Jean Reverzy, Céline lyonnais?

Publié le par memoire-et-societe

   On ne lit plus beaucoup Jean Reverzy. Il a fait une traversée fulgurante de l' univers littéraire entre 1954 et 1959, avant de glisser vers l' oubli.

   Pourtant ce médecin des faubourgs ouvriers de Lyon vaut qu' on le découvre à nouveau. Maurice Nadeau et Julien Gracq  l' avaient repéré d' emblée, et  l' on avait déclaré : "Céline est un écrivain-médecin, Reverzy un médecin qui écrit ". Car le rapprochement avec l' immense auteur du " Voyage au bout de la nuit " vient, bien sûr, à l' esprit, malgré des écarts notables (sans allusion d' ailleurs à l' Occupation).

   Né dans l' Ain en 1914, Jean Reverzy se retrouve orphelin de guerre à 18 mois. Devenu Interne des Hôpitaux, il est privé de sa fonction pour " attitude non conforme ", apparemment des propos antipétainistes, puis passe sa thèse, et fait un an de prison au Fort de Montluc avant de gagner le maquis F.T.P de l' Allier dont il est nommé médecin-chef. Il s' installe en 1945 comme généraliste (il est alors membre du P.C, qu' il quitte 10 ans plus tard ) dans le quartier populaire de La Mulatière, consacrant ses rares loisirs à voyager, notammant sur les traces de Gauguin, son peintre favori, et d' Alain Gerbault, navigateur dont, jeune,  il avait envié l' existence. Un mariage manqué, suivi de procédures infinies, lui a apporté un fils qui adoptera les goûts paternels pour l' outre- mer en partant s' installer comme psychiatre à La Réunion.

   C' est au retour d' une randonnée en Polynésie que Reverzy publie en 1954 son premier roman " Le Passage ", aussitôt couronné par le prix Renaudot, Simone de Beauvoir recevant la même année le Goncourt pour  " Les Mandarins ". Le récit est simple et le thème clair :un homme, flanqué d' une vahiné fanée, revient en France pour y consommer son agonie (cirrhose du foie ). Son médecin, compagnon éprouvé des condamnés, s' efforce de le conduire vers une fin acceptable. Mais la dépouille, autopsiée et dissèquée à l' hôpital par un ponte qu' anime " le souci de la connaissance ", se révèle " sans intérêt scientifique ". La froide inhumanité qui peut baigner le rapport entre d' éminents thérapeutes et leurs patients- cobayes nourrit la réflexion désabusée du docteur Reverzy sur la mort.

   " Place des angoisses ", son second roman, rencontre un moindre succès. Il plonge cruellement dans le monde hospitalier lyonnais et , bien avant 1968, dans les sentiments aristocratiques de la caste des "patrons" de  médecine face à la plèbe des malades anonymes. La constante proximité d' une mort sans importance débouche sur une brève et sèche méditation contrastant avec le lyrisme vociférant et le style torrentueux de Céline. C' est Palabaud-Reverzy contre Bardamu. On erre  plutôt  du côté du docteur Rieux, le personnage de " La Peste " de Camus. Le vocabulaire dépouillé, objectif, renvoie tout  droit à la souffrance muette et  à l' angoisse.

   Reverzy signe en 1958 un  troisième livre de son vivant, " Le Corridor ", tentative inachevée et inaperçue de renouvellement de l' écriture. On a associé bien à tort ce texte au " Nouveau roman" qui fleurit à ce moment  avec Robbe-Grillet et  Butor, même si Reverzy se lance là  dans un défi sans lendemain. L' écrivain meurt l' année suivante, à 45 ans, d ' un infarctus, rejoignant ainsi " une vieille douleur " dont il s' était peu à peu pris à aimer l' attente.

 

 

 

 

Petite bibliographie :

 

Les trois romans cités , éditions Julliard

Charles Juliet: Jean Reverzy ( L' Echoppe, 1992 )

Oeuvres complètes ( Flammarion, 2002 )

Publié dans littérature

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costa janine 07/09/2014 17:39

j'aime toujours cet article , nouvelle présentation à bientot pour la rentrée jc