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83 articles avec actualite

FLUIDITE DE LA GEOPOLITIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Après une disgrâce due à l' usage qu' en a fait le nazisme à propos de la notion d' "espace vital", la géopolitique a connu, il y a une bonne trentaine d' années, une forte résurrection.

Pionnier en la matière, l' Allemand Ratzel a concentré, dans les dernières années du XIXème siècle, ses travaux sur la nature de l' Etat, qu' il considérait comme un organisme vivant, évoluant sans cesse, de son apparition à sa disparition. Le Suédois Kjellen, poursuivant cette recherche, a alors eu recours au terme "géopolitique", que lui a emprunté après la première guerre mondiale Jacques Ancel.

Mais c' est vers 1980 que la géopolitique a acquis la notoriété en France, grâce notamment à la revue "Hérodote" dirigée par Yves Lacoste. Partant de l' influence des facteurs géographiques sur les relations internationales, la géopolitique régénérée a abordé aussi bien les questions d' appartenance territoriale, d' urbanisation ou de démographie, que celles touchant aux ressources naturelles, à la démocratisation des sociétés et aux revendications religieuses.

Lacoste, élève du géographe anticolonialiste Jean Dresch, aujourd'hui disparu, est devenu le chef de file de la discipline, suite à une longue enquête au Vietnam pendant l' invasion américaine. Il publie bientôt "La géographie, ça sert d' abord à faire la guerre", texte selon lequel l' enseignement officiel de celle-ci aide à masquer la géostratégie des Etats pour qui prime leur pouvoir sur l' espace. Il s' agit dès lors d' un savoir politisé qui, combinant sciences physiques et sciences humaines, rend impossible, dans un domaine aussi hétérogène et fluctuant, l' élaboration de lois véritables.

C' est au nom d' une telle fluidité qu' Yves Lacoste, membre du Parti communiste jusqu' en 1956, militant pro-castriste, réhabilite d' abord le géographe libertaire Elisée Reclus, effacé des radars universitaires pour son soutien à la Commune de Paris, puis publie en 2010 "La question postcoloniale", analyse de la situation des enfants immigrés de la deuxième génération "ne comprenant pas pourquoi ils sont nés en France" et "possèdent la nationalité du colonisateur". Il est vrai qu' on ne s' interroge pas assez sur l' attente de territoire de cette jeunesse assise entre deux chaises. La Cité est leur foyer, l' Etat islamique leur patrie.

Puis, peu après, tout semble se retourner. Sa réflexion sur l' identité nationale aboutit à un virage que Lacoste qualifie de "patriotique". Cette glissade géopolitique s' achève sur un livre de témoignage co-signé avec un ancien étudiant, Frédéric Ensel, dont les convictions sionistes, c' est son droit, sont connues. Défilent l' enfance marocaine, le grand engagement tiers-mondiste et anti-impérialiste, enfin le "réenchantement de la nation" avec l' intervention de "nos Rafale " en Syrie. On croirait entendre un général cinq étoiles. Yves Lacoste a 89 ans. Est-ce encore lui qui parle?
 

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CONFUSIONS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le "politiquement correct", actuellement en vogue, consiste en la substitution, à certains termes jugés agressifs, d' expressions ou périphrases plus urbaines. La pratique n' est pas sans risque, car source parfois de polysémie et de confusion.

Ainsi," ethnisme" peut-il faire écho à une intention nationaliste, ou "insularisme" introduire un sous-entendu séparatiste. Ces mots sont troubles.

Ferdinand de Saussure a, au début du siècle dernier, ressuscité dans son "Cours de linguistique générale", le terme d' ethnisme depuis longtemps employé en Europe orientale. Certains y ont vu une reformulation de "racisme". Ce n' est pas erroné dans la mesure où l' ethnie, se revendiquant du communautarisme (politique, religieux, linguistique) s' efforce d' exclure de son sein tout élément extérieur. Elle entre dès lors en conflit éventuel avec l' "impur", en l' occurrence le reste d' une société dont ladite ethnie peut constitutionnellement relever.

On sait quels ravages engendre aujourd'hui encore l' ethnisme en Afrique et en Asie. Autant le sauvetage d' une identité culturelle est-il souhaitable, autant les dérives de l' ethnisme replié sur lui- même engendrent-elles des fléaux dont l' humanité pourrait se dispenser.

De père corse, de mère béarnaise, qui suis-je ? leur mère étant Alsacienne, à quelle "ethnie" appartiennent mes enfants? et mes petits enfants, y ajoutant de l' Auvergnat et du Bourguignon?

L' insularisme représente un autre risque de situation conflictuelle : l' équivoque entre ce concept et le fait d' insularité. L' insularisme lui aussi est un choix qui entend marquer une distanciation isolant la population  sur un espace fermé. Ce faisant, il peut non seulement marginaliser le territoire eu égard à l' évolution générale du monde, mais également affaiblir un ensemble plus large et remettre ainsi en cause des équilibres géo-politiques sensibles. Le pointillisme étatique satisfait en majorité des ambitions personnelles.

L' insularisme, sauf à se résigner à un rôle folklorique, se met alors en travers d' un mouvement de l' Histoire qui tend à la formation de blocs quasi continentaux. Scission vaine, acte d' une résistance sans vraie perspective, dont le propos, s' absentant des réalités, ne nourrit qu' un repli anachronique et anecdotique. De là vient le trouble : de la confusion entre un état objectif (l' insularité) et sa connotation idéologique ( l' insularisme).

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L' AUTOMNE QUI VIENT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dire que la société française a surmonté ses contradictions avec les récentes élections présidentielles et législatives serait faire preuve d' un solide optimisme. Le temps d' un été, et les priorités réapparaissent avec la même insistance: 

  - problème des banlieues où, depuis les troubles de 2005, la tension ne désarme pas, et les choses, en dépit des efforts budgétaires, n' ont pas beaucoup évolué.

  - exaspération du monde paysan livré à la paupérisation de plusieurs de ses activités, entraînant, en nombre croissant, fermetures d' exploitation et suicides d' agriculteurs.

 - malaise d' une jeunesse, victime principale de la précarité et du chômage de masse.

Les banlieues posent au modèle républicain une difficulté identitaire. Le refus d' intégration se traduisant par des ralliements au djihadisme constitue une alerte sérieuse. On ne peut, certes, tolérer l' existence sur le sol national de zones de non-droit. Mais on doit aussi compter avec une situation internationale qui n' est pas sans écho dans la communauté arabe, vivant solidairement le sort des Palestiniens comme une injustice raciste dont la politique française est l' alliée. Ladite communauté attend donc une pression résolue des Européens en faveur de la "reconnaissance des deux Etats", telle que prévue par les Accords d' Oslo. Nul doute que ce pas détendrait par contrecoup l' atmosphère dans "les Quartiers".

La ruralité hexagonale, elle, n' a pas encore digéré les effets brutaux de la mondialisation de l' agriculture. Trop de décalages, de retards, trop d' inadaptations structurelles,rendent les produits locaux peu compétitifs et, de ce fait, délaissés par la grande distribution. A cela s' ajoute la dégradation des conditions de vie dans les campagnes ( raréfaction des personnels de santé, disparition d' écoles et de bureaux de poste, suppression de lignes ferroviaires, etc) qui aboutit à dissuader les actifs de s' installer ou de se maintenir dans les territoires concernés. Une réhabilitation impliquerait non seulement une révision de la politique agricole européenne, mais encore, et pour le moins, l' établissement, au niveau des régions, de Plans quinquennaux de la Ruralité.

Un jeune Français sur quatre est chômeur, et un sur deux dans certaines zones périurbaines. Des centaines de milliers d' entre eux sortent du système scolaire sans qualification, à demi illettrés. Cette jeunesse se sent défavorisée au regard du reste de la population et, par là, disponible pour n' importe quelle "vengeance" sociale. On nous parle de " révolution" : la réinsertion prioritaire de ces exclus, par exemple par une Enseignement technique réactualisé, pourrait en être un premier résultat concret.

Le nouveau président, la nouvelle majorité, prennent-ils assez en compte, dans leur "Marche", ces foyers potentiels d' explosion et le séisme qui résulterait de la conjonction de ces différentes colères? Les jours récents ont été accaparés par le "Statut de la première Dame" et la "Réorganisation du service de Communication" éliséen. On y discerne mal l' urgence susceptible de rasséréner une opinion sceptique, donc impatiente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Les banlieues

 

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MACRON AU DETECTEUR DE CREDIBILITE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Trois mois après l' élection, aucune question ne semble approcher d'une réponse :

- comment attirer l' investissement (autrement dit les capitaux) sans abaisser la fiscalité, donc sans s' attaquer à sa structure et à son fonctionnement ? Après tout, le nouveau président a été Inspecteur des Finances, banquier, secrétaire adjoint de l' Elysée et ministre de l' Economie...

- comment abaisser la fiscalité sans incidence sur le déficit de l' Etat, donc sur le rapport à la réglementation européenne (les 3%) ?

- comment imaginer un accroissement de la dette sans effet négatif sur le niveau de vie des classes moyennes qui constituent l' essentiel de la majorité, donc sans réponse électorale défavorable?

- comment relancer l' Economie en braquant à la fois les Syndicats sur le Code du travail et le patronat s' agissant de la fiscalité de l' Entreprise ?

Certes, Macron semble avoir réussi son entrée sur la scène internationale, encore qu' on ne voie pas Trump modifier sa position en matière d' environnement, Poutine bouger d' un iota sa politique en Ukraine et en Syrie, ou la chancelière Merkel manifester l' intention d' intensifier son concours au Sahel et  assouplir sa raideur financière.

Déjà, "Jupiter" a différé l' exécution de certaines de ses annonces programmatiques comme la suppression partielle de la taxe d' habitation et la révision du contour de l' ISF. Le chômage stagne. Tous les budgets sont visés, les aides sociales menacées (ainsi avec les 5 euros mensuels rognés sur l' APL), la rémunération des fonctionnaires et les retraites gelées et frappées par une augmentation sensible de la CSG. Le plus ennuyeux est que ne se profile rien de bien clair, malgré un début de reprise économique en Europe. 64% de satisfaits en juin, 36% en août : le thérapeute et ses Ordonnances ne font pas recette.

Macron a été élu sur un coup de dé. Les Français, écoeurés par la paresse de Chirac, le bling-bling sarkozyste et l' impuissance d' un Hollande, attendaient un sauveur alliant la conviction patriotique gaulliste et l' intelligence prospective mendèsienne. Ce jeune techno-intellectuel , au sourire éclatant, est survenu soudainement pour enclencher la dynamique d' opinion adéquate, celle dont n' avaient su, en leur temps, profiter ni Delors ni Rocard. Le rejet des Partis dits de gouvernement et la peur de l' extrème droite ont occulté l' ambiguïté du discours "rassembleur", au parfum bayrouiste, éludant les contradictions concrètes de la société. Tour de passe-passe dont le citoyen, méfiant, se met à mesurer, une fois de plus, les limites.

C' est que gouverner de nos jours une Nation aussi complexe et multiple que la France, dans un contexte mondial  aussi difficile et aussi tendu, ne s' improvise pas, ne  saurait se borner à des "à peu près" et des trouvailles de com'. Il  faut, pour s' affirmer crédible, une ligne lisible, des équipes préparées à l' exercice du pouvoir, une majorité homogène. Alors ? oui, moi, à la base, me sens comme tout le monde...perplexe...

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SIX ANS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce blog comptera six ans le 11 du mois prochain. Il rassemble aujourd'hui 383 chroniques touchant six domaines : société (83 ),actualité (80 ), politique (67), culture (62), histoire (46), littérature (45).

Le nombre de ses lecteurs mensuels a triplé, celui de ses URL doublé, alors que le travail de son rédacteur s' est trouvé ralenti pour plusieurs raisons (autres sollicitations d' écriture, hospitalisation de longue durée suite à un accident).

L' interminable période électorale française (pratiquement une année) a également pesé sur le rythme de production. Ce blog n' est pas un journal. Il n' entend pas coller aux péripéties de l' actualité politique, et moins encore électorale, ne se voulant le porte-voix d' aucun mouvement, parti, ou tendance. Dans cette phase de polémiques où les coups de théâtre et les proclamations contradictoires pleuvaient de toutes parts, il y avait apparemment peu place pour une forme d' expression relevant de notre style.

C' est pourquoi "Mémoire et société" s' est prioritairement intéressé aux opportunités culturelles (livres,expositions, spectacles). Le blog s' efforcera de poursuivre son chemin en ce sens, sans s' écarter pour autant des  questions de géopolitique qui promettent maints rebondissements dans les mois à venir.
Merci d' avance à celles et à ceux qui voudront bien entériner ces options et leur demeurer fidèles.  

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LESSIVEUSE ROSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jean Stern est journaliste à "Libération", juif et homosexuel. Il publie : " Mirage gay à Tel Aviv " (éditions Libertalia) où il aborde un sujet rarement évoqué : l' instrumentalisation du tourisme gay par le pouvoir israëlien dans le but d' enjoliver une image internationale écornée en consolidant au passage les finances locales.

Ainsi, quelques jours à peine avant de bombarder pour la ènième fois Gaza, les autorités militaires ont-elles accueilli un groupe d' homosexuels américains envoyé par le "Jewish Community Center Association" pour vanter la liberté de moeurs régnant dans l' Armée modèle que serait Tsahal.Pour mémoire,rappelons que  depuis 1967 au moins, celle-ci poursuit imperturbablement une colonisation dite sécuritaire en contradiction avec les engagements pris('accords d' Oslo)..

Tsahal se veut donc aussi libérale que l' armée néerlandaise dans un pays aussi impopulaire que la Corée du Nord.. La tâche est rude. D' où une stratégie marketing mythifiant la capitale, Tel Aviv, promue au niveau de San Francisco, Mykonos et Ibiza, et qualifiée ,de ce fait; de "lessiveuse rose".

Le calcul n' est pas absurde :des dizaines de milliers de "consommateurs" ont en 2016  laissé sur place plusieurs centaines de millions de dollars, amortissant et au- delà les voyages tous frais payés offerts à la presse et l' organisation de multiples manifestations susceptibles d' attirer la communauté gay occidentale. C' est le triomphe de la "pinkwashing". Vous viendrait-il l'idée de contester un point de la politique israëlienne, par exemple la négation de l' existence d' un peuple palestinien? hop, vous filez faire un tour au soleil-sexe-mer de Tel Aviv t.t.c et le malaise est dissipé. Vous croyez que la colonisation ("crime contre l' humanité"), le racisme, le capitalisme sauvage et ses inégalités peuvent exister dans le coin ? gagnez cette terre bénie où se côtoient fraternellement homos, bi et transsexuels de tous pays sauf arabes, et vous serez définitivement lavé de tout soupçon d' antisémitisme.

Vous contribuerez en même temps  à une oeuvre de salubrité publique en étouffant la réalité palestinienne sous les ébats onéreux d' étrangers protégés par une armée gay-friendly. L' homonationalisme couronné par le cynisme d' Etat : il fallait le faire. Nétanyaou l' a fait, Jean Stern s' en désole.

 

 

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Parait que ça va mieux mais pas trop bien

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le président Hollande est optimiste. C' est son rôle, si c' est crédible. Est-ce crédible? Avec 1,5% de croissance on n' inverse pas la courbe du chômage, on ne rétablit pas un pouvoir d' achat, on ne peut réduire sérieusement impôts et déficits, on ne freine pas la fuite des cerveaux. Ce sont pourtant là des points à partir desquels se fonde une opinion publique. Conclusion : le "mieux" proclamé ne prouve qu' une chose, que Hollande ne parvient pas à décoller des 13% de satisfaits de son action.

Comment, dans ces conditions, espérer être réélu en 2017? Peu sans doute de ses électeurs se sont-ils imaginé en 2012 avoir déniché un thaumaturge. J' ai failli toutefois voter pour lui afin de ne plus voir ni entendre les grimaçantes rodomontades du prédécesseur. Mais j' ai eu aussitôt le plus grand mal à discerner une "ligne" dans les molles allées et venues, les gaffes de débutant, les bourdes d' amateur, les choix illisibles, les calculs affligeants de ce politicien gros de 40 ans de vie publique.

Aussi n' hésité-je pas à songer que le P.S ne fera pas l' économie de "primaires internes", que le sortant soit ou non candidat, et que celui-ci les perdra s' il ne veut pas s' épargner une gifle de la part de ses propres compagnons. Alors qui, et quoi ? Les postulants sont légions, figures déjà marquées par les compromis ou les échecs, usées par les années passées sous les ors noircis de la République. Aucun, parmi eux, de "récupérable".

Pourtant, le camp progressiste, terme préférable au fourre-tout et tous que signifie "la gauche", est encore lourd d' un vrai potentiel. A un tel paradoxe nous a conduits le Parti de Mitterrand et de ses dauphins. Il faut le dire pour n' avoir plus à y chercher quelque référence : l' économie sociale de marché, c' est de l' économie de marché, c' est de la mondialisation capitaliste, c' est du libre échange en trompe l' oeil et de la concurrence truquée, un boulevard pour la spéculation. C' est, par essence, un virus introduit dans le mécanisme du Travail. Pèlerinage à Notre Dame de la Précarité garanti.

Avoir à rappeler ces lieux communs est édifiant, s' agissant du niveau où se situe une "gauche de gouvernement" ressassant que "ça va mieux".

Je devine la question :

- Alors vous préférez voir revenir la Droite ?

- Je préfère la clarté. Au moins elle ne désespère pas tous les Billancourt de la terre.

La génération qui nous gouverne ne semble même plus percevoir le mouvement qui agite les profondeurs du pays, saisir que les "Nuit debout" qui fleurissent un peu partout ne sont que des épiphénomènes. Qu' un immense dégoût s' élève contre un système, des institutions, des moeurs, bref une forme de République paralysée par la corruption morale (et souvent matérielle).

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Le crachat

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Alain Finkielkraut, mains tremblantes, le débit si rapide que les mots semblaient se bousculer sur ses lèvres frémissantes, s' est expliqué sur "France 5" à propos de sa visite à "Nuit debout".

Il a d' abord omis d' avouer que son apparition en ce lieu était pure provocation. Quel accueil réserverait-on au secrétaire général de la C.G.T s' il lui prenait l' envie de se rendre au Forum économique de Davos ? On ne peut, en effet, insulter la jeunesse de banlieue, notamment musulmane, durant des années sur "France Culture", et s' attendre à recevoir en échange une ovation enthousiaste. Finkielkraut est un vrai pro de l' autopublicité de choc qui stimule les ventes.

Cette fois encore, il s' en est bien tiré : les jeunes en question ne sont pas méchants. Même pas un coup de pied au cul ! Ceux-la ne sont adeptes ni de la violence des coups qui a valu à l' un d' entre eux la perte d' un oeil, ni de celle des mots, dont Finkielkraut use derrière le bouclier des micros.

Sa "défense" sur "France 5 " était misérable. Comme à l' habitude, il a dénoncé. Frédéric Lordon, et plusieurs autres. Des fois que la police les oublierait... L' insulte à la Sarko ("pauvre conne!") et du boulot d' indic, bravo M. l' Académicien !

Un problème se pose tout de même avec ces intellos non précaires que , quant à moi, je ne citerai pas, mais dont le rôle est plus que suspect sous le couvert de la laïcité et de la démocratie. Voilà des gens qui ont choisi de ne rien voir. De ne pas voir que la société française est entrée dans une phase réellement pré-révolutionnaire, que les "places de la République" se multiplient jusque dans des bourgades de quelque milliers d' âmes , comme d' ailleurs les voix du F.N. Que le malaise populaire agite des profondeurs ignorées des palais officiels que hante Finkielkraut.
Les positions proclamées l' autre soir par ce philosophe de Cour dépassaient ce qu' on connait généralement de plus réactionnaire. Il parait, a-t-il précisé, qu' en lui crachant à la gueule on a attenté à "l' unanimisme du 11 janvier 2015 ". Je ne sais pas. Mais son Charlie n' est décidément pas le mien. Le mien dénonçait, puisque le mot est au goût du jour, des bidonvilles, des "ratonades" et la guerre d' Algérie.

Tais-toi un peu, Finkielkraut, et essuie-toi une bonne fois la joue.

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TAFTA, no !

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Débattu depuis juillet 2013 de Bruxelles à Miami, TAFTA, le " Trans Atlantic Free Trade Agreement" (nommé également "Transatlantic Trade and Investment Partnership" ou " Partenariat transatlantique de commerce et d' investissement" par les francophones) est un projet d' accord économique et culturel entre les U.S.A et l' U.E.

Les négociations sont conduites par un groupe de fonctionnaires et techniciens dont ni les noms ni les travaux ne doivent être divulgués. Mentionnons seulement , pour les Français, quelques personnalités relevant directement de la Commission de Bruxelles : Jean-Marc Trarieux, spécialiste agricole, Martin Merlin, expert financier, ou Denis Redonnet, expert en commerce international.

Cette étape, a priori purement technique, n' a cependant pas échappé à la révélation d' un espionnage permanent des représentants européens par la N.S.A (National Security Agency) sans d' ailleurs émouvoir outre mesure le Parlement de Strasbourg où grouillent les lobbies atlantistes.

Des dizaines de groupements et associations ont pourtant annoncé dès l' origine un marché de dupe. En novembre 2013 déjà "Le Monde diplomatique" dénonçait "un typhon menaçant l' Europe". La situation ne s' est guère améliorée puisque tour à tour la chancelière Merkel et le président Hollande ont récemment fait savoir que ce pacte obscur était, en l' état, "inacceptable". L' accord prévoirait en effet un alignement complet sur les normes de libre échange établies par des Multinationales. La délégation américaine compte plus de 600 consultants, à l' image des lobbies qui ont exigé la liberté d' accès à tous les documents faisant l' objet de pourparlers.

Selon en effet leur point de vue, "l' harmonisation du commerce" vise surtout une dérégulation maximale des marchés favorables aux intérêts américains et le démantèlement des systèmes de protection sociale européens, confiés alors à de mystérieux "chargés d' affaires". Profitant d' un rapport de force inégal, Washington s' efforce ainsi d' entrainer l' Europe vers son modèle. Sa victoire signifierait clairement la disparition de l' agriculture et de l' artisanat français ainsi que celle d'un "exception culturelle" qui a permis jusqu' ici de ne pas tomber sous la coupe des industries d' outre-atlantique. L' enjeu n' est pas mince, même s' il ne fait guère l' objet, dans certains milieux européens, d' une particulière attention.

Sortir de TAFTA les mesures relatives aux brevets, aux droits d' auteur, à la protection des données, garantir la liberté d' accès au net et aux médicaments, sont des impératifs moraux. Alors pourquoi ce secret autour de délibérations qui engagent les conditions de vie et les droits de tant d' hommes? L' avidité du Capital financier, l' éviction des Parlements élus du débat, outrepassent le champ initialement convenu des simples relations commerciales. L' utilité de la réactualisation des modalités de certains échanges ne saurait déraper sur des choix politiques excluant le respect prioritaire des intérêts du citoyen, en l' occurrence fort dédaigné.

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Colère dans la France d' en-bas

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Cela fait un moment que la France d' en-bas, comme l' appelait un ancien Premier ministre, est en colère. On ne sait si cela est annonciateur d' une explosion, mais il faut dire qu' un certain nombre d' ingrédients sont réunis pour rendre la chose possible.

1- L' usure institutionnelle et les facilités qu' en tire la classe politique.

Trop de blocages proviennent d' institutions dont tout le monde constate qu' elles ne sont pas adaptées aux mutations profondes de notre société : le mode de représentation devrait être repensé, les systèmes éducatif et judiciaire actualisés, la révolution numérique prise globalement en compte, le rôle de la finance redéfini. Pourtant, les "politiques" continuent, imperturbables, de faire "comme si", avec l' intime certitude que quelques rustines par ci par là feront l' affaire. Un électoralisme stérilisant conduit la vie publique : à peine élu, souvent à force de promesses et de démagogie, un responsable, si l' on peut s' exprimer ainsi, ne vise que sa réélection, et ses adversaires sa défaite. Ce souci permanent occupe, dans les décisions, une place qui relègue fatalement l' intérêt général au second plan.

De ce fait, le clivage réel est de moins en moins le rapport gauche/droite que l' opposition en haut/en bas. Le cadre diplômé qui vote socialiste pour des "valeurs" se trouve de plus en plus éloigné du chômeur qui opte en désespoir de cause pour le Front National et du militant ouvrier qui s' abstient parce qu'il ne croit plus au discours des Partis. La victoire de l' un ne fait qu' accroître l' amertume de l' autre, et sa conviction que le Système est à rejeter en totalité.

2- Le coût de la démocratie.

Ce coût, aussi bien moral que financier, devient si intolérable que c' est la forme démocratique elle-même qui se voit mise en cause. Gaspillages d' argent public, multiplications de sinécures, détournements, conflits d' intérêts, délits d' initiés, commissions et rétrocommissions, privilèges corporatifs, pérennité du mille feuilles administratif, réserves parlementaires opaques, caisses noires diverses, tout cela en période de déficit chronique et d' endettement record de l' Etat concourt à l' impopularité du régime. Si l' on y ajoute les rémunérations exorbitantes des grands patrons qui prêchent le sacrifice à leurs salariés qualifiés de privilégiés de l' emploi et qui rognent obstinément leurs plus anciens acquis sociaux, on mesure le degré d' exaspération du monde du travail. Démocratie et injustice finissent par se confondre dans l' esprit de celui-ci. Ce que ne soupçonne pas un instant la majorité de la classe dirigeante, oubliant comment sont nés les régimes totalitaires du siècle dernier..

3- L' échec européen.

L' Europe de Maastricht est décidément en échec. Pas l' idée européenne, qui implique la Paix dans un monde ayant payé fort cher ses déchirements. C' est donc dans l' organisme même que réside le vice: il n'a point apporté aux peuples qu' il gouverne le mieux être qu' ils étaient en droit d' en attendre, quoique certains aient bénéficié, grâce à lui, de progrès soigneusement sélectionnés et localisés en matière de développement.

L' Europe actuelle n' a pu surmonter les égoïsmes, harmoniser les législations, aborder clairement sa construction politique, ni dans les domaines-clés de la diplomatie et de la défense, ni même dans celui de la monnaie, puisqu' un certain nombre d' Etats ont refusé l' euro. En choisissant un libéralisme dérégulateur qui considère notre continent comme une vulgaire zone de libre échange, les eurocrates actuels ont plombé le projet initial. Ils ont incarné une politique de classe, étroitement liée au capitalisme financier: observation ressassée depuis des décennies certes, mais dont le résultat concret en France est sous nos yeux : chômage de masse, baisse du pouvoir d' achat, désindustrialisation, agonie de l' agriculture, que nos gouvernements successifs n' ont pas su prévenir.

Voilà qui laisse le "pays d' en-bas" appauvri et désorienté, son peuple aigri, son avenir problématique. Il méritait pourtant mieux que d' essuyer l' addition de la légèreté et de la mal gouvernance d' "élites" incapables de répondre à leur mission. Sa colère est vraie. Les conséquences en sont imprévisibles.

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