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Quand trop est trop

Publié le par memoire-et-societe

 Qu' un député UMP s' efforce de ridiculiser le nom de la compagne de François Hollande, c' est carrément imbécile et ne fait que disqualifier l' auteur de ce propos bas de gamme.
  En revanche, ce qui s' est passé au meeting du candidat socialiste à Limoges est d' une autre étoffe : l' attente d'une salle de milliers de personnes y a été meublée par la diffusion répétée du "Chant des Partisans ". Je laisse de côté le fait que ces paroles m' ont toujours paru grandiloquentes et faux-culs, du genre : "Armons-nous et...allez-y les petits gars! ".

Ce qui importe en l' occurrence, c' est le symbole. Passer et repasser dans une région ou les combats de la Résistance ont été particulièrement meurtriers, l' hymne évoquant cette période et incitant à prendre un fusil, est une escroquerie morale, la scandaleuse instrumentalisation d' un affrontement électoral. Qu' on m' entende : je n' ai jamais voté Pompidou, Giscard, Chirac ni Sarkozy, mais, oui, j' ai voté Mitterrand (qui, justement...la francisque...) et me suis abstenu depuis Jospin ( dont le père...). Las en somme d' être cocufié à 100% par la droite et à 90 par la gauche. Donc, mes choix sont clairs.

   Qui sont alors ces gens qui assimilent si facilement leurs adversaires de scrutin  à la Milice de Darnand et se prennent pour des F.F.I  nouveau style? J' ai vu, quant à moi, la Gestapo débouler à six heures du matin chez nous. Je m' excuse, mais ou porte la comparaison avec aujourd' hui? Contre quelles divisions S.S  faudrait-il prendre le maquis? Rappelons-nous Chateaubriand : ce qui est excessif est insignifiant.
    Alors, assez  de recourir pour un oui et  un non au danger hitlérien et à l' ombre du Maréchal .Respectez  autrement  le souvenir de ceux qui en ont  été les victimes réelles! Les suppliciés d' Oradour! les fusillés du Mont Valérien! les torturés de la rue Lauriston! les gazés d' Auschwitz ! les morts et les rescapés de Dachau, de Buchenwald et de Mauthausen! Assez ! on n' en peut plus de ces titres de journaux  pour "jeunes " qui ne peuvent discerner le vrai du faux, ils n' étaient pas nés, de ces microphages qui cherchent à plaire aux  vainqueurs potentiels ! Assez de tartufferie, marre de ces maquillages historiques! Merde, sifflez la fin!

Publié dans actualité

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Frères-artistes

Publié le par memoire-et-societe

  Etre "frère de..." (inscrire ici un nom reconnu) garantit en principe une bienveillante prévenance. Encore que, s'agissant de création ou, pour exister, s' impose de justifier concrètement sa place, la règle ne soit pas absolue. Le manque de talent est vite perçu, ouvrant les vannes aux comparaisons dévalorisantes.
Sortir de l'ombre à partir d' un patronyme déjà répandu  témoigne donc d' un désir soutenu: celui de s'affirmer en tant que tel ou celui de ne pas décevoir ses proches. Les frères d' artistes consacrés présentent à ce propos certaines caractéristiques notables :

     -ils sont en quasi totalité des cadets ou des benjamins

     -ils choisissent des moyens d' expression compatibles avec celui ou brille l' aîné

     -ils balancent entre une subordination implicite et une ambition de coopération égalitaire.

 

                                                        *                                                               *

  Gustave Caillebotte, le peintre impressionniste, semble avoir  eu pour son frère Martial, de cinq ans plus jeune, un effet involontairement castrateur. A lui les relations, la réputation de mécène, les hommages du monde artistique. A Martial le soin de se démarquer en optant pour la composition musicale et la photographie, encore à ses débuts. Ainsi a-t-on pu découvrir, lors d' une exposition récente ou le musée Jaquemart-André à Paris les a réunis, la révérence qu' à travers deux vecteurs différents de représentations visuelles, le cadet, doué mais demeuré anonyme, adressait au glorieux aîné.

  La relation de Vincent Van Gogh avec Théo, plus jeune de quatre ans, mort à six mois d' écart, et inhumé à son côté, comme en un grand lit commun, au cimetière d' Auvers sur Oise, a été d' un tout autre ordre. C'était plutôt celle de jumeaux dévorés par la même folie de l'art, l' un comme peintre, l' autre comme admirateur. Vies confondues à tel point que le mystère vient  rôder autour de l' oeuvre. Des experts affirment que l' "Autoportrait " de Vincent  serait en réalité la représentation de...Théo. Ils ont décortiqué  les détails physiques de chacun  pour arriver à la conclusion que Vincent a peint son frère en mentant sur l' identité du modèle. Une correspondance permanente témoigne en tout cas de l' osmose qui règnait entre ces deux êtres.

   Dans la famille d' Auguste Renoir, trois frères: Pierre, grand acteur, Jean, le metteur en scène de " La règle du jeu ", Claude dit Cloclo, le petit dernier, que son père a peint habillé en clown (1909). Frère de profession, jamais sauvé du maternage familial, Claude s'annonçait pourtant comme un céramiste talentueux. Ses frères en ont fait un directeur de production cinématographique et l' ont laissé pieusement recenser  l' oeuvre paternelle au Château des Brouillards.

   Mais le cas le plus spectaculaire de fratrie artistique est bien celui de la famille Duchamp. Là aussi trois fils: Jacques Villon, peintre et graveur, Raymond Duchamp- Villon, sculpteur mort d' une typhoïde contractée à la guerre, Marcel Duchamp, considéré comme l' initiateur de l' art contemporain, et une fille, Suzanne Duchamp, peintre également. Les Duchamp, objets en 1967 à Rouen d'une exposition commune voulue par Marcel pour ses 80 ans et reprise ensuite au Centre Pompidou, ont donné l' image exemplaire d' une fraternité artistique ou chacun est solidaire et indépendant. Solidaire dans un choix avant-gardiste préalable qui a réuni ces jeunes créateurs dans le " Groupe de Puteaux ", indépendant dans la mesure ou chacun a ensuite poursuivi son oeuvre à sa guise. On connait ainsi l' extraordinaire parcours de Marcel aux  Etats-Unis qui le tiennent pour un génie de la modernité.

   Jean Dufy avait onze ans de moins que Raoul. A-t-il souhaité devenir son rival? Le parallélisme des oeuvres, la similitude des influences, la parenté des thèmes, incitent à le penser. Mais le "défi " implicite n' a pas entravé leur collaboration : " La Fée électricité ", fresque impressionnante commandée à Raoul pour l ' Exposition de 1937 et aujourd'hui abritée par le Musée d' Art moderne de la Ville de Paris, a bénéficié du concours de Jean. Si une concurrence a existé, elle a été stimulante et n'a pas empêché la confirmation de la primauté de Raoul.

   Jean Lurçat et André, son cadet de deux ans, n' ont pas été  frères que  biologiquement, ils l' ont été au plan idéologique.L' un  peintre, céramiste, tapissier, proche du cubisme et du surréalisme, l' autre architecte, compagnon de Le Corbusier, tous deux liés au mouvement communiste sans concession au " réalisme socialiste " en odeur de sainteté dans l' univers stalinien. Ils se sont  voulus  complémentaires, l' un venant embellir ce que l' autre bâtissait.

   Un fraternel partenaire, c' est ce qu' a été  Paul Magritte pour René, plus âgé que lui de quatre ans et célèbre peintre surréaliste belge. Eluard, son ami, comparait ce Magritte bis, poète et compositeur, à Francis Picabia et à Benjamin Péret. Colinet déclarait  le " porter aux nues ". Ni complexe ni jalousie. Paul n' a pas rencontré la gloire: il a écrit des textes bien oubliés et des chansons dites " alimentaires. Mais il a conduit,  avec son " grand frère"  René, des " Travaux inutiles " qui ont fait d' eux  de joyeux complices.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Retour à Boris Vian

Publié le par memoire-et-societe

B.Vian, j' y reviens régulièrement. Pélerinage dans ses livres et son jazz. Il avait dix ans de plus que moi : c' était une personnalité toujours très entourée, j' étais un étudiant anonyme. Je l' ai croisé, sans oser lui parler.

Je l'ai croisé au  "Lorientais ", sous-sol de la rue des Carmes ou il venait voir son ami Claude Luter. Lui, Vian, officiait au "Tabou ", que je n'ai pas fréquenté. Je l' ai croisé sur les planches des "Bains Deligny ", une péniche-piscine près du pont de la Concorde,son visage délicat émergeant d'un buisson d' admiratrices. Je le trouvais " classe ".

Un soir de 1955, je suis allé l' entendre aux " Trois Baudets ", près de la place Blanche. En pleine guerre d' Algérie. Quand il a entamé " Le Déserteur ", deux hommes et une femme, dans une loge du fond, se sont mis à l' interpeller violemment.

Vian s' est arrêté, très pâle, et leur a dit : " Ne croyez pas que je vais me dégonfler ". Les insultes ont redoublé tandis qu'une partie de la salle scandait : " Continuez ! Continuez ! ". Boris Vian a repris sa chanson,est allé jusqu' au bout, puis  s' est  tu, immobile face à la salle l' applaudissant. Les perturbateurs ont fini par se lever et sortir.

Vian, c' était le super-doué : centralien, trompettiste, romancier, parolier, traducteur, dramaturge, poète, cinéaste, je ne sais quoi encore. Un moraliste pince-sans-rire. Sa morale, il ne la dispensait pas dans de fastidieux ouvrages, même s'il avait projeté de rédiger un  " Traité du civisme " prometteur, il l' exprimait dans un humour ravageur. Je songe ici à une anecdote qui illustre le propos : pendant l' occupation, passant aux Champs- Elysées, il avise une affiche antisémite représentant un repoussant banquier juif  tendant des mains crochues au-dessus du globe terrestre. Vian se précipite vers l' affiche en criant : " Grand-papa ! ah, grand-papa !..." Quelle réplique plus "morale " à la haine raciste ?

De la mélancolie s' affichait pourtant dans son regard. Pressentiment d' une mort prématurée ( à 39 ans ), rendue prévisible par une insuffisance aortique remontant à l' enfance ? ou, plus encore, déception qui accompagne la conscience impuissante de la dérision et la solitude du sceptique ? Vian riait : du Pouvoir, de l' Armée, de la Police, de la Connerie en général, pour éviter de montre qu' il s' en affligeait. C' était sa pudeur.

Il s' étonnerait de découvrir le produit de consommation qu' est devenue sa littérature, lui qui, de refus d' éditeurs en retours de librairie, a galèré pour écouler des romans estimés " non vendeurs ". De cet échec- là , il a souffert. Plus encore que de son renoncement obligé à la trompette. De son vivant, il n' était que le prince de Saint-Germain des Prés, de ses caves, de la sulfureuse réputation du jazz et de l' existentialisme, thème surexploité par la presse à sensation.

Les années ont établi Boris Vian dans sa dimension exacte : celle d' écrivain, père de six romans reconnus, d' un recueil de nouvelles, d' une pièce de théâtre et d' une foule de sketches, de chroniques, de chansons, de pochettes de disque, de textes de conférence et d' articles de journaux. On l' étudie dans les universités. Comme Sartre avec qui il a collaboré aux "Temps Modernes ". Comme Queneau, son compère au Collège de ' Pataphysique ( parodie de science fondée par Alfred Jarry  en vue de produire des oeuvres " ubuesques " ). Comme Prévert, son voisin de la Cité Véron, annexe du Moulin Rouge.

La récupération académique, médiatique et commerciale n' a pas réussi  à atténer son aura dans le jeunesse  parce que Vian n' a cessé de vivre jeune, chanter jeune, écrire jeune, c' est - à dire insolemment, généreusement. Lisez et relisez. Restez  jeune jusqu' à la fin.

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" Les Français "

Publié le par memoire-et-societe

Je n'écoute pas tout le  temps l' obsédante musique de la campagne présidentielle. Quelques notes le matin , quelques mesures le soir. Je vadrouille aussi sur Internet, mais avec modération. J'ai néanmoins observé le penchant de tous les candidats, sauf peut-être ceux d' extrème gauche, à faire parler les autres sous la vaste appellation " les Français ". Etant Français, je ne peux donc m' empêcher d' éprouver de la curiosité à l' idée de découvrir ce que je  pense,  préfére ou rejette, et , de façon plus large, d' apprendre ce à quoi je rêve plus ou moins consciemment.

La disposition d' esprit de chaque postulant tendant à révéler  à 45 millions d' électeurs les attentes et aspirations d' un nombre équivalent de citoyens en âge de voter, ne manque pas d' impressionner. Ces solennelles Annonces qui ramassent d' un coup jeunes et  vieux, mâles et femelles, colorés et incolores, Philippe de Rotschild et Dupont  Mamadou, ne relève-t-elle pas en vérité de l' art le plus consommé de la communication en permettant audit candidat de s' exprimer à ma place de Français, de fondre d' autorité mon individu dans la Nation, pîquant au passage ma souveraineté civique en vue de servir son potage électoral ?

Les expressions employées dans de telles Adresses au peuple, prenant de vitesse  toute réaction de ma part ( " Les Français ne comprendraient pas que...") ou engageant résolument  ma décision ( "Les Français ne souffriront pas que..."), revêtent malgré tout  quelquechose de virtuel. Car le seul agglomérat de 45 millions de votants (moins en fait si l' on défalque abstentionnistes et bulletins blancs exclus d'une citoyenneté " responsable ") ne saurait représenter la France, personne morale d' une autre étoffe, dont les habitants, quoique détenteurs d' un même passeport, sont  les composants divers et variés,  éphémères et multiples.

Le pays, fragilisé par la combinaison du vieux  jacobinisme, du projet européen et de la mondialisation, entre mal dans l' entité idéalisée et fusionnelle de ceux qui nous convient à les suivre comme, c' est le cas de le dire, "un seul homme",  que " les Français" ne sont déjà  plus .

En des  temps bien délicats ou la démocratie libérale (lire: le capitalisme contemporain) se consacre à des élaborations financières manipulées par une pseudo "opinion publique " (médias-sondages-intérêts oligarchiques), et  tend à faire de nous, "les Français ", autant de duplicata voués à abandonner leur identité de personne et à se débarrasser de leurs petites économies de valeurs, j' ai peine à me sentir concerné.

Je songe alors à la remarque de Senghor qui, interpellé par un opposant lui reprochant d' être resté  "trop français", tout en lui jetant au visage une critique de Giscard d' Estaing sur sa politique " trop socialisante ", rétorquait , désabusé : " Chacun ses Français..."

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Celui qui y croyait et celui qui n' y a pas cru (2)

Publié le par memoire-et-societe

Pierre Stibbe, nous allions le rencontrer chez  lui,  rue des Martyrs, Jean Rous, l' un des rarissimes responsables politiques français fréquentant alors des colonisés nationalistes, et moi, encore étudiant. Stibbe était une référence. " Un saint  laïc ", disait Mauriac. Ce fils d' un petit  fourreur juif avait commencé à militer à vingt ans au parti socialiste de  l' époque, la S.F.I.O, puis connu la notoriété lors de la sanglante répression de l' insurrection malgache de 1947.

Défenseur passionné des élus locaux, il leur avait évité de peu la peine de mort, et son livre "Justice pour les Malgaches " dénonçait  " une affaire Dreyfus à l' échelle d' un peuple." Présent partout sur le front de la décolonisation, Stibbe a été associé pendant  plusieurs décennies à tous les procès en justice intentés aux "coloniaux ", a donné son nom à d' innombrables textes et pétitions favorables à l'émancipation des peuples sous tutelle, collaboré aux journaux et revues en pointe sur la question, et animé inlassablement le débat au sein d' organisations engagées en faveur de l' indépendance algérienne comme l' Union de la Gauche socialiste puis le P.S.U.  A  l'époque, rien de cela n'était confortable.

Comme Molière, à sa façon Pierre Stibbe est mort en scène. Ou plutôt le 3 février 1967 en plein tribunal, terrassé à 55 ans par une crise cardiaque alors qu' il plaidait pour un immigré algérien. Il s' était  " voué, a encore écrit Mauriac, à la défense du métèque, du hors-la-loi, des plus méprisés "

  Son confrère du barreau François Mitterrand ( ils avaient quatre ans d' écart ) a été onze fois ministre entre 1947 et 1958: de la France d' outre-mer en 1950-51, où il n'a guère laissé trace, puis de l' Intérieur ( 1954-55 ) et de la Justice (1956-57 ) au plus fort de la répression en Algérie. Pour  Mitterrand, l' indépendance était simplement impensable : c' est dans cet esprit qu' il a refusé la grâce de 45 condamnés à mort qu' il a fait guillotiner à la prison Barberousse d' Alger. Un ouvrier communiste européen, Fernand Iveton,  figurait parmi eux  pour une tentative d' attentat qui n' avait causé aucun dégat. Par cet exemple outrancier,  Mitterrand entendait rassurer les autres  Européens quant à  la pérennité de l' Algérie coloniale, et montrer aux  Américains que le maintien de la présence française était une garantie contre le communisme.

  En 1960, lors de la création du P.S.U, ouvertement rallié à l' indépendance, la demande d'adhésion de  Mitterrand a été rejetée . Michel Rocard a qualifié le futur chantre de l' abolition de la peine de mort d' " assassin ". On sait ce que cela  lui  a coûté plus tard. Mais en 1981, la gauche organisait délibérément l' omerta sur cette période du passé de son leader en  nous suggérant  un concept  inédit : le post-anticolonialisme.

 

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Celui qui y croyait et ceui qui n'y a pas cru

Publié le par memoire-et-societe

La Résistance est pour moi rattachée à des êtres que j'ai vus, entendus, évalués en tant que pré-adolescent conscient de la situation exceptionnelle que nous vivions. Je souhaite ici rendre hommage à l' un d' entre eux, que les historiens officiels de cette période ne citent guère.

Un dimanche après-midi de l' hiver 1942-43, j' ai accompagné mes parents rue Lhomond à Paris, juste derrière le Panthéon. Un homme à cheveux blancs nous a introduits  dans son bureau croulant sous les livres et les journaux : il s' appelait  Amédée Dunois (pseudonyme de Gabriel Catonné), nom familier au mouvement ouvrier depuis le congrès de la 2ème Internationale en 1907 à Amsterdam.

Jusqu' à sa mort à plus de 67 ans au camp de concentration de Bergen-Belsen, quelques semaines à peine avant  l' armistice, ce puits de science, indifférent aux mandats et aux honneurs, a été associé à tous les évènements impliquant la gauche européenne.

Collaborateur de l' "Encyclopédie anarchiste " de Sébastien Faure, journaliste à  la "Bataille syndicaliste " puis à  "L' Humanité ", il était le voisin de table de Jaurès quand celui-ci fut assassiné le 31 juillet 1914. Dunois se range derrière Romain Rolland en faveur de la paix durant la première guerre mondiale avant de rallier la 3èmè Internationale (communiste) au congrès de Tours. Il est invité à ce titre, en janvier 1924, aux obsèques de Lénine à Moscou. Peu après, il se rebelle contre les méthodes de bolchévisation du  P.C qu' il quitte en 1927 pour rejoindre la S.F.I.O. Il y dirige la "Nouvelle Revue socialiste " en compagnie de Jean Longuet, le petit-fils de Marx. Hostile aux accords de Munich (1938), Dunois entre d' emblée dans la Résistance sous le nom de Nicolas Moreau. Arrêté en janvier 44, il succombe à  la déportation en février 1945.

S'il vous arrive d' entrer au Panthéon, précisément, vous trouverez ,au fond du bâtiment à droite, un pilier voué " Aux écrivains morts pour la France ". Au sein d' une liste qui recense noms connus et moins connus, celui d' Amédée Dunois.

Plus notoire, en revanche, le nom de Jospin. Robert Jospin...oui, le père. Pacifiste  " intégral ", comme on disait alors, il justifiait le "coup de Prague " par le besoin d'  " espace vital ". Pendant l' occupation, il adhère à la " Ligue de la pensée française ", proche de Laval. Nommé conseiller municipal de Meudon par Vichy, il est  "retenu " par les résistants locaux dans le sous-sol de la mairie en août 1944  avant de gagner Paris ou il bénéficie d' amitiés maçonniques. Rappel un peu mesquin sans doute, si l'on n' avait récemment entendu le fils, Lionel, évoquer  "la Gestapo à la maison ". Pour dîner ou pour perquisitionner?

Compte tenu de l' enthousiasme relatif que manifestait  M.Jospin père pour les "bellicistes " antifascistes, on est en droit de se poser la question.

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A propos de bilan

Publié le par memoire-et-societe

 La Constitution de la Vème République a été conçue en 1958 par et pour Charles de Gaulle.Il l' a utlisée durant onze ans, mais peut-être pensait-il qu' elle ne lui survivrait pas. Ebranlé par les évènements de 68, il a perdu de peu en 1969 un referendum sur le Sénat et la Décentralisation. Tirant la conclusion de son échec, il a aussitôt démissionné de la présidence de la République. Il décédait un an plus tard.Le bilan de ces onze années n' est pas mince : fin de l' instabilité gouvernementale (mal endèmique de la IVème ), arrêt de la guerre d' Algérie, indépendances africaines, développement de la dissuasion nucléaire, réconciliation franco-allemande, élection du président au suffrage universel, renforcement de l' influence de la France au niveau international, notamment dans le tiers-monde.

Georges Pompidou lui a succèdé. Septennat abrégé par la maladie et entâché par une erreur historique : l' entrée de la Grande Bretagne dans la CEE , récusée pourtant par de Gaulle, pour faire contrepoids à la puissance industrielle de l' Allemagne. Aujourd'hui l' Allemagne, réunifiée, est deux fois plus forte que la France, et l' Angleterre a eu tout loisir de torpiller de l' intérieur le projet d' Europe fédérale.
Surgit Valéry Giscard d' Estaing. Ce pseudo aristocrate amateur d' amours ancillaires et de safaris africains, sera un président de transition, soucieux de l' élargissement constant de la Communauté européenne sous l' oeil vigilant de l' ami américain. Que reste-t-il de VGE? Des histoires pas claires de diamants, quelques souvenirs de petits déjeuners avec des éboueurs, d' airs d' accordéon, et d' accident de voiture "à l' heure du laitier " sur le trajet qui va de chez une maîtresse à l' Elysée.Une vraie intelligence barrée par une réelle légèreté.

Chirac fait battre Giscard en 1981(celui-ci avait contribué à vaincre de Gaulle en 1969). C'est " l'alternance " appelée à "changer la vie ". Pour la première fois dans la Cinquième République, un socialiste accède à la magistrature suprème. Sauf qu' il n' est peut-être pas vraiment socialiste, ayant été auparavant bien des choses : étudiant d' extrème droite avant guerre, fonctionnaire à Vichy  puis résistant, élu de centre droit  puis de centre gauche, très ferme ministre de la Justice au temps de la guerre d' Algérie puis anticolonialiste résolu après le conflit, champion de l' Union de la Gauche se fixant pour objectif  l' élimination du P.C.Le "Florentin " se veut européen pour l' Histoire: il pousse à la création de l' euro, auquel n' adhère naturellement pas Mme Thatcher. Ah oui : Mitterrand (c'est de lui qu' il s' agit ) a aussi abaissé à 60 ans l' âge de la retraite. Les dernières années de son second septennat sont pathétiques : le vieux monarque, rongé par le cancer, libéré des secrets de sa vie privée, ne dialogue plus qu' avec la Transcendance, incarnée pour l' occasion par Jean Guitton et Jean d' Ormesson. Le  "socialisme " expire sous les yeux d' un Jacques Chirac fin prêt. Le Roi est mort, vive le Roi.

Chirac aurait fait une aussi brillante carrière politique sous la Troisième République : président du Conseil radical, quelque part entre le père Queuille, Camille Chautemps et Yvon Delbos. Ces gens-là avaient une recette : trouver le point d' équilibre et ne plus en bouger. Chirac a retenu la leçon, serré des mains et hanté le Salon de l' Agriculture.

 Point en sa faveur : il a professionnalisé l' Armée et évité de l' envoyer en Irak, avant de finir lui- même en correctionnelle. En 12 ans de règne, ce n' est quand même pas époustouflant.

Aussi son successeur Sarkozy  s' est-il empressé de prendre le contre-pied de ce roi fainéant et coûteux. Il n' a cessé de s' agiter, souvent  trop et mal, mais a réformé. Plutôt en marche arrière qu' au profit du pouvoir d' achat. La crise en est-elle responsable? En partie, à la rigueur. Le patronat a été bien servi mais la désindustrialisation s' est poursuivie, les plans sociaux multipliés, la précarité accrue, le chômage des jeunes intensifié. On en viendrait presque à regretter l' immobilisme chiraquien, la fourberie mitterrandiste et les fantaisies giscardiennes.

Bilan : vous trouvez que la France a eu de la chance depuis 43 ans, vous?

 

 

 

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L'abstention est-elle marginale?

Publié le par memoire-et-societe

  L'article de ce blog intitulé "Premier Parti de France", écrit le 15 septembre 2011 et republié en date du 26 janvier 2012, évoquait le problème récurrent  et croissant de l' abstention électorale. A quelques jours des Présidentielles, les sondages confirment : un Français sur trois envisage de ne pas aller voter. Non qu' il se désintérêsse de la politique, nécessaire au fonctionnement  d' une société, mais parce qu' il est las de s' associer à un système dont il perçoit qu'il ne répond ni aux réalités économiques ni aux exigences minimales de la morale publique.

Bien sûr, la seule abstention ne saurait être une solution aux besoins d' orientation, d' organisation et d' administration d' une formation sociale quelle qu' elle soit. Elle marque un coup d' arrêt, un tournant encore non violent. S' abstenir, c' est refuser de coller une rustine de plus sur un pneu usagé,tout  en tenant compte des griefs régulièrement opposés à cette attitude : reniement de l' âpre combat des Anciens pour la conquête d' un droit d' expression fondamental, manque de solidarité avec des peuples qui luttent aujourd'hui encore pour arracher une liberté qui nous parait aller de soi..

Moins qu'une condamnation , la question réclame une élucidation politique, s' agissant d' un phénomène qui s' impose peu à peu à la vie nationale. Le mot national n' est pas neutre : le droit de vote ne signifie pas la même chose partout et  tout le temps.Il n' a pas une valeur identique en Birmanie et en France, et, pour un Français, le même poids en 2012 qu' en 1945.

L' abstention actuelle a des causes que la classe politique ne veut pas voir:

1. L'absence de charisme de ses leaders. La droite n'a jamais trouvé de dauphin à de Gaulle et la gauche de successeur à Mendès-France.C' est loin. Le recul est  patent, émaillé de scandales multiples et répétés, incarné par le déclin général du  pays et de troubles rapports de ses responsables à l'argent .De Gaulle et Mendès n' ont pas été indiscutables, non, ils ont engendré haines et calomnies, mais ils forçaient quelque part le respect. Notre peuple a besoin d' admirer  pour reprendre confiance. Il n' y a hélas pas de candidat  avéré à ce porte vacant.

2.On a les dirigeants que méritent les institutions : d' ou la crise de la représentativité. L' inadaptation de nos structures aux  exigences de la mutation contemporaine est  flagrante. Mais personne n' ose toucher à l' équilibre savant des intérêts corporatistes, résister à la pression ou au chantage des lobbies, faire fi du clientèlisme,  remettre en cause privilèges et passe-droits, tenir ferme le discours de l' intérêt général .Nos dispositions électorales, qui placent le pays en situation d' attente permanente ( élections européennes, présidentielles, législatives, sénatoriales, régionales, cantonales, municipales, à des dates différentes et pour des mandats de durée inégale), fruit d' un invraisemblable et ruineux  "mille feuilles" à prétention décentralisatrice, déconcerte le citoyen, au demeurant mal informé des responsabilités précises de ces foules de gestionnaires, et  lui laisse une impression de gaspillage de l'argent public dont on ne cesse, par ailleurs, de lui seriner qu' il fait cruellement défaut.

3.Enfin, le découragement populaire que reflète ce taux élevé d' abstentions, le sentiment répandu d' abandon et d' impuissance, expriment le mal-être qu' induisent  le règne de l' ultralibéralisme, la financiarisation d' essence anglo-saxonne de l' économie avec ses délocalisations tous azimuts,son chômage endèmique et, de façon globale, sa vision  marchande de la planète.

L' abstention, dans ce cadre, n'est pas une démission, mais s'affirme un geste annonciateur éminemment politique. Elle somme le Prince de respecter l' homme avant de satisfaire l' actionnaire, d' honorer le producteur avant de flatter le spéculateur.Elle en appelle à ceux qui s' apprêtent à aller déposer dans une urne faussement transparente un bulletin d' adhésion à leur propre aliénation.

 

 

 

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Wols : la Culture contre l' Histoire (3)

Publié le par memoire-et-societe

Wols (acronyme de Wolfgang Schultze ) a fait partie de cette pleîade d' artistes et de poètes allemands ou germanophones qui, en provenance du mouvement dadaîste à Zurich, Cologne et Hanovre, du Bauhaus à Weimar et des groupes "Der blaue Reiter " (Le Cavalier bleu ) à Munich, et  " Die Brücke " (Le Pont ) à Dresde et Berlin, ont apporté, après la première guerre mondiale, leur talent à l' avant-garde culturelle européenne massée à Montparnasse, "capitale de l' Art dégénéré ", selon la terminologie hitlérienne.

Tous, Ernst, Hartung, Bellmer, Klee, le Russe Kandinsky, les Alsaciens Arp et Schickelé, la Tchèque Toyen (pseudonyme fabriqué à partir du mot "citoyen" ), les Roumains Tzara et Brauner ont été,comme Wols, des antinazis affirmés, la plupart ayant d' ailleurs acquis, à un moment ou un autre, la nationalité française.

Bien entendu, les Surréalistes ont accueilli les "Dégenérés" à bras ouverts. Arp et Bellmer sont devenus des amis personnels d' Eluard. Ernst, artilleur dans l' armée allemande, se trouvait le 27 mai 1918 sur le champ de bataille de Vailly, à quelques centaines de mètres du poète Joë Bousquet quand celui-ci reçut un éclat d' obus qui le rendit définitivement grabataire. Leur relation  ne cessa qu' avec le décès de Bousquet en 1950.

Wols, lui, né en 1913 à Berlin, a grandi à Dresde ou ses parents fréquentaient le peintre expressionniste Otto Dix et l' ethnologue Leo Frobenius. Etudiant touche à tout, déjà très doué pour la photographie, il part pour Paris en 1932. Il y rencontre une Roumaine vivant avec le poète surréaliste Jacques Baron,Gréty. Elle devient sa compagne et l' introduit dans le milieu surréaliste. Rompant alors avec son pays natal, Wols, désormais apatride, obtient grâce à Fernand Léger un permis de séjour et s' établit comme photographe spécialisé dans les portraits de comédiens.

Du fait de ses origines, Wols, déserteur aux yeux de le Wehrmacht, se retrouve néanmoins incarcéré par les Autorités françaises en septembre 1939 au camp des Milles, près d' Aix en Provence. Il y cotoie Max Ernst, Hans Bellmer, Franz Hessel ( le père de Stéphane ), eux aussi victimes d' une nationalité qu' ils ont reniée. Wols imagine un moyen de sortir de la situation : il épouse en octobre 1940 Gréty, devenue française lors de son mariage avec Baron. Wols, Français par alliance, est à nouveau menacé par l' invasion de la " zone libre " en 1942, après avoir tenté en vain de gagner l' Amérique comme Breton, Ernst ou Masson. Il se cache dans la Drôme, accumulant photos, aquarelles et, cette fois, peintures à l' huile qui attirent l' oeil des amateurs d' art abstrait.

La Libération venue, Wols, déjà fragilisé par l' alcool qui ruinera sa santé jusqu' à sa mort prématurée à 38 ans, expose dans  nombre de  galeries et  salons  avec des peintres et photographes consacrés ( Mathieu, Hartung, Brassaï, Cartier-Bresson ). Sartre le préface, Paulhan lui rend hommage dans  " L' Art  informel " ou est analysé un parcours qui, du surréalisme, a conduit l' artiste  " régènéré" au  tâchisme et  à une expression entièrement libérée de la forme. Avec Wols, la Culture a pris sa revanche sur l' Histoire.

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