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SUR GILBERT LELY

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A cette époque, le "Journal parlé" de la Radio-télévision française était lu par des "speakers" qui n' en avaient pas rédigé une ligne, mais étaient choisis pour leur "voix radiophonique". L' un d' entre eux, lèvres pincées et mâchoires serrées, difficile d' abord, d' un anticommunisme viscéral, était Gilbert Lély. Il s' était mis un jour à danser au milieu du studio en apprenant la mort de l' éditorialiste de l' "Humanité", Pierre Courtade. Une autre fois il avait crié à tue-tête ne pas imaginer "comment une femme aussi intelligente que Simone Signoret pouvait vivre avec un abruti comme Yves Montand"" (issu d' une famille de communistes marseillais...)

Personnellement, je n' ai jamais eu avec Lély d' autres échanges que ceux entrant dans le cadre professionnel. Aussi quelle a été ma surprise quand j' ai appris qu' il était un poète admiré de Breton, Eluard, René Char, Hardellet, Bonnefoy, Man Ray et maints autres, que Max Ernst, Coutaud, Leonor Fini avaient illustré ses poèmes, qu' il était enfin considéré comme le meilleur connaisseur de l' oeuvre de Sade. Le provocateur était un modeste.

Né en 1904 à Paris d' un père juif marchand de tissus, Lévy de son nom véritable, le jeune Gilbert débute comme acteur de complément au théâtre de l' Oeuvre et publie des poèmes érotiques. Il est même, de 1933 à 1939, directeur d' un journal médical, "Hippocrate", qui s' intéresse à la psychanalyse.  Il est depuis 1931 membre du Groupe surréaliste et s' y fait remarquer par la publication de "Je ne veux pas qu' on tue cette femme" , en défense de l' espionne fusillée en 1917 Mata Hari.

La passion de Lély pour Sade date du jour où il visite, à Lacoste, dans le Lubéron, les restes du château du "divin marquis". Il se lance dès lors dans une recherche qui relaie celle de Maurice Heine, autre surréaliste qui vient de publier " Les 120 journées de Sodome". Rendant un jour visite aux descendants de Sade à Condé sur Brie, Lély y découvre une malle d' inédits (correspondances, carnets, pièces diverses) dont la parution va s' étaler de 1949 à 1956. Lély entame alors son oeuvre maitresse qui va, à partir de 1962, faire l' objet de multiples éditions : " La Vie du marquis de Sade ". Dans cet exégèse érudit et lyrique, Lély déploie librement tous ses talents et s' installe comme le grand historiographe de son célèbre modèle.

A 75 ans, il épouse Marie- Françoise Le Pennec, de 46 ans sa cadette. C' est elle qui l' accompagne, reconnu , honoré, jusqu' à sa mort en 1985 et, aujourd'hui encore, entretient sa mémoire dans les conférences et les colloques. 

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