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De l' Angleterre(2)

Publié le par memoire-et-societe

   C' est en Angleterre qu' à la fin du 18ème siècle nait l' "Age industriel", autrement dit le mode de production capitaliste et son support, le libéralisme économique, gagnant ensuite la France de Louis XVIII, l' Allemagne, la Russie, les Etats-Unis et le Japon.

   Le prolétariat britannique a été sans doute, du moins jusqu' aux années 1850, le plus maltraité, dans des bagnes manufacturiers sur  lesquels règnait un patronat cynique : journées de travail de 15 à 16 heures, y compris pour les femmes et les enfants, salaires dérisoires, taudis, espérance de vie moyenne de 35 ans, etc. Une scandaleuse inhumanité  et  le plus cruel  paupérisme ont  donc marqué  cette période.

   Cependant - effet de la solidarité insulaire?- le mouvement ouvrier anglais, quoique organisé de bonne heure, est demeuré, face à l' exploitation extrème des travailleurs, l' un des plus modérés. Alors que l' idée révolutionnaire progressait à travers les Associations Internationales (la Première a été créée en 1864), la section anglaise s'en tenait  à des formes conciliantes du combat social : le réformisme chartiste d' abord, le mouvement coopératiste d' Owen, le trade-unionisme et le parti travailliste ensuite. Le syndicalisme de contrôle et  le réformisme parlementaire répondaient à la politique de classe des marxistes, avalisant  l' intégration au capitalisme pour en tirer le maximum d' avantages.

   La parade préalable de la bourgeoisie locale à la montée d' un socialisme conquérant était d' ailleurs habile. Elle consistait à transmettre toute  revendication sociale au Parlement élu, à faire ainsi des députés les pseudo  arbitres de

litiges sans cesse obérés par  un intérêt patriotique supérieur, argument imparable dans une Ile en état de paranoïa permanent.

   De ce point de vue, le règne de feu Margaret Thatcher  s' est révélé exemplaire. La Dame de fer a désindustrialisé, fermé les usines, jeté des millions de gens à  la rue pour faciliter le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier. Avec Wall street, la City de Londres est aujourd' hui la première place  financière mondiale. Les traders y affluent de partout. Les matières premières y  font du yoyo, enrichissant ou ruinant, selon les circonstances, les économies de nombreux pays en développement. On nomme cela   pragmatisme.

   Un nationalisme sourcilleux ( voir les Malouines) accompagne un euroscepticisme qui met en relief  les vraies priorités du conservatisme thatchérien : l' alliance inconditionnelle avec les  Etats-Unis  à la sauce reaganienne et  la survie du Commonwealth. Ce dédain de l' Europe ne peut d'ailleurs être mieux  illustré aujourd'hui que par la désignation pour  le poste de ministre des Affaires étrangères de l' U.E  de Mme Catherine Ashton, dont la spectaculaire incompétence s' est manifestée à l' occasion du  printemps arabe et de quelques autres évènements non négligeables.

   Le  Premier Ministre  Cameron assume avec aisance  l' héritage de l' époque Thatcher. Il s' applique à déstructurer ce qui reste du projet d' Europe politique, à jouer la libérale  Merkel   contre le social- libéral  Hollande, à  prôner  l' élargissement  constant d' une  Communauté où  il n' a qu' un pied, à courir au- devant des  voeux de Washington, bref  à  anéantir  la  coopération  amorcée par  de Gaulle et Adenauer. Avec ou sans ses Celtes, l' Angleterre reste une île.

Publié dans histoire

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De l' Angleterre (1)

Publié le par memoire-et-societe

   Le Royaume Uni (U K) est- il en train de devenir fictif ? L' Irlande, sauf les 6 cantons de l' Ulster, est indépendante depuis 1949. Le Pays de Galles, rattaché à la couronne d' Angleterre au16ème siècle, possède désormais une Assemblée nationale siègeant dans sa capitale, Cardiff. Enfin, en Ecosse, troisième communauté celte de Grande Bretagne, les indépendantistes ont obtenu, en mai 2011, la majorité au Parlement régional, et le leader du pays, Alex Salmond, a promis un referendum sur l' indépendance en 2014 dont le résultat parait acquis.

   Reste l' Angleterre (53 millions d' habitants),d' essence anglo-saxonne, où se concentre la presque totalité des richesses des Iles britanniques. Mais si l' unité du royaume semble ainsi  fragilisée, le trône des Windsor, lui, reste solidement  arrimé. Le secret : dix siècles de co-existence  insulaire, mise à l' épreuve par la menace d' envahisseurs continentaux.

   Faut-il dès lors parler d' "invincibilité "? Rappelons qu' à l' origine les Normands de Guillaume le Conquérant  se sont emparés du pays à l' issue de la bataille d' Hastings (1066) et que la dynastie angevine des Plantagenêt  y a règné trois siècles. Par la suite, les velleïtés françaises d' invasion ont  tourné court, tant celle de Seignelay, fils de Colbert, en 1690, que celles de Phélypeaux de Pontchartrain, quinze ans plus tard, de Choiseul, le grand ennemi de William Pitt, et  de Claret de Fleurieu, alors ministre de la Marine de Louis XVI.

  Arrivé là, on se pose la question : Napoléon et  Hitler pouvaient-ils occuper l' Angleterre et , de leur point de vue, n' ont-ils pas commis une erreur en ne le faisant pas ?

   Napoléon n' a jamais cessé de caresser le projet, depuis 1798 où il a réuni à Boulogne les premiers moyens d' une attaque, à 1812 où, pressé par la coalition européenne, il y a renoncé. En 1801, 1804, 1805, 1808, il a élaboré des plans, rédigé des instructions, concentré des troupes, mobilisé des ports, rassemblé des bateaux. Son problème était qu' il n' avait pas, n' a jamais eu, une Marine militaire à la hauteur de son Armée de terre, ni non plus de la Royal Navy. Des amiraux peu motivés, restés souvent attachés à la monarchie, une logistique inadaptée au transfert de 70.000 hommes à travers la Manche, des équipages improvisés et  indisciplinés. Napoléon ne tarde pas en fait  à comprendre que son ambition est, dans ces conditions, peu réalisable. Il transforme alors, sans l' avouer, son dessein guerrier en stratégie politique. Il sait que les contraintes coûteuses de  la police permanente des mers étouffe l' économie anglaise et  ruine ses finances. A défaut d' envahir, il va laisser  planer une menace qui oblige l' ennemi à ne pas baisser la garde et  à s' user dans l' attente d' une éventuelle agression. La retraite de Russie et  le "chancre espagnol" finissent par éloigner de  l' esprit de l'Empereur l' image vaincue de ces îles noyées dans les brumes nordiques...

   Quand ses plus belles troupes, celles qui ont été ensuite décimées à Stalingrad, ont débouché sur les plages de Dunkerque, soutenues  par une aviation encore maîtresse du ciel et  des sous-marins performants, Hitler, en hésitant à franchir le Rubicon local, a perdu sa meilleure occasion de faire plier le genou à l' Angleterre. Le Führer, et avec lui  l' amiral  Raeder, redoutaient d' abord l' échec du transbordement de 250.000 hommes sur des barges à fond  plat, faiblement motorisées et offertes aux canons ennemis. En outre, le chef  nazi qui , dans son obsession raciste, voyait dans les Anglais des cousins aryens, cherchait à négocier avec les partisans de l' "apaisement" (Halifax, Chamberlain) un compromis selon lequel Londres garderait les mains libres dans l' Empire, et Berlin se satisferait de la gouvernance de l' Europe continentale. Mais Churchill vint couper court à ces palabres d' épiciers.

   Faute d' entente, Hitler change alors d' épaule et recourt à la manière forte: commence le "Blitzfrieg", destiné à terroriser les civils, et la préparation d'un  débarquement. De Dunkerque à Cherbourg, la Wehrmacht  fourbit ses armes en vue de l' opération "Lion de mer", ciblée sur l' axe  Portsmouth-Brighton. Acharnée, la Royal Air Force contrarie l' activité de Luftwaffe, d' autant que la recherche du compromis a  laissé un répit à la R.A.F pour mieux  s' organiser. La bataille aérienne se prolonge, l' automne et  ses grandes marées se profilent. Le 17 septembre, l' expédition est renvoyée au printemps 1941.

   Comme Napoléon, Hitler se résigne à spéculer sur l' asphyxie économique de l' adversaire, et la lassitude de son opinion publique. En juin 1941, l' Allemagne attaque...mais l' Union Soviétique. D' un débarquement sur les côtes anglaises, on continue, bien sûr, de parler. L' amiral Dönitz, successeur de Raeder, énumère des dates, sélectionne les lieux propices...Début 1944, Londres reçoit, du Pas-de-Calais et de Belgique,  les premiers V2, bombes aveugles, sans pilote. Mais ce sont les Alliés qui, en juin, débarquent en Normandie.

   Autant de faits qui peuvent sans doute contribuer à exliquer l' euroscepticisme  têtu d' outre-manche. Isolée par  la géographie et  par l' histoire, l' Angleterre ne croit profondément qu' en elle-même. ( à suivre )

Publié dans histoire

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Jean Reverzy, Céline lyonnais?

Publié le par memoire-et-societe

   On ne lit plus beaucoup Jean Reverzy. Il a fait une traversée fulgurante de l' univers littéraire entre 1954 et 1959, avant de glisser vers l' oubli.

   Pourtant ce médecin des faubourgs ouvriers de Lyon vaut qu' on le découvre à nouveau. Maurice Nadeau et Julien Gracq  l' avaient repéré d' emblée, et  l' on avait déclaré : "Céline est un écrivain-médecin, Reverzy un médecin qui écrit ". Car le rapprochement avec l' immense auteur du " Voyage au bout de la nuit " vient, bien sûr, à l' esprit, malgré des écarts notables (sans allusion d' ailleurs à l' Occupation).

   Né dans l' Ain en 1914, Jean Reverzy se retrouve orphelin de guerre à 18 mois. Devenu Interne des Hôpitaux, il est privé de sa fonction pour " attitude non conforme ", apparemment des propos antipétainistes, puis passe sa thèse, et fait un an de prison au Fort de Montluc avant de gagner le maquis F.T.P de l' Allier dont il est nommé médecin-chef. Il s' installe en 1945 comme généraliste (il est alors membre du P.C, qu' il quitte 10 ans plus tard ) dans le quartier populaire de La Mulatière, consacrant ses rares loisirs à voyager, notammant sur les traces de Gauguin, son peintre favori, et d' Alain Gerbault, navigateur dont, jeune,  il avait envié l' existence. Un mariage manqué, suivi de procédures infinies, lui a apporté un fils qui adoptera les goûts paternels pour l' outre- mer en partant s' installer comme psychiatre à La Réunion.

   C' est au retour d' une randonnée en Polynésie que Reverzy publie en 1954 son premier roman " Le Passage ", aussitôt couronné par le prix Renaudot, Simone de Beauvoir recevant la même année le Goncourt pour  " Les Mandarins ". Le récit est simple et le thème clair :un homme, flanqué d' une vahiné fanée, revient en France pour y consommer son agonie (cirrhose du foie ). Son médecin, compagnon éprouvé des condamnés, s' efforce de le conduire vers une fin acceptable. Mais la dépouille, autopsiée et dissèquée à l' hôpital par un ponte qu' anime " le souci de la connaissance ", se révèle " sans intérêt scientifique ". La froide inhumanité qui peut baigner le rapport entre d' éminents thérapeutes et leurs patients- cobayes nourrit la réflexion désabusée du docteur Reverzy sur la mort.

   " Place des angoisses ", son second roman, rencontre un moindre succès. Il plonge cruellement dans le monde hospitalier lyonnais et , bien avant 1968, dans les sentiments aristocratiques de la caste des "patrons" de  médecine face à la plèbe des malades anonymes. La constante proximité d' une mort sans importance débouche sur une brève et sèche méditation contrastant avec le lyrisme vociférant et le style torrentueux de Céline. C' est Palabaud-Reverzy contre Bardamu. On erre  plutôt  du côté du docteur Rieux, le personnage de " La Peste " de Camus. Le vocabulaire dépouillé, objectif, renvoie tout  droit à la souffrance muette et  à l' angoisse.

   Reverzy signe en 1958 un  troisième livre de son vivant, " Le Corridor ", tentative inachevée et inaperçue de renouvellement de l' écriture. On a associé bien à tort ce texte au " Nouveau roman" qui fleurit à ce moment  avec Robbe-Grillet et  Butor, même si Reverzy se lance là  dans un défi sans lendemain. L' écrivain meurt l' année suivante, à 45 ans, d ' un infarctus, rejoignant ainsi " une vieille douleur " dont il s' était peu à peu pris à aimer l' attente.

 

 

 

 

Petite bibliographie :

 

Les trois romans cités , éditions Julliard

Charles Juliet: Jean Reverzy ( L' Echoppe, 1992 )

Oeuvres complètes ( Flammarion, 2002 )

Publié dans littérature

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Dis, grand'père, c' est quoi le populisme?

Publié le par memoire-et-societe

   - Grand-père, c' est quoi le populisme, on en entend toujours parler?

   - Un mot où chacun met un peu ce qu'il veut. Comme liberté, ou démocratie.

   -Alors le populisme c' est de la démocratie? pourquoi deux mots pour dire la même chose, grand'père?

   -C' est que ce n' est pas non plus la même chose; ça dépend des époques, des pays, et de ceux qui parlent

   -Nous, en France aujourd'hui, on est des populistes?

   -  Il y a des populistes parce que la situation n' est pas très bonne et que, dans ces moments-la, on s' en prend surtout à ceux qui dirigent. L' oligarchie populiste profite des évènements pour s' adresser directement au peuple et l' inciter à  se sauver lui-même, sous sa paternelle direction.

    -Ce sont les plus démocrates alors, puisque, eux, ils veulent le pouvoir du peuple.

   -En apparence sans doute. Mais cette volonté d' ignorer le pouvoir élu par une majorité de  citoyens sous prétexte qu' il ne profite qu' à l' égoïsme de l' élite, brouille tout. Nier la représentation légale pour soutenir des forces sans légitimité réelle n'est pas sans risque.

   -Quel risque, grand-père?

   -La suppression, par exemple, de la liberté d' expression. Sans elle, on tombe dans un régime autoritaire. C' est pour ça d'ailleurs que la gauche s' applique à placer le populisme à l' extrème droite totalitaire.

  - Pourtant, d' après ce que j' ai lu , c' est plein de populistes en Europe, encore plus qu' en France...Et quand des Américains, des Blancs, refusent d' accepter le contrôle de la vente des armes, ils sont populistes?

   -Ils sont démagogues.Ils savent que derrière eux se profilent les intérêts des lobbies qui paieront leur élection et un relent de racisme.

   - Mais alors, grand-père, ce mot de populiste, c' est une insulte ou non?
   - C' est  plutôt la marque du divorce actuel  des appareils politiques avec les classes populaires. En même temps,il est devenu commode pour un politicien de taxer de populiste tout discours non formaté.

   -Tu crois, grand-père,  qu' un populisme a quand même des chances, ici chez nous?

   -  Il y a déjà eu dans le passé des tentatives : le boulangisme, à la fin du 19ème siècle, et le poujadisme,au milieu du 20ème. Un général et un commerçant papetier. Ils ont virevolté un moment puis ont disparu comme ils étaient venus. Aujaourd'hui, nous bénéficions d' un populisme bicéphale: celui sans surprise du Front National, xénophobe et sécuritaire, et celui, plus original, du mélanchonisme. C' est en quelque sorte un élitisme populaire, extrèmement soucieux de  syntaxe et de marxo-philologie, multipliant les clins d' oeil aux idéologues  et  les reverences aux diplomés d' Histoire, tous épargnés pour l'instant  par la menace de purge révolutionnaire.

   -Mais ça, voyons grand-père, c' est du populisme pour rire !

Publié dans société

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Pitié! pas ceux-la!

Publié le par memoire-et-societe

   Inutile d' en rajouter sur Cahuzac et le serpent de mer des paradis fiscaux. Peu de gens croient encore, en 2013, à l' efficacité et au total désintérêssement de la classe politique dans son ensemble. Ce scepticisme citoyen ne profite même pas aux "extrèmes", qui stagnent dans les sondages.L' idée gagne donc que l' abstentoin (deux tiers des inscrits dans les récentes consultations de l' Oise et d' Alsace) constitue une réponse , au moins provisoire, à un système à bout de souffle. Le rejet d' un acquis historique de l' importance du droit de vote est, a priori, impensable. Pourtant force est de constater que, dans sa forme actuelle, l' élection n' aboutit, dans les démocraties parlementaires occidentales, qu' à légitimer et conforter un Ordre financier mondial et un égoîsme oligarchique également insupportables.

   Je n' irais pas plus loin si je n' avais entendu, dans la confusion ambiante, prononcer deux noms de candidats-sauveteurs: celui de Mélanchon et celui de Guaino. Le premier exige le pouvoir tout de suite, l' autre, lui, laisse dire qu' il pourrair " y aller" en 2017. Pincez-moi!

   Mélanchon n' a pas que des idées simplistes. Il a aussi la mémoire courte. Parce qu' enfin ce chevalier blanc qui demande la tête de ses copains d' hier, a été l' un des plus fervents soutiens du mitterrandisme dont, le moins qu' on puisse dire, est que la transparence n' était pas la vertu première. Secrétaire national du P.S, sénateur plus de vingt ans, ministre de l' Enseignement professionnel (fonction disparue avec lui), député européen, ne voilà-t-il pas un CV de notable social-démocrate, fin normale des trotskystes embourgeoisés ? Quelle mouche a donc soudain piqué ce "camarade" paisible pour en faire un Tartarin d' estrade? Dépit caché? Retour d' âge révolutionnaire? Superdémago, provocateur, narcissique et populiste sur les bords, un jour il convoque le Peuple à la Bastille en annonçant l' Insurrection jusqu' à 18h.30, un autre il court dans le Pas- de - Calais défier Marine Le Pen qui l' envoie au tapis, maintenant il prépare un nouveau show pour réclamer la VIème République. Mélanchon, et c' est un peu triste pour ses dupes, promis à la déconvenue, est un truqueur  idéologique. Sa crédibilité et ses atouts réels sont inexistants.

   Quant à Guaino, grand habitué des cabinets, ministériels ou présidentiel, chantre du gaullisme "social" comme s' il existait  une variante asociale, il peut injurier les juges et se prendre pour un "écrivain", rien ne le défera du "discours de Dakar" où il faisait dire par Sarkozy que " l' homme africain n' est pas encore entré dans l' Histoire". Pour avoir travaillé huit ans auprès du président Senghor, je suis placé pour affirmer que le propos est la plus importante bourde de ces dernières années qui en comptent pourtant un paquet. En tout cas le mal est fait : l' image de la France des Lumières en a encore pris un  vieux coup dans le continent.

   Eh bien, ce sont ces deux  là  qui nous promettent de renflouer le navire. Inquiétant, au regard des enjeux!  Car ce dont nous souffrons d' abord, c' est de la  vision statique et anachronique d' un Etat  plombé par les pesanteurs monarcho-républicaines et de paralysantes, douloureuses, nostalgies de grandeur. D' où un décalage institutionnel et ,par ricochet, une représentation coupée de la réalité des mutations planétaires. Que suggèrent les politiques actuels face à l' émergence de l' Asie et  de l'Amérique du sud, à la modernisation concertée de l' Entreprise, à l' adaptation technologique  et démographique à moyen terme? Il existe désormais pour la France une nécessité de "rattrapage", comme nous disions jadis à nos colonisés, de nouveau regard sur soi- même, de transformation des habitudes.

   Un gouvernement affaibli et divisé, une opposition non moins affaiblie et divisée, font flotter dans l' air un parfum de février 34. Hélas, la rareté des solutions, qui ne sont ni les pitreries de Mélanchon ni les élucubrations de Guaino, n' est pas pour rassurer. Croissance, emploi, pouvoir d' achat : comment retenir dans son pays une jeunesse qui ne songe plus qu'à le fuir?

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Art de l'ombre

Publié le par memoire-et-societe

Des noms demeurent, dans l' histoire culturelle, de personnalités qui,sans avoir laissé d' œuvre célèbre, ont marqué le mouvement artistique de leur temps. Ainsi Marie Vassilieff, peintre cubiste et décoratrice reconnue(elle a décoré les colonnes de la brasserie "La Coupole"),a voulu faire de son domicile(aujourd'hui " Musée du Montparnasse", avenue du Maine, près du musée Bourdelle)la structure d' accueil de "rapins" tels Braque, Tanguy, Léger, Masson, Chagall, Juan Gris, Soutine ou autres. L' histoire de Marie Vassilieff mérite d' ailleurs attention. Née à Smolensk, en Russie, dans une famille aisée, elle a renoncé à des études médicales pour partir en 1907 à Paris étudier la peinture auprès de Matisse. Quatre ans plus tard, son Atelier était un lieu de rencontre apprécié de l' avant-garde : Apollinaire, Max Jacob, Cocteau, Cendrars, Satie, le couturier Paul Poiret, le sculpteur Zadkine et la foule des peintres étrangers(si nombreuse à Montparnasse que Guy Arnoux avait pendu un bout d' étoffe tricolore à sa porte et y avait placardé "Consulat de France") s' y côtoyaient. La guerre venue, et avec elle une misère accrue pour les "Montparnos", Marie s' est muée en mère nourricière, offrant pour 50 centimes à boire, à manger et des soirées au chaud. C' est là, dans cet endroit naturellement appelé "la Cantine", qu' en janvier 1917 Picasso jeta au bas de l' escalier un Modigliani ivre mort et menaçant. La même année, Marie Vassilieff, quoique infirmière volontaire, était emprisonnée pour avoir hébergé quelque temps, lors de son séjour en France(1908-12), Lénine, qui avait chassé du pouvoir le tsar, allié des Français. Une fois la paix rétablie Marie Vassilieff, providence de la bohème, a repris ses pinceaux et fait un enfant de père inconnu, tandis que beaucoup de ses hôtes, éparpillés à travers le monde, commençaient à s' enrichir. Elle est cependant demeurée pour tous une des idoles de Montparnasse jusqu' à sa mort dans une maison de retraite de Nogent sur Marne. Adrienne Monnier, fille de postier, et Sylvia Beach, fille de pasteur, la première française, la seconde américaine, ont été les libraires-éditrices les plus avisées de l'entre-deux-guerres. Sylvia Beach, débarquée en 1916 de Baltimore, ville natale d' Edgar Poe, avait créé trois ans après " Shakespeare and Co", une bouquinerie de langue anglaise rue de l' Odéon, face à " La maison des amis des livres", la librairie-bibliothèque d' Adrienne, sa compagne dans la vie. Discrètes et généreuses, ces deux érudites ont offert aux créateurs de leur génération des rendez-vous réguliers d' animation et d' échanges culturels exceptionnels. Dans leurs salles de prêt où se déroulaient conférences, lectures ou soirées musicales(Erik Satie, Francis Poulenc)défilaient les "potassons" (habitués du lieu) tels Gide, Claudel, Larbaud, Duhamel, Fargue, Pia, Aragon, Artaud, Prévert, Paulhan, Lacan, Nathalie Sarraute, Césaire ou Sartre, et la phalange des anglo-américains installés à Paris, Hemingway, Fitzgerald, Gertrude Stein, Man Ray, Ezra Pound, James Joyce, dont Sylvia Beach a publié l' édition originale d' "Ulysses" en 1922, et Adrienne Monnier la traduction française en 1929. Sans l' audace intellectuelle, le mécénat et l' abnégation de ces deux amoureuses des Lettres, l' avant-garde artistique en France n' aurait sans doute pas connu tout l' éclat qui fut le sien dans les années 20 et 30 au siècle dernier. P.S 1- "La Compagnie du Rouet",( théâtre de marionnettes composé de mon ami Raymond Charriaud et de moi-même), a joué en juin 1949 une pièce d' Henri Michaux, "Chaînes", chez Sylvia Beach. 2- Inévitablement, des coquilles et erreurs de frappe se glissent dans les textes de ce blog.Pour la plupart, le lecteur peut les corriger de lui-même. J' en ai cependant relevé deux qui méritent d' être signalées: dans "Compagnes et égéries"(14 mars): lire Hébuterne et non Hétuberne dans "Elites, patrie"(1er avril): lire kalach'(Kalachnikov)

Publié dans culture

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Elites, patrie

Publié le par memoire-et-societe

   - Ne trouvez-vous pas  que certaines de "nos Elites " manifestent une manière de condescendante désinvolture pour la patrie (française)? dédain de l' archaïque candeur d' un populo qu' on convoque dans les grandes occasions : guerres, élections, déficits, décompte des médailles aux Jeux Olympiques ? ralliement pragmatique au gouvernement des Marchés ? reconnaissance de la primauté de cénacles apatrides ? Irrémédiablement classé beauf', franchouillard, cocardier, chauvin, ringard, le patriotisme (français) parait ainsi ne bénéficier ni de la clientèle ni de la passion qui flattent des nationalismes étrangers plus scénarisés ou plus sacralisés. Certaines de "nos Elites" ne se hâtent-elles d' ailleurs pas de filer d' un pays natal accablé d' impôts, submergé par le chômage, et trainé dans la boue par de jeunes compatriotes qui, kakach à portée de main, promettent de le "niquer" ? ne pensez- vous pas qu' il est des élites qui éprouvent même un plaisir pervers à dénigrer leur origine, à chanter le déclin du patrimoine, ne se référant à lui que comme vague allusion  au séjour de parents défunts ?

   - Attention! Vos réflexions font le lit du populisme!

   - Rien pourtant ne me prédispose à être le garçon d' étage du populisme si l' on sous-entend  là relents de xénophobie et d' ethnicisme. J' observe seulement que les sarcasmes engendrés par le souverainisme, stratégie que je n' approuve pas, coïncide, malgré tout, avec un mépris mal dissimulé de l' "infantilisme populaire". J' observe que ceux qui constituent les meilleurs pourvoyeurs du populisme sont ceux qui ,en toute démocratie, privent des millions d' électeurs d' élus ou les poussent à l' abstention,  alimentent les communautarismes, gèrent au-delà des lois, insultent les juges qui les font appliquer, s' octroient des rémunérations provocantes et courent planquer hors frontière le fric qu' ils ont amassé dans la mère-patrie.

   - Mais il s' agit d' abord de sauver la République!  

   - Pour ma part, je reste sur la conviction, au demeurant républicaine, voire "dantonnesque" , que respecter aujourd' hui son pays est y demeurer jusques et y compris dans l' infortune, estimer qu' il vaut davantage qu' un passeport et une carte vitale, et plus que ses actuelles institutions dévaluées par les inégalités qu' elles parrainent. La France n' est pas née d' un coup de crayon dans une conférence internationale, comme les nations anciennement colonisées. Elle est issue de siècles de débats, de combats, d' avancées et de reculs, d' une volonté tenace. Si je ne l' exempte pas de critiques, ni ne gomme ses illusions, je rends grâce aussi à son parcours, à sa turbulente parturition, aux figures empoussièrées que son Histoire m' a révélées, Bara, Viala, Rossel, Decour, Cavaillès, cent autres. La fonction des douanes a certes évolué: on doit penser désormais " continent". Mais est-il totalement irréaliste de souhaiter voir certaines de "nos Elites" rattacher parfois leur vision de la mondialisation à un si petit hexagone, descendre sans complexe au coin de la rue, bref réintègrer un moment la chère et vieille République? Pour la sauver, précisément.

 

 

Publié dans actualité

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