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Les Boches

Publié le par memoire-et-societe

On célèbre à Paris les 70 ans de la Libération. "Les Boches", c' est sous ce terme aujourd'hui abandonné, que la majorité des Français désignaient alors leurs ennemis allemands. J' ai cherché l' origine exacte de ce mot qui exprimait une violente haine.

Le "Larousse" mentionne "péj. et pop.", sans s' étendre outre mesure. Le "Petit Robert" stipule : "vieilli, fam. et injurieux. Des avions boches ont bombardé la gare! (Mart.du G.)". J' ai trouvé sur Ia toile une explication selon laquelle boche serait un suffixe argotique sur le type de ca-boche ou rigol-boche, séparé d' al-boche (tête de bois) à l' époque de la guerre de 1870. Le terme a connu son apogée entre 1914 et 1945, malgré la concurrence de "Frisés", "Fridolins", "Chleuhs" et autres "Doryphores". Emile Chautard ("La Vie étrange de l' argot") précise qu' alboche, puis boche, étaient utilisés par les argotiers de La Villette pour évoquer l' "entêtement" des ouvriers allemands, nombreux en région parisienne à la fin du XIXème siècle.

En août 1940 (j' avais onze ans), je suis rentré, avec ma mère et ma soeur, de notre "repli" gascon. A la gare de Vierzon, qui concrétisait la "ligne de démarcation" entre "zone libre" et "zone occupée", le train a stoppé un long moment. Des dames de la Croix Rouge se précipitaient vers les wagons pour servir du thé dans des gobelets en fer. Je me suis avancé vers la fenêtre ouverte, et c' est là, sur le quai, que j' ai vu mon premier "boche".

La quarantaine, court sur patte, légèrement ventripotent, sans arme. Je m' étais préparé à l' apparition du cavalier uhlan qui coupait volontiers la main des enfants. Je n' irai pas jusqu' à dire que le pépère qu' on offrait à mon regard me décevait. Mais il dénotait.

J' ai eu, par la suite, l' occasion de faire plus ample connaissance avec ses compatriotes nazis qui avaient tendance à perquisitionner notre maison et à s' intéresser à mon père. Quant au Boche ordinaire, je le croisais chaque jour, gravissant avec une note de concupiscence les pentes de Montmartre, allant ou revenant de l' exercice, montant la garde devant de luxueux hôtels réquisitionnés.

Aujourd'hui, je rencontre, aux mêmes endroits, leurs petits- enfants comme touristes. Ils ne se font pas remarquer. Willkommen! D' Allemagne (ex Bochie) parviennent des relents sympathiques de pacifisme, d' écologie et de proposition de vie "alternative"; Les jeunes Français raffolent de Berlin. J' y souscris sans rancune, sinon sans mémoire. Puisqu' il faut "faire l' Europe", autant zapper une bonne fois les Boches.

Publié dans histoire

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Gouverner, choisir, mécontenter

Publié le par memoire-et-societe

Gouverner, c' est choisir, avait coutume de dire Mendès-France. Il avait mis fin en un mois à la guerre française d' Indochine qui durait depuis huit ans. Il avait accordé l' autonomie interne à la Tunisie en effervescence et aboli le privilège des bouilleurs de crû, stimulant séculaire de l' alcoolisme. Il a tenu le coup sept mois. Mais on se souvient de lui.

Choisir est quasiment produire du mécontentement et se forger des tas d' ennemis. A bon escient de préférence. C' est ce que refuse de voir Hollande qui, en deux ans, a réalisé ce tour de force : se mettre 85% des Français à dos (sondage récent) sans rien choisir du tout. On peut en déduire que ce n' est pas le fiasco récurrent de ses prophéties ( sur la dette, le chômage, la sortie de crise ) qui va lui donner maintenant la hardiesse que ne lui a pas insufflée le "délai de grâce". Il conduit la France, on le sait, comme il menait son Parti, en louvoyant l' oeil rivé sur l' élection à venir. De là, l' immobilisme qui prévaut à la tête de l' Etat.

On se demande d' ailleurs pourquoi un homme, après quarante ans d' activité politique ininterrompue, commet encore des bévues qu' on ne passerait pas à des débutants: déclarations sans lendemain, sous-estimation des réalités, initiatives en porte à faux, rodomontades qui se traduisent par une perte inquiétante de crédibilité, vie privée frisant la comédie de boulevard. On a du mal à suivre.

Ce président est indéniablement intelligent. Ce pays est riches d' idées et de potentialités. Il devrait jouer un autre rôle dans l' animation de l' Europe et l' orientation de la politique mondiale. L' explication est-elle alors le handicap que constitue le poids d' un parti de gouvernement partagé entre un discours pseudo révolutionnaire qui rassure sa base et son ralliement inavouable au social-libéralisme? Mollet puis Mitterrand offrent des références : l'un avec son recul sur la décolonisation, l' autre avec un "ni-ni" sanctionnant l' abandon de la "rupture avec le capitalisme". Le piétinement devant l' obstacle serait ainsi le point faible du réformisme parlementaire qu' ont successivement incarné la SFIO, puis le Parti socialiste, et Hollande l' héritier fidèle d' un parcours chahuté par la guerre froide et la "pensée unique".

Le non-choix est en soi un choix qui ne satisfait personne. Hollande, après avoir beaucoup mécontenté malgré lui, ne peut plus assumer que des lendemains qui déchantent.

Pendant ce temps, la Droite "sérieuse" abat son atout maître : Juppé. Il y a longtemps qu' est annoncée dans ce blog la "solution Juppé" (voir: "A droite", du 23/09/11, et "Juppé encore", du 2/10/13). La logique est en effet qu' "il y aille". Fusible de Chirac à la mairie de Paris et à Matignon, ministre complimenté des Affaires étrangères, spectaculaire maire de Bordeaux, il a des amitiés au centre droit et au centre gauche. Bref, il remplit les conditions exigibles de rassembleur et de décideur dans une situation économique et financière plus que difficile. Au second tour de 2017, face aux vaines promesses du P.S ou aux tirades démago du F.N, ses chances sont réelles. Le mécontentement ne vient qu' après.

Publié dans politique

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Erreur de manipulation

Publié le par memoire-et-societe

Suite à une erreur de manipulation, l' article n°9 de ce blog, datant du 17 octobre 2011 et intitulé " Le jeu des nationalités ", a été effacé. Cette chronique, qui évoquait la légitimité de certaines bi et multinationalités, mais dénonçait aussi les abus, fraudes, trafics et passe-droits auxquelles elles peuvent offrir un cadre, rencontrait un réel mouvement d' intérêt, si l' on en juge par la fréquence des visites reçues.

Si l' un de ses lecteurs a enregistré et stocké de quelque façon que ce soit le texte en question, l' auteur serait très heureux de pouvoir en récupérer la copie, faute de toute autre trace. Merci.

Publié dans divers

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Le cercle des poètes assassinés (1)

Publié le par memoire-et-societe

La poésie est l' expression naturelle de la liberté. C' est pourquoi les régimes totalitaires n' engendrent guère de poètes, sinon courtisans, et persécutent ou forcent les autres à l' exil. L' acteur Robin Williams, qui vient de mourir, avait joué en 1989 "Le cercle des poètes disparus", film d' invitation à la liberté et à l' anticonformisme. L' occasion est ainsi donnée de rappeler les noms de quelques écrivains quasi contemporains, victimes d' oppression.

Le choix n' est pas exhaustif. Des poètes méconnus continuent de disparaitre chaque jour. En voici cinq, dont la vie brisée n' a pu cependant étouffer l' oeuvre :

- Max Jacob a été l' un des acteurs, avec ses amis Apollinaire, Picasso, Salmon ou Derain, du renouveau de l' avant-garde au début du siècle dernier. Juif tôt converti au catholicisme, il a publié plusieurs recueils ( "Le Cornet à dés", "Le Laboratoire central") qui ont fait date. Il s' est retiré dès 1936 au monastère de Saint-Benoit sur Loire où la Gestapo est venu le chercher huit années plus tard. Uniquement voué à Dieu et à la poésie, il s' est retrouvé à 68 ans au camp de Drancy. Il y a été presque aussitôt emporté par une broncho-pneumonie.

- Aussi tragique a été la destinée de Saint-Pol Roux, poète symboliste (" La Dame à la faux", "Féeries intérieures"), ami de Mallarmé, Max Jacob et Ségalen. Breton lui a dédié "Clair de terre", et Vercors "Le silence de la mer". Marseillais retiré en Bretagne, des soldats allemands l' ont agressé avec sa fille en 1940, mettant son domicile à sac et brûlant tous ses manuscrits. Hospitalisé à Brest, Saint-Pol Roux ne s' est plus remis du choc et s' est éteint trois mois après, à la veille de ses 80 ans.

- Le populaire Robert Desnos avait acquis la notoriété grâce à ses dons pour l' écriture automatique relatés par Breton dans " Entrée des médiums " et incarnés dans Rrose Sélavy, patronyme emprunté à Duchamp. Desnos avait étendu l' expression de nature surréaliste au journalisme, au cinéma, à la chanson, la radio et la publicité. Qualifié de "philoyoutre" par Céline, il appartenait au réseau de résistance "Agir". Arrêté puis déporté en 1944, il est mort du typhus le 8 juin 45, jour de la signature de l' armistice, au camp de Theresienstadt, parlant du surréalisme à un étudiant tchèque.

- Benjamin Crémieux, ami de Proust et spécialiste de poésie italienne, collaborait régulièrement à la NRF. Il était l' une des cibles préférées des groupes antisémites qui dénonçaient son "judéo-cosmopolitisme". Entré dans le mouvement de résistance "Combat", il a milité à Marseille au sein du réseau NAP, chargé du noyautage des Administrations publiques. Il est décédé au camp de Buchenwald à 56 ans. David Rousset lui a consacré un chapitre de son ouvrage " L' Univers concentrationnaire ".

- Benjamin Fondane, poète juif roumain d' expression française, arrivé à Paris en 1923, s' est d' abord lié à ses compatriotes émigrés, le dadaîste Tzara, le sculpteur Brancusi, le poète Voronca, avant sa rencontre avec le philosophe russe Léon Chestov, qui est devenu son maître à penser (2). L' oeuvre poétique de Fondane a fait l' objet d' une réédition en 2006 sous le titre "Le Mal des fantômes". Volontiers polémiste, il a notamment ferraillé contre Breton, qui l' avait initialement inspiré, à propos de l' écriture automatique. Fondane est mort dans une chambre à gaz d' Auschwitz, en 1944.

(1) "Le poète assassiné" est un titre de Guillaume Apollinaire, grièvement blessé en 1916, mort en 1918.

(2) Fondane est aussi un écrivain philosophe ( cf. " La conscience malheureuse" 1936 )

Publié dans littérature

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Procès

Publié le par memoire-et-societe

Des parents et des amis m' ont parfois demandé d' écrire mes "souvenirs". Je renâclais dans la mesure où je voyais mal l' intérêt d' un témoignage somme toute secondaire sur l' ensemble des évènements que j' ai pu connaitre.

Toutefois, j' évoque aisément les moments précis qui ont pu faire sens dans ma vie. Ainsi ai-je assisté, à 16 ans, à l' ouverture de deux procès historiques : celui de Philippe Pétain et celui de Pierre Laval, où mon père, à peine rentré de déportation, avait été désigné comme juré parlementaire.
Le " procès Pétain" a débuté par une accablante journée de chaleur en juillet 1945 devant la Haute Cour, au Palais de Justice de Paris. Magistrats, avocats, jurés, journalistes innombrables, gardes et spectateurs s' y pressaient. Quand Pétain est entré par une porte latérale sous le crépitement des flash, le silence s'est fait. L' accusé, en tenue de maréchal, a gagné sa place, face au président Mongibeaux qui lui avait prêté serment sous l' occupation, a posé son képi étoilé, et décliné son identité. Puis il a lu, debout, une déclaration contestant la validité du Tribunal, avant de préciser qu' il ne répondrait à aucune question.

Le procureur général Mornet, qui avait fait fusiller des "poilus" pour "défaitisme" durant la 1ère guerre mondiale et sollicité en 1941 sa participation à la Commission chargée de "dénaturaliser" les juifs, a pris la parole avec véhémence. C' était son travail. Pétain, de marbre, regardait ailleurs. De temps à autre, l' un de ses avocats se penchait pour lui parler à l' oreille. Le vieillard (89 ans) hochait un peu la tête. De la tribune du public, au-dessus du jury, je contemplais l' homme aux cheveux blancs qui concentrait sur lui toutes les passions du Pays. Ce procès, auquel je ne suis plus retourné, ,a duré trois semaines, et s' est conclu par une condamnation à mort commuée en détention à perpétuité. Pétain est décédé à l' ile d' Yeu six ans plus tard.

Laval, homme politique, était aussi loquace que Pétain, le militaire, s' était montré silencieux. Quand son procès s' est ouvert, le 5 octobre de la même année, nous étions à nouveau, ma mère et moi, dans la tribune surplombant la salle aux fenêtres haut perchées, découvrant un morceau de la Sainte Chapelle. Est apparu un individu assez petit, au teint olivâtre, qui s' est assis sur un banc vide. Ses avocats boycottaient la séance pour protester contre une instruction "bâclée" et un accès, selon eux "incomplet", au dossier. Lui était d' abord convaincu qu' il allait sauver sa tête, compte tenu des services rendus aux uns et aux autres.

Mornet et Mongibeaux, dont le zèle se nourrissait de l' espoir d' être promu à la présidence de la Cour de Cassation, sont passés à l' attaque jusqu' au moment où Laval, se dressant soudain et frappant violemment la table, a hurlé : "Mais vous étiez aux ordres de mon gouvernement à cette époque, vous qui me jugez! ". Au fond de la salle un jeune homme, fils d' un ministre de Vichy, Cathala, a applaudi. " Arrêtez immédiatement le perturbateur!" a ordonné Mongibeaux.

La séance s' est achevée dans le brouhaha et la confusion. Le 9, Laval était condamné. Le 15, jour de son exécution, il tentait de s' empoisonner. On lui a fait un lavage d' estomac avant de le fusiller, attaché à sa civière verticale, sur un chemin longeant la prison de Fresnes.

Je n' éprouvais aucune indulgence pour les responsabilités assumées par les deux personnages, mais j' avoue ne pas être sorti de là avec une haute opinion de l' indépendance de la Justice.

Quand mon père est mort d' un accident de voiture en 1950, nous avons reçu à la maison beaucoup de lettres de condoléances que je me chargeais d' ouvrir. Un matin, j' ai tiré d' une enveloppe une photo de Pétain. Au dos, était écrit à l' adresse de ma mère : " Il est crevé, le salaud. Tant mieux! ".

Publié dans histoire

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Trois ans après

Publié le par memoire-et-societe

Il y a trois ans exactement (août 2011) qu' existe ce blog. Aucune publicité, aucun recours aux "relais sociaux", aucune concession à la décoration et à l' ornement pour élargir l' audience d'un contenu aisément, mais non systématiquement, à contre-courant. Le bouche à oreille, un choix de sujets et des prises de position propres à l' auteur, rien de plus.

Dans ces conditions limitées, les résultats obtenus semblent encourageants : 6.914 pages lues pour 258 chroniques publiées (7 par mois en moyenne), soit 59 "de société", 54 d' actualité, 42 politiques, 41 culturelles, 31 historiques, autant, 31, littéraires. Une centaine de commentaires écrits et ...pas une invective (non, je ne le déplore pas).

L' année à venir gardera le même objectif, essayant de suivre l' actualité en la plaçant, si possible, dans une perspective historique, et d' évoquer des créateurs et des courants artistiques oubliés ou laissés dans l' ombre.

La tâche est rude et solitaire. Le plaisir de l' expression est sa récompense.

Publié dans actualité

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S' agissant de la "légèreté française"

Publié le par memoire-et-societe

La France et les Français -ce qui n' est pas exactement la même chose- souffrent-ils de préjugés négatifs issus de la conjoncture? Il a de tout temps existé de multiples clichés affectant les communautés nationales. Si l' Espagnol est "fier" et l' Anglais "égoïste", l' Allemand, lui, est "travailleur" par définition et l' Italien "coureur" de naissance. Quant à l' Américain, tout le monde sait ça, c' est un "grand enfant".

Le Français, bien sûr, ne saurait échapper à ces a priori, plutôt chauvins ou xénophobes. J' ai eu maintes fois l' occasion d' entendre sur ma nationalité des opinions définitives. Il convient alors de distinguer ce qui concerne le pays, arguments à l' appui, de ce qui touche à sa population, plus anecdotique.

A New York d' honorables buveurs de vin de Bordeaux ont versé leurs bouteilles au caniveau quand Chirac a refusé de soutenir l' intervention américaine en Irak. Mais ils avaient fait du Français "ingrat" un être d' exception quand "les Bleus" avaient remporté la coupe du monde de football.

Hitler, niant la défaite allemande de 1918, décrivait la France dans "Mein Kampf", comme une nation décadente "enjuivée et négrifiée", source de l' "Art dégénéré". Nous n' en sommes plus là, mais semble encore prévaloir, dans les propos de dirigeants et journalistes anglo-saxons particulièrement, une joie maniaque à dénoncer ( "french bashing") la "légèreté française" tous azimuts.

Suis-je "léger"? Sommes-nous viscéralement "légers" ? Senghor disait cela de Giscard, ajoutant qu' il le trouvait "intelligent". Nos proches alliés allemands, qui goûtent notre culture et notre art de vivre "wie Gott in Frankreich", mais ne se paient pas de mots, ne peuvent réfréner un sourire crispé quand, en Européens conséquents, ils évoquent l' efficacité de la rigueur budgétaire hexagonale.

Les milliardaires russes adorent Chanel. La classe moyenne chinoise est folle de Vuitton. Le Qatar ... Peut-être que cela ne fait pas "sérieux". Ou bien faut-il chercher les racines d' un relatif discrédit dans l' Histoire et la Religion? La révocation de l'édit de Nantes, l' insolence du Roi Soleil, les guerres napoléoniennes, les rivalités impérialistes et les couacs de la décolonisation, continueraient ainsi à entretenir des rancunes inavouées et des haines postcoloniales proclamées.

Toutefois comment, dans nos sociétés de plus en plus métisses, concilier une "légèreté" et une "irresponsabilité" génétiques avec un jugement trop global pour être pleinement convaincant?

Publié dans société

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Administration de la mémoire

Publié le par memoire-et-societe

Je l' avais visité au début des années 60 : Natzwiller-Struthof était le camp de concentration installé par les Nazis dans l' Alsace annexée, au-dessus de la ville de Schirmeck. Il était, comme ses semblables, destiné à l' élimination des "ennemis irrécupérables du Reich". Plus de 25000 déportés y avaient laissé la vie.

Le lieu était alors presque en l' état. Il avait en 1945 servi un moment de centre pénitentiaire pour collaborationnistes. En 1950, on avait classé "monument historique" cette clairière pentue, ceinte d' un triple rang de barbelés et d' une série de miradors proches les uns des autres. Un jour, un détenu muni d' une perche avait réussi à sauter les obstacles. Les chiens l' avaient vite débusqué entre les sapins. Il avait fait le tour du camp une corde au cou avant d' être pendu au son du violon sur la Place d' Appel, devant les autres prisonniers disposés en carré. Le SS commandant le Struthof, Josef Kramer, lui, s' est pendu tout seul, en 1945.

Passée la porte, se dressait la longue cheminée du crématoire auprès de laquelle de Gaulle avait inauguré en 1960 le "Memorial de la déportation". En contrebas, les restes d' étagements de baraques noirâtres, jusqu' au Revier où des "chercheurs", comme le professeur August Hirt, ami d' Himmler, expérimentaient de nouveaux gaz toxiques. Rien de plus sinistre que cet ensemble noyé les trois quarts du temps dans les brumes de la forêt vosgienne.

Récemment, l' un de mes petits-fils, âgé de 16 ans, a émis le voeu d' aller sur place. Devoir de mémoire oblige, je suis retourné au Struthof. Un vaste parking payant et grillagé nous a accueillis. Nous avons ensuite emprunté une allée macadamisée jusqu' au " Centre européen du résistant-déporté ", cube de verre brillamment éclairé, doté d' une billetterie électronique et d' une boutique de produits dérivés (albums, DVD). Dans la vaste salle, des photos de camps hitlériens, de Dachau à Buchenwald, de Mauthausen, où a été mon père, à Auschwitz, Neuengamme, Ravensbrück ou Dora. Des légendes, des panneaux rédigés par des historiens.

Pour accéder au site, il a fallu ressortir, reprendre, ticket d' entrée en main, l' allée jusqu' à une étroite ouverture latérale du portail. Des files de scolaires s'y pressaient, encadrées par des adultes qui s' efforçaient d' imposer une réserve en rapport avec la solennité de l' endroit. Des couples plus âgés parlaient allemand.

Là, surprise : le camp était vide ! sur toute son étendue, des passages zigzaguaient entre des rectangles bordés de pierres qui figuraient l' emplacement des baraques disparues. Seuls survivaient un block-témoin, narrant la vie concentrationnaire, et, tout au fond, en bas, le bâtiment-laboratoire de Hirt et de ses collègues.

Des groupes suivaient placidement le fléchage "sens de la visite", tel qu' indiqué par l' Administration de la mémoire. Tout était impeccablement ratissé et indolore. Mon petit-fils n' a fait aucune observation. On avait châtré l' émotion à laquelle il s' était, sans doute, préparé.

Publié dans histoire

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