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A propos de Jasmine

Publié le par memoire-et-societe

Le récent film de Woody Allen, "Blue Jasmine", raconte l' histoire de deux soeurs, l' une, cervelle d' oiseau ancrée dans un milieu de "manuels" bruts de décoffrage, l' autre, Jasmine alias Jeannette,belle femme aspirée par le monde trouble et cynique du fric, ses fastes, son hypocrisie, sa corruption ( le mari est un escroc du type Madoff ), Cendrillon qui finit dans une demi démence.

Au delà de sa dimension morale ( " l' argent ne fait pas le bonheur " ), le film dépeint l' angoisse de la régression sociale: Jasmine, qui a dénoncé à la police l' escroc sur le point de la plaquer, bourrée d' anti-dépresseurs , est effrayée par la perspective d' un retour à la réalité de ses origines. La perte de son "standing", aussi douteux soit-il, lui est totalement insupportable.

Analysant la société capitaliste, Marx s' en était tenu à l' examen des facteurs économiques, laissant à d' autres le soin d' évaluer les effets psychologiques du système de l' argent-roi. Avec l' élévation progressive du niveau de vie et d'éducation, et l'émergence d'une classe moyenne importante, l' évidence des déséquilibres sociaux a envahi le terrain culturel. La fluidité s' est . accrue dans les deux sens, promotion et déclassement ( le fils de Jasmine devenu un "manuel" incarne l' échec de la mère). La culture marque désormais une frontière impitoyable, dessinant une nouvelle Bastille à conquérir. Un "primaire" enrichi ne trompe personne. Quoiqu' il fasse, tout le trahit : son "look", son ignorance des codes, son langage, ses goûts. Il est, sauf exception, condamné à l' enfermement de classe contre lequel se débat Jasmine. L' exclusion culturelle submerge l' ascension matérielle et pérènnise une société du mépris.

Le thème n' est pas vraiment neuf, il est là efficacement actualisé. Cate Blanchett est une remarquable Jasmine. Chacun est sûr de l' avoir déjà rencontrée.

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Petit glossaire du bidonnage

Publié le par memoire-et-societe

"Bidon" : peu fiable. "Bidonner" : truquer, tricher, bluffer.

J.ATTALI : Qu' est-ce qui pousse cet esprit pourtant imaginatif à bidonner? L' ancien conseiller spécial de Mitterrand est un graphomane, mais aussi un plagiaire. Son livre "Histoires du Temps" est truffé de paragraphes recopiés d' Ernst Jûnger et de Jacques Le Goff.En 1993, il a remis le couvert en insérant dans ses mémoires (" Verbatim") quarante trois passages d' un texte d' Elie Wiesel. Par ailleurs, sa gestion pour le moins contestée de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, qu' il a dirigée de 1990 à 1993, l' a amené à en quitter la présidence.

J.CAHUZAC : Ses exploits font encore l' actualité. Ministre du Budget chargé de traquer la fraude, il a nié devant l' Assemblée nationale avoir lui-même un compte dans un paradis fiscal. Confondu, il est poursuivi par la justice pour une double infraction : " blanchiment de fraude fiscale" et "déclaration mensongère de patrimoine".

J-C. CAMBADELIS : Quand on épluche la bio de cet ancien trotskiste, membre avec Le Guen et Moscovici de la "bande des p'tits loups" de Strauss-Kahn, on s' aperçoit que ce porte-parole du monde du travail n' a jamais travaillé. Apparatchik à l' UNEF, il est devenu apparatchik au P.S sous le couvert d' emplois fictifs et autres qui lui ont valu 5 mois de prison avec sursis en 2000 pour recel d' abus de biens sociaux, puis 6 mois, toujours avec sursis, en 2006 pour recel d' abus de confiance.

G.DURAND : Ce journaliste-animateur péremptoire n' hésite guère à "cravater", ce qui peut provoquer des faux-pas. Ainsi en 1986 quand il a annoncé en exclusivité la survie de la fille de l' actrice Bernadette Lafont, ajoutant qu' elle "sortirait de sa cachette dans quelques semaines". Durand s' est également illustré dans une émission hagiographique sur Bernard Arnault, son patron à Radio Classique, qui a battu tous les records connus de flagornerie et de cirage de pompes, Léon Zitrone compris.

J-P. EL KABBACH : Molière, dit-on, est mort en scène. El Kabbach mourra au micro. A 76 ans, il se cramponne à son interview quotidienne sur Europe n°1 et à son émission télévisée "Bibliothèque Médicis" sur Public Sénat. El Kabbach est- il de droite? il est du côté du manche. Viré en 81 au terme d' un soutien appuyé à Giscard, il est sorti de l'eau par Attali et entame une saga flatteuse de cinq épisodes intitulée "François Mitterrand : conversations avec un président". Une histoire peu claire de contrats accordés à certains producteurs lui a coûté sa place à la tête de France-Télévisions en 1996.

C.FOUREST : Dans "Les intellectuels faussaires", Pascal Boniface la qualifie de "serial menteuse". De fait, cette pisseuse de copie aux lèvres étroites et au regard haineux ment comme elle respire. Aussi perd-elle ses procès : condamnée en 2012 pour diffamation envers Marine Le Pen, en 2013 envers Frédéric Chatillon pour atteinte à la vie privée. D' elle, la sénatrice écolo Esther Benbassa a dit : "Pour Fourest, les causes, c' est du business".

H.GAINO : Celui -là, ce blog l' a déjà rencontré. Content de lui, c' est sûr. Volontiers démago et récupérateur, mais de grosses lacunes. Tout sert dans son job de fabricant de laïus : Hugo, Gambetta, Jaurès, Blum, Guy Môquet, Césaire, un Noir enfin "entré dans l' Histoire". L' inquiétant est qu' il se prend pour un penseur et un écrivain, et qu' imposé au forceps comme député des Yvelines, il se sent pousser des ailes.

G-W.GOLDNADEL : Il est peu connu du public, mais un islamophobe plus fascisant, on a du mal à le trouver. Ouvertement au service du Likoud, cet hypersioniste zozotant anime le courant néo-conservateur qui se développe depuis quelques années chez les jeunes juifs en France. Comme Fourest, et bien qu' avocat, il perd généralement ses multiples procès : contre le journal "Libération", l' éditeur Eric Hazan, Edgar Morin, la Ligue des Droits de l' Homme ou le MRAP. Ses ennemis, précise-t-il, sont "les altermondialistes en keffieh". En 2007, Sarkozy l' a fait chevalier de l'Ordre du Mérite.Il a été cette année nommé par Copé "Secrétaire National (de l' UMP), chargé des médias et à la désinformation".

J.LANG : Le bidonnage a toujours été la terre d' élection, c' est le cas de le dire, de ce sautillant personnage de 74 printemps qui, parait-il, distrayait Mitterrand. De Paris à Blois, Boulogne sur mer, Saint-Dié et l' Institut du Monde Arabe comme lot de consolation, il a beaucoup exaspéré, y compris au P.S, par son nomadisme électoral, son goût des love parades et des paillettes, son appétit d' honneurs et d' argent. Lang aura été un bidon coûteux pour le contribuable.

B-H.LEVY : voir "Imbu roi", article du 5 juin 2012.

J-L. MELANCHON : voir articles "Insurrection dans l' urne" du 21 mars 2012, et "Pitié! pas ceux-la!" du 15 avril 2013.

R.MENARD : voir article "Ménard sans interdit" du 1er juin 2013.

P.POIVRE D' ARVOR : Desgraupes, alors patron d' Antenne 2, l' appelait M.Poivre, pour rappeler sa roture. Mais s' il existait un prince des bidonneurs, c' est sûrement à "PPDA" que reviendrait le titre. On ne compte plus ses facéties : pseudo interview de Fidel Castro, "emprunt" de 100 pages de l' ouvrage de Peter Griffin pour rédiger son propre livre sur Hemingway, condamnation à 15 mois avec sursis dans l' affaire Michel Noir-Bitton pour abus de biens sociaux (curieusement effacée de son casier judiciaire un an plus tard), condamnation en 2011 à 400.000 euros d' amende pour non respect de la clause de confidentialité envers TF1 (appel actuellement en cassation) et à 33.000 pour violation de la vie privée de son ancienne compagne Agathe Borne, candidature en 2012 à l' Académie française (il a recueilli 3 voix). A suivre...

B.TAPIE : Ici le terme "bidon" parait faible. Cette figure des tribunaux, parlements, studios, scènes de théâtre, et parti radical de gauche et de droite, réunit les traits de l' aventurier. Tantôt flamboyant ministre mitterrandiste, tantôt ruiné et réfugié sur son yacht ou dans son hôtel particulier, tantôt larmoyant en évoquant son enfance banlieusarde, tantôt arrogant debater sarkozyste ou prisonnier dépressif au fond d' une cellule de la Santé , il élargit les dimensions.Remboursera-t-il un jour les 403 millions résultant de la généreuse justice de Pierre Estoup, mis aujourd'hui en examen? N' y comptez pas trop.

Cette rapide revue du microcosme est, bien sûr, loin d' être exhaustive. Elle comporte toutefois une morale : c' est que le bidonnage, contrairement à ce qu' on dit du crime, peut payer.

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Le Front National reprend tout du début

Publié le par memoire-et-societe

Le F.N de Marine Le Pen, ne se veut plus artisanal, passant de l' ère protestataire à la phase de conquête. La stratégie est arrêtée, le schéma dessiné, l' outil professionnalisé, l' ensemble dégagé des vieilleries idéologiques et de ses parrains intégristes ou collabos.

Le F.N est désormais une machine électorale moderne, dotée de Délégués à plein temps, de moyens technologiques de propagande, de réseaux spécialisés et d' ateliers de formation des cadres. Finies les ripailles entre anciens de la Fac' et chasseurs- parachutistes. Plus d' humour "boarder line", de références douteuses, ni d'éloquence sans suite. La mode est à un organigramme rigoureux pour équipes fonctionnelles et polyvalentes.

Le F.N s' infiltre patiemment, systématiquement, dans les organisations professionnelles, les syndicats ouvriers, les médias, les lotissements, Il y recrute des déçus de la droite et de la gauche, y accueille des notables sympathisants et des chômeurs paumés, y récupère des retraités amers et des lycéens impatients, distille à tous l' idée d' un autre avenir possible hors d' une mondialisation acculturante.

Premier objectif : les Mairies. Urbaines, rurales, ouvrières ou bourgeoises, cléricales ou laïques, historiques ou brutes de décoffrage. Les Mairies, le F.N y aura des candidats partout, qui feront le porte à porte, parcourront les marchés, hanteront les gares et les parkings des grandes surfaces, visiteront les cages d' escalier, tracteront à la porte des stades et des campus. C' est du boulot qui paie. Une seule devise, mais rassembleuse : sécurité, prospérité, identité.
...Même si un maire, frontiste de surcroît, ne peut pas beaucoup (une police municipale ici , un système de videosurveillance là ) faute de subvention départementale et de soutien parlementaire. Mais l' essentiel, en mars 2014, sera le score, le nombre des électeurs qui vont dédiaboliser les exclus de l' " arc républicain ", l' ombre jetée sur l' "UMPS", sa classe politique "corrompue" et ses élites "apatrides".

Les élections européennes vont suivre, en mai. Là se situe le combat symbolique contre "Bruxelles", pour la reconquête de la souveraineté nationale que devra avoir facilité l' avancée des municipales. Resteront alors trois ans à peine pour nouer des alliances et aller au pouvoir. Fort de ses élus de terrain, de son potentiel de voix et de ralliements opportunistes qui déjà se laissent deviner, comment le "Rassemblement bleu marine" ne se sentirait(il pas en mesure de mettre le cap sur l' Elysée, et de porter une femme à la tête d' un Etat monopolisé depuis toujours par les hommes?

Aguichant programme. Toutefois, disons- le, quitte à rabaisser le débat, s' il n' a à présenter que des spécimens de l' acabit du carriériste Philippot ou du pitre Robert Ménard, tous deux anciens trotskistes, ou encore de l' inquiétant ex-socialiste Paul-Marie Coûteaux, le F.N semble mal parti pour le lefting.

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A propos de "tiers-mondialisation"

Publié le par memoire-et-societe

Quelqu' un dont je n' ai su retenir le nom a jugé récemment et publiquement la France " en voie de tiers-mondialisation ". Il y a un certain temps que je pense comme cet observateur, si du moins il donne aux mots le même sens que moi.

On n' a guère fini de mesurer les conséquences des évènements de 68. Cette année-là, la société a engagé une transformation de ses assises et de ses valeurs séculaires. De Gaulle était l' ultime visage d' une nation que même l' Occupation n' avait pu atteindre en profondeur. 68 au contraire a été la remise en cause, sans goutte de sang versée, d' habitudes d' esprit, de manières de vie et de données assimilées au "cher et vieux pays" : l' attention à l' autre, la notion de patriotisme, la fierté du travail bien fait, la politesse de l' exactitude, le respect de la parole donnée, le souci du "suivi", la rigueur de l' organisation. La mutation de la pratique sociale ne suffit certainement pas à expliquer la "tiers-mondialisation". Cependant, les effets d' un contexte contribuent aux facteurs de tout changement.

Economiquement, le sous- développement ( en l' occurrence une récession qui conduirait à classer un pays industrialisé dans le "tiers-monde" ) se réfère à des critères :

- une dette que l' Etat ne parvient plus à surmonter. Nous n' en sommes pas loin, avec un taux de remboursement annuel qui dépasse le plus gros budget public, celui de l' Education, et absorbe la presque totalité de l' Impôt sur le Revenu.

- une fuite des cerveaux qui se traduit par l' expatriation des jeunes diplômés, scientifiques notamment, alors que croît le nombre d' illettrés.

- une fuite de capitaux marquée par un réinvestissement des bénéfices à l' étranger et l' évasion fiscale.

- un sous-équipement ( en la circonstance, une désindustrialisation) que soulignent les fermetures d' usines, et qui place une Economie en état de dépendance quant à ses besoins, de déficit quant à sa balance commerciale.

- une hypertrophie du secteur des Services en regard des secteurs productifs de l' Agriculture et de l' Industrie en régression.

- des dépenses de fonctionnement supérieures aux recettes de l' Etat et aux investissements dans le pays, d' où un appauvrissement global et constant.

Mentalement maintenant, ladite tiers-mondialisation se manifeste par la généralisation de réponses théoriques aux problèmes concrets (tsunami législatif sans décrets d' application par exemple), l' accumulation de palliatifs voilant une impuissance novatrice, le rôle de curiosités anecdotiques comme autant de dérobades sur des questions essentielles, la vacuité des raisonnements dont se sont emparés des gourous-philosopheurs, genre Alain Minc ou B.H.Lévy, faux thérapeutes médiatisés de la lassitude générale.

Ces Conseillers anti-douleur sont des tambours pour crépuscule, bidouillant leurs appareils à vendre une vision indigeste du monde. Leur arnaque précipite l' arrivée de nouveaux conquérants barbares : la pose ne freine aucune décadence, ne révèle aucun salut dans les rapiéçages de la défaillance.

Pour autant, ce n' est pas parce que ses élites ne cessent de se planter en tout qu' on va cesser d' aimer le pays et de dénoncer ses complexes : la chute vers la "tiers-mondialisation" relève aussi d' une complaisante surconsommation du sentiment de décrépitude.

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C' est l'autoévaluation qui manque

Publié le par memoire-et-societe

L' affaire syrienne est révélatrice. Elle met à nu l' irréalisme politique et diplomatique des gouvernants français. Ne revenons pas ici sur le fond : faut-il "punir" Damas? Le G 20 et la conférence des ministres européens de Vilnius ont parlé. Poutine en sort renforcé, Obama affaibli, Hollande ridiculisé.

Mon attention se porte plutôt sur la légèreté avec laquelle l' Exécutif a traité d' emblée un problème aussi complexe. La rapidité de son engagement radical témoigne, au minimum, d' une inexpérience et d' une insuffisance d' analyse qui, après des décennies de vie politique, seraient alarmantes si l' on était prêt à croire totalement à celles-ci.

Pourquoi avoir embrayé pied au plancher sans même avoir consulté les partenaires d' une Communauté dont on est partie intégrante, en s' appuyant sur les premières déclarations de responsables aussi égocentristes que les Anglo-Saxons? Total: le Parlement anglais a basculé vers le non, le président des Etats-Unis a fait marche arrière. La France se trouve donc isolée sur son propre continent, et sa politique étrangère est suspendue au vote de représentants américains parfaitement indifférents aux états d' âme des descendants de La Fayette. Notre indépendance se révèle publiquement une relative fiction qui place le pays (dura lex) au rang de nation de second ordre.

Sa démarche a constitué en outre un mauvais exemple pour l' ONU dont, en l' occurrence, le Conseil de Sécurité et les envoyés sur le terrain (l' Elysée dit soudain "attendre leur rapport") ont été jusque là superbement ignorés par Paris. Beau bilan.

L' enthousiasme à vouloir casser du salafiste aurait pourtant pu être tempéré par la sérénité allemande. Voici un voisin de la France, deux fois plus riche qu' elle, qui ne débourse guère d' euros en faveur du respect ombrageux du Droit international, ne fait la leçon à personne, et se contente d' écumer en toute neutralité les marchés mondiaux. Aussi ses finances n' ont-elles pas à souffrir des dépenses militaires incessantes ( Côte d' Ivoire, Afghanistan, Liban, Libye, Mali) qui accablent les contribuables hexagonaux dont 64% selon les sondages sont hostiles aux frappes purement moralisatrices.

Qui alors s' acharne à vouer la France, rongée par le chômage et la désindustrialisation, discréditée par une délinquance exponentielle, à s' ériger en garante de l' Ordre universel? Quelles références peut- elle fournir pour s' autoriser à parler de si haut? La Libye de MM.Sarkozy et Lévy? Leurs exploits y ont abouti à un sanglant chaos avec métastases en Afrique sub-saharienne, qui ont de plus accru la méfiance de Poutine à l' égard de la parole des Occidentaux. Ou bien y aurait-il chez le président Hollande, institué chef de guerre, quelque ivresse malienne venue d' une expédition militairement réussie mais politiquement incertaine?

On peut aussi s' interroger sur l' étrange silence d' Israël devant des évènements qui le concernent au premier chef. Bénéficierait-t-il des bons offices d' intermédiaires plaidant en faveur de ses intérêts sans qu' il ait à se mettre en avant et risque ainsi de ressouder la solidarité musulmane? A noter que depuis que M.Fabius insiste pour mettre à nouveau sac au dos des soldats français, les djihaddistes de la Seine-Saint-Denis s' empressent de rallier une rébellion où, précisément, les fondamentalistes pèsent de plus en plus. Cherchez l' erreur.

MM. Hollande et Fabius, qui suivent le dossier, manquent-ils de temps pour se préoccuper de tous ces détails, ou les méfaits du gaz sarin obscurcissent-ils tellement leur vision des choses qu' ils ne mesurent plus trop où est la réalité rappelée par leurs collègues européens? C' est peut-être cette surévaluation qui crée aujourd'hui un malaise...

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Courage de femme

Publié le par memoire-et-societe

Camp des parachutistes français à Limassol, île de Chypre, novembre 1956 : le général Gilles, commandant des troupes aéroportées du "plan Mousquetaire", tient sous sa tente un ultime "briefing" destiné aux Correspondants de guerre dont je suis, envoyé par le quotidien "Franc-Tireur", hostile à cette expédition.

"Dans la nuit, indique-t-il, les paras sauteront sur le Canal pour s' emparer de points stratégiques, puis la troupe (légionnaires, tirailleurs) débarquera au petit matin sur les quais nettoyés de Port-Fouad, rive asiatique de l' objectif ". Il y a là les pros du baroud, Chauvel du "Figaro", Paul Bonnecarrère, grand reporter autonome, Larriaga,caméraman à la RTF, Jules Roy, de "Paris-Match", et le photographe David Seymour dit Chim, de l' Agence Magnum, qui trouveront la mort ensemble quelques jours plus tard, puis une jeune femme en battle dress, Brigitte Friang.

Quand "le Borgne", surnom du général, annonce qu' aucun journaliste ne sera intégré au parachutage nocturne, elle se lève, larmes aux yeux, pour protester. Gilles ne cède pas, la jeune femme sort de la tente, furieuse. Je ne l' ai pas revue en terre égyptienne.

Qui était Brigitte Friang? Certainement la femme la plus intrépide que j' ai rencontrée. En 1943,jeune bourgeoise de 19 ans, elle appartient déjà, chargée des parachutages dans la région ouest, à la branche militaire de la France Libre. Grièvement blessée lors de son arrestation par la Gestapo, elle est déportée à Ravensbrück, camp de concentration pour femmes. Elle s' en tire et, de retour, commence à écrire (Les Fleurs du ciel, 1955), devient l' attachée de presse d' André Malraux, son modèle (Un autre Malraux,1977), et surtout correspondante de guerre en Indochine où l' insurrection a éclaté en 1946.

Rien ne l' effraie. Elle saute malgré la canonnade à Dien Bien Phu où se trouvent précisément Gilles, Roy, blessé à la tête,Bonnecarrère et Seymour. Dans ce milieu, on est vite un intrus. Tout le monde se connait depuis la Résistance et se revendique du gaullisme historique, de l' Information engagée. Guerriers et journalistes ont frôlé vingt fois la mort côte à côte. Ils ont fini par se confondre, partageant la même vie, le même adversaire, Allemand, Viet, Arabe, et le jeu de l' aventure à quitte ou double. Leur flegme sous-entend les coups durs affrontés, les cadavres accumulés, la rage froide de l' acharnement.

On prête à Brigitte Friang une liaison. C' est, bien sûr, avec une autre figure de la France Libre, ministre du Général. Mais sa vie privée ne compte pas en regard de sa mission de témoin-soldat. Elle repart: au Vietnam, "couvrir" la guerre, américaine cette fois, puis au Moyen-Orient, toujours en première ligne, sous les obus et les bombes.
Quand elle s' arrête enfin, saine et sauve, elle échange le treillis portant sur l' épaulette le titre de "correspondant", pour la plume. Elle écrit deux volumes de souvenirs, " Regarde-toi qui meurs ", et se consacre à ses amis, Maurice Schumann, la voix d' " Ici Londres ", ou les historiens François Furet et Stéphane Courtois. La femme de courage laisse place à une paisible dame rangée, rescapée inattendue des pires furies .
Elle est morte en 2011 dans le Vaucluse, enfouie sous les décorations, et plutôt oubliée.

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Militer à gauche

Publié le par memoire-et-societe

Le tome 2 (bel-bz) du "Dictionnaire biographique du Mouvement social" (appelé aussi " le Maitron", du nom de son créateur) me présente comme "militant socialiste". Même si j' ai appartenu quelque temps à des organisations se revendiquant de cette étiquette, j' ai tellement peu d' estime pour MM. Mollet et Mitterrand, je me sens tellement peu de convergence avec MM. Hollande et Fabius, que je me demande si accepter d' être ainsi classé "socialiste" n' est pas introduire une confusion dans l' esprit du lecteur.

Les subtilités idéologiques et le funambulisme électoral de la vieille social- démocratie m' ont toujours répugné. A ce point d' ambiguité et d' opportunisme, trop, c' est trop pour moi, qui ne suis pas un professionnel de la politique. Je n' ai pas davantage apprécié la brutalité stalinienne, le sectarisme trotskiste ou le moralisme chrétien- progressiste. J' ai donc opté pour une marginalité qui, je le concède, ne peut que profiter à la "Droite", mais que je n' ai pas tant à regretter quand j' observe la série de velléités guerrières et la croissance du chômage, de la fiscalité, des déficits publics et des scandales divers qui caractérisent la gestion "socialiste" actuelle.

Je me suis d' ailleurs aperçu que je n' étais pas seul de mon espèce. Des milliers de militants se sont éloignés depuis pas mal de temps, la plupart sur la pointe des pieds, de l' action organisée. Ces malheureux n' ont point fait, bien sûr, l' objet de l' attention des Responsables. La courtisanerie existe aussi à gauche : c' est elle qui fabrique les meilleurs apparatchik(i).

C' est pourquoi j' ai choisi d' évoquer deux figures hors cadre dont j' ai partagé le parcours. Leur idéologie parait aujourd' hui obsolète, leur abnégation bien vaine, leur espérance chimérique. Cet hommage ne passionnera donc pas, mais c' est une dette au regard de vies comme les leurs, jalonnées de combats perdus, de sacrifices ignorés, de déceptions additionnées. Tous deux en tout cas témoignent d' une volonté sociale inflexible.

Victor Fay, issu d' une famille juive de Varsovie, est entré aux Jeunesses communistes polonaises à 15 ans. Plusieurs fois emprisonné, il se réfugie en France en 1925. Remarqué par le Komintern (Internationale Communiste), il est chargé en 1929 du secteur Education au P.C.F et de la rubrique " Doctrine et Histoire" dans "L' Humanité". Il imprime à cette dernière une ligne luxemburgiste qui marque une distance avec l' orthodoxie stalinienne, notamment sur le problème des nationalités.Emporté dans l' engrenage de l' opposition interne derrière André Ferrat et la revue "Que faire?", Fay est exclu en 1936 et entre au Parti socialiste S.F.I.O l' année suivante.

Devenu correcteur d' imprimerie, il s' oriente, après la Résistance dans le Midi et les Cévennes, vers le journalisme à Lyon libre, Combat, puis à la Radio publique où il dirige les émissions vers l' Europe de l' Est. Militant anticolonialiste actif, il quitte la S.F.I.O pendant la guerre d' Algérie et participe à la fondation du P.S.U. Je me souviens avoir défilé avec lui, enthousiasmé par le mouvement de mai 68, autour de la Maison de la Radio pour réclamer alors la libération de l' Information. Parvenu à la retraite, "Victor" a multiplié les interventions dans les colloques , les journaux et les revues théoriques. Jamais, ce petit homme aux yeux plissés et brillants, n' a voulu transiger: "souple sur la tactique, ferme sur les principes", répétait-il, paraphrasant Lénine auquel il avait conservé estime et admiration.
Marxiste indépendant, il a défendu jusqu' au bout son orientation " conseilliste", c' est-à-dire attachée au pouvoir de "Conseils" ouvriers, alors que ses qualités intellectuelles et sa culture politique auraient pu lui valoir une ascension politique à la hauteur de son expérience.

L' autre personnage est une femme, Berthe Fouchère, alias Irma Taury. Fille d' un charpentier de la Nièvre, elle faisait partie de cette phalange d' enseignants publics nommés " hussards noirs de la République. D' abord adhérente au P.C, elle est révoquée de l' Education Nationale à cause d' articles en faveur de la propagande anticonceptionnelle, interdite au temps de la "Chambre bleu horizon". Contrainte à l' exil, elle se rend en Algérie, puis en Roumanie et en Allemagne avant de se fixer à "Vienne la Rouge", capitale de l' austro-marxisme qu' animait Otto Bauer, dirigeant de l' " Union des Partis socialistes pour l' action internationale", dite "Internationale Deux et demi". Elle a été sa collaboratrice jusqu' à son retour en France, nommée dans le département de l' Oise sans être formellement retitularisée. Pour autant, elle n' abandonne pas un seul jour son travail syndical et politique. Se situant à l' aile gauche de la S.F.I.O, tendance unie autour de Marceau Pivert, elle partage tous ses combats : Front populaire, Antifascisme, Décolonisation, Féminisme, Scission créant le P.S.U, Présidentielle de 1981, humble, désintéressée, inlassable, au détriment de toute vie personnelle. Elle est morte solitaire, à 80 ans, dans une chambre d' HLM de Montataire ne contenant qu' un lit et des piles de journaux jaunis. Je n' ai jamais rencontré quelqu'un, même un adversaire, qui ne l' ait respectée.

Victor Fay, Berthe Fouchère, ne sont pas des exceptions. Militer est ingrat. D' autres sincérités, d' autres générosités, sont comparables. A la vérité, c' est toutes celles-là, souvent anonymes, que je salue .

Publié dans histoire

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