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Mikel Dufrenne et l' Esthétique

Publié le par memoire-et-societe

Mikel Dufrenne a été mon professeur au lycée Decour à Paris. Il avait 35 ans et sortait d' un camp de prisonniers de guerre où il avait moisi cinq ans en compagnie de son ami Paul Ricoeur. Dufrenne n' avait rien du prof' habituel: c' était une sorte de précepteur qui avait toujours du temps pour chacun. Aussi, à la fin des cours son bureau était-il assiégé par une horde d' ados qui n' arrivaient pas à abandonner ce souriant conseiller de notre activité culturelle extrascolaire. Je lui dois d' avoir pu lire très tôt " Les Cahiers de la Quinzaine", "Le Cimetière marin", Jaspers, Kafka, Merleau- Ponty, découvert le "Champ de blé aux corbeaux", l' ultime tableau de Van Gogh, entendu Olivier Messiaen à l' église de la Trinité, et fréquenté la Cinémathèque alors nichée rue d' Ulm.

Je songe à lui en ces temps de rentrée en souhaitant à des potaches d' aujourd ' hui d' avoir, comme je l' ai eu, un Mikel Dufrenne à portée de l' esprit. Puis la vie m' a séparé de ce maître que j' ai eu par la suite l' occasion de revoir de trop rares fois à la Sorbonne où il a mené une carrière brillantissime. Mais son empreinte intellectuelle ne m' a jamais quitté.

Il est mort en 1995, à 85 ans, mais à sa retraite ses pairs lui ont rendu hommage selon la tradition universitaire en lui offrant des "Mélanges" intitulés " Vers une Esthétique sans entraves" où se cotoyaient notamment les contributions de Revault d' Allonnes, Passeron, J-F Lyotard et Roland Barthes.

Dufrenne a en effet laissé une oeuvre qui, de 1947 à 1994, a fait de lui le philosophe majeur de l' Esthétique. Sa thèse de doctorat sur la "Phénoménologie de l' expérience esthétique" (1953) l' a hissé d' emblée à un rang international, aux Etats-Unis, au Japon, en Australie, au Canada où il a enseigné, est traduit et continue d' être étudié. Sur le fond, sa pensée s' est mobilisée sur la nature de l' oeuvre d' art et le discours qu' elle suscite. La phénoménologie, le romantisme, le marxisme, l' expressionnisme, l' existentialisme, la linguistique, la sociologie, la psychanalyse, tous ont été appelés à la rescousse. Kant, Husserl, Schelling, Jaspers, Lukacs, Adorno, cités comme témoins. A partir de cette base encyclopédique,et pour résumer, Dufrenne a promené autour de lui un regard original et interrogateur : comment l' art, s' est-il demandé, s' enracine-t-il dans la société, non seulement dans des musées mais aussi dans la rue, les mouvements collectifs, les paysages, bref dans "la chair du monde"? Tel a été en tout cas le questionnement central auquel il s' est efforcé de répondre dans une quinzaine de livres, dont " La Notion d' a priori " (PUF 1953) et " Art et politique " (U.G.E 1974) constituent les références reconnues. En établissant une sorte de porosité, sinon de partenariat, entre créateur, chose créée et spectateur, l' oeuvre acquiert, juge-t-il, une vraie autonomie et la perception esthétique une dimension plurielle. Au bout de ce cheminement, la pensée de Mikel Dufrenne installe toute philosophie de la Nature comme puissance essentielle du sensible.

Ces idées étaient déjà présentes dans la pédagogie de l' anonyme professeur de lycée. Elles se sont affirmées et précisées au fil des ans. Je me félicite encore d' avoir été en quelque sorte l' un de leurs premiers destinataires. Elles m' ont aidé à mieux comprendre la Beauté.

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Négocier? très bien,mais alors de mauvaise foi...

Publié le par memoire-et-societe

" Négociation : recherche d' un accord comme moyen politique " (Le Petit Robert )

Le président Obama désire absolument qu' Israël et les Palestiniens " négocient ". Soit. Il leur accorde neuf mois pour " aboutir ". OK. Deux délégations se sont donc rencontrées pour négocier...un ordre du jour. Le point a été vite fait :

- Jérusalem-Est: hors de question pour Israêl de revenir sur l' annexion (1967)

- Les colonies illégales de Cisjordanie : pas question de les démanteler et de renoncer ainsi à créer un chapelet de bantoustans arabes séparés entre eux par Tsahal et par de nouvelles constructions vouées à parachever l' édification du "Grand Israël"

-Le retrait du plateau du Golan: vous voulez rire?

-La levée du blocus de Gaza : menace terroriste sur les villages israëliens voisins non envisageable

- La reconnaissance d' un Etat palestinien : est-ce vraiment le sujet puisqu' il n' aurait rien à administrer et que, de toute façon, comme disait Mme Golda Meir, "le peuple palestinien n' existe pas" ?

En ce cas, évidemment, neuf mois c' est du gaspillage. Mais parlons vrai en écartant la facilité selon laquelle la moindre réserve sur les faits et gestes d' Israêl est de l' antisémitisme. Un exemple : les accords d' Oslo(1993) prévoyaient l' élargissement d' otages et prisonniers palestiniens qui n' ont jamais été libérés. Ils sont des milliers. Aujourd' hui, Israël conditionne chaque libération au droit d' installation de 300 colons juifs en Cisjordanie. Comment " négocier" cela? et comment ôter à Natanyaou le plaisir de clamer que c' est l' autre qui ne veut rien entendre?

On ne dévie pas de la doctrine Golda Meir : avant l' instauration de l' Etat d' Israël (1948), la région était un désert peuplé de tribus nomades. Le projet d' un Etat palestinien doté de Jérusalem-Est comme capitale n' est donc qu'une fiction et un blasphème. En réalité Tel Aviv ne compte rien céder. Aussi ruses, provocations, violences directes ou indirectes, demeurent-elles sa règle de conduite. Depuis des années, les bonnes volontés ont été récusées, de Mendès-France et Senghor à Rabin, assassiné par un extrémiste, ou, en France, l' impartialité trainée dans la boue ( ainsi les injures du CRIF à Rony Brauman, ancien président de "Médecins sans frontière" , au journaliste Charles Enderlin, à Stéphane Hessel, etc.)

J' ai toujours pensé que, parvenu à ce niveau inconditionnel, le nationalisme sioniste devenait une névrose collective, sinon une dérive. Je n' ai pas pour autant la naïveté de transformer tous les Palestiniens en martyrs de la tolérance. Ils se révèlent incapables de s' unir contre leur adversaire et l' injustice dont ils sont indéniablement victimes. Mais c' est bien la violation permanente du Droit qui est ici insupportable et contre-productive.

Alors j' écoute M.Fabius à la télévision, et me dis que s' il déployait en faveur d'une négociation israëlo-palestinienne sérieuse la moitié de l' énergie qu'il consacre à prêcher la guerre en Syrie, la paix dans un Moyen Orient explosif ne pourrait qu' y gagner.

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Etat et Patrie

Publié le par memoire-et-societe

Changer la conception de l' Etat pour le rapprocher d' une Patrie citoyenne, l' idée qui court depuis la Révolution française connait un regain d' actualité. Elle réclame une audace politique qu' on ne distingue guère chez les maîtres de l' heure, flottant entre deux modèles inadaptés:

-le modèle présent qu' aucune République n' a débarrassé d' une vision quasi monarchiste ne répondant plus aux réalités de la mondialisation et des technologies nouvelles. Cependant émergent des "élites" (castes administratives, oligarchies financières) qui renouent sans complexe avec la morgue des anciens " états" (aristocratie, haut clergé). Derrière les discours électoraux quinquennaux, la France demeure donc fort hiérarchisée. Les milieux dirigeants refusent de voir les oppositions qu' ils alimentent par la persistance des discriminations. En prétendant représenter la Patrie, ils l' éloignent des couches populaires : les manifestations dites patriotiques se déroulent sans elles, et, faute d' occasions héroïques, ne sont célébrées que par de maigres phalanges d' officiels requis et de vieillards décorés sublimant le "devoir" d' une mémoire saturée.

Cette dérive d' un patriotisme déclinant et purement commémoratif pose une question : qu' est-ce qu' être patriote aujourd'hui? obéir aveuglément à un Etat, lui-même polymorphe, ou reconnaitre et défendre les liens avec un patrimoine et des valeurs partagés : une histoire tourmentée, une langue métissée, certains choix de vie, bref tout ce qui finit par constituer un mode de civilisation? Que des descendants d' immigrés sifflent " La Marseillaise" les isole . Leurs pays d' origine les ignore. Il vaudrait mieux pour eux cesser de ne voir dans le lieu où ils vivent que le moyen d' obtenir un passeport ou de se faire soigner gratuitement, et, malgré dépit ou rancune, réfléchir au meilleur moyen de définir et d' asseoir de vrais motifs d'intégration.. Se vouloir apatride est inconfortable à l' heure où s' affirment tant d' appartenances nationales.

-l' autre alternative, l' alignement sur un modèle de type anglo-saxon, ne correspond pas à la mentalité française pour laquelle l' argent ne relève pas de l' éthique, et la ploutocratie ne se confond pas avec la patrie. En découle par exemple l' approche qui a légitimement conduit à la revendication de " l' exception culturelle française" face au rouleau compresseur des industries et lobbies culturels américains.

Combat inégal à première vue, mais sursaut d' une identité néo-patriote où finalement la " Patrie" n' est plus seulement une question de souveraineté territoriale et étatique, mais aussi un réflexe collectif de protection et de création. En ce sens, celle-ci se révèle comme une notion affective, poétique, avant d' être le marqueur politique des démagogues professionnels.

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Le théâtre oublié

Publié le par memoire-et-societe

Le quartier haussmannien que j' habite ne manque pas de souvenirs : musées, ateliers d' artistes, plaques multiples et variées, font planer dans les rues l' ombre de personnages qui ont durablement marqué leur temps. Je fais grâce au lecteur d' une liste qui paraitrait vite pédante et fastidieuse.

Tout par ici m' est si familier que je m' étonne parfois d' y voir les gens mitrailler de photos des façades, des cours et des jardins intérieurs, ou des groupes, agglutinés autour d' un guide, écouter l' évocation de la Nouvelle Athènes, du Square d' Orléans et de la Boutique du Père Tanguy.

Mon intérêt, c' est un peu normal, se porte alors vers des lieux éludés par le tourisme organisé. Ainsi du garage situé dans le bas de la rue Pigalle et appartenant à Urbis Park ( " réconcilions la ville et la voiture ", c' est sa devise ). Je suis persuadé que plus personne dans le coin ne sait que l' endroit a été l' un des plus courus de Paris ... dans les années 30.

L' histoire commence en 1926. Le baron Henri de Rotschild possède au numéro 12 un immeuble devenu vétuste ( Eugène Scribe y avait vécu ), que son fils Philippe tient à remplacer par un théâtre "ultramoderne". Les travaux durent presque quatre ans et aboutissent à l' édification d' une salle Art déco, baptisée "Théâtre Pigalle", de 1100 places disposant de l' éclairage, la machinerie et les dispositifs scéniques les plus sophistiqués (et notamment d' un espace de 22 mètres de large sur 48 de haut permettant de jouer sur plusieurs plateaux à la fois).

L' inauguration, accompagnée d' une luxueuse brochure et d' affiches signées Carlu, a lieu en grande pompe avec "Histoires de France", 14 scènes interprétées par leur auteur, Sacha Guitry, et son épouse de l' année, Yvonne Printemps. Le "Tout-Paris", comme disent les gazettes, s' y presse. Jean Cocteau, ami des propriétaires,qui ne saurait manquer pareille mondanité, parle d' un lieu " qui met en valeur la voyageuse et n' éclipse pas le voyage." Lui-même met la main à la pâte en écrivant la préface de la brochure puis, en 1930, le texte de la cantate de Markévitch exécutée en ces murs habillés de bois précieux par l' orchestre de Roger Désormière.

Bientôt, un lot de directeurs prestigieux se succèdent à la tête de l' établissement : André Antoine tient deux mois, Gaston Baty un an, puis Jouvet y monte "Donigo Tonka" de Jules Romains et "Judith" de Jean Giraudoux avant de laisser place au berlinois Max Reinhardt, à Gustave Quinson, à Raymond Rouleau, on en oublie sans doute. Un moment Pierre Dux, Fernand Ledoux, Alfred Adam y ouvrent un cours de comédie. Mais la co-existence avec Rotschild Jr se révèle décidément difficile, et l' affaire périclite déjà quand survient l' Occupation. Les feux du théâtre s' éteignent pour quatre ans. Ils se rallument peu après la Libération avec Michel Simon en vedette. Les choses ont changé. Le quartier a perdu de son aura. André Certes puis Georges Douking s' y cassent les dents. Les Rotschild , qui perdent de l' argent, ferment définitivement les portes en 1948, abandonnant leur rêve comme une grande coquille vide. Un investisseur se présente enfin en 1958. Les bulldozers entrent aussitôt en action, pulvérisant la salle déjà oubliée au profit de la société de l' automobile. Pas d' inscription commémorative (ni non plus pour l' ex bal Tabarin, quelques rues plus haut). Depuis, l' image de l' étincelant théâtre a rejoint l' univers insaisissable des fantômes.

P.S. Mille excuses pour la coquille (encore une) affectant, heureusement sans effet pour la compréhension, le titre de l' article précédent, consacré à la ville de Nîmes. Promis, je vais m' efforcer de me montrer attentif.

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Exactement, la décroissance,ça existe, vous croyez?

Publié le par memoire-et-societe

J' ai vécu 15 ans à Nîmes, 20ème ville de France, 145.000 habitants ( en baisse depuis 2006). Je viens d' y passer une semaine.

Nîmes est en train d' agoniser : beaucoup de " fêtes", et plus de boulot, comme dans pas mal de coins. Des cars de touristes stationnent deux heures devant les Arènes et la Maison Carrée, puis repartent, impitoyables. La longue avenue Jean Jaurès est vide, le boulevard Gambetta et l' avenue de l' amiral Courbet également. Il ne se passe rien à Nîmes, que des faits - divers meublant la chronique de " Midi libre ", et une sorte d' attente torride qui saisit dès la descente du TGV. Ici, on vit sur des vestiges.

Nîmes est la troisième ville la plus imposée et la plus dangereuse de France. La rumeur soutient qu' elle servirait de "plaque tournante " à la prostitution et au trafic de drogue. Comme les Légions romaines, les truands s' y sentent sans doute au repos. Après vingt heures, l' avenue Victor Hugo, l' artère chic,baisse le rideau. Quelques P.D-G de passage s' attardent au bar de l' Imperator, le palace local, voisin des Jardins de la Fontaine, de leur inévitable "Féerie des Eaux" et des hôtels particuliers des vieilles familles protestantes qui ont abandonné l' industrie de la soie pour la grande distribution.

Nîmes a été, ou est, un peu tout : romaine, naturellement (pour qui l' aurait oublié, l' empereur Antonin y est né et son collègue Hadrien y a bâti un temple), puis résolument huguenote et camisarde, cheminote, cégétiste, hispanique, taurine, enfin à moitié maghrébine par les tours de la ZUP nord. Ville cloisonnée, sourde, introvertie. Les maires y sont la plupart du temps de droite : Jean Bousquet, patron de feu Cacharel, qui a endetté la cité pour des décennies et ramassé in fine un an ferme ( transformé en deux ans avec sursis grâce à ses avocats parisiens ) pour ingérence et abus de biens sociaux, aujourd' hui Jean-Paul Fournier qui ne demande qu' à continuer de gérer le quotidien avec un entourage accusé par la vox populi de copinage et de népotisme. Il se murmure toutefois que le prochain maire sera inéluctablement Front National.

On n' ose imaginer la France profonde plongée dans ce type de sieste persistante. Intellectuellement, la ville natale de Rivarol, Daudet, Chamson et Jean Paulhan est au point mort. On est loin de l' animation qu' y ont fait régner avant la première guerre mondiale les jeunes juristes de l' Ecole coopératiste et de "La Paix par le Droit", Charles Gide ( oui, oncle d' André), Théodore Ruyssen, Jules Prudhommeaux, figures de proue du pacifisme.

Cette atonie, accentuée par le dynamisme culturel des villes proches, Montpellier, Arles, Aix et Avignon, s' est vu cependant interrompue à deux reprises : en 1993 avec la construction du "Carré d' Art" par Norman Foster et,quelques années auparavant, par l' édification de " Nemausus ", bâtiment double de Jean Nouvel. " Nemausus " proposait en effet un nouveau type d' habitat social, contrastant avec les empilements d' HLM- casernes de la ZUP. Mais l' élégant paquebot d' aluminium part lui aussi en brioche. Déficitaire, mal entretenu, pratiquant des loyers 30% plus élevés que ceux des locations de ce secteur du logement, affecté par des agressions et des cambriolages continuels, " Nemausus", habité à 60%, est à l' image du reste : en route vers la faillite.

N' évoquons pas la production locale : il n' y en a pas L' économie nîmoise est une économie de service soutenue par la présence d' étudiants et de légionnaires " Perrier ", désormais propriété du suisse Nestlé, qui fait peser sur le site une régulière menace de fermeture muselant les syndicats, siège à Vergèze. L' usine des confitures Saint-Mamet a déguerpi, et les effectifs du dépôt ferroviaire de Courbessac ont fondu. Impavide, un groupe de médecins-chirurgiens prospères swinguent toujours sur le "dix-huit trous " de Vacquerolles.

Vous avez dit décroissance ?

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Contribution résumée à une lecture de l' Histoire

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Son parcours incite à discerner trois stades principaux dans l' aventure humaine:

1- L' Age polythéiste, aboli sauf parmi de rares tribus d' Australie, Afrique et Amérique du sud, dont on se demande si on ne protège pas leur survie pour assurer la fin de carrière des anthropologues et le chiffre d' affaires des organisateurs de safari-photos. L' homme y est soumis à la nature et à ses éléments (l' eau, le vent, le soleil, un animal dans le totémisme) qui relèvent du Sacré. L' ancienneté de cette forme primitive de vie relativise d' ailleurs l' éloignement dans le temps de notre "Antiquité " .

2- Avec le second stade, l' Avènement du monothéisme, les choses se compliquent. L' homme est confronté à la parole des prophètes, envoyés spéciaux d' un Dieu unique. L' urbanisation se développe, les biens se privatisent. Chez les Juifs, où prévaut la matrilinéarité, la multiplication des métissages avec des non- juifs annonce le recul de l' orthodoxie, sinon de la pratique religieuse. Chez les Chrétiens, où l' on parle de " déchristianisation ", la Foi plafonne, y compris dans le tiers-monde qu' ils avaient voulu leur chasse gardée. Les Eglises évangéliques s' y taillent bien quelques principautés, mais c' est aux dépens des catholiques, nullement à ceux de l' Islam, seule religion révélée ( encore faut-il faire la part ici de l' esprit de revanche contre la colonisation et de la promesses d' un développement immédiat ) qui étende réellement son influence malgré ses divisions: chiites contre sunnites, islam arabe et non arabe, etc.

3- La troisième phase, celle des mutations rationalisées, n' est pas à son terme, loin de là. Elle se définit par les avancées de la connaissance scientifique, de Copernic à la Conquête spatiale, et le rôle croissant de l' argent dans des systèmes de gouvernement taraudés par les phénomènes de classe, ou mus par leurs appétits impérialistes. Depuis Darwin, le monde se déchiffre à travers l' évolution,qui induit, plus qu' à partir de la création, qui annonce. L' homme, quasi majoritairement urbain, est délivré de maints tabous, demandeur de technologies et d' améliorations matérielles Les changements sociologiques ébranlent la position de religions qui peinent pour ne pas être distancées (cas du mariage homosexuel ). Le nombre des vocations s' effondre (problème du mariage des prêtres ). L' émancipation juridique et financière de la femme , la libération des moeurs, interrogent la structure familiale établie. Les pratiques cultuelles sont délaissées ( ainsi le Carême ou la Confession) au profit d' une morale axée sur les droits individuels , conforme à un égocentrisme libertaire et consumériste en contradiction avec l' enseignement traditionnel.
La problématique, pour l' Occident à l' origine de la plupart de ces mutations, est de se trouver désormais concurrencé par des pays dits émergents et surpeuplés. Cette rivalité devrait marquer un moment où, la politique se coupant de plus en plus de la citoyenneté, pourraient s' établir des régimes de type chinois combinant le règne d' un lointain, solennel Etat-parti et le mode de développement capitaliste.

Pour autant, le besoin de spiritualité désaliénée, l' élan vers la transcendance, la recherche d' un sens, n' ont pas disparu. Ils connaitront sans doute des propositions mieux en phase avec les inquiétudes et les instabilités engendrées par la modernité. La période réfute l' immobilité parce que l' homme pressent aujourd'hui dans le mouvement des vérités et des satisfactions susceptibles de lui être accessibles.

Une telle opinion provoque, bien sûr, la contestation des spécialistes de la certitude et du formatage. Mais rien de l' homme n' est finalement à rejeter : ni le respect de la Nature que nous rappellent les écolos, ni l' exigence éthique, ni la désincarcération psychologique et sociale de l' individu.Tout est à recueillir dans cette longue histoire même si, selon certains futurologues, l' humanité n' est pas elle-même éternelle.

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Le Français et ses manières

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Il existe deux catégories de personnages qui parlent en mon nom : les politiciens et les statisticiens.

Pas de jour sans que j' en apprenne sur moi-même, mes aspirations insoupçonnées, mes désirs contrariés et mes manières de vivre. Je jouis quand les leaders de Parti disent : " Les Français (dont je suis partie intégrante) n' accepteront pas que...ou : exigent que...ou encore : n' oublieront pas de...,alors que je n' ai eu aucune occasion de leur faire personnellement des confidences qu' ils n' ont d' ailleurs jamais sollicitées.
- Vous avez voté, me rappelle-t-on.

-Oui, blanc, parce que je les trouve si convaincants que, vraiment, je ne sais lequel choisir.

L' autre jour, j'ai lu que " le Français", toujours lui, faisait moins l' amour, malgré l' exonération des tabous sexuels. Pour être précis, 2,4 fois par semaine contre 2,7 il y a dix ans. D' accord, la population vieillit, le stress se démocratise et il s' agit de statistique, mais quand même...comment les gens arrivent-ils à faire 0,4 fois l' amour? quand j' étais plus jeune, cela aurait été impensable car j' avais à coeur d' achever ce que j' avais commencé.
Voyant les masses infantiles qui emplissent le jardin public d' à côté et le nombre des poussettes qu' il me faut désormais enjamber pour m' extraire d' un autobus, je songe que si elles sont moins fréquentes, les étreintes en tout cas se révèlent plus fécondes (la Française a 1,9 enfant ce qui, pris au pied de la lettre, impliquerait qu' elle ne termine pas le second) et qu' au train où vont les choses la France accumule un sacré lot de futurs émigrants.

En tout cas, si ledit Français ne fornique plus que le mercredi soir, le dimanche matin et 0,4 fois un autre jour, puis, c' est du même ordre, que les vins étrangers ( chiliens, australiens, sud-africains et demain chinois ) viennent envahir les rayons des magasins Nicolas, c' en est fait de notre reste de prestige auprès de nos voisins et néanmoins amis allemands. Nos femmes devront se rabattre sur les touristes et nous autres avaler du blanc chaptalisé outre-Rhin.

Je dis ça parce que je n' en pense pas un mot et ne gobe pas une seconde tous ces laïus pîqués dans les déclamations des ténors de la IIIème République, ni toutes ces statistiques assorties de chiffres burlesques et de tableaux comparatifs invérifiables avec Bélize ou le Kazakhstan.

Ce qu' on tient de source sûre, c' est que "le Français", justement, ne goûte pas qu' on le prenne pour plus mongol qu' il est , sans doute, en réalité.

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Quartier insensible

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Quand on sort de la station de métro Porte du Bonheur, il faut prendre à gauche l' Avenue Permis de séjour. La Cité d' Or, c' est tout de suite. A combien? peut-être deux-trois cents mètres, on ne peut pas la manquer. On distingue d' abord son gazon anglais, débordant sur le trottoir comme une moquette que personne n' ose fouler, même si aucun panneau d' interdiction n' y est planté. Les tags, regroupés dans un espace "ad hoc", proclament : " Vive les keufs!", " Céfrans,et fiers de l' être!", " Sionistes, Sarrasins, même combat!". A côté, une affiche tricolore intacte : " Avec le Front National, halte à l' angélisme! "

On continue, entre lauriers roses et bougainvillées. Aucun abribus vandalisé, pas une voiture incendiée, deux distributeurs de billets en service. Passe un car de CRS décapotable. Les fonctionnaires du maintien de l' ordre y sont tête nue, des balcons fleuris, les habitantes, le visage parfois enveloppé dans un léger fichu multicolore, leur adressent des baisers auxquels ils répondent d' un geste amical de la main.

Au coin des rues, dans les halls d' immeubles et les cages d' escalier, des ados avenants distribuent des barres de chocolat suisse, au bon lait des Alpes. L' agence Pôle Emploi a été définitivement fermée. On a cloué des planches sur la porte. On débat pour savoir s'il faut réutiliser le local comme édifice religieux ou comme bijouterie.

Sur les terrasses, les enfants guettent le retour du travail de leur père dont ils lorgnent l' attaché case. A l' école Jean Jaurès, des enseignantes épanouies dispensent des leçons d' histoire avalisées par la Commission paritaire des Cultes et de la Laïcité qui se charge aussi du problème de la présence des filles à la piscine, de la viande au réfectoire et des horaires des prières. Chrétiens et non chrétiens se sont entendus pour fusionner un certain nombre de Fêtes qui, sans cela, rendraient la scolarisation impossible. A la sortie des classes, les élèves échangent des invitations à des goûters d' anniversaire qu' entérinent les mamans se croisant à la supérette.

L' hôpital Louis Pasteur a été agrandi et le personnel doublé pour éviter toute promiscuité sexuelle. Le service de gynécologie est entièrement féminisé. Mais l' imam, le rabbin et le curé de la paroisse sont autorisés à circuler dans l' établissement.

M. le Maire, du Front de Gauche, soupire dans son bureau fraîchement rénové grâce au crédit voté par les élus immigrés. " Le plus dur dans les quartiers insensibles, songe-t-il, c' est la tranquillité."

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Comment faire pour tirer l' UMP de là?

Publié le par memoire-et-societe

Le candidat UMP battu à la consultation présidentielle de 2012 ayant dépassé le budget de campagne arrêté par la loi, s' est vu condamné par le Conseil Constitutionnel à rembourser ses dépenses électorales,soit la bagatelle de 11 millions d' euros, qu' il revient en fait à son Parti de règler à l' Etat.

Paradoxalement, ledit Conseil ( 9 membres nommés par tiers pour 9 ans) est formé pour l' essentiel de personnalités installées par la précédente majorité, donc par le sanctionné lui- même.C' est d' ailleurs le seul lieu de pouvoir détenu par la nouvelle opposition. En outre y siègent de droit les trois anciens présidents de la République: Giscard, 87 ans, est assez assidu, Chirac a disparu depuis deux ans, et Sarkozy, furieux, a décidé de ne plus s'y rendre.

Il faut donc trouver les 11 millions. Les finances de l' UMP n' étant déjà pas, nous dit-on, florissantes, les querelles internes des derniers mois n' ont pas contribué à renflouer les caisses. " A vos poches!" a alors lancé aux 300.000 militants revendiqués, le leader en titre du Parti, J-F Copé. Il a vite récolté 8 millions, ce qui n' est pas mal. Restent environ 3 millions. C' est bien connu, ces reliquats de dettes sont les plus difficiles à résorber. On s' est rassuré quand on a appris que les Chefs allaient mouiller la chemise : Sarko partait faire une conférence à l' étranger payée en principe 250.000 euros et Copé une autre à Brazzaville dont il n' a pas divulgué le montant. Voilà, a-t-on songé, une bouffée d' oxygène bienvenue pour la Droite la plus désargentée du monde.

Une manière de déception a toutefois gagné les esprits quand on a totalisé les dons des uns et des autres, compte tenu, bien sûr, de leurs liquidités. 1000 euros pou Fillon, alors que le président socialiste de la région Languedoc-Roussillon se fendait de 150 en n' hésitant pas à braver les foudres d' Harlem Désir, pas terrible. 7500 (trois conférences) pour Nicolas qui, après tout, est le principal responsable de la situation, un peu léger, comme l' a relevé Bernard Debré, le frère du président du Conseil Constitutionnel. L' hyperactivisme de Nadine Morano n' y peut mais : le " sarkothon" rapporte moins que le "téléthon".

Toutes les imaginations doivent donc se mobiliser, et nous ne saurions nous dérober à l' effort indispensable à la survie de l' opposition. Nous avons phosphoré afin d' avancer quelques suggestions qui,si elles ne sont pas parfaites, ont le mérite de la cohérence :

1- si le Peuple de droite tient tellement à être sauvé du socialisme, qu' il montre l' exemple. Un prélèvement mensuel de 10% sur les revenus de chaque adhérent jusqu' à extinction de la Dette semble une mesure de bon sens s'adressant aux compagnons désireux de protéger les institutions démocratiques mises en place par Charles de Gaulle et Michel Debré.

2- le recours à la solidarité d' organisations qui n' ont jamais eu à se plaindre de l' UMP se justifie pleinement. Ainsi, le MEDEF pourrait-il trouver des moyens discrets- il sait faire - de renvoyer l' ascenseur, comme on dit familièrement. D'un petit sacrifice aujourd'hui peut naître demain un gentil bénéfice.

3- nos concitoyens qui ont trouvé le courage d' aller porter leurs économies dans les pays limitrophes pour se dégager des griffes du fisc socialiste, se doivent de participer à l' oeuvre du redressement national. Qu' ils calculent ce qu' a pu leur faire épargner leur proche exil et adressent d' urgence le chèque correspondant au Siège, en le considérant comme un à-valoir pour des temps meilleurs.

Voilà. Ce n' est pas le Pérou, mais si chacun veut bien s' y mettre, on doit y arriver.

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Le vertige de Victoria Ocampo

Publié le par memoire-et-societe

Victoria Ocampo, née en 1890, était issue d' une très riche famille de Buenos Aires. Belle, intelligente, polyglotte à 8 ans, la nature l' a bien dotée. Adolescente, elle part en Europe, et plus particulièrement à Paris où elle suit les cours de Bergson et se lie d' amitié avec Maurice Rostand. Elle se marie à 22 ans avec un diplomate argentin dont elle se sépare rapidement pour entamer avec le cousin de son conjoint une relation passionnée qui durera 13 ans.

A l' époque de cette rupture, elle lit "Gitanjali" du poète hindou ( on disait alors ainsi) Rabindranath Tagore, Prix Nobel 1913, traduit en français par André Gide. Ebouissement, comme l' est simultanément la rencontre d' Ortega y Gasset qui la baptise " Joconde des Pampas", et encourage ses débuts journalistiques.

En 1924, Tagore débarque à Buenos Aires. Il a 63 ans, elle 34. Elle l' installe dans sa maison de campagne où il séjourne plusieurs mois. Une amitié amoureuse, dont nul ne sait si elle est restée ou non platonique, les rapproche. A partir de là, Victoria Ocampo semble saisie de vertige : elle organise des concerts pour Debussy et Honegger, se passionne pour l' architecture de Le Corbusier, court à Paris pour rencontrer le philosophe en vue de la République de Weimar Keyserling...et tombe dans les bras de Pierre Drieu La Rochelle, l' amant de Christiane Renault, femme du constructeur automobile. Elle fréquente Cocteau, Lacan, Gomez de la Serna, Eisenstein, et noue avec la romancière anglaise Virginia Woolf des relations ambigües. En bonne sud-américaine,elle ne dissimule pas sa préférence pour le "berceau culturel" européen sur le modèle nord-américain.

1931 est pour elle une année-charnière. Elle crée une revue littéraire, "Sur" (Sud), qu' elle lance comme un défi à elle-même. Les signatures internationales y foisonnent, moisson d' années d' activité intellectuelle. Pas une tête d' affiche ne doit lui faire défaut: il y a Gide, Malraux, Supervielle, Michaux, T.S. Eliot, Thomas Mann, Borgès, Heidegger, Octavio Paz, Henry Miller, l' Américain de Montparnasse. Deux ans plus tard, elle ajoute une maison d' édition à la revue. Le " Romancero gitano" de Garcia Lorca est son premier livre. Suivent Huxley, Jung, Woolf, Nabokov, Maritain, Eduardo Mallea, Sartre, Kérouac,Camus et sa soeur cadette Silvina, excellente poètesse. Le succès est éclatant.

La guerre la fixe à Buenos Aires où elle reçoit toujours à "Villa Ocampo", sur le Rio de la Plata : en 1939, c' est au tour de Roger Caillois, qu' elle aide à traduire les écrivains américains de langue espagnole. Elle revient en Europe en 1946 pour assister...au procès de Nuremberg. Mais les Péronistes la surveillent de près en tant qu "oligarque". Elle passe le plus clair de son temps en nouveaux voyages. Faisant halte en Argentine en 1953, elle y est arrêtée et emprisonnée. Les locaux de "Sur" sont mis à sac. Elle refait surface en 1955 grâce à la " Revolucion Libertadora", premier départ de Peron du pouvoir, et reprend aussitôt sa vie de nomade des cultures. A Paris, elle apprend l' existence du cancer qui l' emportera 15 ans plus tard.

Elle ne ralentit pas le rythme, au contraire. Comme si elle cherchait à s' étourdir pour écarter la maladie. Elle accueille en grande pompe Indira Gandhi puis Malraux, devenu ministre de la Culture, se met à rédiger les six volumes de son autobiographie, effectue une tournée de conférences aux Etats-Unis, et lègue à René Maheu, directeur général de l' UNESCO, la Villa Ocampo où elle s' éteint, rassasiée, un matin de janvier.

Ses échanges de correspondance avec Drieu La Rochelle et Caillois ont fait l' objet de récentes publications en France.

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