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LA CONQUÊTE DE L' EUROPE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A ceux qui jugent mon propos excessif, je fixe rendez-vous dans cinq ans, après le second mandat de Trump. Ils pourront alors évaluer objectivement le pourcentage d' exactitude de mes prédictions. Je suis, en février 2020, totalement convaincu que l' Europe, ex colonisatrice s' il en fût, est à son tour en voie de réelle colonisation. La justice voudrait que ce soit les anciens colonisés qui profitent de ce retournement de l' Histoire. Il n' en est rien. L' arroseur est arrosé par plus peut-être arroseur que lui.

La menace date en vérité de la fin de la deuxième guerre mondiale, au prétexte du danger de stalinisation.

Eisenhower voulait déjà mettre administration et monnaie des pays libérés du nazisme sous tutelle directe (il était alors simple général...). Aujourd'hui, il s' agit de stopper, sinon le coronavirus, du moins le péril maoïste.

Dans les deux cas, l' Europe s' est retrouvée l' enjeu d' une rivalité entre puissants impérialismes : USA contre URSS, puis USA contre Chine populaire. Notre continent, premier marché commercial du monde, est, il est vrai, une proie alléchante pour qui sait jouer de ses contradiction internes. En fait, il n' existe pas moins de trois Europe dont les motivations et les attentes varient :

- une Europe de l' Est dont le souci primordial est le maintien du " bouclier américain" (OTAN) face au voisin russe

- une Europe du Nord dont chaque avancée provoque une riposte punitive de Washington ( ainsi l' exterritorialité scandaleuse du droit américain dans les échanges euro-iraniens)

-  une Europe du sud qui voit surtout la Communauté en tant qu' aide malade la garantissant contre la faillite

On songe dès lors au combat des Horace et des Curiace qui semble inspirer les objectifs de Trump : neutraliser la concurrence économique européenne, tuer dans l' oeuf les velléités expansionnistes chinoises. Pour ce, il faut donc faire place nette en étranglant  l' Europe bruxelloise par un retour au protectionnisme et par la conclusion d' une série d' accords bilatéraux excluant toute intervention communautaire.

L' Américain, il ne s' en cache guère, est décidé à en finir avec les résistances franco-allemandes. Après avoir dépecé Alstom, il a inscrit au programme Airbus, la BNP, SANOFI, le vin français et l' industrie automobile germanique, entre autres. Le marché de l' art lui- même n' est pas oublié. C' est financièrement juteux, et cela permet au passage d' en mettre un coup à la fameuse "exception culturelle française" (1).

La CIA est au travail. Les lobbys s' affairent. Le pouvoir des "Traders" a remplacé l' époque des "Marines", débarquant au Guatémala pour y imposer "United fruits". Les artificiers sont dans la place (Steve Bannon, conseiller politique de Trump jusqu' en 2017, navigue d' une capitale européenne à l' autre, par exemple). Que peuvent devenir à terme des pays dépendants sinon des dominions désindustrialisés, au budget ruiné, aux exportations agricoles limitées, au secteur tertiaire menacé, à la monnaie affaiblie et au niveau de vie en déclin ? un pendant touristico-culturel de l' Amérique latine.  Nos ex libérateurs se transforment en néo conquérants. La conjoncture, nos disputes, notre inconséquence, les y aident.

.

(1) Cela paraîtra peut-être anecdotique. Cela ne l' est pas. A l' occasion de son 90 ème anniversaire, le Museum of Modern Art de New York (MoMA) a publié un luxueux catalogue. Les Européens, notamment français, y figurent en nombre jusqu' en 1945. Puis plus rien ou presque, pas une trace de la seconde Ecole de Paris ( De Staêl, Soulage, Bazaine, Manessier, etc) . L' Art moderne reconnu n' existe plus qu' aux Amériques, et ses productions atteignent des prix ahurissants. Ce business (marché en partie artificiel pour placement dans les coffres de paradis fiscaux)  prospère déjà sous le contrôle attentif  du capitalisme financier.

Publié dans politique

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DES SPORTIFS ET DES HOMMES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le scandale des agressions sexuelles dans le milieu sportif, phénomène récurrent mais s' inscrivant aujourd'hui dans un contexte de crise sociale, touche un domaine dont les objectifs affichés sont au contraire d' aider les Jeunes à entrer dans la vie en les orientant vers les valeurs de loyauté et de respect fraternel. Encore une illusion qui se dissipe ?

Je profite néanmoins de cette actualité pour ressusciter le souvenir de quelques grands champions français qui, chacun dans leur spécialité, demeurent par leur exemple et leurs exploits, de réconfortantes références. La seule évocation de ces patronymes en partie oubliés ou méconnus ne devrait pas manquer de réjouir certaines mémoires et de retenir l' attention des néophytes.

Carpentier, Rigoulot, Ladoumègue, Taris, Lapébie, sont des noms-symboles d'un patrimoine. A cette caractéristique commune s' ajoute un autre élément : tous sont d' origine populaire, comme si la réussite sportive était pour les enfants de famille modeste une garantie de promotion sociale.

Georges Carpentier (1894-1975) a été le dandy du sport de haut niveau. Fils d' un mineur du Pas-de-Calais, né dans le coron, il débute comme commissionnaire chez un notaire avant de se révéler doué pour la boxe, la Française d' abord (il devient vite champion du monde amateur), l' anglaise ensuite. Après une guerre de 14 héroïque en tant que pilote de chasse, il se tourne un moment vers le rugby puis revient à la boxe. Il conquiert trois titres de champion d' Europe et gagne en 1921 le grade d' outsider du champion du monde toutes catégories, l' Américain Jack Dempsey. Battu de peu, Carpentier s' installe au faîte de la notoriété des deux côtés de l' Atlantique, couvert d' honneurs et coqueluche d'un Tout Paris séduit par sa classe et son élégance naturelles.

Charles Rigoulot (1903-1962) est fils d' un boucher pourvu de 8 enfants. A 21 ans Charles est déjà champion olympique d' haltérophilie et à 22 promu au titre d' "homme le plus fort du monde". Gravement blessé au cours d' une tentative de record de l' épaulé-jeté, il se reconvertit avec succès dans le catch et la course automobile, remportant le célèbre "Bol d' or" en 1937. Sa popularité conduit le cinéma à l' évoquer et le mettre en scène dans plusieurs films tels " Cent francs par seconde" ou " Sur deux roues".

Jules Ladoumègue ( 1906-1973) a perdu, peu avant sa naissance, son père, docker bordelais, dans un accident du travail, et sa mère dans un incendie, trois mois après sa venue au monde . Elevé par une tante, il est à 12 ans apprenti jardinier et à 20 détenteur de plusieurs records du monde de course à pied. Je l' ai rencontré à la fin des années 50 dans les couloirs de la radio et ai  alors compris la raison de sa phénoménale foulée : " Julot " ,idole de 400.000 personnes venues l' acclamer sur les Champs Elysées après son absurde radiation pour "professionnalisme " (voir les cachets réglés aujourd'hui aux vedettes sportives), Julot donc n' avait pas de hanche. Sa souplesse n' avait d' égale que sa modestie. 

Jean Taris ( 1909-1977 ) a été le pionnier de l' essor de la natation française. Fils d' employé des chemins de fer, 34 fois champion de France, 3 fois finaliste des Jeux olympiques, invaincu de la traditionnelle Traversée de Noël de Paris à la nage (8 km), il a été inscrit au Tableau mondial de la Natation (ISHOF) en 1984. Un court-métrage,"Taris, roi de l' eau ", lui a été consacré par l' auteur de " Zéro de conduite ", le cinéaste Jean Vigo.

Roger Lapébie ( 1911-1996 ), autre fils de cheminot, autre Bordelais, apprenti dans une miroiterie, aborde le sport par l' athlétisme où il côtoie Ladoumègue. Mais, repéré très tôt ( 16 ans ), il devient  cycliste professionnel et entame une carrière qui lui permet d' accumuler les victoires les plus prestigieuses, y compris le Tour de France sur dérailleur ( 1937 ) qui est une première. Un film retraçant son aventure reprend le slogan clamé par le public à son passage : " Vas-y Lapébie !".

Grâce soit aussi rendue à des centaines  d'autres,  Maurice Garin, vainqueur en 1903 du premier Tour de France, Jean-Pierre Wimille, Mimoun, Cerdan, Kopa, Lacoste, Magne, Bobet, Jazy, les frères Boniface, Killy, Marielle Goitschel, Calmat, Tabarly, Platini, Prost, D' Oriola, Douillet, Hinault, Marie-Jo Pérec, Laura Flessel, Jeannie Longo,Laure Manaudou, Karabatic, Estanguet, aujourd'hui Kevin Mayer, Lacourt, Loeb, Martin Fourcade, Teddy Riner ou M'Bappé , bref à tous ceux  aussi titrés (Anquetil, Just Fontaine, Drut, Gatien), populaires (Robic,Poulidor, Thévenet, Virenque, Fignon, Tony Parker ) ou méritants,( Cochet, Borotra, Diagana,Mazeaud, Lavillénie,Noah), à peine mentionnés dans cet hommage. Ils sont légions qui ont su donner du sport une image de courage et de dignité qu' une fausse note ne peut effacer.

Publié dans société

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