domination d' un Centre capitaliste se prémunissant contre toute tentative révolutionnaire.

Ironie de l' Histoire, l' universalisation du Marché par les Multinationales aboutit à défier les structures étatiques qui ont jugulé l' internationalisme ouvrier. C' est que cette mondialisation s' exprime dans un processus inexorable de dictature bancaire enjambant les frontières et se gaussant ouvertement des souverainetés nationales. Là où, autrefois, les Etats hurlaient à la trahison de la Patrie par l' internationalisme ouvrier, ne règne plus qu' un silence à peine rompu par les éclats d' un terrorisme mondialisé lui aussi. Seul, le fanatisme religieux semble trouver la détermination suffisante pour affronter la Finance.

 De cette jungle ne peuvent alors surgir, sous couvert de démocratie et de liberté, que nationalismes et racismes, et qu' un populisme pour tenter de répondre à la déliquescence du pouvoir politique devant l' Argent. Ils sont déjà tous à l' oeuvre parce que les immigrations anarchiques, les disparités sociales et fiscales, les délocalisations, le chômage, le réchauffement climatique, sont bien les effets d'une recherche permanente du profit immédiat, autrement dit le contraire d' un véritable internationalisme. Subsiste le déplacement erratique de la misère humaine sous l' égide de Firmes géantes hantées par la peur de la Paix et le ralentissement du business...

Publié dans politique

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CONFUSIONS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le "politiquement correct", actuellement en vogue, consiste en la substitution, à certains termes jugés agressifs, d' expressions ou périphrases plus urbaines. La pratique n' est pas sans risque, car source parfois de polysémie et de confusion.

Ainsi," ethnisme" peut-il faire écho à une intention nationaliste, ou "insularisme" introduire un sous-entendu séparatiste. Ces mots sont troubles.

Ferdinand de Saussure a, au début du siècle dernier, ressuscité dans son "Cours de linguistique générale", le terme d' ethnisme depuis longtemps employé en Europe orientale. Certains y ont vu une reformulation de "racisme". Ce n' est pas erroné dans la mesure où l' ethnie, se revendiquant du communautarisme (politique, religieux, linguistique) s' efforce d' exclure de son sein tout élément extérieur. Elle entre dès lors en conflit éventuel avec l' "impur", en l' occurrence le reste d' une société dont ladite ethnie peut constitutionnellement relever.

On sait quels ravages engendre aujourd'hui encore l' ethnisme en Afrique et en Asie. Autant le sauvetage d' une identité culturelle est-il souhaitable, autant les dérives de l' ethnisme replié sur lui- même engendrent-elles des fléaux dont l' humanité pourrait se dispenser.

De père corse, de mère béarnaise, qui suis-je ? leur mère étant Alsacienne, à quelle "ethnie" appartiennent mes enfants? et mes petits enfants, y ajoutant de l' Auvergnat et du Bourguignon?

L' insularisme représente un autre risque de situation conflictuelle : l' équivoque entre ce concept et le fait d' insularité. L' insularisme lui aussi est un choix qui entend marquer une distanciation isolant la population  sur un espace fermé. Ce faisant, il peut non seulement marginaliser le territoire eu égard à l' évolution générale du monde, mais également affaiblir un ensemble plus large et remettre ainsi en cause des équilibres géo-politiques sensibles. Le pointillisme étatique satisfait en majorité des ambitions personnelles.

L' insularisme, sauf à se résigner à un rôle folklorique, se met alors en travers d' un mouvement de l' Histoire qui tend à la formation de blocs quasi continentaux. Scission vaine, acte d' une résistance sans vraie perspective, dont le propos, s' absentant des réalités, ne nourrit qu' un repli anachronique et anecdotique. De là vient le trouble : de la confusion entre un état objectif (l' insularité) et sa connotation idéologique ( l' insularisme).

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DEFI

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La jeunesse est-elle en train de lancer à la société française un défi qui l' interpelle dans ses fondements ?

Une partie, issue souvent de l' immigration, récuse l' intégration : refus de la scolarisation, retrait civique, rancune contre l' ancienne colonisation, attirance pour le djihadisme, sont là pour l' illustrer.

Parallèlement, un mouvement de remise en cause paraît éloigner du corps social une fraction des nouvelles élites intellectuelles séduites par des modèles étrangers moins englués dans la bureaucratie et le conformisme.

Les deux branches, quoique différemment positionnés sur l' échiquier social, se rejoignent cependant dans leur attente d' une mutation rendue nécessaire par la mondialisation et ses effets. Des notions séculaires se voient remises en question : études, carrières, "installation",  pour les uns, ordre immuable, hiérarchisations culturelles, discrimination implicite, pour les autres. Liberté et justice sont devenues des exigences prioritaires et consensuelles.

On est en particulier frappé par le détachement progressif des diplômés qui, leurs cursus à peine achevé, s' expatrient, arguant qu' ils trouvent dans des contrées "neuves" et lointaines les espaces d' innovation et de mobilité que limitent les structures sclérosées et les législations paralysantes de leur pays d' origine.

Cette émigration sans fracas, ce glissement, mentionnent en réalité un fait de société qui  s' exprime de temps à autre par une brève éruption, un sursaut plus proche de la jacquerie que d' un changement conséquent : émeutes de banlieues, infiltrations de casseurs dans les défilés, mouvements de contestation collective du genre "Nuit debout" ou "Notre Dame des Landes". Les concerts de rock rassemblant des foules impressionnantes communient à leur façon  avec cette marginalisation protestataire où les slogans "antiflic", le mariage pour tous et le métissage des cultures font voler en éclat les préjugés bourgeois, les tabous chrétiens et les modèles parentaux...

Les palmarès universitaires publiés annuellement par les magazines américains, entachés de manipulation et de chauvinisme, n' ont , on le sait , aucun sens. Aussi, quand l' Ecole Polytechnique est reléguée par eux au ènième rang des établissements d' enseignement supérieur alors que mathématiciens et ingénieurs français sont recherchés dans la Silicone Valley , on s' en inquiète moins que du déficit de professeurs de sciences dans les lycées hexagonaux . C' est que la fuite de cerveaux formés avec l' argent public traduit ici la relation dégradée de sa jeunesse à la Nation.

Lorsque  Emmanuel Macron parle donc de "révolution", on espère qu' il songe notamment à un reclassement des valeurs susceptibles de retenir sur place ceux qui détiennent une faculté de rénover et de créer.

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RETOUR A MIREILLE BALIN

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La libération de Paris, en août 1944, fut un immense combat festif. Il a fait l' objet d' une masse considérable de films et de publications diverses.
Je l' ai vécu une semaine, de bout en bout, âgé de 15 ans, alors que mon père se trouvait au camp de déportation de Mauthausen. La fête n' a cependant pas été exempte d' excès qui dévoilent la fragilité, en période troublée, d'une société réputée civilisée. Ainsi, un jour, en haut de la rue La Fayette, ai-je vu, encadré de "héros" armés plus ou moins récents, les protégeant des coups et des crachats d' un peuple se muant en populace, errer un groupe de femmes tondues presque nues, hébétées, des croix gammées peintes sur les seins et sur le ventre: elles avaient "couché avec les Allemands". Cette exhibition de "poules à boches" m' a semblé déshonorer en priorité les tortionnaires de ces malheureuses. Je n' ai plus oublié l' image d'une aussi sordide dégradation, laquelle ne pouvait, par ailleurs, en rien  venger les horreurs subies au camp par mon père et ceux de ses compagnons revenus en vie.

Aujourd'hui, on apprend que certains Archives étant accessibles, paraîtra en 2018, une biographie "complétée" de Mireille Balin, nom que j' associe instinctivement aux "tondues" de la rue La Fayette. 

Blanche, dite Mireille, Balin, a été, entre 1933 et 44, la vedette française de cinéma la plus populaire. Issue d' une famille bourgeoise désargentée, elle a débuté dans la vie comme vendeuse. Repérée pour sa beauté et son élégance naturelle par le couturier Jean Patou, elle est peu de temps mannequin avant d' être engagée par le célèbre cinéaste autrichien Pabst, venu tourner le film "Don Quichotte" en France. Dans les années suivantes, Mireille Balin enchaîne les succès : "Pépé le Moko", "Gueule d' Amour", "L' Enfer du jeu", etc. On lui prête plusieurs liaisons : le boxeur Young Perez, le député Raymond Patenôtre, Jean Gabin, Tino Rossi. Pendant l' Occupation, elle tombe, comme Arletty et Corinne Luchaire de leur côté, amoureuse d' un officier de la Wehrmacht, Bir Destok.

A la Libération, se sentant menacé, le couple tente de fuir vers l' Italie. Il est intercepté par des FFI qui abattent Destok et violent l' actrice. Elle ne se remettra plus de ce traumatisme. Incarcérée trois mois à la prison de Fresnes, puis libérée faute de chef d' inculpation, elle trouve refuge sur la Côte d' Azur où, privée de ressources, elle sombre dans l' alcool.

Elle ne revient à Paris qu' en 1957, malade et sans emploi. Une Association de secours aux comédiens, "La Roue tourne", prend alors en charge la vamp n° 1 d' avant-guerre. Elle survit ainsi, de maison de retraite en hospice, jusqu' à sa fin misérable à l' hôpital Beaujon de Clichy, en 1968. Aucune personnalité du cinéma ne vient assister à son inhumation, au cimetière de Saint-Ouen. Fernandel et Tino Rossi ont toutefois participé au financement de sa tombe, pour  éviter la fosse commune à celle qui avait fait rêver une génération.

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SUR LE POUVOIRISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' Histoire permet de croiser d' authentiques "pouvoiristes". Ni de droite ni de gauche. De droite, puis de gauche, ou inversement. Tendus en permanence vers leur objectif, enfermés dans une stratégie qui y conduit sûrement. Prônant le droit de se contredire et le devoir de l' interdire, doublant l' indulgence d' intransigeance, la démagogie de l' opposant de la jalousie du dirigeant.

En fait, la passion du pouvoir a quelque chose de pathologique. Ne m' ayant jamais effleuré, elle m' a toujours étonné par son obstination et son culot. Rien ne la stimule autant que l' incertitude, ne l' excite plus que l' échec. Le pouvoiriste est un fluctuant que le succès comble et déçoit à la fois. Il jouit de sa victoire sans renoncer au plaisir qu' entretenait son ambition. Il voudrait continuer de figurer en gagnant potentiel qui exaltait ses partisans et lui attirait des courtisans.

Il y a , en tout cela, de l' orgueil aristocratique. L' homme de pouvoir méprise les idolâtres. Ses ennemis le fascinent : comment en viennent- ils à le contester, lui, l' Unique, si entouré et flatté ?On ne peut mieux illustrer le phénomène du pouvoirisme que par quelques exemples  dignes de figurer dans les épisodes de l' Antiquité et de témoigner de l' immuabilité de la nature humaine :

      - ainsi  Alexandre Millerand, fils de petit commerçant, avocat et , à 26 ans, député d' extrême gauche. C' est lui qui rédige le premier texte socialiste d' inspiration foncièrement marxiste en France, appelé " le Programme de Saint-Mandé". Trois ans plus tard, il est ministre dans le même gouvernement que le général de Galliffet, bourreau de la Commune de Paris. Il gravit, sous les injures, tous les échelons : ministre de la Guerre, président du Conseil, puis président de la République en 1920. En 1924, il résiste difficilement au projet de Coup d' Etat contre le gouvernement du Cartel des Gauches  auquel le pousse l' extrême droite. Il démissionne, la mort dans l' âme.

       - ainsi Pierre Laval, fils d' aubergiste auvergnat, devenu lui aussi avocat, socialiste de gauche et député à 31 ans, proche des syndicalistes révolutionnaires qui l' ont élu maire d' Aubervilliers. Quelque temps après, sénateur avec l' étiquette de l' " Union nationale républicaine", il entame une longue carrière ministérielle. Vice-président du Conseil du gouvernement de Vichy en 1940, il en devient le véritable patron deux ans plus tard, cumulant, avec l' appui de l' Occupant, plusieurs portefeuilles-clé entre ses mains. Il meurt, fusillé pour collaboration, le 15 octobre 1945 dans un fossé de la prison de Fresnes.

      - ainsi François Mitterrand, fils de cheminot, avocat, d' abord séduit par les idées d' extrême droite, voire " cagoulardes", vu ses relations avec Claude Jeantet et Schueller, le créateur de " L' Oréal ". L' occupation nazie le conduit à une certaine ambiguïté : agent contractuel de Vichy, décoré de la francisque début 1943, il prend le nom de Résistance de Morland en novembre suivant. Puis, élu député de la Nièvre " Unité et action républicaine" sur un programme anticommuniste après la Libération, il est onze fois ministre sous la IVème République. Il est battu, durant la suivante, aux présidentielles par de Gaulle puis Giscard d' Estaing avant de triompher de ce dernier en 1981. Il fait entrer les communistes au gouvernement. Mitterrand est seul, avec sa clique, son clan, sa cour, à avoir assumé deux septennats complets, autrement dit exercé pendant 14 ans un pouvoir " jupitérien".

( à suivre, très probablement ).
  
   
A

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SUR LE "REDUCTIVISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' écoutais récemment un débat télévisé sur Cuba entre l' un des innombrables rédacteurs en chef de " L' Obs ", hebdomadaire plutôt centré à gauche, et une politologue du CNRS. Le premier réduisait définitivement le castrisme au rang d'une quelconque dictature, et ses leaders au niveau de vulgaires assassins à la solde du Kremlin. La seconde essayait de défendre la suggestion selon laquelle la question était plus complexe du point de vue de l' analyse historique.

Depuis un certain temps, on peut constater l' usage croissant du réductionnisme politique dans les médias. En d' autres termes, d' une technique qui consiste à ramener une réalité à sa caricature. On ne saurait pourtant se contenter de résumer la révolution cubaine des années 50 à un banal pronunciamento. De quel droit en effet dégrader cet événement qui a incarné le rêve d' une génération, et dont les acteurs ont servi de modèles à toute la jeunesse progressiste d'alors ? Le propos du journaliste conjuguait simplification et désinformation en l'absence de tout contexte ou mise en perspective.

Qu' était Cuba, précisément, en 1953 ? une sous colonie des USA dont le Président, Batista, était un tyran corrompu placé là par la CIA et protégé par les " Marines ". Le pays représentait un tripot où les milliardaires venaient jouer des fortunes et un bordel où les pédophiles couraient faire leur marché, sous les yeux de paysans asservis par des Compagnies sucrières étrangères. Telles sont les données de base à ne pas perdre de vue.

Imaginons dès lors le pouvoir de ce peuple illettré, à la porte de la Superpuissance mondiale ! L' île encerclée, espionnée, pillée ! comment n' aurait-elle pas cherché secours ailleurs, en l' occurrence du côté du lointain monde communiste se revendiquant de l' anti-impérialisme ?

Ce genre de scénario est indissociable de toute lutte de libération. Il provoque en retour et quasi automatiquement la coalition des Etats occidentaux et de la Finance. On entre dans l' engrenage des complots et des répressions, générant à la fin un Ordre policier dénoncé bruyamment par la Démocratie formelle. Cela a été le cas, avec les dégâts qu' on connait, dans l' ex- Union soviétique, les "Démocraties populaires" d' Europe, la Chine, le Cambodge et d' autres.

Ce qui est ici navrant est le ralliement d' un journaliste à la démarche simplificatrice qui, escamotant les tenants et  aboutissants d' une information, distille l' idée d' une confusion fatale entre révolution populaire et totalitarisme. 

 

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SUR LE NEPOTISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' un des plus insupportables traits du régime monarchique était sans doute le népotisme présent à tous les niveaux de la société et relatif à la naissance. Pour autant, cette détestable pratique, si elle a changé de bénéficiaires, n' a pas disparu avec l' avènement des Républiques.

Ni la IIIème, ni la IVème, ni surtout la Vème, n' ont renoncé à l' habitude de promouvoir, caser et favoriser les proches ( parents, maîtresses ou amants, amis, amis d' amis) au détriment souvent de plus méritants et compétents qu' eux. On se souvient de l' omerta qui a si longtemps enveloppé les emplois fictifs à la Mairie de Paris sous Chirac, lequel fut, vingt ans après, symboliquement condamné.

Des enfants Fillon ou Le Roux, déguisés en "attachés parlementaires", aux dynasties moins voyantes qui peuplent maintes Institutions, le népotisme fait aujourd'hui l' objet d' une sorte de consensus au sein de l' oligarchie. Phénomène qui semble prospérer avec le concours bien involontaire du contribuable.

Ce népotisme s' accompagne d' ailleurs de gaspillages insolents. Des investissements fastueux ( Hôtels de Région et de Département édifiés à grands frais, employant un personnel pléthorique d' agents de protocole, d' accueil ou d' entretien) un train de vie indécent ( logement, voitures, voyages, réceptions, gratuités multiples) illustrent des excès où le copinage fait aussi son miel.

Je connais, dans le département des Bouches-du-Rhône, une commune de moins de 15000 âmes qui compte 923 employés municipaux dûment recensés. On s' y transmet, d' une génération à l' autre, les postes lucratifs au vu et au su de tous. Tradition informelle qui ne fait pas exception.

C' est pourquoi, sauf à s' y résigner définitivement par clientélisme électoral, ce système de rapines justifie des allègements dans les budgets de fonctionnement de bien des collectivités, quitte à laisser geindre les élus qui profitent régulièrement de la manne.

Certes, il peut être parfois délicat de distinguer où finit le besoin et débute la sinécure. L' évolution des structures administratives, l' introduction  de nouvelles technologies peuvent appeler au contraire à la création de nouveaux postes de travail plus qualifiés. Aux responsables consciencieux de trancher en faveur de l' intérêt général.

N' en demeure pas moins que, pour le citoyen, les actes de népotisme qui lui sont révélés en même temps que lui sont adressés des appels répétés à l' austérité contribuent à accroître fortement (on en est à 50% d' abstentions) sa méfiance à l' égard de la moralité démocratique.

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L' AUTOMNE QUI VIENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dire que la société française a surmonté ses contradictions avec les récentes élections présidentielles et législatives serait faire preuve d' un solide optimisme. Le temps d' un été, et les priorités réapparaissent avec la même insistance: 

  - problème des banlieues où, depuis les troubles de 2005, la tension ne désarme pas, et les choses, en dépit des efforts budgétaires, n' ont pas beaucoup évolué.

  - exaspération du monde paysan livré à la paupérisation de plusieurs de ses activités, entraînant, en nombre croissant, fermetures d' exploitation et suicides d' agriculteurs.

 - malaise d' une jeunesse, victime principale de la précarité et du chômage de masse.

Les banlieues posent au modèle républicain une difficulté identitaire. Le refus d' intégration se traduisant par des ralliements au djihadisme constitue une alerte sérieuse. On ne peut, certes, tolérer l' existence sur le sol national de zones de non-droit. Mais on doit aussi compter avec une situation internationale qui n' est pas sans écho dans la communauté arabe, vivant solidairement le sort des Palestiniens comme une injustice raciste dont la politique française est l' alliée. Ladite communauté attend donc une pression résolue des Européens en faveur de la "reconnaissance des deux Etats", telle que prévue par les Accords d' Oslo. Nul doute que ce pas détendrait par contrecoup l' atmosphère dans "les Quartiers".

La ruralité hexagonale, elle, n' a pas encore digéré les effets brutaux de la mondialisation de l' agriculture. Trop de décalages, de retards, trop d' inadaptations structurelles,rendent les produits locaux peu compétitifs et, de ce fait, délaissés par la grande distribution. A cela s' ajoute la dégradation des conditions de vie dans les campagnes ( raréfaction des personnels de santé, disparition d' écoles et de bureaux de poste, suppression de lignes ferroviaires, etc) qui aboutit à dissuader les actifs de s' installer ou de se maintenir dans les territoires concernés. Une réhabilitation impliquerait non seulement une révision de la politique agricole européenne, mais encore, et pour le moins, l' établissement, au niveau des régions, de Plans quinquennaux de la Ruralité.

Un jeune Français sur quatre est chômeur, et un sur deux dans certaines zones périurbaines. Des centaines de milliers d' entre eux sortent du système scolaire sans qualification, à demi illettrés. Cette jeunesse se sent défavorisée au regard du reste de la population et, par là, disponible pour n' importe quelle "vengeance" sociale. On nous parle de " révolution" : la réinsertion prioritaire de ces exclus, par exemple par une Enseignement technique réactualisé, pourrait en être un premier résultat concret.

Le nouveau président, la nouvelle majorité, prennent-ils assez en compte, dans leur "Marche", ces foyers potentiels d' explosion et le séisme qui résulterait de la conjonction de ces différentes colères? Les jours récents ont été accaparés par le "Statut de la première Dame" et la "Réorganisation du service de Communication" éliséen. On y discerne mal l' urgence susceptible de rasséréner une opinion sceptique, donc impatiente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les banlieues

 

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