De l' Angleterre(2)

Publié le par memoire-et-societe

   C' est en Angleterre qu' à la fin du 18ème siècle nait l' "Age industriel", autrement dit le mode de production capitaliste et son support, le libéralisme économique, gagnant ensuite la France de Louis XVIII, l' Allemagne, la Russie, les Etats-Unis et le Japon.

   Le prolétariat britannique a été sans doute, du moins jusqu' aux années 1850, le plus maltraité, dans des bagnes manufacturiers sur  lesquels règnait un patronat cynique : journées de travail de 15 à 16 heures, y compris pour les femmes et les enfants, salaires dérisoires, taudis, espérance de vie moyenne de 35 ans, etc. Une scandaleuse inhumanité  et  le plus cruel  paupérisme ont  donc marqué  cette période.

   Cependant - effet de la solidarité insulaire?- le mouvement ouvrier anglais, quoique organisé de bonne heure, est demeuré, face à l' exploitation extrème des travailleurs, l' un des plus modérés. Alors que l' idée révolutionnaire progressait à travers les Associations Internationales (la Première a été créée en 1864), la section anglaise s'en tenait  à des formes conciliantes du combat social : le réformisme chartiste d' abord, le mouvement coopératiste d' Owen, le trade-unionisme et le parti travailliste ensuite. Le syndicalisme de contrôle et  le réformisme parlementaire répondaient à la politique de classe des marxistes, avalisant  l' intégration au capitalisme pour en tirer le maximum d' avantages.

   La parade préalable de la bourgeoisie locale à la montée d' un socialisme conquérant était d' ailleurs habile. Elle consistait à transmettre toute  revendication sociale au Parlement élu, à faire ainsi des députés les pseudo  arbitres de

litiges sans cesse obérés par  un intérêt patriotique supérieur, argument imparable dans une Ile en état de paranoïa permanent.

   De ce point de vue, le règne de feu Margaret Thatcher  s' est révélé exemplaire. La Dame de fer a désindustrialisé, fermé les usines, jeté des millions de gens à  la rue pour faciliter le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier. Avec Wall street, la City de Londres est aujourd' hui la première place  financière mondiale. Les traders y affluent de partout. Les matières premières y  font du yoyo, enrichissant ou ruinant, selon les circonstances, les économies de nombreux pays en développement. On nomme cela   pragmatisme.

   Un nationalisme sourcilleux ( voir les Malouines) accompagne un euroscepticisme qui met en relief  les vraies priorités du conservatisme thatchérien : l' alliance inconditionnelle avec les  Etats-Unis  à la sauce reaganienne et  la survie du Commonwealth. Ce dédain de l' Europe ne peut d'ailleurs être mieux  illustré aujourd'hui que par la désignation pour  le poste de ministre des Affaires étrangères de l' U.E  de Mme Catherine Ashton, dont la spectaculaire incompétence s' est manifestée à l' occasion du  printemps arabe et de quelques autres évènements non négligeables.

   Le  Premier Ministre  Cameron assume avec aisance  l' héritage de l' époque Thatcher. Il s' applique à déstructurer ce qui reste du projet d' Europe politique, à jouer la libérale  Merkel   contre le social- libéral  Hollande, à  prôner  l' élargissement  constant d' une  Communauté où  il n' a qu' un pied, à courir au- devant des  voeux de Washington, bref  à  anéantir  la  coopération  amorcée par  de Gaulle et Adenauer. Avec ou sans ses Celtes, l' Angleterre reste une île.

Publié dans histoire

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