La monarchie électorale est-elle une bonne chose?

Publié le par memoire-et-societe

   La France, pays réputé difficile à gouverner mais aussi à comprendre, a opté pour une formule peu courante : le Parti unique élu. Les socialistes y détiennent en effet la quasi totalité des Exécutifs nationaux et régionaux, le pouvoir législatif ( Assemblée nationale et Sénat ), la gestion de nombreuses grandes villes ( Paris, Lyon, Toulouse, Nantes, Lille, Strasbourg, etc.) et peuvent  tabler sur le préjugé favorable des syndicats de salariés. On en est  presque à une "démocratie totalitaire ". L'  Etat  RPR de Chirac semble anecdotique, tant les hiérarques sociaux-démocrates français concentrent entre leurs mains de pôles de décision.

   Première observation, l' élection seule ne fonde pas la démocratie. Pour s'en tenir au premier tour des législatives du 10 juin 2012 (au second tour 36 députés étaient déjà élus ), et en arrondissant à l' unité près, on a enregistré 43% d' abstentions. Sur les 57% de votants ( et 55% de suffrages exprimés ), 56% des votes sont allés aux deux partis dits de gouvernement ( 29% au P.S; 27 à l' UMP ) auxquels il faut adjoindre des formations alliées numériquement  peu significatives comme les Verts d' un côté et le Nouveau Centre de l' autre.

   56% de 55% réllement exprimés, et rapportés à un total de 46 millions d' électeurs inscrits, cela fait environ 30% pour les deux organisations, chiffre qu' il faut encore diviser par deux pour appréhender le score de chacune. Le vainqueur de cette consultation, le P.S, a recueilli très exactement 7.581.803 voix, outre-mer et  Français de l' étranger compris. En clair, ceux qui gouvernent n' expriment qu' une minorité. Le système n' assure pas une représentation effectivement démocratique.

   Sur ce  blog, j' ai déjà attiré l' attention sur le phénomène abstentionniste ( " Premier parti de France ", septembre 2011, " L' abstention est- elle marginale? ", avril 2012 ). Je constate la confirmation de cette tendance qui, consultation après consultation, affiche de nouveaux records: plus de 2 Français sur 5 le 10 juin dernier. Voilà donc qui renvoie à la crédibilité du système. C' est  un lieu commun : la classe  politique a été discréditée par un certain nombre d' affaires d' ordre divers qu' on ne va pas à nouveau énumérer. Elles ont choqué l' opinion et écoeuré une grande masse de laissés pour compte (jeunes,chômeurs, mal logés ). Des lois électorales comme l' actuel scrutin majoritaire à deux tours parviennent à interdire la représentation de partis légaux ancrés, qu' on le veuille ou non, dans des couches déshéritées du corps social, des charcutages de circonscription pérennisent un partage non écrit entre baronnies partisanes prétendument opposées, la multiplication de sinécures telles que les 23 siéges de parlementaires (11 de députés, 12 de sénateurs ) attribués aux Français de l' étranger, les tripatouillages destinés à recaser les amis largués par le suffrage universel, tout cela finit par éloigner la masse des citoyens de la vie politique. On a beau le dire et  l' écrire, rien ne "change ", sinon un taux d' abstentions qui ouvre une voie d' eau dans l' étanchéité du régime.

   L' Etat-Parti ne trouvera pas d' excuse. Il juge, il tranche, il finance. Des dangers multiples le guettent : l' ivresse de la toute puissance, qui est plus une drogue qu' un stimulant, l' exercice de l' autorité en circuit fermé et l' oubli des autres, le tropisme de l' autosatisfaction, le relâchement envers une vigilance démocratique rendue pourtant plus nécessaire. Il faut un dos robuste pour supporter la charge d' un unipartisme de fait. L' information se fait alors plus inquisitrice et soupçonneuse : les temps ne sont plus à la censure gouvernementale du  genre Alain  Peyrefitte. La langue de bois et le lèchage de bottes se vendent moins bien.

   C' est donc dans son rapport aux oppositions que va s' évaluer le parti social-monarchique. Libertés et  limites du contrôle seront des tests déterminants sur la façon dont les nouveaux gouvernants entendent équilibrer leur pouvoir et le fonctionnement fluctuant d' une société moderne. La " monarchie " électorale n' est a priori ni bonne ni mauvaise. Elle est une expérience.

 

 

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