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Ecrire la banlieue

Publié le par memoire-et-societe

   Dans la région rebaptisée francilienne ( quelque 12 millions d' individus ), le mot " banlieue ", au singulier, est socialement connoté. Habiter le 93 par exemple, n' est guère valorisant : on entrevoit des barres et des tours dans un environnement industriel où, depuis des lustres, pauvreté, chômage, insécurité, nourrissent la lutte des classes et menacent  l' ordre établi. Toutefois " banlieues ", au pluriel, induit une confusion avec d' autres représentations : les "banlieues chics " des Hauts de Seine, qui ignorent  Clichy sous Bois, ou les résidences  hypersécurisées des Yvelines. Louveciennes ne fréquente pas  la Cité des 4.000.

   Depuis l' édification du mur des Fermiers généraux (1786), la construction des Fortifs par Thiers, puis la succession des octrois, barrières, portes et périphériques, le Pouvoir a clairement notifié à la banlieue populaire qu' elle n'était que le dessous d' escalier de la Ville-Lumière.Mais ce monde marginalisé a constamment engendré, jusqu'à l'actuel slameur " Grand corps malade " (Fabien Marsaud, du Blanc- Mesnil ), de vrais talents de trouvères et de conteurs, de cinéastes ou de musiciens.

   L' un des hérauts de cette cryptosociété a été Gustave Le Rouge, un moment  titulaire de la rubrique "reportages en banlieue " au "Petit  parisien ", graphomane à l' imagination tellement débridée qu' il a fasciné les Surréalistes et  Blaise Cendrars, lequel en a fait le personnage de " L' homme foudroyé " Indéniablement Le Rouge est aussi  l' inspirateur de " La banlieue de Paris ", publiée en 1949 par le même Cendrars,  avec des photos d' un citoyen de Gentilly, Robert Doisneau.

   C'est Cendrars, lui encore, qui a épaulé René Fallet, fils d' un cheminot communiste de Villeneuve Saint -Georges, auteur de "Banlieue sud-est ", l' évocation des "zazous" sous l' occupation. Mais bien avant René Fallet, l' univers suburbain s'était signalé à l' attention de Francis Carco, Georges Simenon, André Breton, Jacques Prévert, Léo Malet et d' écrivains de moindre renommée comme Louis Rocher, manutentionnaire d' Orly,  Louis Chéronnet, préfacé par Jules Romains pour " Extra muros ", Léon Bonneff ,auteur d' "Aubervilliers " (paru grâce à Henry Poulaille en...1949), et  son frère Maurice, tous deux tués en 14, tous deux chroniqueurs d' un monde prolétarien conforme à la peinture de Zola.

   Le thème est inusable et polymorphe.Christiane Rochefort avec Sarcelles et  "Les petits enfants du siècle ", Gilbert  Cesbron avec  "La ville couronnée d' épines " , François Maspéro avec " Les passagers du Roissy  express ", Amallal Karim avec  "Cités à comparaitre " et  cent autres, immigrés, journalistes,sociologues, en fournissent  la confirmation. Sans oublier, bien sûr, l' auteur-compositeur Renaud (Séchan ), chantre des "blousons noirs " des années 70-80, porte-verlan des loubards et  zonards, grand frère des rappeurs d' aujourd'hui.

   On ne saurait pour autant  "écrire " la banlieue sans se référer à deux figures majeures : à  Louis-Ferdinand Céline, originaire de Courbevoie, et au  poète cyclomotoriste Jacques Réda. " Le Voyage au bout de la nuit " (1932) est une sorte d' hymne au  " grotesque des confins de la mort " : médecin des dispensaires pauvres (Clichy, Bezons, Sartrouville ), Céline accompagne le  " pourrissement des individus " dans le contexte suburbain. 80 ans après sa publication, le succès mondial de cette oeuvre dont  Nizan disait  qu ' " elle nous change des nains bien frisés de la littérature bourgeoise ", ne subit aucun essoufflement.

   De Réda surnage une image convenue : celle du  solitaire en solex  de  "Hors les murs " , l' un de ses nombreux recueils. Mais la réalité est plus complexe  qu' une silhouette de flâneur des rues tristes. La banlieue devient le cadre élu d' une moisson de l' invisible, d' une aventure intérieure qui n' a pas besoin de dépasser les rectangles bétonnés de Malakoff ou d' Arcueil-Cachan. Le randonneur rejoint le chercheur, le poète se fait anthropologue, le rêveur se pénètre de tant de meurtrissure. Alors une lueur  illumine la cruauté du quotidien. Réda  restitue  leur  beauté aux terrains vagues et  aux friches usinières.

Publié dans culture

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Du parachutage en politique

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "parachutage ", vieille pratique électorale des partis et des hommes politiques, semble de moins en moins accepté par les citoyens dont le niveau de connaissance et de conscience s'est accru avec l' amélioration et  la multiplication des moyens d' information. Paradoxalement, l'élargissement de l' horizon politico-économique (européanisation et mondialisation ) pousse le corps électoral à se rapprocher de son enracinement local. On n' accueille pas facilement  le "Parisien ", même familier des médias, descendant du train et de l' E.N.A  avec la  recommandation d' une instance abstraite, étrangère à la culture du terroir. Raison pour laquelle Rastignac  se contorsionne afin de  trouver une attache, des origines,  au besoin lointaines et souvent  peu convaincantes, avec la "province "  qui justifie son  exaltation.

   La " base " , sauf à l' extrème gauche, est  mue moins par des considérations  idéologiques que sociologiques.. D' ou la difficlté de la greffe. L' actualité fait, bien sûr, songer à Ségolène Royal, encore qu' elle fût  déjà présidente de la région Poitou-Charentes, laminée à La Rochelle par le chauvinisme  hypocritement exploité par la Droite, ou à Jack Lang, pathétique survivant de l' ère mitterrandienne, dont le nomadisme électoral  trahit sa totale indifférence aux  autochtones.

   L' argument habituel du parachuté est  de souligner qu' on est  "député de la Nation ", non d' un bout de territoire issu d' un découpage servant au mieux le parti de ceux qui se sont  chargés de ce travail de confiance. Distinguo subtil et spécieux qui passe au-dessus des têtes laborieuses. Effectivement, pourquoi alors des circonscriptions? pourquoi pas des listes nationales de candidats, destinées, au moins en partie, à désigner des "représentants " à la proportionnelle? N' éviterait-on pas ainsi d' exclure du Parlement des millions de citoyens pour en surestimer quelques millions d' autres? Pourquoi? Parce que le député ou la députée incarnent  bien un lien particulier avec la région qui l' a  élu(e), avec sa population, son histoire, ses particularités, parce qu' on apprécie d' entendre un "enfant du pays", qu' on a cotoyé à l' école, sur le terrain de foot, à l' usine ou au bureau,   parler au nom de la collectivité natale. Nul besoin pour autant de remonter au Moyen- Age, l' essentiel est de "vivre  parmi ", de partager un quotidien, de s' ancrer dans les  réalités immédiates. Trop de parachutés négligent ce contrat  parce que leur ambition est ailleurs.

A  peine élus, ils disparaissent  pour cinq ans du paysage, se contentant de brefs passages à la télévision régionale, de quelques coups de piston ici ou là, d' un clientèlisme sans empathie ni proximité. Ils gèrent leur siège comme on traite une affaire. Dans le département de l' Oise, une dynastie d' industriels en offre un exemple éloquent. "Monsieur le député est absent, mais voyez son suppléant qui lui rendra compte de votre visite à sa permanence. "

   Pour autant, il convient de ne pas tomber dans l' excès inverse, le topocentrisme ,médiocre esprit de clocher qui étrécit  la  vision et  conduit à tout appréhender par le petit bout de la lorgnette. Ce micro régionalisme, parfois servi sous forme de nationalisme  mal calibré, peut  préserver du parachutage courant. Il n' est pas, de ce seul fait, porteur de sens et  de progrès. L' expérience, la compétence, la notoriété ,  le réseau de relations, la réputation d' intégrité et d' engagement  d' une personnalité  "extérieure"  constituent  aussi des atouts dont  auraient tort de se priver les responsables  locaux  d' une organiation. Si d' ailleurs l' électeur est  flatté du choix de sa contrée par un personnage éminent, tout  bascule.

   Il est donc difficile de trancher. L' arrivisme vulgaire qu' essaient  de masquer  bien des parachutages,  ne devrait  pas entraver  l' émergence de producteurs d' idées et de gestionnaires de talent  dont  toute vie politique a besoin. Au citoyen  de distinguer, quand il le peut, le bon grain de l' ivraie...

 

Publié dans société

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Norge

Publié le par memoire-et-societe

 

                                                       " Je mets beaucoup d' ordre dans mes idées.

                                                         Ca ne va pas tout seul:

                                                          Il y a des idées qui ne supportent pas l' ordre

                                                          Et qui préfèrent crever.

                                                          A la fin j' arrive à avoir beaucoup d' ordre,

                                                          Et  presque plus d' idées "

 

 Norge, de son vrai nom Georges Mogin, était né à Bruxelles en 1898 , descendant de protestants français émigrés et établis comme lainiers en Belgique. La cote de ce poète est longtemps restée faible, étouffée jusqu' aux années 50 par la prodction des Surréalistes auxquels il s' opposait.

  De 1923 à 1936, son activité artistique a été pourtant intense: publication de " 27 poèmes incertains ", création du théâtre du Groupe libre avec Raymond Rouleau, fondation du  " Journal des poètes ". Son " retour " date de 1949 avec "Les râpes ", recueil publié par Pierre Seghers. Puis les oeuvres se succèdent dans une demi indifférence. Norge, installé antiquaire en Provence, n' émerge de l' anonymat qu' avec " Les Oignons " ( 1958 ), primé plusieurs fois. Jeanne Moreau le chante, Henri Rollan le lit, des revues, des études, des mémoires s' intérêssent à lui: " Critique " ( numéro 107 ), Marc Alyn pour la collection " Poètes d' aujourd'hui ", Lorand Gaspar qui préface ses " Poésies : 1923-1988 ", publiées chez Gallimard, etc.

Norge est devenu à la mode.

  Ou est donc l' originalité de cette voix ? D' abord et probablement dans le fait qu' à  une époque ou la poésie se figeait en groupes, écoles, tendances et courants fermés et hostiles les uns aux autres, Norge, comme Henri Michaux dont il était le condisciple à Bruxelles, est demeuré un inclassable, se protègeant de toutes les polices artistiques. Jamais en effet sa poèsie ne s' est  pliée à un mot d' ordre, n' a obéi à quelque engouement collectif, et encore moins à quelque providentiel chef de file. Norge était pour l' avant-gardisme  un rebelle d' avant-garde. Seule l' inspiration passagère pouvait déterminer chez lui la forme d' expression : prose poètique, hexamètre, verset,  vers rimés ...

  Textes grand ouverts à l' humour mais épiés par l' angoisse et " la stupéfaction " d' exister, collés à l' immédiat et tournés vers l' infini, prosaïques et métaphysiques en même temps, lyriques ou cruellement imprévisibles. Norge, c' est à lui seul le nom d' une Oeuvre . Une Oeuvre qui a su surmonter grâces et disgrâces pour charrier  jusqu' à nous des paroles qui traitent  de la " vraie vie " . A découvrir , si ce n' est déjà fait.

Publié dans littérature

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La monarchie électorale est-elle une bonne chose?

Publié le par memoire-et-societe

   La France, pays réputé difficile à gouverner mais aussi à comprendre, a opté pour une formule peu courante : le Parti unique élu. Les socialistes y détiennent en effet la quasi totalité des Exécutifs nationaux et régionaux, le pouvoir législatif ( Assemblée nationale et Sénat ), la gestion de nombreuses grandes villes ( Paris, Lyon, Toulouse, Nantes, Lille, Strasbourg, etc.) et peuvent  tabler sur le préjugé favorable des syndicats de salariés. On en est  presque à une "démocratie totalitaire ". L'  Etat  RPR de Chirac semble anecdotique, tant les hiérarques sociaux-démocrates français concentrent entre leurs mains de pôles de décision.

   Première observation, l' élection seule ne fonde pas la démocratie. Pour s'en tenir au premier tour des législatives du 10 juin 2012 (au second tour 36 députés étaient déjà élus ), et en arrondissant à l' unité près, on a enregistré 43% d' abstentions. Sur les 57% de votants ( et 55% de suffrages exprimés ), 56% des votes sont allés aux deux partis dits de gouvernement ( 29% au P.S; 27 à l' UMP ) auxquels il faut adjoindre des formations alliées numériquement  peu significatives comme les Verts d' un côté et le Nouveau Centre de l' autre.

   56% de 55% réllement exprimés, et rapportés à un total de 46 millions d' électeurs inscrits, cela fait environ 30% pour les deux organisations, chiffre qu' il faut encore diviser par deux pour appréhender le score de chacune. Le vainqueur de cette consultation, le P.S, a recueilli très exactement 7.581.803 voix, outre-mer et  Français de l' étranger compris. En clair, ceux qui gouvernent n' expriment qu' une minorité. Le système n' assure pas une représentation effectivement démocratique.

   Sur ce  blog, j' ai déjà attiré l' attention sur le phénomène abstentionniste ( " Premier parti de France ", septembre 2011, " L' abstention est- elle marginale? ", avril 2012 ). Je constate la confirmation de cette tendance qui, consultation après consultation, affiche de nouveaux records: plus de 2 Français sur 5 le 10 juin dernier. Voilà donc qui renvoie à la crédibilité du système. C' est  un lieu commun : la classe  politique a été discréditée par un certain nombre d' affaires d' ordre divers qu' on ne va pas à nouveau énumérer. Elles ont choqué l' opinion et écoeuré une grande masse de laissés pour compte (jeunes,chômeurs, mal logés ). Des lois électorales comme l' actuel scrutin majoritaire à deux tours parviennent à interdire la représentation de partis légaux ancrés, qu' on le veuille ou non, dans des couches déshéritées du corps social, des charcutages de circonscription pérennisent un partage non écrit entre baronnies partisanes prétendument opposées, la multiplication de sinécures telles que les 23 siéges de parlementaires (11 de députés, 12 de sénateurs ) attribués aux Français de l' étranger, les tripatouillages destinés à recaser les amis largués par le suffrage universel, tout cela finit par éloigner la masse des citoyens de la vie politique. On a beau le dire et  l' écrire, rien ne "change ", sinon un taux d' abstentions qui ouvre une voie d' eau dans l' étanchéité du régime.

   L' Etat-Parti ne trouvera pas d' excuse. Il juge, il tranche, il finance. Des dangers multiples le guettent : l' ivresse de la toute puissance, qui est plus une drogue qu' un stimulant, l' exercice de l' autorité en circuit fermé et l' oubli des autres, le tropisme de l' autosatisfaction, le relâchement envers une vigilance démocratique rendue pourtant plus nécessaire. Il faut un dos robuste pour supporter la charge d' un unipartisme de fait. L' information se fait alors plus inquisitrice et soupçonneuse : les temps ne sont plus à la censure gouvernementale du  genre Alain  Peyrefitte. La langue de bois et le lèchage de bottes se vendent moins bien.

   C' est donc dans son rapport aux oppositions que va s' évaluer le parti social-monarchique. Libertés et  limites du contrôle seront des tests déterminants sur la façon dont les nouveaux gouvernants entendent équilibrer leur pouvoir et le fonctionnement fluctuant d' une société moderne. La " monarchie " électorale n' est a priori ni bonne ni mauvaise. Elle est une expérience.

 

 

Publié dans politique

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Senghor poète

Publié le par memoire-et-societe

   On n' entend aujourd'hui évoquer Léopold- Sédar Senghor que comme ex- parlementaire et ministre français puis, pendant vingt ans (19606-80 ), président de la République d' un Sénégal devenu indépendant après trois siècles de colonisation. Lui  écrivait pourtant , un an avant son départ du pouvoir : " On m' a quelquefois posé la question : s' il fallait choisir, que voudriez-vous sauver de votre triple vie d' homme politique, de professeur et de poète ? J ' ai toujours répondu: mes poèmes. C' est là l' essentiel."

   Des poèmes engagés, à égale distance du caporalisme littéraire et de l' art pour l' art acculturé, qui tiennent en un maître mot : l' amour de l' Afrique sublimée, avec des sous-thèmes qui se nomment le Royaume d' enfance, le Pays noir, la Mère et la Femme, amour d' une Afrique bafouée à laquelle Senghor se jure de rendre dignité. Les " badoolos ", ces broussards avec lesquels il a partagé l' émerveillement de ses années villageoises, et, plus tard, la tristesse du stalag, il entend rapporter leurs peines et leurs espoirs en " versets des fleuves, des vents et des forêts ", et en " woys ", proses rythmées chantées dans les savanes, dont on trouve des relents dans le rap actuel. Ces textes, nourris d' allusions à la mythologie sérère ( ethnie paternelle de Senghor ) et de références structurelles à la musique de jazz, relèvent d' une incantation séculaire scandée par le tambour. Le rythme, l' image, analogie ou symbole, sont les rênes de l' attelage.

   Les " Lettres d' hivernage ",  publiées en 1973, renouvellent la démarche poètique. Senghor a 67 ans. S' il reprend ses thèmes habituels, il intériorise davantage son discours, sans renoncer un instant à sa visée universelle. Le poème est une sorte de confidence, à l' abri des verdures fournies par la saison des pluies ( juin-septembre ).Tout évolue dans un clair-obscur permanent, un va-et-vient furtif où rien n' est indiqué mais où  on  laisse deviner que les lettres à la femme aimée ( son épouse européenne absente ) font écho à la symbiose qui  englobe  la destinataire et le climat  dans une harmonie en "noir et blanc ".

   Les "Lettres d' hivernage " affirment  donc la complémentarité humaine dans l' Etre-au-monde, sans souci de couleur de peau. L' image se fait conciliante, dépasse les contraires pour créer une expression véritablement  métisse que les illustrations  réalisées par Chagall éclairent d' un bleu irisé. "Les " Elegies majeures ",  adieu poètique senghorien, six ans plus tard, achèvent le mouvement. L' inspiration historique s' efface derrière la poursuite de la réflexion sur  l' Universel  et  la Transcendance.

   Lisez. Certes, Senghor a joué  sa partition dans la Décolonisation, la bataille du Développement, le Dialogue des cultures, la recherche de la Paix. Il reste aussi, avec Aimé Césaire, son frère antillais, un des plus grands poètes noirs contemporains. Lisez. Faites  lire.

Publié dans littérature

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Imbu roi

Publié le par memoire-et-societe

   Quelles puissances occultes, quels intérêts politiques, financiers, diplomatiques, peuvent-ils faire  qu' un personnage aussi contesté que Bernard-Henri Lévy occupe le devant de la scène, c' est le mot, avec tant d' arrogance et de prétention? Voilà maintenant que le vaniteux boute-feu rejoue auprès de François Hollande, pour la Syrie, le même jeu qu' auprès de Nicols Sarkozy pour le Libye.Qui est donc ce M.Lévy pour se permettre d' édicter ce que doivent être les choix de politique étrangère de la France? Où est sa légitimité? Quelle autorités l' ont-elles mandaté? Quels services a-t-il rendu à notre pays avant d' inciter ses représentants élus à s' engager dans de périlleux conflits?

   Arrêtons-nous sur l' individu, ses mérites culturels et son positionnement politique.  BHL, consacré par ses initiales comme DSK ou PPDA, est né il y a 64 ans en Algérie d'un père importateur de bois précieux installé au Maroc puis en France. J'ai visité en Côte d' Ivoire et  au Gabon des exploitations forestières travaillant notamment avec la BECOB, la société du  "nouveau philosophe " humaniste.J' atteste que, sur ces sites, les conditions de vie sont demeurées les mêmes qu' au "bon temps " des concessions coloniales. Seule différence, le travail se fait désormais sous les couleurs

du drapeau national, laissant aux  "opérateurs locaux " le soin de se débrouiller avec les néo-esclaves qu' ils emploient.

En 1998 le magazine "Entrevue " a effectué une enquête sur la Becob. La publication appartient à Lagardère, relation de BHL. Le reportage n' a jamais paru.

   Car  M.Lévy  a un carnet d' adresses  et s' en sert. En  janvier 2011, il a fait barrer l' entrée de Normale Sup' à un ancien Normalien, comme lui, juif, comme lui, Stéphane Hessel qui, dans le libelle "Indignez-vous! ", s' était autorisé quelques reproches à la politique de MM. Natanyaou et Libermann. Hessel souhaitait  venir parler dans l' enceinte de l' Ecole à ses jeunes condisciples. Pas question ! Un coup de fil à l' Elysée, qui alerte aussitôt Valérie Pécresse, ministre de l' Enseignement Supérieur et de la Recherche, qui donne immédiatement les instructions nécessaires à  l' interdiction de la réunion à la directrice de l' E.N.S., Monique Cantor-Sperber, autre " relation "  qui était, bien sûr, dans le coup, et  Hessel ne mettra pas les pieds rue d' Ulm. M; Lévy se proclame " de gauche ". Alors, j' ai dû, pour ma part, me tromper de côté.

   Venons-en à la notoriété philosophique que s' est  forgé avec la modestie qui fait son charme, BHL, en 1976 dans les " Nouvelles littéraire " dont il était rédacteur en chef. Quelle est la conception du monde de ce "nouveau philosophe " qu' un Ciel inconnu nous a adressé? Elle tient dans " La Barbarie à visage humain " et se résume ainsi : le rationalisme est  "un des trous d' aiguille par quoi s' est faufilé le totalitarisme." C' est la faute aux " Lumières " si nous avons eu le fascisme et  la Gestapo. La portée historique de la révélation de l' anti- Descartes n' a pas tardé à provoquer quelques remous, ce qui était bien le but recherché. Aprés avoir relevé de " vulgaires erreurs historiques ", Vidal-Naquet, puis Castoriadis,dénoncent

l' imposture de ce " scribe sans scrupule ". Deleuze, quant à lui, juge ses concepts " aussi gros que des dents creuses. " S' agissant de " L' idéologie française ", Raymond Aron critique une " lecture unilatérale de l' Histoire ", comme le font également Paul Thibaud, Emmanel Leroy- Ladurie et Pierre Nora. Le sinologue Simon Leys ridiculise " Impressios d' Asie " , et  le journaliste William Dalrymple le "romanquête " de notre Rouletabille sur l' assassinat en Inde du journaliste juif américain Daniel Pearl. Mieux : Frédéric Pagès, du "Canard Enchaîné ", a écrit un roman sur les tribulations d' un philosophe fictif, Jean- Baptiste Botoul, disciple supposé de Kant,et entrainé à sa suite dans de rocambolesques et imaginaires aventures sud-américaines. Dans un nouveau  brulôt, " De la guerre en philosophie ", BHL n' hésite pas à appuyer ses développement anti-kantiens sur les délires de Botoul dont il igore l' inexistence...

   Récemment, l' essayiste Pascal Boniface a comptabilisé dans " Les Intellectuels faussaires ", les "affabulations et ratés monumentaux " de cet  Ubu moderne. Et de rappeler le film  "Le Jour et la nuit " (1997) qui a mobilisé Alain Delon, Lauren Bacall, Arielle Dombasle, Karl Zéro, Maurice Jarre pour la musique, et que Claude Chabrol a qualifié de " film le plus con de l' année." En tout cas ce long-métrage, co-produit et co-scénarisé par Lévy et Enthoven, s' est révélé un four commercial et artistique de première grandeur sur lequel il est de bon ton de faire silence.

   Mais c' est naturellement en politique que, maintes fois " entarté ", Imbu se couronne. Ses interventions médiatiques continues, chemise ouverte par tous les temps jusqu' au nombril et brushing coup de vent pour VIP, finissent par le rendre reconnaissable dans la rue à défut de le doter d' un mandat du peuple. BHL peut parler quand il veut et comme il veut : président du Conseil d' administration d' Arte, actionnaire de "Libération ", éditorialiste du " Point ", collaborateur du  " Monde ", ayant plateau ouvert  à TF1 et Canal+, ne dédaignant pas  jouer au clown grave chez Ruquier, il est classé en décembre 2011, " 22 ème personnalité la plus influente du monde " par la revue " Foreign Policy " aux U.S.A où il est la coqueluche frenchie des  milieux pro-israêliens.
   Là réside en fait la clé d' Imbu : dans son professionnalisme à servir la cause sioniste. Il a lui même déclaré devant la Convention nationale 2011 du CRIF : " J' ai porté en étendard ma fidèlité à mon nom et ma fidèlité au sionisme et à Israêl. " Si l'on en doutait, le dernier documentaire " ad gloriam " de Bernard par Bernard, "Le serment de Tobrouk ", véritable Appel du 18 juin réservé à l' affaire libyenne, achèverait de nous en convaincre. Et qu' importent les conséquences ( déstabilisation du Mali, raidissement politique russo-chinois) comparées à la gloriole égocentrique de ce vieil enfant trop gâté?

Quoi qu' il en soit,  personne ne peut plus désormais ignorer d' où s' exprime ce fumiste manipulé. Ce n' est pas du quai d' Orsay.

 

Publié dans actualité

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Démonarchiser la République

Publié le par memoire-et-societe

   Plus que les morceaux de bravoure, effets de manche, coups de menton, engagements, assurances,déclarations solennelles  dont nous avons été électoralement abreuvés depuis des semaines, un simple fait  m' a marqué. Voir, il y a quelques jours, le président de la République assis à côté du présentateur du Journal télévisé, comme n' importe quel invité venu promouvoir son film, son livre ou sa performance sportive. Coup de com' ? peut-être, mais ajusté. Ce qu'en auront retenu les gens, c'est la symbolique : le " président de tous les Français " n' est pas un être " à part ", issu d' on ne sait quelle essence supérieure .Il peut se montrer aussi humble que les millions de citoyens qui l' ont choisi.

   Car la monarchie répubicaine, retaillée en 1958 aux dimensions particulières de Charles de Gaulle, cette monarchie récupérée depuis par une série de moindres carrures, est assez insupportable.Une société castée, où le mépris de classe culturel est la loi, n' est pas une démocratie. Pas plus que la ploutocratie américaine où ,seuls, les milliardaires ont le droit de prétendre au pouvoir. Répétons-le : le système  politique de l' Occident qui consiste en élections préparées par un  tir de barrage  médiatique permanent soumis à l' argent  n' est pas démocratique.

   Bien sûr, le réflexe est de dire : faut-il préférer le régime de Khadafi ou d' al Assad? Le problème n' est pas  que structurel, il est aussi mental. S' émerveiller du fait qu' un président se déplace pour se faire interviewer, ou qu' un ministre prenne le métro et connaisse le prix de la baguette de pain, est en soi révélateur du mode habituel de fonctionnement  d'un pays. Le défaut de notre République est de bétonner l' édifice social quel que soit l' intermède électoral : Mitterrand  s' est  coulé avec délices dans la Constitution et des allures qu' il avait dénoncées dans l' opposition, pour  installer un bricolage  courtisan digne du Grand Siècle.

   En même temps une oligarchie multicartes mettait la main sur les principaux  pôles de décision politico-économiques. L' élitisme du nom faisait place à celui du milieu. Issus des mêmes grandes Ecoles, les nouveaux aristocrates vivent, en dépit de leurs théoriques clivages partisans, de manière identique, fréquentent d' analogues types de lieux et de gens, affichent des goûts comparables et passent avec une semblable facilité d' un ministère à la présidence d' une grande entreprise. Leurs rémunerations, indemnités, primes et retraites sont pareillement indécentes, protégées par une invulnérable solidarité d' égoîsme corporatiste.

   Ces marquis de la nouvelle ère, et les quelques arrivistes    qu' ils cooptent  pour donner le change, font preuve d' une effroyable morgue, et quand ils sont " bobos ", car  revendiquant des origines familiales modestes, d' un paternalisme inégalable.

   Giscard, son accordéon et ses éboueurs, Mitterrand en pantalons de velours avec ânes et panier de bûches au bras, ou ,dans un autre genre, Sarkozy et son bling-bling ,  D.S-K et ses parties plus ou moins fines, tous ces princes  ont offert  tant d' images que le Français  "normal " se méfie. Mais je ne sais trop pourquoi, Hollande assis paisiblement à côté de Pujadas pour  répondre à des questions qui n' avaient pas l' air soufflées, je n' ai pas trouvé ça malsain. Naturellement, ça ne ralentit pas la pluie des plans sociaux  ni la dégringolade de l' Europe .Ce n' est  pas ce que je veux dire. Simplement, sans  vouloir  être  bon public, un  peu de démonarchisation  républicaine, ça fait du bien.

Publié dans société

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