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65 articles avec culture

SUR L' ILLUSIONNISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

" Donner l' illusion..."  est, à mon sens, une réponse à l' appel d' un imaginaire ancré dans la nature humaine. C' est ce que j' ai éprouvé quand,encore étudiant, je jouais, avec le peintre et marionnettiste Raymond Charriaud, aujourd'hui décédé, une pièce d' Henri Michaux dont nous avions fait, de nos mains peintes et nues, les personnages dans un décor à la Chirico. Nous prenions nos références dans le monde des illusionnistes...

Robert Houdin, qui fut le meilleur prestidigitateur de son temps. Il organisait dans son théâtre parisien des "Soirées fantastiques" qui rencontraient, sous le Second Empire, un triomphe. Son spectacle a été par la suite plagié par un Américain au pseudonyme éclairant, Harry Houdini ,qui dénigrait la victime de son plagiat. Heureusement, c' est cet Houdini qui a été oublié.

Sculpteur et caricaturiste, Alfred Grévin qui a gagné la notoriété grâce aux mannequins et sosies de cire à l' origine du musée qui porte toujours son nom. Illusion de pénétrer alors dans l' Histoire sous les traits de François Ier, Bonaparte ou Gambetta. Le lieu demeure l' une des haltes obligées du Paris touristique.

Georges Méliès, prestidigitateur lui aussi, qui avait acheté le théâtre de Houdin pour y réaliser sa "grande Illusion", en l' occurrence cinq cents courts-métrages meublés d' autant de trucages. Calomnié puis ruiné, Méliès a presque tout détruit. Les Surréalistes ont réhabilité ce pionnier de l' imaginaire cinématographique dont les vestiges valent des fortunes.

Le mime Marcel Mangel, dit Marceau, décédé en 2007, qui venait du théâtre où il avait été l' élève de Charles Dullin. Marceau a créé au défunt Théâtre de l' Ambigu le personnage irréel de Bip, mélange de Pierrot lunaire et de Charlot dont le mutisme éloquent , né de l' imagination du mime, a conquis le monde.

Magiciens, marionnettistes, cinéastes, mimes, ces faiseurs d' illusions remplissent une fonction sociale. Ils se mettent au service de notre besoin, à un moment ou l' autre, d' imaginaire. Ils négocient pour nous la rencontre avec une autre vérité que celle du quotidien.

 

 

 

 

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SANTELLI, IN MEMORIAM

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai rencontré Claude Santelli pendant les événements de mai 68 à l' ORTF. Nous étions du même côté de la barricade. En grève pour défendre la liberté d' expression contre un régime qui, par l' intermédiaire de ses "ministres de l' Information", Peyrefitte puis Guéna, avait mis sans vergogne la main sur le Service public de la radio et de la télévision, nous risquions tous notre emploi. D' ailleurs, une "épuration" et une grêle de "mises au placard"  plus ou moins longues conclurent effectivement le mouvement. Mais ceci est une autre histoire.

J' avais été frappé par la simplicité, la générosité d' esprit, et l' attitude fraternelle de Santelli qui comptait parmi les grandes figures d' une télévision d' auteur, non encore happée par les lois de l' AUDIMAT. Contrairement à d' autres "stars", lui ne jouait pas de sa notoriété pour influer sur l' Intersyndicale qui siégeait jour et nuit et d' où les soucis corporatistes n' étaient pas toujours absents.

Il ne haussait jamais le ton et ne se revendiquait pas à tout bout de champ d' un  "auditoire populaire" auquel pourtant ses valeurs l' attachaient profondément, son oeuvre est là pour le prouver. Fils d' un enseignant corse, Lorrain de naissance, il avait surgi un peu par hasard sur les plateaux de la télévision encore héroïque des années 1950.

C' était le comédien Jacques Fabbri qui lui avait mis le pied à l' étrier comme scénariste d' émissions "jeunesse", aux côtés d' un autre inconnu, Jean-Christophe Averty. Premier succès du réalisateur en 1957 avec "Le Tour de France de deux enfants", qui inaugure le genre du feuilleton télévisé .

La série suivante, "Le Théâtre de la jeunesse", collectionne les lauriers. Santelli ouvre aux garçons et aux filles les portes du patrimoine littéraire, de Maupassant à Cervantès, de Diderot à Jules Verne ou Mark Twain. Puis une suite de 39 épisodes vient illustrer, dans "Les Cent livres des hommes", les portraits d' écrivains comme Malraux, Stendhal, Proust (dans lequel Isabelle Huppert effectue ses premiers pas), Jack London, entre autres.

Le style de Santelli est déjà reconnaissable par ses mouvements de caméra lents et étendus, ses travelling audacieux, ses nombreux plans-séquences qui réduisent les travaux de montage et donnent au récit une impression particulière de fluidité.

Aussi l' objectif du combat majeur de Santelli était-il, dès mai 68, la survie d'un pouvoir de création face au déferlement des productions d' images standardisées à l' américaine et comptabilisées par une vague de néo gestionnaires issus de l' ENA et d' HEC. Contre cette industrialisation autoritaire, il défend, dix ans durant, à la tête de la "Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques" et de sa filiale, l" Association Beaumarchais", la cause de " l' exception française", source de bien des polémiques.

Hélas, Claude Santelli a connu, à 78 ans, la mort la plus cruelle. Faisant répéter, en septembre 2001, "La Flûte enchantée" sous le chapiteau du cirque Grüss dans une scène prévoyant, selon Mozart lui-même, "l' entrée d' animaux sauvages", il est brutalement renversé par un éléphant. Dos brisé, il décède trois mois plus tard à l' hôpital de Garches, emportant avec lui  la poésie du spectacle télévisé artisanal qu' il avait su imposer jusqu' à la fin de ses jours.

 

 

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L' ISLAM SELON MAXIME RODINSON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Plusieurs Français figurent parmi les meilleurs orientalistes de ce temps : Massignon, Berque, Blachère, Rodinson. L' oeuvre de ce dernier retient l' attention dans la mesure où Juif, autodidacte et communiste, il a été l' adversaire du sionisme, été difficilement reconnu par l' Université, puis, in fine, exclu du Parti communiste.

Fils d' ouvriers polonais immigrés, Rodinson a appris près d' une trentaine de langues dont l' arabe, l' araméen, l' hébreu, l' éthiopien ancien ou guèze, l' amharique et le turc. Adhérent du P.C en 1937, il vit sept ans au Moyen Orient, refusant de rallier Israël, et en conflit avec les "dérives dogmatiques" de Moscou. Erudit indépendant, il se consacre à l' approfondissement et au rapprochement des disciplines qu' il étudie : l' ethnologie et l' histoire, la sociologie et l' orientalisme.

Il publie en 1961 une biographie de Mahomet qui fait date, puis " Islam et capitalisme" où il nie l' incompatibilité des deux idéologies. L' ouvrage suivant "Israël et le refus arabe" lui vaut de nombreuses injures et menaces de mort. " Moi qui espérais une option universaliste des Juifs, écrit-il, je constate que leur unité se fait dans le sens d' un nationalisme obtus". Et de poser en 1967 dans la revue de Sartre, "Les Temps Modernes", la question : "Israël, fait colonial ?". Hostile à l' essentialisme, il privilégie l' analyse des faits socio-économiques pris dans leur contexte historique, et se range à la solution, audacieuse à l' époque sur le sujet, des "deux Etats".

Voilà qui n' arrange pas tout le monde, à commencer par l' extrême droite, autrefois antisémite passionnée, qui surfe désormais sur "l' islamo-fascisme", à la grande joie des sionistes...On dénonce soudain le voile, la viande hallal dans les cantines, la situation de la femme musulmane à l' hôpital ou à la piscine, de l' adolescent maghrébin à l' école ou dans les prisons, les cléricaux se dépensent en faveur de la laïcité, les nostalgiques de Vichy (il en reste) pour la démocratie, des essayistes se lèvent qui proclament l' Identité en danger.

Le mérite de Rodinson est d' avoir, il y a des décennies déjà, renversé la problématique en la plaçant sur le plan du développement du Tiers-monde et du soutien, non du retard, que peut lui apporter l' Islam progressiste. Textes à l' appui,auxquels il adjoint Marx, Renan et Max Weber, il affirme que le Coran pris à la lettre n' est ni obscurantiste ni fataliste, mais sollicite au contraire le "djihad", qui signifie l' effort en général, non limité au sens guerrier actuel, qu' il ne récuse ni le commerce ni la propriété, mais seulement l' usage irrationnel des biens et une répartition injuste de ceux-ci, qu' il n' a pas engendré de bourgeoisie égoïste, mais prolongé contre la colonisation acculturante des traditions qui, il est vrai, ne sont pas encore toutes débarrassées de leur tonalité féodale.
Cette approche de la réalité islamique aurait pu épargner à nos gouvernants l' erreur de leur onéreuse politique d' immigration : la recherche d' une assimilation immédiate et forcée qui a poussé la seconde génération de migrants vers le salafisme.

La leçon non entendue de Rodinson est qu' une idéologie, religieuse ou politique, ne se moule jamais sur une société dans sa totalité. Ce sont les classes qui s' y constituent qui en dessinent le contour en un dialogue combattant non seulement l' "arriération", mais aussi la misère et la haine.

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OU EN EST L' OULIPO ?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Depuis le dadaïsme puis le surréalisme, il est fréquent de vilipender la "littérature" dans son acception courante comme forme d' expression soudée à la culture bourgeoise. Mais Aragon a écrit des romans, Breton des poèmes, Naville des essais.

L' "Ouvroir de Littérature Potentielle" (OULIPO) a emprunté cette "facilité" tout en publiant des piles d' oeuvres imprimées et en recrutant dans ses rangs des lauréats de prix littéraires.

L' OULIPO est un mouvement co-fondé en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais et le père de Zazie, Raymond Queneau, précisément ex surréaliste et homme-clé des éditions Gallimard pendant des décennies. Rencontre originale du langage purement scientifique et de la revendication poétique. 

L' anti-littérature tient, quoi  qu' on en dise, quelque part de la coquetterie intellectuelle.  Proust, Desnos ou Céline n' ont jamais nié "faire de la littérature", usant cependant de bien des libertés avec elle. Paradoxe supplémentaire, l' OULIPO remet en question "l' illusion surréaliste" en se fixant le projet d' explorer " toutes les potentialités" (et l' écriture automatique alors?) par l' expérience d' une "contrainte" susceptible de stimuler l' imagination ( par exemple, dans "Sphinx", le sexe  des personnages d' Anne Garréta (Prix Médicis) ne peut être identifié.)

C' est dans cette perspective qu' aux deux fondateurs se sont notamment joints des acteurs du monde des Lettres comme Noël Arnaud, venu lui aussi du surréalisme, Jacques Roubaud, Georges Pérec, Italo Calvino,François Caradec ou Paul Fournel. On n' est pas candidat à l' OULIPO. On y est coopté à l' unanimité. Un seul refus est définitif.Mais la cooptation a valeur d' éternité. Une fois mort, on continue de figurer sur la liste des participants aux réunions avec la mention "absent excusé".

Grâce à un lent élargissement (non synonyme d' affadissement) l' OULIPO a peu à peu acquis une place notoire et émergé d' une situation à demi secrète qui ne lui déplaisait point. Le mouvement a testé de multiples pistes et divulgué le résultat de ses recherches dans les fascicules de sa "Bibliothèque oulipienne" couvrant l' étendue des champs possibles du langage.

41 ans après la disparition de Queneau, 57 après la naissance du Groupe et en dépit des procès faits au passé, l' OULIPO s' impose désormais dans la vie de la Littérature contemporaine. Est-ce à dire qu' il a failli à sa mission première? Sans doute pas si l' on considère son bilan : l' influence dans le monde universitaire français et étranger, l' extension de la démarche dans l' écrit, la vogue des conférences et manifestations publiques, la référence  ainsi  constituée dans les manuels d' enseignement de notre langue.

 

 

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PASSAGES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La vie est un passage : ce lieu commun comporte une part de vérité quand on considère la

rapidité avec laquelle s' efface le souvenir de certains auteurs (français en tout cas) qui ont en

leur temps fait rire nos parents en soulignant l' absurde de notre condition. L' intention ici est de

donner, sans prétention à l' exhaustivité, l' envie, dans la période assez chagrine qui est la nôtre,

de lire ou relire quelques-uns de ces moralistes modernes.(1) Encore joués ou cités, mais guère

lus, chacun d' eux démontre que l'humour de qualité n' est pas qu' anecdotique. Il est inusable

parce que totalement humain :

Alphonse Allais (1854-1905) - "L' argent, tout compte fait, aide à supporter la pauvreté".

Georges Courteline (1858-1929) - "Il ne faut pas gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir  en

sentant la gifle sans l' entendre."

Jules Renard (1864-1910) - " La modestie, c' est de n' être rien et d' être quand même modeste."

Erik Satie (1866-1925) - " Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux."

Tristan Bernard (1866-1947) - " Que ne suis-je riche pour venir en aide au pauvre que je suis."

Sacha Guitry(1885-1957) - " C' est entre trente et trente et un ans que les femmes vivent les dix

meilleures années de leur vie."

Pierre Dac (1893-1975) - " Il vaut mieux qu' il pleuve aujourd'hui plutôt qu 'un jour où il fait beau."

Henri Jeanson (1900-1970) - " Les maris se choisissent les yeux ouverts et les amants les yeux

fermés."

Frédéric Dard (1921-2000) - " Les gens qu' on couche sur son testament ne dorment que d' un

oeil."

Pierre Desproges (1939-1988) - " La démocratie est la pire des dictatures : celle exercée par le

plus grand nombre sur la minorité."

(1) On peut, bien sûr, se référer aussi  à la longue lignée de chansonniers, paroliers, dialoguistes talentueux et influents aujourd'hui parfaitement  ignorés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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SATIE, MUSICIEN DE L' IRONIE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Erik Satie est aujourd'hui célèbre. Les spectacles le revendiquant se sont multipliés tant en France qu' à l' étranger ( l' Américain John Cage a repris "Vexations", partition à jouer 840 fois de suite). On est loin du temps où les critiques traitaient ce jumeau musical d'un Marcel Duchamp ou d' un Antonin Artaud, de "fumiste" pour les plus indulgents et de "pauvre type" pour les plus hargneux.

Nul ne songerait plus à rayer du paysage culturel un homme qui a inspiré Mallarmé, été le disciple de Vincent d' Indy à la Scola Cantorum, l' animateur du "Groupe des Six" (Auric, Durey,Honegger, Milhaud, Poulenc, Taillefer), de l' "Ecole d' Arcueil" (Sauguet, Emié, Lizotte), avant d' être annexé par les dadaïstes (Tzara, Picabia), le Théâtre de l'Absurde (Ionesco, Bekett) et une foule de créateurs allant de Cocteau à Picasso,Stravinsky, Diaghilev, Braque, Debussy, Man Ray, Breton  Désormière ou René Clair.

Né à Honfleur en 1866, Satie arrive à Paris à 12 ans, échoue comme élève au Conservatoire National de Musique et pour échapper au service militaire n' hésite pas à s' exposer nu dehors une nuit d' hiver. Effectivement, il contracte une pleurite et est réformé.

Commencent alors pour lui des années de bohème montmartroise. Il tient l' harmonium au 'Chat Noir", cabaret où officie également Aristide Bruant. Il a 22ans, tombe amoureux de celle qui peint son portrait, Suzanne Valadon, la mère d' Utrillo. Une liaison de cinq mois qui, en rompant, laisse Satie inconsolable.
Le réseau de ses relations pourrait lui permettre de vivre et travailler confortablement. Il choisit le dénuement, quitte le "placard" où il célèbre le rite d' une Eglise vouée au combat social par la musique, dont il est l' unique membre,pour s' installer à trois kilomètres au sud de Paris, à Arcueil, dans une chambre sans eau ni éclairage que lui abandonne le fondateur du "Chat noir". Satie y vit comme, tout près, à L' Häÿ-les- Roses, un autre original, l' écrivain Paul Léautaud: solitaire et sans confort,

Dans cette banlieue déshéritée,Satie se rallie au socialisme, devient l' un des premiers adhérents du nouveau Parti communiste tout en refusant de s'intéresser aux théories marxistes. Il n' est pas doctrinaire, seulement ouvriériste, avec une sorte de ferveur mystique..

Satie a aussi marqué son passage par une ironie féroce qui le hisse au niveau des Léon Bloy, Octave Mirbeau, Alfred Jarry et Alphonse Allais. De Ravel qui vient de refuser la Légion d' Honneur, il dit simplement :" Mais toute sa musique l' accepte". Il écrit des "Mémoires d' un amnésique", au total 50 pages blanches qu' il distribue autour de lui, et griffonne des centaines de billets du genre: "Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux"

Lui, sans demander secours à personne, meurt d' une poussée d' absinthe sur le foie, à 59 ans, dans son taudis après un ultime scandale: " Socrate", musique vocale "sur un texte de Platon". Pied de nez aux chiens de garde de la farce bien pensante qu' il n' a cessé de fustiger.

 

 

PS- Satie n' a pas que des amis...En 2016, un conseiller municipal du Front National s' est opposé, Don Camillo d' un nouveau genre, à la commémoration du 150 ème anniversaire de la naissance d' un "communiste alcoolique", proposée par le maire écologiste d' Arcueil. Voilà sans doute qui  ravirait, s' il pouvait l' apprendre, l' ironique compositeur.

 

 

 

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BOUTIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paris ne s' enseigne pas en voiture, ni dans un car, ni dans des guides. Une ville aussi bourrée d' Histoire s' apprend à pied, au hasard plus que dans des circuits imposés. Elle est alors un luxe capricieux qui réclame du temps.

Si donc la fantaisie du badaud vous mène vers le quartier de la Nouvelle Athènes, berceau du romantisme français,récemment réhabilité sous le nom de Sopi (South Pigalle), empruntez la rue Clauzel. Elle va s' achever dans la rue des Martyrs, à côté de là où le clarinettiste Milton Mezz Mezzrow a longtemps animé un club de jazz réputé. Le peintre Ernest Hébert y a eu aussi son atelier.

Au n°14, une galerie d' estampes japonaises tenue par Akihiru Aoyagi occupe l' ancienne boutique du Père Tanguy, célèbre marchand de couleurs peint par Van Gogh et Monet. Quand on connait l' influence de l' estampe (ukiyo-e) sur les artistes de l' époque, on  admet vite quelque parenté avec la galerie actuelle.

Au-dessus de la porte cochère de cet immeuble sans caractère particulier, une plaque : " Ici se trouvait la boutique du Père Tanguy. S' y rencontraient Anquetin, Bernard, Cézanne, Gauguin,Guillaumin, Renoir, Russel, Toulouse-Lautrec et Van Gogh". Auxquels on peut ajouter Pissaro, Monet, Vignon et Sisley.

Julien Tanguy, originaire des Côtes du Nord, était venu à Paris où il avait choisi de s' établir marchand de couleurs en 1870. Anarchiste militant, il avait participé à la Commune de 71 et échappé de justesse à la déportation en Nouvelle Calédonie. Après 4 ans de prison, il regagne sa boutique qu' il ne quittera plus jusqu' en 1892, deux ans avant sa mort.

Le père Tanguy est tout ce temps la parfaite illustration de la chanson de Brassens "Les Copains d' abord", en l' occurrence  des inconnus qui se nomment Monet, Renoir ou Van Gogh. Il achète leurs premières toiles six francs six sous. Les critiques le repèrent et commencent à affluer, attirés également par les oeuvres d' un petit nouveau, Paul Cézanne.

A ces glorieux rapins, le Père Tanguy offre des couleurs et des repas, et prend en dépôt, dans son étroite arrière boutique, leurs tableaux qu' il est chargé de vendre. Sans lui, qui sait si l' Impressionnisme aurait connu le même destin?

 

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" L' AMI PISSARO "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Si l'on s' accorde à voir en William Turner (1775-1851) un précurseur de l' Impressionnisme, on s' entend également pour considérer Camille Pissaro (1830-1903) comme l' un de ses pères.

Attachante figure que celle de ce très grand artiste, à l' honneur en ce moment à Paris, tant au musée Marmottan qu' à celui du Luxembourg.

Né aux îles Vierges, alors possession danoise aux Antilles, et issu d' une famille de commerçants juifs portugais, le jeune peintre quitte tout pour rejoindre la capitale française. Là, d'atelier en atelier, il s' intègre bientôt à l' avant-garde artistique, admirant Corot, Courbet,Millet, avant d' inspirer Cézanne, Gauguin et Sisley. D' Ingres à Monet, de Renoir à Degas, Pissaro fréquente tous ceux qui comptent alors dans le milieu de l' Art.

Il s' installe à Pontoise, voisin du docteur Gachet, médecin de Van Gogh, et de Daubigny, habitant tous deux Auvers sur Oise. Pissaro se focalise ainsi sur les paysages fluviaux et agrestes qu' il découvre entre Pontoise et Paris, et qu'il peint sur le motif . S' amorce dès ce moment le "Chemin des Impres sionnistes", devenu désormais l' objet d' une intense curiosité culturelle ( le circuit Pissaro proprement dit va de Louveciennes à Bougival par Marly le Roi et comporte une quinzaine de reproductions d' oeuvres sur les lieux de leur création).

Pissaro ne quitte cette patrie artistique qu' à deux reprises. En 1870, quand les Prussiens pillent son atelier et y dérobent plusieurs centaines de toiles. Il se réfugie à Londres où séjourne Monet.Puis une seconde fois, lors de la fièvre anarchiste de 1894, quand, menacé d' arrestation, il fuit en Belgique et y retrouve le libertaire Elisée Reclus.

Car "l' ami Pissaro", connu pour sa générosité de coeur et d' esprit, a de solides convictions qu' il partage avec la plupart des peintres du quartier de "La Nouvelle Athènes" à Montmartre, écolos avant la lettre. Adepte des théories de Proudhon et de Bakounine, Pissaro milite aux côtés d' Emile Pouget, anarcho-syndicaliste à l' origine de la naissance de la CGT, et de Louise Michel, la célèbre "Vierge rouge" de la Commune. Il collabore au journal "Les Temps nouveaux" de Jean Grave où il défend la position de "l' art pour l'art" contre Kroptkine.

Pissaro était ce qu' on nomme un anarchiste individualiste, plus enclin à la non violence qu' à la terreur, au débat d' idées qu' à l' usage des armes, plus tenté par les réunions du "Club social" que fréquentait également Rodin qu' à l' attaque des agences bancaires. Son idéalisme transpire dans l' exceptionnelle sérénité que dégage sa vision des bords de Seine à l' époque heureuse où des champs, des chemins de terre, des arbres et des fleurs y régnaient encore.

 

 

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SUR LA COLLECTION CHTOUKINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La Fondation Vuitton à Paris expose pour plusieurs semaines encore "Icônes de l' Art moderne", la collection du Russe Sergueï Chtoukine (Moscou 1854-Paris 1936), devenue propriété des musées de l' Ermitage à Saint-Pétersbourg et Pouchkine à Moscou.

Le richissime collectionneur a connu et fréquenté tous ceux (artistes, marchands, critiques) qui ont animé l' avant-garde artistique de 1880 à 1914 et , du même coup, annoncé la révolution dans la peinture contemporaine.

On se sent noyé devant le déferlement de ces 130 oeuvres majeures. Tout le monde ou presque, en tout cas parmi les Français, est là, malgré quelques absents de marque (Caillebotte, Seurat, Berthe Morisot, Bonnard ou Boudin). Le plus révélateur dans ce fastueux bouquet est peut-être la hiérarchie qui, peu à peu, se dégage des choix de celui que son entourage traitait de "fou".

Chtoukine (par ses "conseils", Durand-Ruel, Vollard, Kahnweiler) laisse filtrer ses préférences : Monet, Cézanne, Gauguin, Matisse et Picasso ont droit à une salle entière. En 1910, c' était de la démence. Picasso, dont je ne suis pas un inconditionnel, s' impose indubitablement: de 1900 à la Révolution d' Octobre (laquelle,grâce à Lounatcharsky, Commissaire du Peuple à l' Instruction publique et à l' écrivain Gorki, a respecté la collection), Chtoukine a été son fidèle acheteur. Cela facilite la lisibilité du parcours de l' Espagnol (communiste quand son mécène était contraint à l' exil par les "Rouges") et le décryptage historico-artistique de cette époque pleine de contradictions, de bruit et de fureur.

La peinture d' avant-garde (fauvisme, constructivisme,cubisme) n' était pas spécialement la tasse de thé des bolchéviks. Lénine y voyait volontiers du snobisme petit-bourgeois et lui préférait un rassurant académisme. Staline, dans les années 30, a montré ce que devait être un art "prolétarien". N' empêche: le courant mondial a tout emporté. "Le déjeuner sur l' herbe", "La vigne rouge" et "La montagne Sainte Geneviève" ont poursuivi le récit séculaire sur l' Art dont Malraux disait qu' il posait la "question de la Transcendance".

 

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JOU aux BAUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le site des Baux constitue assurément l' un des plus captivants endroits de Provence, en dépit d' une affluence estivale (1.600.000 visiteurs) jamais démentie.

C' est dans ce village, alors peu fréquenté (la bauxite y était encore exploitée), qu' en 1921 Luis Felipe-Vicente Jou i Senabre, qui s' est fait connaître du monde artistique sous le nom de Louis Jou, a acquis l' incomparable hôtel du sieur Jean de Brion. Catalan espagnol naturalisé français, Louis Jou relevait de la race (en voie d' extinction?) des éditeurs-typographes-graveurs-poètes, à la fois artisans et artistes, où se sont illustrés des gens comme François Bernouard, Pierre Albert-Birot, Paul André Benoit et Jean-François Manier.

Ces noms méritent d' éviter le relatif oubli dans lequel ils semblent sombrer depuis la disparition de Malraux, qui veillait à leur mémoire. Ainsi, l' auteur de "La Condition humaine" avait-il accepté de siéger au Conseil d' Administration de la Fondation Louis Jou.

Le destin de ce dernier a connu un assez curieux parallèle avec celui de Picasso, dont Jou n' a toutefois pas été vraiment un intime et n' a point atteint la gloire universelle. Nés la même année(1881), les deux hommes se fixent à Paris au même moment et finissent leur vie en Provence.

A Paris, Jou se fait lui aussi des amis : Apollinaire,Carco, Derain, Cocteau,Suarès qui demeurera l' un de ses proches,et qu' il hébergera un moment durant l' Occupation.

C' est dans l' atelier qui fait face à sa demeure Renaissance restaurée de ses mains, que Jou compose l' essentiel de son oeuvre typographique, dessinant et fondant lui-même ses caractères, ranimant des traditions d' imprimeur venues de Gutenberg, affirmant sa résistance aux pratiques industrielles qui ont emporté la conception et la fabrication du Livre.

Solitaire,passionné, admiré,indépendant, Jou a imposé de son vivant des création qui, aujourd'hui encore, conditionnent l' évolution de l' imprimerie d' Art. Il est devenu difficile de publier Louise Labbé, Pascal, Cervantès, Montesquieu, Rabelais ou Chateaubriand si l' on se réfère à la représentation de leurs textes dans la collection des "Livres de Louis Jou". Travail de minutie, de patience et de goût que Jou a poursuivi jusqu' à sa mort, à 86 ans, dans son village provençal, au soleil des milliers de pages qu' il a célébrées.

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