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78 articles avec actualite

Quelques clés utiles au sérieux d'une carrière électorale

Publié le par memoire-et-societe

L'heure est aux élections. Les vocations s'affichent. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Des habitués et des novices. Ce texte propose modestement son concours à ces derniers en leur confiant quelques procédés avérés qui, suivis avec soin, augmentent les chances d'arriver, puis de se maintenir, ce qui n'est pas toujours facile.

1-Monter un "club de réflexion".

Indispensable comme marchepied puis comme lobby, le club de réflexion est censé agiter  des tempetes sous les cranes.Il consiste en premier lieu à allècher et recruter des technocrates brillants et ambitieux pour les faire phosphorer de concert sur des sujets sans solution tels le chomage, la dette, le logement ou le conflit israelo-arabe. Bien faire miroiter au passage qu'en cas de changement de majorité des "postes de responsabilité" se libèreront. Ce genre de club étant chargé d'avancer de "nouvelles propositions" , se substitue indirectement à certains groupes-charnières attachés autrefois à faire ou à défaire les gouvernements dans les assemblées parlementaires.Il participe donc d'une stratégie de conquete du pouvoir.

2-Publier un livre que vous n'avez pas eu le temps d'écrire et que personne ou presque ne va lire.

L'ouvrage, moitié biographie moitié je-refais-le-monde, est voué à asseoir votre existence dans les cercles qui pensent. Signez le livre(entre 250 à 300 pages, y compris la préface d'une page et demi d'un parrain recommandable) dans deux librairies ciblées: l'une, de standing, à Paris ( les Editions du CNRS ou, mieux, la librairie Gallimard boulevard Raspail, ce qui ne vous dispense pas d'une visite-éclair au Salon du Livre Porte de Versailles ), l'autre chez l'increvable libraire qui règne sur la vie des Lettres dans votre province d'élection, sans négliger pour autant une séance de signature au rayon Loisirs d' Auchan ou à la Foire-Exposition de printemps, avec compte-rendu dans le quotidien régional auquel vous avez avoué, quelques jours avant, votre passion pour le foot.

Demandez à l'attachée de presse  de l'éditeur que vous avez aidé en lui achetant cent exemplaires du bouquin de se démener pour obtenir votre participation à un débat  télévisé sur Public-Sénat ou BFM TV. Préparez dans la foulée une Tribune Libre pour "Le Monde" et une interview destinée au "Figaro". Arrangez-vous pour intervenir dans un Colloque ou vos compétences ne vous appellent pas obligatoirement, mais qui vous offre l'occasion d'une polémique remarquée avec le responsable d'une revue qui vous a refusé un "papier", pourtant excellent, sur la sexualité des Pygmées, il y a trois ans de cela. Au total, vous en vendrez bien mille, ce qui vous remboursera et vous assurera une postérité provisoire comme référent bibliographique d'un doctorant.

Attention! Percutez au niveau du titre. Lancez un défi ! Jetez le à la face d'une Société corrompue ! Soignez les trois premières pages, les plus lues, en affirmant un amour de la République et des sentiments humano-démocratiques exclusivement réservés au service de projets hardis mais réalistes. Gardez en réserve la ressource d'  une action en faveur des Droits de l'Homme comme arme ultime pour terrasser un adversaire coriace. Ainsi, un Appel aux cotés de B-H. Lévy contre n'importe quel régime dictatorial arabe ne peut nuire.

3- S'afficher avec un ou une, selon votre orientation, journaliste de l'audio-visuel.

La féminisation de la profession journalistique ouvre des perspectives de pipolisation gratifiantes. En conséquence, laissez les échotiers murmurer que vous seriez "avec" une telle (ou un tel). Ensuite, vous élever avec force contre les intolérables intrusions d'une certaine presse dans la vie privée des hommes publics. Interdire toute photo, y compris à la plage ou au ski, sous peine de plainte (sauf pour la couverture de "Paris-match",meme périmée, vu l'impact chez les coiffeurs et dans la salle d'attente des dentistes).N'oubliez pas non plus qu'un scoop de temps en temps peut rapporter gros au niveau de la profession tout entière et de votre réputation d' ennemi de la langue de bois.Engagez un proche parent ou un ami de plus de trente ans pour manager votre site unformatique, concocter de près les twitt et les messages interactifs, déterminants auprès des jeunes.

4-Assaisonner régulièrement l'exposé de votre programme du terme "social".

A défaut de contenu, le mot demeure payant: rançon de l'universalisation du suffrage, sésame électoral sans pareil. Tout le monde est social: social et démocrate ( le P.S), social-économiste (la Droite), social-centriste(le MODEM), égocentriste (modèle Villepin), microcentriste ( type Morin), christocentriste (genre Boutin).

S'assurer d'autre part la présidence d'honneur de la Fédération départementale des médaillés du Travail. A défaut toujours, celle des Anciens Combattants (leur nombre est en diminution).

5-Une fois député, faire passer à l'Assemblée une loi non appliquée.

Plus de la moitié des lois votées au Parlement restent  bloquées au niveau de leur application par le Conseil d' Etat qui a appris à ne jamais etre trop prudent et à ne pas aggraver des déficits budgétaires par définition abyssaux.

Vous élaborez à cet effet un projet répondant pleinement à l'attente exaspérée d'une catégorie socio-professionnelle bien représentée dans votre circonscription. L'essentiel est dans l'effet d'annonce auquel votre nom demeurera désormais associé. Si c'est trop long, si c'est trop cher, ce n'est plus votre affaire.

Question popularité, ne pas omettre de doter le Grand prix cycliste de la ville dont vous briguez la mairie si le cumul des mandats le permet, d'une prime personnelle récupérable sur les frais généraux du Conseil Géneral. Démarche similaire en direction des boulistes,des archers et du basket-club qui s'est hissé en quart de finale du championnat régional.. Arrachez aux laîcards les plus sectaires une dotation globale pour l'entretien et la réfection des édifices religieux du canton, intégrant éventuellement une synagogue et une mosquée.

6-Ministre (enfin!), donnez votre nom à une réforme de l'Enseignement.

Impossible de règner quelques mois rue de Grenelle (siège du Ministère de l' Education Nationale) sans marquer son passage par une réforme du système pédagogique qui va emmeler l' Administration scolaire, désorienter le corps professoral en bouleversant les programmes, et retarder un peu plus l'ensemble des élèves.

Les réformes de l ' Enseignement font partie des calamités nationales devant lesquelles un ministre digne de ce nom ne saurait se dérober. Ne dérogez surtout pas à la règle. Autrement on dira que vus n'avez "rien fait ", ce qui risque de vous barrer la route de l' Elysée et, par suite, de porter tort à la France.

 

 

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Les calculs du Front National

Publié le par memoire-et-societe

Les chances du F.N de figurer au second tour des élections présidentielles augmenteraient, bien que certains sondages récents laissent entendre qu'il "plafonne" autour de 20%.Le F.N fait en tout cas partie du paysage hexagonal avec un avantage: ne figurant pas parmi les "partis de gouvernement" , il ne peut etre associé aux "trente ruineuses" marquées par deux septennats mitterrandistes et dix-sept ans de chiraco-sarkozisme. Des règnes qui ont consacré le chomage, l'endettement, la désindustrialisation et le discrédit d'une génération illustrant,  par des scandales multiples, l'amoralité des prétendues élites. Telle est la première leçon à tirer des griefs "conjoncturels" que nourrit auprès de l'opinion populaire l'état dans lequel une oligarchie a placé le pays.

La désillusion ne saurait pourtant tout expliquer.Le glissement qui fait du F.N un parti de masse et non plus un parti de cadres a aussi des raisons plus lointaines et des causes plus profondes: institutionnelles sans doute, culturelles assurément, éthiques et politiques, c'est l'évidence.

Que nos institutions soient inadaptées à la  crise du modèle actuel de développement, et victimes d'un immobilisme qui arrange les béneficiaires du système, est connu de tous. Dèjà le général de Gaulle, qui les avaient inspirées, voulait les réformer. Cela ne lui a pas réussi. Toucher au Sénat lui a couté en 1969 son poste de président. Les socialistes, si fiers d'avoir mis la main sur le Palais du Luxembourg, portent maintenant aux nues l'organisme dont ils contestaient l' utilité un instant avant. Mais les fastes de ce luxueux  hospice de la République continuent de choquer. Ce n'est qu'un exemple entre mille. On le dit, on le sait. C'est de ce copinisme censitaire,de ces incessants partages de gateaux, dont les gens qui vivent au quotidien un précipité de caporalisme bureaucratique et de laxisme gestionnaire, de règlementations,de controles en tous genres et de gaspillages révoltants, sont las.

La "montée" du F.N, son installation dans la vie publique, ne sont pas l'effet d'une attirance idéologique: simplement de l'envie de donner un coup de pied exaspéré dans la fourmillière. Seule manière, pensent-ils souvent, d'etre enfin entendu. Notamment sur deux question fondamentales régulièrement éludées:

- la France n'est pas européenne au sens que lui imprime le microcosme bruxellois, ivre de fédéralisme abstrait. Elle l'a clairement exprimé en repoussant en 2005 le Traité constitutionnel mijoté en petit comité. De cette méfiance innée pour l' Europe des banques et des multinationales,le F.N fait sans opposition notable son miel électoral.

-la France n'est pas, dans ses profondeurs, davantage acquise au multiculturalisme dont il apparait, il est vrai, que l'ensemble des nations chrétiennes d' Europe a des difficltés à s'accommoder.Il s'agit là d'un constat qu'exploite le F.N avec le procès permanent de l'immigration et l'exaltation, plus récente, de la laïcité.

Le Front orchestre ainsi un retour à un souverainisme latent dans les couches de la population les plus touchées par la récession. Revanche sur le parlementarisme sans frontières et l' impérialisme de l' euro.
Les "solutions" du F.N sont, bien entendu, erronnées.Mais là n'est pas l'essentiel. Le lent refus , grossissant  élection après élection, d' un régime politique, pose le problème de la représentativité des partis qui prétendent le diriger.Si l'on additionne l'importante masse des abstentionnistes et les suffrages recueillis par un F.N exclu de l'Assemblée Nationale, c'est en fait plus d'un Français sur deux qui, d'une manière ou de l'autre, ne s'exprime pas.En revanche, des minorités comme les Verts et le Front de Gauche bénéficient de "groupes parlementaires". L'équité électorale: pour le F.N, encore un bon cheval de bataille...offert par l'adversaire.

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Sur la nature du Prince sortant

Publié le par memoire-et-societe

Dans une monarchie républicaine comme la France aujourd'hui, la personnalité du Prince pèse lourd. Nicolas Sarkozy achève son quinquennat. On peut donc évoquer la place qu' y ont tenu son caractère et sa "nature" :

Disons en préambule que le "sortant" n'a ni le goût inné de l'économie ni la culture propre à celle-ci. Il est d'abord, comme Mitterrand qui a régné quatorze ans sans notions particulières de gestion, un avocat ayant choisi la politique. Les Républiques précédentes ont été façonnées par des juristes. Le monde a changé: le président doit désormais maîtriser les faits économiques et commerciaux sans s'en remettre à des courtisans spécialisés d'avis souvent opposés. Le pouvoir de la Parole a cédé la place à celui des banques et des marchés. Strauss-Kahn, s'il avait été plus respectable, aurait répondu au profil requis. Aucune nostalgie pour l'individu, quelque regret pour l'expert qui aurait sans doute su habilement piloter une manière de libéralisme social-démocrate, d'ailleurs peu conforme avec la visée socialiste d'une transformation de la domination de classe.

Sarkozy fonctionne d'autre part par pulsions et engouements. En 2007, il a bâti son projet présidentiel sur le modèle américain auquel il vouait une admiration un peu enfantine (l’opposition l’appelait d’ailleurs « l’Américain »). De cette éminente référence découlait, selon lui, des capacités qui allaient arrimer la France dans le peloton de tête des Nations. Pas de chance, c'était l' Amérique de Bush junior, totalement indifférent à la ferveur de son homologue. Ce dernier avait, il est vrai, à subir le courroux anti-gaulois consécutif au refus chiraquien de la guerre d'Irak. Le Français ne ménageait pourtant pas ses efforts, n'hésitant pas, en pleine crise conjugale avec son épouse Cécilia, à prendre des vacances là ou résidait l'Américain, précisément, en fin de mandat. La crise des "subprimes", puis celle de la dette et la chute de Lehmann Brothers, sont venues entamer l'enthousiasme initial. D'autant plus que le nouvel occupant de la Maison Blanche, Obama,  ne semblait pas placer la solidarité avec la France parmi ses priorités. Le choix du clonage n'était donc pas le meilleur.

Tandis que le château de cartes européen se mettait à branler, Sarkozy se découvrait soudain un emballement irrépressible pour l’Allemagne, notre "partenaire naturel". Et de bisouter la chancelière, la cajoler, et l'agacer à force. Tout était prétexte à éloges sur cette fée de la réussite. Le sarkozysme ne rêvait plus qu'à mettre ses pas là ou l’Allemagne avait posé depuis longtemps les siens. Les résultats de la République fédérale étaient nos objectifs. Son taux de croissance la prometteuse perspective d'un Etat dont les finances fondaient comme neige au soleil. Mais là encore, la solidarité n'était pas exacte au rendez-vous. Triple A ou non, la chancelière n'a guère relâché sa pression anti-inflationniste. Le géniteur du G20 et de l' " Union pour la Méditerranée", deux pétards mouillés, s'est retrouvé seul, affaibli parallèlement au plan intérieur par ses effets d'annonce sans lendemain, ses cadeaux, ses reculades et ses contradictions: tant sur le bouclier fiscal que sur la baisse de la TVA dans la restauration ou la taxe Tobin, par exemple.

Qu'en retenir ? Que ce Prince a la vulnérabilité des impulsifs. Décisions trop hâtives, prises "sur le coup", initiatives non étayées par une information préalable suffisante puis une réflexion approfondie, réactions soumises à une actualité éphémère, discours définitifs prononcés " à chaud ", conseillers choisis au mérite médiatique: en politique, l'homme d'action ne saurait se résumer au fonceur inspiré, mu par les tendances qui l' environnent.
Aussi Nicolas Sarkozy va-t-il perdre s'il persiste à vouloir se représenter. Rançon d'une certaine immaturité ou la bonne volonté n'a pas toujours manqué, mais ou la placidité nécessaire, et avec elle la réussite, ont fait défaut.

 

 

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L'image dégradée

Publié le par memoire-et-societe

Le syndicalisme est, de l'avis général, devenu nécessaire à une bonne respiration démocratique. La défense organisée des salariés dans le système capitaliste est née dans la douleur avec les débuts de l'industrialisation. En France, Saint-Simon dès 1824, puis Proudhon avec "Qu'est-ce que la propriété?"(1840), Flora Tristan (L'union ouvrière, 1843), Pauline Roland et Jeanne Deroin, prônant la création d'une caisse de solidarité pour le crédit gratuit, les soins médicaux et les retraites (1849), l'A.I.T (ou 1ère Internationale, 1864-1872), regroupement d'associations ouvrières avant d'être un mouvement politique, en constituent les prémisses.
Comme toute collectivité humaine, le syndicalisme a rencontré des aventuriers, des mouchards, des traîtres ou des renégats. Mais il a surtout longtemps connu l'exclusion, la répression et un impitoyable combat pour conquérir droit de cité. Le délégué syndical a été, jusques et y compris aux lendemains de la 2ème guerre mondiale, indésirable dans nombre d'entreprises:le premier à être licencié, le dernier, sauf "récupération ",à etre promu, souvent "marqué au rouge" sur une liste patronale qui forçait l'ouvrier et sa famille au nomadisme dans une perpétuelle recherche d'emploi.

D'abord maudit et héroïque, le syndicalisme a acquis pignon sur rue. Ses dirigeants sont des notables (les "bonzes"), ayant porte ouverte sur les allées du pouvoir et dégagés des contingences du quotidien. Le "partenaire social" est institutionnalisé, consulté et courtisé.

C'est pourquoi l'image dégradée dont  les syndicats offrent le spectacle depuis quelques temps est spécialement inquiétante. Une faible représentativité (8% des salariés dans le secteur public, 5 % dans le privé où survivent des craintes pour le déroulement de carrière) en est-elle la conséquence ? Il faut ajouter alors une multiplicité de structures qui donne à certaines davantage l'allure de boutiques catégorielles ou partisanes et de syndicats-maisons que de véritables confédérations. S'en suit une surenchère sans perspective cohérente.

Dans le mouvement ouvrier traditionnel, qui a été le terreau du courant socialiste français, toutes sensibilités confondues, l'appartenance syndicale constituait une sorte de baptême. C'est seulement après avoir éprouvé les limites de cette forme de lutte que le militant révolutionnaire rejoignait un parti politique, aboutissement de l'expérience vécue. Il en va aujourd'hui autrement: l'Union locale de la C.G.T ou de la C.F.D.T ne constitue guère l’antichambre obligée pour un jeune énarque qui cherche une circonscription. D'ou cette coupure flagrante du bobo "à gauche" avec les soucis du bon peuple .Le contact n'y est plus.

Ce n'est pas encore là le pire handicap du syndicalisme nouveau style: de dérives en décadences, le trouble naît de sa relation ambiguë, déjà signalée par la Cour des Comptes, avec l'argent. Ainsi pourquoi le rapport Perruchot (député UMP) est-il maintenu sous le boisseau ? Rançon de quel compromis? S'agit-il des "trésors" dévoyés des Comités d'Entreprise ? Du monopole à l'embauche abandonné à des mafias électoralement influentes ? De l'omerta sur des sommes détournées puis réparties au nom d'une  majorité de salariés non informés et manipulés ? Moeurs étrangement inspirées de l'exemple patronal et des syndicats américains.

Avec le gouvernement, tout est plus subtil. On est dans un univers différent: les ministres changent plus souvent que les secrétaires confédéraux, mais on se connaît. On déjeune avec les mêmes journalistes, on débat sur les mêmes plateaux de télévision, mille occasions se présentent d'évaluer, de se parler, de se renvoyer l'ascenseur, bref de négocier la paix sociale entre interlocuteurs conscients de leurs responsabilités respectives. Il n'est que de suivre l'évolution réformiste de la C.G.T depuis une vingtaine d'années (et, par contrecoup, l'émergence de Collectifs spontanés dans les conflits) pour conclure, comme la publicité, que le syndicalisme "le vaut bien".

 

 

 

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L'Etat : toilettage ou réécriture

Publié le par memoire-et-societe

En Espagne, le gendre du roi, convaincu de concussion, a été, avant même tout procès, immédiatement éliminé de la vie publique. En France, un ex-président,condamné pour emplois fictifs et abus de biens sociaux,continue de bénéficier de la considération officielle.

Tout le monde le pense, quand beaucoup refusent de l'avouer, le "royaume" français est moralement malade. Ses institutions sont inadaptées,ses élites possédées par l'égoïsme de classe, leur intégrité jugée douteuse, ses "partis de gouvernement" dévorés par le clientèlisme, ses corps intermédiaires livrés aux appétits corporatistes, ses masses populaires abandonnées au scepticisme et minées par un sentiment d'injustice. Compte tenu de la riche histoire du pays, c'est un naufrage.

Le tableau peut sembler sévère. Il est réaliste, et conduit à cette question:suffirait-il de "toiletter" l'Etat, en manque d'un sérieux lifting, pour rendre la santé à une société en souffrance, ou sa dégradation nécessite-t-elle de "réécrire" l'ensemble sur d'autres bases ?

Si l'on regarde de près, trois handicaps endogènes plombent ce régime: le déséquilibre des pouvoirs, la multiplication de structures redondantes ou concurrentes, le blocage bureaucratique de la créativité. Il n' y a, dans l'Ordre marchand mondialisé, aucun modèle convaincant, mais il existe des éléments dont on peut, sans prétendre refaire l'univers, s'inspirer avec la prudence qui doit accompagner toute transposition sociale.

La IVème République a été un régime d'Assemblée ou un groupe restreint de députés suffisait pour faire et défaire les gouvernements. La Vème a versé dans l'excès contraire en instaurant une monarchie républicaine façonnée aux mesures d'un homme qui la transcendait,Charles de Gaulle. Particularité qui n'a été le cas d'aucun de ses successeurs de droite et de gauche qui se sont bornés à présider le déclin.

Partager les pouvoirs dans une version francisée de principes en usage aux Etats-Unis n'est, au stade actuel, pas totalement insensé: un président issu du suffrage universel d'un coté, un parlement investi d'un véritable contre-pouvoir de l'autre (c'est-à-dire de la faculté de renvoyer le chef de l'Etat sans être dissous par lui). De ce fait, l'alignement sur les choix présidentiels de la majorité élue ne serait plus politiquement vital : la co-habitation de l' Exécutif et du Législatif s'opèrerait directement, sans passer par un premier ministre-courtier dont l'existence ne s'imposerait guère.

Quant à elle, l'autorité judiciaire pourrait regrouper Conseil d'Etat, Cour des Comptes et Cour de Cassation en une Cour Suprême coordonnant plus efficacement les rouages principaux d'un système qui reste insaisissable à la plupart des citoyens. Le bi-camérisme mérite pour sa part un coup d'oeil : ce n'est pas parce qu'il est tombé dans l'escarcelle du P.S que le Sénat serait soudain paré de toutes les vertus. Cette maison de retraite pour politiciens chenus ou recalés par le suffrage universel reste une sinécure entretenue à grands frais auto alloués. Ses avis, quand il en a, retournent à l'Assemblée qui tranche en dernier ressort. Mais son système de retraite est le plus généreux...du Système. Le bon sens incite, comme cela a déjà vainement été suggéré, de fusionner l'onéreuse institution avec le Conseil Economique et Social, autre planque qui pond des "Rapports" que personne ne consulte. Une Chambre des Territoires à effectif réduit représentant les "forces vives", ou l'age des membres serait limité, pourrait, dans le cadre d'une politique suivie de décentralisation, y contrôler concrètement les relations de l'Etat et des Régions.

La réduction du "mille-feuilles" qui va de la Commune au Parlement européen (toutes les élections seraient à regrouper sur un seul jour pour éviter la funeste campagne électorale permanente qui paralyse ce pays et favorise l'abstention si redoutée) entre, évidemment, dans un programme conséquent d'allègement politique. La disparition du département napoléonien, ruineux anachronisme qui brasse des budgets ahurissants, paraît en l'occurrence, inéluctable. Tant pis pour les intérêts partisans.
Le gaspillage des savoirs est, en France, consternant. Des retraités (paysans, artisans, pédagogues, soignants) sont marginalisés alors qu'ils seraient tout disposés à transmettre une expérience qui va se perdre. Encourager l'initiative, animer la relation intergénérationnelle sont des slogans éculés, sauf qu'on leur voit bien peu d'applications. Perte sèche pour une collectivité...

Dictature des marchés, impunité des responsables, corruptions et scandales, népotisme, favoritisme, tout cela n'est pas nouveau, mais  finit par prendre une part prépondérante dans un royaume en décadence. A qui a fait un peu d'Histoire, voilà qui rappelle quelque chose...Mais oui, bien sûr ! La caste (multicartes) des petits marquis à talons rouges!

Ils ont terminé à Coblence, ou pendus à la lanterne. C'était le bon temps...

Quoiqu'il en soit, et sans illusion sur la réalité du "changement" qui sortira de la consultation de 2012, retenons qu'un Etat bien "réécrit" exige la conciliation des aspirations populaires et des structures de pouvoir. Fantasme citoyen ?

 

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La "dédiabolisation" en marche

Publié le par memoire-et-societe

L'un des phénomènes politiques actuels -encore peu analysé par les médias- est le rapprochement du Front national, version rénovée, et d'une partie de la Communauté juive française. Il y a déjà un moment que, dans le cadre de la "dédiabolisation" de son parti, Mme Le Pen adresse des oeillades appuyées (voir l'interview accordée au journal "Ha'aretz" en janvier 2011) à l'électorat juif et à l'Etat d'Israël, base imaginable d'une croisade anti-islamique occidentale  (1).

Plusieurs évènements sont venus confirmer une démarche qui ne fait cependant pas l'unanimité tant à l'intérieur du Front qu'au sein de la Communauté, et montre en l'occurrence que chacun joue gros :

    - en voyage "exploratoire" aux Etats-Unis début novembre,Marine Le Pen a rencontré,dans les locaux de l'O.N.U à New York, Ron Prosor, diplomate israélien qui, quoiqu'ait ensuite prétendu Tel Aviv, a posé un geste politique parfaitement calculé. Au cours du même déplacement, la dirigeante du F.N s'est rendue en Floride pour s'y entretenir avec William Diamond, l'un des plus influents membres de l'"American Israel Public Affairs Committee" (AIPAC), principal lobby sioniste des U.S.A. Dans la foulée, Marine Le Pen a rendu visite à Guido Lombardi, du "Tea Party", organisation néoconservatrice en relation avec "Yisrael Beiteinou" du sulfureux Liebermann.

     -quelques jours plus tard, le numéro 2 du Front, par ailleurs compagnon de Mme Le Pen, Louis Aliot, s'envolait pour Israël en compagnie de Michel Thooris, policier de profession et candidat aux prochaines législatives au titre des "Français de l'étranger".A cette occasion, les deux hommes ont établi un contact avec des "homologues" israéliens. Ils sont également allés en Cisjordanie, dans les colonies d'Eli et de Shilo, alors que le Quai d'Orsay venait d'y condamner la construction de nouveaux logements pour les colons.

En France, l'offensive de "charme" était relayée par l'avocat d'extrême droite Goldnadel, président de France-Israël et membre éminent du C.R.I.F  (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), homme qui passe pour l'agent de liaison entre les ultras agissant aux deux bouts de la Méditerranée.

Quant à la stratégie dédiabolisante du Front, destinée à sortir celui-ci de la solitude, elle cible ainsi plusieurs catégories précises de citoyens:

    - les "classes populaires" par une succession de discours "ouvriéristes",comme à Metz le 11 décembre, et la réduction des socialistes à une caste de carriéristes bobos totalement coupés des difficultés de la masse des Français.

     -la classe moyenne qui a largement voté contre le Traité européen de 2005 et demeure hostile aux ukases de la bureaucratie bruxelloise.

     -des juifs plus ou moins inquiets pour leur sécurité au milieu d'une population musulmane solidaire des Palestiniens. (Ainsi une "Union des Français juifs", de création récente, appelle-t-elle à voter Le Pen).

Ces choix ont un but évident: isoler l'islamisme, véhiculé, répète le Front, par l'immigration et renforcé par la mondialisation. De ce fait, la politique internationale du F.N s'inscrit en cohérence avec les projets sionistes (plan Ynon de balkanisation systématique du monde arabe) et la prospective planétaire des néo-conservateurs américains tendant à rétablir le monde judéo-chrétien et la race blanche dans leur suprématie battue en brèche par l'altermondialisme, l'émergence et l'"autodétestation gauchiste". Rien n'est inventé: l'analyse figure noir sur blanc dans les rapports et études concoctés dans des instituts, universités, centres de recherche et autres "think tank" comme l'American Institute for Public Policy Research, John Hopkins University ou le Jewish Institute for National Security.

Il est donc bon de savoir que, désormais, les alliés du F.N en voie de dédiabolisation sont MM.Richard Pearle et Liebermann.La logique y trouve son compte.

 

(1)Richard Pearle. "A clear break: a new strategy for securing the Realm" (Institute for Advanced Strategic and Political Studies". Washington and Tel Aviv 1996)

 

 

 

 

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L'ethnisme et le Marché

Publié le par memoire-et-societe

L'un des nombreux effets de la mondialisation marchande semble bien le développement des communautarismes, réflexes spontanés devant le risque d'engloutissement identitaire. Plus se multiplient les échanges de tous ordres, s'internationalise la gestion des sociétés, et plus s'affirment la tendance au repli sur une minorité, la solidarité prioritaire avec un groupe restreint. Il y a là,à la fois,un paradoxe et une logique:peur d'être noyé dans le magma des états-nations (près de deux cents à l'O.N.U), sentiment d'être le jouet d'institutions perçues comme de menaçantes bureaucraties(CEE, FMI, OMC, OCDE, etc.), étrangères en tout cas au citoyen de base.

Du coup, l'ethnisme et, proche de lui, la xénophobie, gagnent-ils du terrain en tant que refuges,souvent illusoires et anachroniques,parfois tragiques. Quand, par exemple, des Corses écrivent IFF (les Français dehors) sur les murs, cela peut s'inscrire dans un héritage irrédentiste qui a nourri le mythe littéraire du bandit d'honneur. Quand ils abattent froidement un pompiste marocain parce qu'il occupe un emploi sur l'île, cela devient méprisable.

Ces ethnismes illustrent par ailleurs la mauvaise conscience de diasporas cherchant à compenser, dans la  surenchère nationaliste, leur installation plus ou moins ancienne dans "l'exil" et la fatalité du non-retour. Situation qui place les communautés dans une condition schizophrénique où  la nostalgie d'une patrie éloignée et sublimée s'oppose aux réalités du pays vécu. Ainsi apparaissent des "expatriés de naissance" : franco-algériens sifflant "La Marseillaise", juifs héroisés par leur participation à l'armée israélienne. La politique de chaque camp, relevant apparemment de l'inspiration divine, induit ainsi une obéissance quasi mystique à une inconditionnalité sans faille...

Ces constats désabusés découlent en partie de la mondialisation sauvage qui jongle avec les concepts rendus parfaitement modulables d'altérité et d'identité. Le Marché a besoin d'acculturation, c'est-à-dire de ce qui en fait contrarie l'ouverture et le dialogue véritables L'intolérance ethnique lui rend quelque part service.

 

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Guerres

Publié le par memoire-et-societe

La stratégie mondiale des Etats occidentaux a de quoi rendre perplexe. Pour prendre l'exemple de la France, le pays, surendetté, s'est  impliqué dans trois conflits "domestiques" sous des prétextes divers : en Libye, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan. Ses navires de guerre,ses chasseurs-bombardiers, ses militaires, s'y activent sous mandat international que ses alliés et elle-même se sont employés à obtenir au motif de protéger des civils ou faire respecter des droits dont ces justiciers savent aussi se montrer parfois  peu soucieux.

Pour sauver les habitants de Benghasi, on a donc bombardé ceux de Tripoli. Le malheureux, mort sous les projectiles de nos démocraties, a ainsi la consolation de nous faire savoir, grâce à son trépas, qu'il a pu contribuer à la survie de son compatriote de Cyrénaique auquel on a épargné les obus du colonel Khadafi.

Depuis l'expédition sur le canal de Suez en 1956(4.000 victimes dans la médina de Port-Said et une déroute diplomatique mémorable pour les franco-britanniques) par le même genre d'intervenants, à l'époque les gouvernements Guy Mollet et Anthony Eden, on s'étonne peu dans cette région du monde des paradoxes occidentaux. Cette nouvelle "intervention" coûte quotidiennement un million d'euros aux contribuables français. On ne sait encore ou est passé Khadafi. Total et B.P voient l'avenir en rose pétrole.

En Cote d'Ivoire, c'est la" protection des résidents étrangers" qui a, paraît-il, primé. Tant mieux pour les quelques centaines d'entre eux (souvent des bi-nationaux  ne connaissant pas leur "métropole") qui refusent le"rapatriement", en se félicitant que les soldats français de l'opération"Licorne" appuient l'assaut des partisans du pro UMP Ouattara contre ceux du pro PS Gbagbo. Les intérêts de M.Bolloré, un ami, sont à l'abri.

En Afghanistan, les "terroristes" font l'objet d'une offensive décennale conduite par le Pentagone. Ni l'exécution tétévisée à la Maison Blanche de Ben Laden ni l'envoi de renforts en "forces spéciales" et en armes sophistiquées n'ont eu l'air d'affaiblir l'adversaire. Numériquement, les 3.000 victimes du 11 septembre sont maintenant vengées. Sadam Hussein est mort, comme d'ailleurs 4OO.OOO autres Irakiens. La solidarité atlantique est rétablie. Certes, le mollah Omar, à l'instar du nommé Khadafi, demeure introuvable. Mais des élections approchent ici et là  : il est temps de parler "retrait".75 morts sur 4000 soldats professionnels engagés sur le "terrain", on ne s'en tire pas trop mal. Le pipe-line ? Quel pipe-line ?

Bienheureux stratèges de notre Occident qui, défendant nos intérêts, consomment avec bonne conscience les jeunes vies et les milliards empruntés, et se vouent sans compter à la victoire de cette cause suprême : la financiarisation de la planète !

 

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