Socialisme et fonte musculaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le socialisme, né des convulsions sociales engendrées au XIXème siècle par le capitalisme industriel, a aujourd'hui changé de vocation: il s' assignait la Révolution pour  but, il se donne désormais comme objectif la gestion "sociale" du système qu' il prétendait originellement supprimer. Du coup, il n' apeure plus le Capital.Il se contente de  le taquiner.

   La remarque ne s' applique pas seulement au Parti socialiste français. Elle vaut pour l'ensemble de la social-démocratie européenne, incarnation de la forme électorale du capitalisme : le capitalisme parlementaire. Les socialistes allemands n' ont pas cherché à dissimuler leur abandon de la voie révolutionnaire, dont ils s' étaient pourtant faits les chantres à leurs débuts. En 1959, au congrès de Bad Godesberg, ils ont publiquement proclamé leur renoncement aux thèses marxistes et ,au nom de la "realpolitik", leur ralliement à la démocratie bourgeoise avec armes et bagages.

   A la même époque, la SFIO, aîeul de l' actuel P.S, prenait, mais sans l' avouer, le même tournant , gardant, à l' abri des

 scrupules, une phraséologie que démentait sa pratique. Embarrassés par le procès en capitulation que ne cessait de leur faire un Parti communiste alors tout puissant, les dirigeants socialistes voyaient la crédibilité de leurs discours les plus radicaux fondre devant leurs choix atlantistes et colonialistes.

   Ce Bad Godesberg implicite est sans doute l' amorce de l' évolution qui a conduit à la véritable myopathie de la Gauche actuelle.La mutation était-elle évitable, ou la décolonisation, l' effondrement du bloc communiste, la mondialisation,le souci de s'attacher une classe moyenne en développement,  la rendaient-elles fatale? Un évènement spécifique vient ici brouiller toute réponse claire : le long épisode mitterrandiste et son avatar, l' Union de la Gauche.

   Le mitterrandisme a été une imposture parce qu' inaugurant une voie qui n' était ni marxiste ni réformiste, mais simplement pouvoiriste. Ce virus corrupteur, dosage subtil de démagogie et d' opportunisme, a été inoculé à toute une génération qui, vide théorique aidant, a rompu avec l' héritage d' un siècle d' élaboration doctrinale et de luttes ouvrières.Ainsi se sont cristallisées au P.S des classes de pouvoir bien établies :au sommet une aristocratie carrièriste, conspiration des ego formée de  produits des  Ecoles  et  d' " experts"  bobos,tous  promis à la distribution des  hautes responsabilités , liés fréquemment  par une "camaraderie" haineuse,  à l' étage  du dessous d'ex syndicalistes volontiers venus du progressisme chrétien( JOC ou JEC) et rompus à l' organisation et  au contrôle partisans, sûrs gardiens du Temple qui permettent aux maîtres de se hisser en paix sur le pavois,en bas enfin la piétaille des élus "de terrain", style vieux SFIO et francs-maçons "droitiers", habitués des marchés du dimanche matin et du banquet annuel des pompiers.

   La fonte de musculature idéologique qui  accompagne cet organigramme s'est trouvée accélérée par l' arrivée d' adhérents sans plus de motivation qu'un humanisme passe-partout véhiculé par un vocabulaire qui désorienterait les rescapés de temps plus héroîques: avancée pour conquête, salarié pour prolétaire, classes défavorisées pour masses populaires. Quant  à la lutte des classes, elle a carrément déserté leur dictionnaire. Le nouvel encarté est comme un client de passage auquel personne n'a rien à transmettre.

   Aussi le P.S est-il devenu ce  corps flasque qui détient tous les pouvoirs... pour différer le "changement" annoncé. A gauche, le  projet politique reste, semble-t-il, à réinventer.Collectivement.

 

 

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