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" TOUR" DE PASSE-PASSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L'entreprise de pourrissement et de dévalorisation du Tour de France est en bonne voie. Elle ne date pas d' hier, née curieusement (?) avec l' introduction du sport cycliste dans des pays qui ont soudain découvert dans ce "marché" la possibilité de profits substantiels.

En cette année 2018, les bords de route de l' Hexagone voient à nouveau les foules et la liesse populaire diminuer. Des équipes sont sifflées, leurs coureurs insultés : expression d' un malaise et d' une désaffection croissants.

Le premier coup porté au prestige de l' épreuve est sans doute son succès même. Depuis sa création par Henri Desgranges en 1903, le Tour n' a cessé de susciter des envies et de faire des émules : le "Giro" italien , la "Vuelta" espagnole, et aujourd' hui de multiples  courses à étapes et à forte rentabilité qui essaiment à travers le monde (Tour d' Abu Dhabi, de Californie, de Pologne, de l' Utah, de Turquie, du Benelux,etc) . Cette banalisation cependant, si elle érode un peu l' événement, ne semble pas gravement lui nuire puisque le but de tout grand champion demeure d' inscrire à son palmarès une victoire dans la compétition.

Le mal vient d' ailleurs : des appétits financiers d' investisseurs sans scrupule, parfaitement indifférents à la légende et au mythe qu' incarne le Tour. Le dopage est un effet direct de cette situation. Les exigences de profits substituent à l' exploit sportif humain des "stratégies de course" élaborées par des managers dont les pratiques ne s' embarrassent pas de loyauté . Ces pros de la triche sont à la tête de machines à gagner pour lesquelles tous les moyens sont bons, notamment l' usage de produits chimiques sophistiqués qui sollicitent le recours permanent à des laborantins spécialisés, tel ce médecin italien connu dans les pelotons sous le nom du "Sorcier".

Le phénomène, qui n' est certes pas inédit, a pris une ampleur nouvelle et un caractère quasi systématique avec Lance Armstrong, coureur américain assez moyen, qui a "explosé" soudain et remporté sept Tours de France d' affilée (dont il a été depuis déchu par la justice). Même histoire avec son compatriote Floyd Landis, vainqueur en 2006, mais confondu pour usage interdit et régulier de testostérone.

En 2010 débarque une équipe, "Sky" (budget 2018, 38 millions d' euros), appartenant au businessman anglais David Brailsford. Hasard : le fils de celui-ci occupe d' importantes fonctions au sein de l' Union Cycliste Internationale (UCI World), arbitre fort tolérant en matière de moeurs précisément... cyclistes. Pour preuve, la grâce étrange dont a bénéficié, 4 jours avant le départ du Tour 2018, un de ses favoris, Froome, de la formation...Sky, convaincu d' usage de salbutemol au cours de la "Vuelta" 2017. Détail supplémentaire : au Giro de juin 2018, Froome a alterné, de façon inexpliquée, une étape de défaillance totale avec, dès le lendemain, une victoire écrasante en montagne (on parle de ventoline) ! 

Aussi le film paraissait-il  cette année tourné d' avance : à Froome le Tour d' Italie, à Thomas la "Grande Boucle", à Sky le bonus. Puis ces étapes de plat aux scénarii monotones et récurrents où des miettes du festin sont accordées aux concurrents qui n' ont pas encore réalisé des performances jugées dignes d' un contrat chez M. Brailsford. Qui croit-on tromper?

Oui assurément le ver est dans le fruit. Oui l' UCI est complice. Oui, dans ces conditions, le Tour de France, épopée qui, depuis plus d'un siècle,  fait  vibrer et rêver, est de plus en plus en péril. 

Publié dans société

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