Démonarchiser la République

Publié le par memoire-et-societe

   Plus que les morceaux de bravoure, effets de manche, coups de menton, engagements, assurances,déclarations solennelles  dont nous avons été électoralement abreuvés depuis des semaines, un simple fait  m' a marqué. Voir, il y a quelques jours, le président de la République assis à côté du présentateur du Journal télévisé, comme n' importe quel invité venu promouvoir son film, son livre ou sa performance sportive. Coup de com' ? peut-être, mais ajusté. Ce qu'en auront retenu les gens, c'est la symbolique : le " président de tous les Français " n' est pas un être " à part ", issu d' on ne sait quelle essence supérieure .Il peut se montrer aussi humble que les millions de citoyens qui l' ont choisi.

   Car la monarchie répubicaine, retaillée en 1958 aux dimensions particulières de Charles de Gaulle, cette monarchie récupérée depuis par une série de moindres carrures, est assez insupportable.Une société castée, où le mépris de classe culturel est la loi, n' est pas une démocratie. Pas plus que la ploutocratie américaine où ,seuls, les milliardaires ont le droit de prétendre au pouvoir. Répétons-le : le système  politique de l' Occident qui consiste en élections préparées par un  tir de barrage  médiatique permanent soumis à l' argent  n' est pas démocratique.

   Bien sûr, le réflexe est de dire : faut-il préférer le régime de Khadafi ou d' al Assad? Le problème n' est pas  que structurel, il est aussi mental. S' émerveiller du fait qu' un président se déplace pour se faire interviewer, ou qu' un ministre prenne le métro et connaisse le prix de la baguette de pain, est en soi révélateur du mode habituel de fonctionnement  d'un pays. Le défaut de notre République est de bétonner l' édifice social quel que soit l' intermède électoral : Mitterrand  s' est  coulé avec délices dans la Constitution et des allures qu' il avait dénoncées dans l' opposition, pour  installer un bricolage  courtisan digne du Grand Siècle.

   En même temps une oligarchie multicartes mettait la main sur les principaux  pôles de décision politico-économiques. L' élitisme du nom faisait place à celui du milieu. Issus des mêmes grandes Ecoles, les nouveaux aristocrates vivent, en dépit de leurs théoriques clivages partisans, de manière identique, fréquentent d' analogues types de lieux et de gens, affichent des goûts comparables et passent avec une semblable facilité d' un ministère à la présidence d' une grande entreprise. Leurs rémunerations, indemnités, primes et retraites sont pareillement indécentes, protégées par une invulnérable solidarité d' égoîsme corporatiste.

   Ces marquis de la nouvelle ère, et les quelques arrivistes    qu' ils cooptent  pour donner le change, font preuve d' une effroyable morgue, et quand ils sont " bobos ", car  revendiquant des origines familiales modestes, d' un paternalisme inégalable.

   Giscard, son accordéon et ses éboueurs, Mitterrand en pantalons de velours avec ânes et panier de bûches au bras, ou ,dans un autre genre, Sarkozy et son bling-bling ,  D.S-K et ses parties plus ou moins fines, tous ces princes  ont offert  tant d' images que le Français  "normal " se méfie. Mais je ne sais trop pourquoi, Hollande assis paisiblement à côté de Pujadas pour  répondre à des questions qui n' avaient pas l' air soufflées, je n' ai pas trouvé ça malsain. Naturellement, ça ne ralentit pas la pluie des plans sociaux  ni la dégringolade de l' Europe .Ce n' est  pas ce que je veux dire. Simplement, sans  vouloir  être  bon public, un  peu de démonarchisation  républicaine, ça fait du bien.

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