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L' ETAT FRANCAIS ET L' ETAT DE LA FRANCE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' autorité de l' Etat français dont le Parlement vote des lois dont une partie ne connait jamais d' application, ne manque pas d' interroger. Ce recul institutionnel est observable depuis la fin brutale du septennat Pompidou, le premier choc pétrolier, l' alignement giscardien sur les Etats-Unis et l' élargissement inconsidéré de la Communauté européenne. La balance commerciale a alors commencé à se dérégler, le déficit à se creuser, le nombre des chômeurs à se multiplier.

La victoire de la gauche en 1981 a été d' abord une réaction contre cette dégradation. Puis Mitterrand s' est mis à nationaliser à 100% pour, deux ans après, changer de politique, découvrir l' économie de marché, chasser les ministres communistes et remplacer Mauroy par Fabius.

Trois septennats et un quinquennat plus tard (deux sous Mitterrand, le reste sous Chirac), la France comptait au-delà de 3 millions de chômeurs déclarés et sa dette avoisinait les 80% du Produit Intérieur (PIB). Son influence historique dans le monde arabe s' était volatilisée , son crédit culturel en Afrique , en Amérique latine et en Europe de l' Est sensiblement amoindri.

Les agissements  de Sarkozy en Libye, à l' origine du meurtre de son ex sponsor électoral Kadafi et de l' extension jihadiste en Afrique noire (fait qu' on ne rappelle jamais assez ), la burlesque nullité de Hollande qui désindustrialise à tout va en promettant "l' inversion de la courbe du chômage ", complètent cette peinture du déclin national.

Les déboires se sont ainsi accumulés : incapacité à tenir les engagements pris à Bruxelles sur les 3% maximum de déficit du PIB et, surtout, délabrement  des services publics : non seulement de l'  Hôpital mais encore de l' Ecole, des Tribunaux,  Commissariats,  Prisons,  Transports en commun,  Infasructures (réseau routier, ponts, lignes ferroviaires ) , ou du Logement social. En 2005, les banlieues flambent. Chômeurs, précaires, petits retraités, endossent en 2018 un gilet jaune et descendent dans la rue jusque dans les plus modestes bourgades.

La France se classe première, du moins en Europe, pour les prélèvements fiscaux  et le nombre des fonctionnaires purement administratifs. Certaines de ses plus grandes entreprises industielles appartiennent désormais à des étrangers, d' Alstom à Sanofi ou aux Chantiers navals de Saint-Nazaire. En revanche, l' Etat a totalement raté l' avènement du numérique tandis que Mitterrand, visionnaire du passé, s' acharnait à promouvoir  Gorbatchev dont les Russes ne voulaient absolument pas.

Qui peut alors s' étonner que la classe politique soit de moins en moins respectée, les autorités de moins en moins obéies, et que les abstentionnistes se fassent toujours plus nombreux? Pas grand monde. D' où cette question: pourquoi l' Etat fonctionne-t-il si difficilement à un prix si considérable? L' incompétence ruineuse d' une série de dirigeants, la décadence du souci de l' intérêt général,  sont sans doute partie prenante d' un bilan qui n' annonce rien de rassurant à l' heure du tsunami économique engendré par l' épidémie de coronavirus ( la  " discipline" observée pendant le confinement est assurément davantage due à la trouille qu' aux menaces gouvernementales. )

Elle, cette isuffisance de nos maîtres, n' explique pas tout. La structure de l' Etat-nation est inadaptée à l' état du monde, à son évolution. Elle est gaulliste, donc anachronique, avec une tête de géant pour un corps de nain, un Exécutif omnipotent et un Parlement rabougri. A la dimension du Général en 1958, quoi, pas à celle d'un Mitterrand,  d' un Sarkozy ou d' un Macron qui s'y sont lovés avec gourmandise .L' électoralisme et le clientélisme, les lobbies, les corporatismes, la technocratie, la ronde des minorités, les démagogies, s' y sont taillés des morceaux de choix. L' amincissement annoncé du millefeuilles s' est soldé par un redécoupage loufoque en Régions qui se prennent pour des " Länder", se dotent de roitelets à caser dans le coin (Bertrand, Morin Wauquiez) et mobilisent une couche supplémentaire de "collaborateurs" étrangers aux "territoires". La décentralisation conçue sur une soudaine inspiration du duo Hollande-Sapin  n'est qu' une foutaise qui ne durera pas.

Trop centralisée, la France? oui, dans certains domaines, pas dans tous non plus. Mais un Etat souffreteux, mal rééquilibré, sacrifiant la ruralité dans une mosaïque fantaisiste et la création de microcentralisatismes autour de sous-capitales qui déplacent les problèmes avant même d' avoir pu les régler. Macron refuse la nécessité d' une mutation plus profonde ( la VIème République). Il a été élu sur le thème de réformes relatives  qu' il n' arrive d' ailleurs pas à mener à bien. Il n' a pas été à l' heure au rendez-vous indispensable du renouveau qu' attend un pays paupérisé, morcelé, déçu, et maintenant accablé par l' épidémie. Ce président sera balayé sans, espérons-le,  trop de casse.  L' Etat a assez trinqué comme ça.  Pensons dorénavant, d' abord et surtout, à la France et à sa population précarisée.

 

 

Publié dans politique

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