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Les Marx sisters

Publié le par memoire-et-societe

   Quel que soit le jugement qu'on porte sur sa doctrine, nul ne saurait ignorer la place prise par la pensée de Karl  Marx dans le monde moderne. On sait moins que le philosophe a eu trois filles d' âge adulte qui, elles aussi, ont marqué leur époque.

   L'ainée, Jenny, née en 1844 quand Marx était en exil à Paris, dite Jennychen pour la distinguer de sa mère, Jenny von Westphalen, a épousé, au lendemain de la Commune de 1871, le journaliste proudhonien (anarchisant) Charles Longuet réfugié à Londres, avec qui elle a eu six enfants. Une union qui n'enthousiasmait pas Marx, peu francophile ( les Français venaient de l' expulser) et surtout très hostile aux utopies de  Proud'hon. Nullement découragée par la demi désapprobation paternelle, Jenny s'est engagée, notamment  en faveur de l' indépendance irlandaise, sous le nom de plume de J. Williams.Epuisée par les tâches militantes et familiales, Jenny est morte relativement jeune (38 ans), ayant  contribué à amener le gouvernement Gladstone à modifier sa politique en Irlande.

   Laura, sa cadette d' un an, née à Bruxelles, a épousé elle aussi un Français, le docteur Paul Lafargue. Au moins celui-ci était-il acquis aux thèses de son beau- père, et un peu juif du côté maternel. Lafargue a d' ailleurs été,avec Guesde, l' initiateur au marxisme du mouvement ouvrier français, tandis que son épouse traduisait le "Manifeste du Parti Communiste" à l' intention des premiers adeptes du " socialisme scientifique". Les Lafargue, sans enfant,  militaient aussi pour le "Droit de mourir dans la dignité", cause impensable dans la France-fille-aînée-de- l' Eglise". Ils ont  prêché l' exemple en se suicidant à domicile, rentrant du théâtre un soir de 1911. Laura avait 66 ans.

   La benjamine, Eleanor, née quant à elle en 1855 à Londres, a été essayiste politique. Particulièrement brillante,  polyglotte,oratrice de talent, elle accompagnait son père dans les conférences socialistes internationales.Survint, comme à l' habitude,pourrait-on dire, un journaliste français en exil, historien de la Commune, Prosper-Olivier Lissagaray. Il a 34 ans, Eleanor 17. Cette fois, Karl s' oppose ouvertement au mariage. Le couple tient jusqu'en 1882 .Eleanor s'implique de plus en plus dans les grèves ouvrières et les luttes féminines. Elle y rencontre Edward Aveling, avec qui elle commence à vivre jusqu'à ce que ce dernier la trahisse. A 43 ans, Eleanor se suicide par chagrin d' amour.

   Au-delà des  péripéties se rapportant à chacune d'elles, on retient aujourd'hui  le rôle que ces femmes d' influence ont joué en leur temps,  grâce à  l' énergie qu' elles ont déployée contre les multiples formes de l' aiénation humaine.

Publié dans histoire

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Trois Droites

Publié le par memoire-et-societe

   Le feuilleton de la présidence de l' UMP est bien sûr à lire en rapport au positionnement personnel des candidats pour l' élection à l' Elysée de 2017. Il n'est pas pour autant dépourvu  d'enseignement  politique dans la mesure où ladite UMP se situe au coeur des Droites françaises : Extrème droite populiste, Droite "classique", qui s'efforce de réunir gaullistes et libéraux européistes, Centre droit où se retrouvent radicaux modérés et sociaux-chrétiens.

   La Droite est majoritaire dans le pays : les divers mouvements de gauche n'ont rassemblé, au premier tour des élections de 2012, que 44% des suffrages exprimés. Unis, les courants conservateurs l' auraient encore emporté. C' est pourquoi, la rivalité  Fillon-Copé renvoie à une problèmatique lourde d' avenir. Jamais aucun dirigeant de la Droite dite républicaine n'appellera publiquement à une quelconque alliance avec le F.N. Mais Copé et ses amis, qui ne répugnent pas à faire leurs choux gras de certains thèmes frontistes, savent bien que c' est à la base que se noueront les accords susceptibles, grâce au même F.N, de battre la gauche en 2014 dans les régions et les communes. M. Copé, s' il est en responsabilité, sauvera la face, mais ses élus locaux seront otages.

   La ligne Fillon, en revanche, tend à favoriser les regroupements au centre où guettent déjà les orphelins du Modem, des élus " Nouveau Centre",  en perdition, une poignée de chiraco- villepinistes et de christo- boutinistes, et,surtout, les phalanges grandissantes du général Borloo. Tout cela pourrait-il faire un jour le compte? Pourquoi pas, si une autre dynamique s' impose, reprenant le discours du libéralisme social, du rejet facile des appareils partisans (UMP,PS), et de l' opposition obligée aux "extrèmes" ( Front de Gauche et Front National), dynamique apte alors à inverser le rapport de force avec une direction copéiste? 

   Ces diverses branches du conservatisme français ne constituent pas une novation historique. Légitimistes, orléanistes, bonapartistes, se combattent, sous toutes sortes d' appellations, depuis des lustres. L' ennui est que deux, et moins encore trois crocodiles, ne peuvent vivre dans le même marigot. Le F.N ne parait pas actuellement en perte de vitesse, au contraire.

De l' UMP et de l' UDI, l' un des deux devra donc plier le genou, comme l' a fait auparavant l' UDF devant le RPR. En ce sens, le spectacle offert par le parti de Sarkozy sans Sarkozy donne un avantage de départ non négligeable à une formation telle que précisément l' UDI, inédite mais rassurante pour l' électeur avec sa cohorte de vieilles connaissances en voie de recyclage.

   L' espace est mince pour Copé s'il se voit cantonné à faire par essence du lepénisme contre Le Pen. La division finit régulièrement par un déséquilibre, avant que le pendule ne parte ensuite dans l' autre sens. La conjoncture est impitoyable : elle conduit à chagriner la tribu la plus proche avant de songer à terrasser l' adversaire naturel.

 

Publié dans politique

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L' émigration silencieuse

Publié le par memoire-et-societe

  Avec ses innombrables retournements, l' Histoire n'a jamais économisé les paradoxes. Nous l' avons mentionné dans "Clio et les Grands-Blancs" (1), s' agissant de l' immigration africaine en Europe qui a conduit les populations indigènes à s'expatrier vers les anciennes métropoles, y reproduisant, au sein de banlieues ghettoîsées, les conditions de vie et d' habitat (blog "Triangle post-colonial" du 13/8/2011) des capitales territoriales des Empires.

   Il existe désormais des situations que l'émergence de zones auparavant non économiquement développées rendent inédites: l' arrivée en ces lieux d' immigrés en quête d'emploi provenant de l' ex pays colonisateur. Tel est le cas avec la migration croissante de Portuguais vers l' Angola, due à une décennie d' expansion spectaculaire de celui-ci L' heure est au retour, discret,du descendant ou du compatriote du colon. 

   Vieille possession du Portugal dans le sud-ouest africain et forte aujourd'hui de vingt millions d' habitants, la République d' Angola n' a accèdé à l' indépendance qu'en 1975. Le pétrole avait commencé à y être exploité en 1954 : le pays est  membre de l' OPEP depuis 2007. Son taux de croissance est de près de 10% l'an (15%  pour l'industrie). La société française Total y possède un gisement sous-marin géant, Pazflor. Chinois et Américains sont également présents.

   Cette oléocratie dynamise naturellement une économie globale qui sollicite des cadres et des techniciens absents du marché local et ouvre des perspectives inespérées à la main d'oeuvre qui accourt d' un Portugal lourdement embourbé dans la crise. L' attrait du "pétro-diamant" ( l' Angola est en même temps un gros producteur de pierres précieuses ) sur les jeunes et les chômeurs lusophones se fait irrésistible. Les activités dérivées (sous-traitance,commerce, services )offrent de leur côté de multiples possibilités dont la population autochtone est incapable de profiter : faute de qualification 70% des indigènes végètent sous le seuil de pauvreté, de ce fait le revenu par tête et l' espérance de vie sont parmi les plus bas du continent, le chômage et l' analphabétisme voisinent 50%, les écarts de richesse ne cessent de croître.

   On  débouche  de la sorte sur une configuration curieuse : la reconstitution,quarante après une décolonisation formelle, sui

vie d' une longue guerre civile, d' une domination étrangère qui fait de l' ex-colonisé l' assistant de l' ex-colonisateur pour l' écopage de ses sans emploi, bref sur une sorte de recolonisation par l' économie à partir des difficltés  " métropolitaines"  du moment. Occasion de souligner un problème majeur du sous-développement: l' insuffisance chronique (et voulue ?) de formation de cadres autochtones, et le rôle de " vase communicant " que la spéculation financière entend faire jouer aux "émergents", structures d' accueil secondes de la main d' oeuvre nomadisée dont elle a besoin. Laquelle pérennise d'ailleurs le fossé  technologique qu'aucune décolonisation n' a pu entamer.

   L' immigration silencieuse ne doit évidemment pas grand'chose au hasard. Grecs, Espagnols, Italiens et autres entrent eux aussi dans la stratégie relookée d' un Capital qui  "assouplit" les salariés par les délocalisations et le tarissement des anciens bassins d' emploi en vue de sauver sa propre domination sur le marché mondial.

 

   P.S. Il n' est pas évoqué ici des migrations plus singulières et moins signifiantes : par exemple, l'exil de 10.000 jeunes Français par an au seul Québéc, ni celui de nombreux retraités au Maroc qui offre aux pensionnés européens l'avantage d' un pouvoir d' achat accru et d' un climat plus ensoleillé...

 

(1)"Clio et les Grands-Blancs, la décolonisation inachevée " ( éditions Libertalia, 2010 )

Publié dans société

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Sur le vote Obama

Publié le par memoire-et-societe

   Obama a gagné pour la seconde fois. L' enthousiasme est sans doute moins grand. La victoire peut- être moins nette. Mais un certain nombre de nouveaux réflexes semblent s' installer dans l' opinion américaine.

   Ces réflexes ne sont pas étrangers à l' évolution et à  la composition sociologiques de l' électorat. L' addition des minorités ethniques ( Hispaniques, les plus nombreux, Afro-Américains, Asiatiques ) et de catégories de la population avançant des revendications spécifiques (Femmes, Jeunes) a forgé la majorité. Ce n' est pas un accident, car s' annonce du même coup un tournant démographique et culturel fondamental. On sait qu'avant 2050, le chiffre des locuteurs non anglophones , du moins de naissance, l' emportera aux U.S.A.  La pérennité de la suprématie anglo-saxonne commencera à se poser, et avec  la mise en question de celle-ci, une orientation contestée par une partie de la communauté internationale.

   Le sentiment pacifiste, qui ne cesse de gagner la jeunesse, encourageant le retour vers l' isolationnisme, sera-t-il dominant? Bombing Hanoî, bombing Bagdad, bombing Kaboul, bombing Téhéran(?), la lassitude s' accroit, les boys renâclent. Le soutien inconditionnel de la politique israëlienne, qui coûte trois milliards et demi de dollars par an au contribuable , menace de s'éroder. Les deux tiers des Juifs américains ont voté démocrate, malgré le forcing républicain et la propagande sioniste.

   L' Europe, ses contradictions, ses bisbilles, ses indémêlables négociations internes, n' intérêssent plus. L' Amérique regarde l' Asie: là semble être l' avenir. Le fermier de l' Iowa sait plus facilement où se trouvent la Chine qui lui achète son maîs et le Japon qui lui vend des voitures que Paris ou Rome, qu' il n' a d' ailleurs jamais bien localisées.

   Avec l' irruption de l' Asie dans leur univers concret, les Etats-Unis sont conduits à admettre l' existence d' un monde multipolaire. L'ère de la Superpuissance touche-t-elle à sa fin? et celle de la financiarisation planétaire? du contrôle de l' énergie? Quand la place de la langue espagnole aura détrôné celle de l' anglais dans l' Union, cette dernière aura assuré son indépendance énergétique par la seule  exploitation du pétrole et du gaz que renferme son sous-sol .Raison suffisante pour s' absenter autant que possible d' un univers compliqué et périlleux. C' est un des sens du vote Obama.

   P.S. Comment, dès lors, les deux rives de l' Atlantique ne divergeraient-elles pas ? Tandis que l' Europe cherche l' équilibre en évoquant une intégration sans cesse différée, les U.S.A sont tentés par un repliement sélectif qui ménage le tête à tête avec les nouveaux venus de la croissance. Paris, aimable préfecture régionale dans la redistribution des cartes, accaparée par le mariage pour tous, les humeurs de ministres écologistes, et la survie des sénateurs-maires, espèce menacée en permanence et phénix de la représentation démocratique, découvre le "socialisme de l'offre", en termes clairs le ralliement de l'actuel parti de gouvernement au social libéralisme. C' est inoffensif mais on ne vit décidément plus sur la même planète. 

Publié dans actualité

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Tito est mort cette nuit

Publié le par memoire-et-societe

   Belgrade,  en janvier 1980: à l' hôtel, de faux clients feignaient toute la journée de lire dans le hall. Le soir, la même blonde prenait place sur un haut  tabouret du bar. On pouvait règler en dollars, en marks ou en francs suisses. Les journaux étrangers, dans la boutique de souvenirs, avaient du retard  parce que la censure était  débordée. Le réceptionniste, Nikita, avait vécu à Paris et acceptait les pourboires en francs français.
   Le samedi, un pianiste âgé jouait des fox-trot et des valses de Vienne dans la vaste salle à manger presque déserte. L' hiver sautait d'un crépuscule à l'autre, poussant aux plus brouillonnes nostalgies. Un courant d'air, en vacances de Sibérie, vidait des rues blafardes, neutralisées, d'où étaient balayés même les rails du tramway d' un  autre siècle.

   Chaque matin, les "correspondants" se retrouvaient au Centre International de Presse devant le panneau de polystyrène sur lequel, à midi pile, était punaisé le communiqué du Collectif médical. Un groupe éphémère se formait avant de se diriger vers les téléphones. Les Japonais filmaient le texte pendant dix minutes. Le gros Pierre Salinger machouillait son cigare, résigné. L' état présidentiel demeurait obstinément "stationnaire".

   On se concertait alors  sur l' exégèse des formules aseptisées du bulletin. La vulgate médicale se mêlait au décryptage de la langue de bois et aux "fuites" incontrôlables. La jambe du grand homme faisait l' objet  d' innombrables spéculations, puis l' ensemble du corps le plus décoré au monde (du sternum à l' aisselle et de la clavicule au ceinturon) était l' occasion d' une téléauscultation immatérielle.

   Après la publication du Communiqué, le salon rococo de l' hôtel servait le dimanche de lieu de rendez-vous aux héros à la casse. On ne soupçonnait pas l' intrépide dynamitéro sous le vieillard agité par un léger Parkinson Ni des chefs de francs-tireurs, des organisateurs d'insurrection, d' ex agit-prop du Komintern et d' intraitables commissaires politiques parmi ces retraités échangeant leurs avis sur le diabète et le cholestérol.

   A l'abri d'un pilier, venait régulièrement s' asseoir un couple anodin. Lui, oreilles appareillées, avait été le patron de la Sécurité de la République Fédérale, l' exécuteur de toutes les purges, liquidations, répressions de masse des oustachis, des staliniens, des tchetchniks, des slovènes pro-hitlériens, des conspirateurs macédoniens ou de leurs comparses albanais et musulmans. Ruthènes, Valaques, Tziganes, Bulgares, tous avaient tremblé. On saluait avec déférence ce monsieur au cheveu rare sirotant sa crème de cacao.

   Puis l' amputation du président-à-vie a relancé un moment un intérêt faiblissant. Un si long guet ! Il y avait belle lurette que Salinger et son studio mobile prêt à affronter la guerre est-ouest  avaient plié bagage. Ce n'était pas pour cette fois-la. Trois mois d' attente ! Devant la mauvaise volonté des chars soviétiques et la décourageante réussite de l' opération chirurgicale , il fallait se rendre à l' évidence : on n' aurait pas les gratifiantes images du soulèvement de Prague douze ans auparavant. Retour à Paris.

   Quelques jours plus tard, dans  l' avion Paris-Mexico du petit matin :

   - Un journal, monsieur ? a proposé l' hôtesse de l' air mal réveillée.

   Le gros titre paraissait ne pas avoir eu le temps de sècher : " Le maréchal Tito, président de la République Populaire Fédérative de Yougoslavie, est mort cette nuit ."

Publié dans histoire

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Soixante ans

Publié le par memoire-et-societe

    J' ai rencontré Philippe Soupault une seule fois. C' était au drug-store, aujourd'hui disparu, de Saint-Germain des Prés. J' étais journaliste débutant dans un hebdomadaire ( qui luttait notamment  contre la guerre d' Algérie). Autour de la table, Abel Gance, la cinéaste Nelly Kaplan, fraîchement débarquée d' Argentine et auteure de textes érotiques signés Belen, une consoeur du mensuel " Réalités" dont  je n'ai su que le prénom, Soupault enfin, qui a fait les présentations dans le style surréaliste :

   -Muriel de "Réalités", Nelly, de "Virginité", Abel de "Perpétuité"...

   Puis il s'est penché vers moi et a murmuré :

   -J'ai honte.Je viens d' avoir 60 ans.

   Son visage aux traits fins démentait cet aveu. Les surréalistes avaient toujours proclamé leur culte de la jeunesse qui rimait avec l' amour et la beauté : cela dit, Aragon est mort à 85 ans, Char à 81, Gracq à 97 et Soupault lui-même à 93.

   Ce dernier  était issu d' une famille bourgeoise: père médecin et propriétaire terrien, mère parente de Louis Renault, le Ford français. Mais dès 22 ans Philippe s'était fait connaître comme co-auteur avec Breton de la première oeuvre d' écriture automatique, "Les Champs magnétiques", cinq avant la publication du Manifeste du Surréalisme(1924), sept avant son exclusion du Mouvement. Raison alors avancée contre l' exclu:" trop littéraire". C' était pourtant Soupault qui avait  fondé une revue antilittéraire intitulée par dérision "Littérature" où l'on pourfendait les " littérateurs du territoire" (Barrès, Claudel et consorts) et initiait les multiples chahuts ou manifestations voués à renverser de leur piédestal les écrivains consacrés tels Daudet, Cocteau et Anatole France, le plus insulté de tous.

   Nanti de la gravité professionnelle qui sied aux néophytes, j' avais prévu d' arracher à Soupault des révélations inédites sur le dadaïsme en France et ses premiers pas personnels dans  l'univers de la Révolte, de le presser de questions peut-être  polémiques, à l' affut d'un "scoop". Mais sans avoir bu plus qu'un verre de bière,il a soudain

 commencé à exhorter,sur un ton "Vieille France" et assisté de Gance, malicieux et souriant,  les clients ahuris à la pratique de l'amour libre, à exiger malgré le directeur du lieu ( " calmez-vous, monsieur", répétait-il) le licenciement immédiat de tous les serveurs "en raison de la vulgarité extrème de leur manière de porter un  plateau ", à courtiser la demoiselle du vestiaire en lui récitant des poèmes lettristes.

   J'ai  renoncé à mon ambition d' interview raisonnable. Etait-ce dans ce défi à la "dignité de l' âge"  que se trouvait  une  réponse à mes questions non formulées?  Dans un refus de voir dans la poésie  autre chose qu'un simple support au Manifeste citant  19 individus ayant "fait acte de surréalisme absolu ", dont précisément  Soupault  qui  fêtait ses 60 ans? 

 

Publié dans littérature

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Socialisme et fonte musculaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le socialisme, né des convulsions sociales engendrées au XIXème siècle par le capitalisme industriel, a aujourd'hui changé de vocation: il s' assignait la Révolution pour  but, il se donne désormais comme objectif la gestion "sociale" du système qu' il prétendait originellement supprimer. Du coup, il n' apeure plus le Capital.Il se contente de  le taquiner.

   La remarque ne s' applique pas seulement au Parti socialiste français. Elle vaut pour l'ensemble de la social-démocratie européenne, incarnation de la forme électorale du capitalisme : le capitalisme parlementaire. Les socialistes allemands n' ont pas cherché à dissimuler leur abandon de la voie révolutionnaire, dont ils s' étaient pourtant faits les chantres à leurs débuts. En 1959, au congrès de Bad Godesberg, ils ont publiquement proclamé leur renoncement aux thèses marxistes et ,au nom de la "realpolitik", leur ralliement à la démocratie bourgeoise avec armes et bagages.

   A la même époque, la SFIO, aîeul de l' actuel P.S, prenait, mais sans l' avouer, le même tournant , gardant, à l' abri des

 scrupules, une phraséologie que démentait sa pratique. Embarrassés par le procès en capitulation que ne cessait de leur faire un Parti communiste alors tout puissant, les dirigeants socialistes voyaient la crédibilité de leurs discours les plus radicaux fondre devant leurs choix atlantistes et colonialistes.

   Ce Bad Godesberg implicite est sans doute l' amorce de l' évolution qui a conduit à la véritable myopathie de la Gauche actuelle.La mutation était-elle évitable, ou la décolonisation, l' effondrement du bloc communiste, la mondialisation,le souci de s'attacher une classe moyenne en développement,  la rendaient-elles fatale? Un évènement spécifique vient ici brouiller toute réponse claire : le long épisode mitterrandiste et son avatar, l' Union de la Gauche.

   Le mitterrandisme a été une imposture parce qu' inaugurant une voie qui n' était ni marxiste ni réformiste, mais simplement pouvoiriste. Ce virus corrupteur, dosage subtil de démagogie et d' opportunisme, a été inoculé à toute une génération qui, vide théorique aidant, a rompu avec l' héritage d' un siècle d' élaboration doctrinale et de luttes ouvrières.Ainsi se sont cristallisées au P.S des classes de pouvoir bien établies :au sommet une aristocratie carrièriste, conspiration des ego formée de  produits des  Ecoles  et  d' " experts"  bobos,tous  promis à la distribution des  hautes responsabilités , liés fréquemment  par une "camaraderie" haineuse,  à l' étage  du dessous d'ex syndicalistes volontiers venus du progressisme chrétien( JOC ou JEC) et rompus à l' organisation et  au contrôle partisans, sûrs gardiens du Temple qui permettent aux maîtres de se hisser en paix sur le pavois,en bas enfin la piétaille des élus "de terrain", style vieux SFIO et francs-maçons "droitiers", habitués des marchés du dimanche matin et du banquet annuel des pompiers.

   La fonte de musculature idéologique qui  accompagne cet organigramme s'est trouvée accélérée par l' arrivée d' adhérents sans plus de motivation qu'un humanisme passe-partout véhiculé par un vocabulaire qui désorienterait les rescapés de temps plus héroîques: avancée pour conquête, salarié pour prolétaire, classes défavorisées pour masses populaires. Quant  à la lutte des classes, elle a carrément déserté leur dictionnaire. Le nouvel encarté est comme un client de passage auquel personne n'a rien à transmettre.

   Aussi le P.S est-il devenu ce  corps flasque qui détient tous les pouvoirs... pour différer le "changement" annoncé. A gauche, le  projet politique reste, semble-t-il, à réinventer.Collectivement.

 

 

Publié dans actualité

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