L' AVENIR D'UNE ELECTION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On sent, sauf à fermer obstinément les yeux, que les  systèmes actuels de gouvernement, centralisés ou pas, ne répondent plus, dans les sociétés occidentales, aux attentes et aux besoins populaires concrets. Le modèle démocratique européen, relooké façon nord américaine, a pris un sérieux coup de vieux auquel ni  un Joe Biden ni une Cour Suprême ultraconservatrice, ne semblent en mesure d' assurer les soins chirurgicaux nécessaires.

Parallèlement s' affirme une conception différente de l' organisation mondiale: le communisme de marché, synthèse de l' idéologie et du développement sous le contrôle étroit de l' Etat. Rallié au système, seule mais indispensable condition, libre à vous d' entreprendre, produire, commercer, et tirer profit de vos capacités. L' Etat n' intervient ici que pour assurer à la société que votre réussite ne vous confère pas un pouvoir sur elle et risque ainsi de fausser la répartition globale des richesses,

Cette opposition radicale (chinoise, sûrement, mais pas que...) au capitalisme sauvage et non régulé fait du modèle américain un épouvantail qui ne séduit plus que les monarchies pétrolières. Dans ce contexte de tension croissante, l' Europe affaiblie et divisée fait figure de "ventre mou", mi libéral mi social, et de ce fait marginalisé, alors qu' elle rêve naïvement d' un statut d' arbitre qui lui est inaccessible.

Le bruyant barnum des élections américaines ne parait dès lors qu' un événement anecdotique masquant des enjeux beaucoup plus déterminants. On sait que ce n' est pas le bon vieux Joe qui va les règler.  Significatif est le score plus important que prévu qu' a encore enregistré un individu comme Trump. Il n' est pas qu'un facteur: c' est aussi un produit. Il témoigne quelque part de l' angoisse du déclassement dans les classes moyennes et du chômage dans les masses ouvrières face aux mutations techno-économiques. Finalement d' une crise, souvent évoquée ici, d' identité et de civilisation où flotte la silhouette indécise de l'homme de demain, harcelé par le danger climatique (le globe sera-t-il vivable longtemps?), les épidémies et une géopolitique qui contredit l' arrogance mondialiste. Laquelle aggrave les inégalités couvertes  par la démocratie  formelle.

 Biden, des jeunes gens qui dansent dans les rues, très bien. Mais cela s' arrête à l' émotion si personne ne propose un mode rénové d' organisation sociale qui laisse une chance à chacun d' entre eux sur cette mélancolique planète, et  épargne à celle-ci un néo trumpisme, avec ou sans Trump.

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