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A PROPOS D' IMMIGRATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le système représentatif en république bourgeoise montre une fois de plus les limites qui conredisent son intarissable bavardage sur la démocratie. Ecartons tout aspect partisan pour aborder l' actuel débat sur l' immigration. Le Front, rebaptisé Rassemblement national, est une organisation légale. Il est arrivé en tête des récentes élections européennes avec 23,31% des suffrages, soit 5.291.734 voix.

Comme il n' a que 7 élus à l' Assemblée, il se voit, faute de pouvoir former un "Groupe", règlementairement exclu de la tribune. Il va cependant bénéficier exceptionnellement du temps de parole (5 minutes) d' un démissionnaire macronien qui lui a fait l' aumône de son droit de s' exprimer, et être ainsi en mesure d' intervenir sur un sujet qui est à la source de sa création en tant que mouvement d' opinion. 

L' embrouille est d' autant plus discutable que l' immigration est devenue en France un problème majeur. Par un de ces curieux retournements dont l' Histoire garde le secret, ce sont principalement les héritiers d' anciens colonisés qui viennent interpeller ceux de l' ancien colonisateur sur son sol même. Et certains de soutenir que le communautarisme des immigrés est plus menaçant pour l' ex métropole que ne l' était auparavant la présence des colons sur les terres de l' Empire, comme si le parallèle pouvait s' envisager.

C' est d' ailleurs au niveau culturel que la colonisation française a essuyé son plus grand échec. Tandis que les Anglais considéraient froidement leur Empire comme un comptoir commercial mondial, les Français, Front populaire en tête, affichaient une volonté assimilatrice qui se donnait pour fin d' "élever au niveau des races supérieures celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture"(Blum 1925). L' intention était noble, mais on ne saurait mieux se tromper. On imaginait flatter : on humiliait.

J' étais toujours surpris, quand je vivais au Sénégal, d' entendre le président Senghor dire à son peuple, pauvre et dépendant depuis trois siècles, que les faits culturels étaient aussi importants que les faits économiques. Répéter cela, à cet endroit et à ce moment, m' apparaissait courageux mais peu opportun. Je pense aujourd'hui que le leader africain avait raison : on emporte difficilement sa culture à la semelle de ses sandales.

Seul le Temps long parait véritablement un facteur d' intégration collective, quand s' est  essoufflée la réaction communautariste à un changement brutal d' environnement civilisationnel.  Admettre déjà cela serait sans doute l' amorce d' une doctrine cohérente touchant les phénomènes migratoires de masse.

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LE CUL DE SAC DEMOCRATIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Urgences médicales en grève, enseignement public désorienté, tribunaux engorgés, pompiers caillassés, forces de l' ordre épuisées et suicidaires, chômeurs et petits retaités campant sur des ronds points, prisons surpeuplées, féminicides en hausse, maires qui quittent le navire, zones de banlieue en sécession virtuelle, campagnes désertées par les services publics, les médecins et les petits commerces, djihadistes par ci et black blog par là, l' ensemble étant couronné de phases caniculaires,  d' afflux migratoire et d 'impavide dette de l' Etat, on ne peut pas dire que le visage de rentrée qu' offre la macronie aux Français soit euphorisant.

Il ne s' agit pas de tout imputer au prometteur et brillant jeune homme issu des urnes en 2017. Que l' addition tombe sur lui n' est pas de chance. En réalité tout débute sous Giscard, avec le choc pétrolier orchestré par le Secrétaire d' Etat Kissinger  s' inquiétant en 1973 de voir les économies européenne et japonaise concurrencer avec succès les multinationales américaines.

Adieu les 30 Glorieuses, le commerce extérieur excédentaire et les 5% à peine de sans emploi. Vive le consumérisme et les délocalisations!. De Mitterrand à Hollande, via Chirac et Sarkozy, tous plus démagogues et renégats les uns que les autres, aucun n' a vu venir et su évaluer en profondeur les effets de la crise et les développements des événements ultérieurs :  chute de l' Union soviétique, irruption du numérique, bulle financière, appauvrissement des classes moyennes, primauté nouvelle des questions écologiques. Leurs Partis dits "de gouvernement", bouffés par l' électoralisme et la corruption, se sont effondrés lamentablement. Ce qui permet aujourd' hui au "brillant jeune homme" d' exercer ce chantage lucratif : Le Pen ou Moi !

Et si Moi, justement, était en passe de devenir  le moyen le plus efficace de chauffer, samedi après samedi, la place au Rassemblement National ? Au lieu de calmer le jeu, ses projets de réformes semblent converger pour affronter son propre pouvoir. Partout des clignotants s' allument, tandis que le distingué magazine américain  "Time" (pour lequel Macron figure le politicien idéal : capitaliste cultivé et moderne, l' anti-Trump en un mot) le sacre président d' Europe. De deux choses l' une pourtant : ou le Projet politique initial n' a pas été suffisamment mûri, ou sa mise en oeuvre reste à côté de la plaque. Nul n' est aujourd' hui en mesure de dire comment cele va tourner. Rumeurs...L' Armée devra-t-elle in fine remettre le train "sur les rails" ? Certains taquinent l' hypothèse, compte tenu du Réchauffement fatal et, à côté, des misérables  tensions planétaires : conflit sino-américain encore au stade commercial, pénurie de matières premières, augmentation exponentielle de la population et baisse des productions agricoles, creusement des inégalités de classes et de nations, migrations, terrorisme, etc. En somme, autant de convulsions  dont la macronie serait l' innocente et hexagonale  victime. Voire.

Le mal-être plane en vérité sur les têtes depuis plus longtemps qu' on ne dit, sans avoir vraiment provoqué l' émotion des politiques. Restons équitable. Macron n' est ni le seul ni le pire. Il y a aussi les Bolsanaro, Salvini, Orban et consorts pour s' efforcer de reculer les limites de la Contradiction. Qu' est -ce que la Contradiction ? l' émergence de régimes autoritaires et conservateurs élus face à une demande pressante et universelle de redistribution des pouvoirs, autrement dit de renaissance démocratique. Tout le monde constate que la démocratie de papa  est grabataire, sans qu' elle ait  imposé de mode d' héritage, ce qui est un élégant aveu d' impuissance de sa part. Mais  cul de sac...

Cul de sac ou apparent malentendu, puisque le consensus se fait désormais sur le refus des effets pervers d' une société antidémocratique de consommation à laquelle le consommateur a cessé de croire ?

 

 

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LA "HAINE" DE PARIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Natif des "Hauts de France", mais de père corse, de mère pyrénéenne, vivant à Paris depuis l' âge de 11 ans, marié à une Alsacienne,  je profite de ce cosmopolitisme hexagonal pour observer de près l' évolution du rapport entre ce que le politiquement correct  nomme désormais "les Territoires", et la Capitale.

J' ai connu une époque où le prestige de cette dernière  faisait l' objet d' une sorte de fascination. Modèle de  moderne liberté , le Parisien, artiste et raffiné, ou le Gavroche issu des banlieues ,  rebelle et anticlérical, suscitaient chacun à leur manière une curiosité à laquelle s' ajoutait une dose indiscutable d' envie. L' intéressé profitait d' ailleurs de l' occasion pour afficher envers le "plouc" docile une condescendance qui gravait en celui-ci une sourde rancune.

Les choses ont largement changé. Comme la société elle-même. Les grandes villes n' ont pas de complexe : elles peuvent offrir une qualité de vie qui en fait à leur tour des pôles d' attraction, d' ailleurs moins onéreux, plus proches d' une mer ou d' une montagne, et, par voie de conséquence, amorcent paradoxalement  un phénomène de  lococentralisation . Elles effacent ainsi une frustration légendaire: l' obligation de "monter  à la capitale" pour réussir. D' autant que les temps de déplacement se sont considérablement réduits : 3 heures de TGV de Marseille à Paris, 2 de Lyon, Rennes ou Strasbourg, 1 de Lille. Le nivellement urbain s'est matérialisé.

De plus en plus de cadres aisés  s'installent à la campagne tout en travaillant partiellement en ville , renonçant  à la rente que constitue la hausse permanente du prix de la pierre intra muros  (on n évoque pas ici  la question des "résidences secondaires ", qui renvoie  à une  problématique différente ). La contradiction est partout. Autre évolution : domiciles personnel et professionnel se chevauchant souvent  grâce au numérique et au télétravail, la décision se fait plus rapide : supplémént heureux aux mesures de décentralisation accumulées depuis une trentaine d' années. Le vieux mot d' ordre "décoloniser la province" semble alors devenu, en apparence au moins, obsolète. La "province" n' est plus l' exil, et encourage le choix écologique.

On remarque malgré tout que l' impopularité jalouse de Paris  recule peu . Les "gilets jaunes" en fournissent l' illustration. Quelques éruptions micronationalistes persistent sans émouvoir. Mais pour beaucoup, la capitale demeure d' abord une ville  chère, encombrée, polluée, insécure, peuplée de gens pressés et stressés, où se tapit un jacobinisme autoritaire, brutal, sinon corrupteur et corrompu. Cité de riches donc, inaccessible, définitivement inégalitaire, méritant les flammes de Sodome. Le médiocre niveau de vie de la majorité des Franciliens, leur état chronique de fatigue physique et nerveuse, leur ambition de devenir aussi des retraités des champs,  ne parviennent pas à infléchir les préjugés de ceux qui avouent en aparté qu' ils n' auraient jamais supporté le système "métro-boulot-dodo".

On peut ajouter à cela, surtout chez les ruraux, un grief identitaire inavoué : Paris n' est pas une cité "vraiment française" . On y voit "traîner" trop d' étrangers qui, par quartiers entiers,  ignorent notre Histoire,  bafouent notre Culture, insultent nos Traditions et nos Valeurs , abiment notre Langue,  uniquement intéressés, à entendre leurs contempteurs,  par le moyen de s'  enrichir le plus vite possible  avec la complicité tacite des princes qui gouvernent. A la limite, Paris offrirait l' exemple d' un surmétissage, assumé aux frais de la vieille population d' artisans et de laboureurs qui ont bâti le Pays.

"Haine"(historique?)  de Paris, réchauffée par la rélle  souffrance des terroirs ?  ou haine de pouvoirs aveugles et obscurs, stimulée par la cruauté de la crise mondiale ?... un peu des deux,, sans doute.

 

P.S- Voir aussi :  "L' anti-parisianisme est-il toujours justifié?" (article du 30/06/2014)

Publié dans société

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"REVOLUTIONS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On célèbre, dénonce, maudit, ou mythifie en permanence la "révolution". Pas de terme plus passe-partout, en matière idéologique, politique, sociale, intellectuelle ou artistique notamment, donc galvaudé, et dérivant tant bien que mal vers des situations et  équivoques diverses.  C' est pourquoi les mutations les plus convaincantes paraissent celles qui  résultent d' une réflexion discrète, sinon secrète, même  éloignée encore de l' effet qu' elle recherche.

Rousseau, Voltaire, Diderot, Beaumarchais, ont été, on le sait, des annonciateurs de la révolution française. Ils ont élaboré une réponse humaniste à des éternités de pouvoir absolu. Leur marche a pris deux tiers d' un siècle, de la mort du roi Soleil à la convocation des Etats Généraux. Mais la France est entrée en République, le Français est devenu Citoyen. ( Le Contrat social : 1762 ).

Des phénomènes assimilables, quoique moins spectaculaires, ont, depuis, remis en cause l' état de la société. Pour qui connait, par exemple, l' oeuvre de Marx, on parle à son propos de la " révolution de 1844". Formule, a priori, pour militants et initiés, mais qui, compte tenu de sa rencontre avec Engels et de l' influence qu' a exercé par la suite le philosophe allemand dans le monde, interdit d' éluder cette étape de sa réflexion . C' est en effet à ce moment que l' idéaliste hégélien est devenu le théoricien du matérialisme historique et a défini et développé des concepts comme lutte des classes ou plus-value, qui ont armé une forte partie du mouvement ouvrier  et paysan jusqu' à la chute du régime soviétique, et encore...  ( Manifeste du parti communiste : 1848 ).

Autre cas: le Sénégalais Senghor se plaisait à évoquer, devant un interlocuteur perplexe, " la révolution de 1889" (le millésime, bien sûr, n' était pas choisi par hasard). 1889 était l' année où un jeune Normalien, Henri Bergson, soutenait une thèse de doctorat intitulée " Les données immédiates de la conscience" et où, réhabilitant l' Intuition, il contestait la priorité séculaire de la Raison sacralisée par l' Occident au nom d' un déterminisme intransigeant.. Bergson ouvrait à sa façon une porte à Freud et à l' exploration de l' inconscient, puis à tous les mouvements culturels et artistiques  ( dadaïsme,  surréalisme, Cavalier bleu,  Bauhaus ou,' plus près encore, situationnisme et promotion des Arts Premiers), qui ont, non seulement renouvelé l' Expression mais aussi , par un autre regard porté sur le monde, une manière de consommer le quotidien et d' envisager le Sens de la vie. ( Le Manifeste du surréalisme : 1924 ).

Révolutions sans fracas assourdissant ni barricades en flammes, mais non sans lendemain.

Publié dans histoire

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