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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (3)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Deux phénomènes marquent l' actualité récente et  la masse d' aigreurs accumulées depuis les années 80 : un retour progressif du syndicalisme et l' intervention croissante des "territoires" dans le débat national.

1- A quoi sert un syndicat ?

L' impasse contre laquelle ont buté les "gilets jaunes" est instructive pour nombre d' entre eux. Qu' est-ce à dire ? Que, quels que soient les abandons ou compromis auxquels se prêtent des directions syndicales, rien ne vaut, dans le souci de répondre aux aspirations plus ou moins confusément exprimées par la "base", le poids d' une lutte collective, réfléchie, consentie et, au moins temporairement, structurée. La grève actuelle des transports embarrasse plus le gouvernement que l' agitation sans vraie visibilité des "ronds points" fin 2018, aussi émouvante a-t-elle été. En fait, la participation syndicale organise la prise de conscience générale et s' inscrit dans la cohérence d' une revendication globale. La fermeture d' une maternité ou d'une gare prend un sens plus mobilisateur quand on la replace dans le cadre d' une politique de privatisation du service public ou de désertification de zones estimées économiquement déficitaires, qu'un syndicat possède les moyens de dénoncer avec un écho certain. Aujourd'hui, la rentabilité exigée par la mondialisation du capital ne cesse d' approfondir les oppositions de classe, donc de diviser encore.

2- Les régions se font entendre.

La contestation n' est plus uniquement parisienne, au contraire. La capitale vogue vers son destin muséologique, débarrassée de ses faubourgs populaires. L' heure est aux "réhabilitations" sous l' égide de maires socialistes, aux coûteux embellissements, à la circulation dans un air purifié garanti par des édiles écologistes, et à l' édification d' immeubles de standing dont le mètre carré vaut plusieurs mois de salaire d' un Français moyen.

La tension est ailleurs. A Bordeaux, Nantes, Toulouse, Montpellier, ces mégalopoles de l' ouest dont le développement produit logiquement des laissés pour compte qu' on peut rencontrer le samedi sur les Champs-Elysées où ils ont rendez-vous avec d' autres exclus, des chômeurs et smicards de la "grande couronne", des "black bloc" européens et , au pire, de vrais casseurs délinquants, familiers des gardes à vue et de la comparution immédiate.

Des défilés d' une ampleur inaccoutumée ont lieu dans de petites villes jusqu'alors socialement assoupies. Les Parisiens ont perdu le monopole de la rébellion. Ils se sont embourgeoisés quand ils ont pu. Voilà qui pose  question : cette nouvelle distribution des rôles, ce remuement des hiérarchies, cette routine du désordre exfiltré, et, quand même, cette addition des préjudices, ne vont-t-ils pas susciter une réaction autoritaire? Le sujet est au coeur de l' agitation qui secoue le pays cartésien de la mesure, gagné par l' incivisme, la perte de motivation, l' irrespect absolu des élites, autrement dit par la remise en cause de l' idéal républicain d' unité.  

 

 

Publié dans actualité

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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La France contemporaine produit de la pluralité : c' est ce que relève Jérôme Fourquet dans son essai " l' Archipel français". Son analyse appelle quelques remarques supplémentaires relatives aux composants qui donnent au pays un visage renouvelé . Schématiquement, on peut dénombrer quatre France :

1 - La France élitiste dont le ticket d' entrée exige soit l' obtention d' un diplôme de Grande Ecole soit l' appartenance préalable aux classes supérieures et à leur réseau relationnel ( chômage des cadres 3,5% contre 8,5% au niveau général). Cette bourgeoisie modernisée ( type "bobos"), égocentrique et sûre de son avenir, ne se différencie pas seulement par l' argent, mais aussi par la culture et la conviction de mériter sa situation dominante.

2 - La France populaire urbaine indigène, refaçonnée par la désindustrialisation (ou les nouveaux besoins de production et de service) d' un côté, la poursuite de l' exode rural de l' autre. Expulsée des centre-villes par le prix des loyers, elle se voit vouée aux trains de banlieue et condamnée à l'éloignement territorial ( type "rurbains" ).

3 - La France rurale traditionnelle, généralement âgée, atteinte par la disparition progressive des services publics, des niveaux de retraite particulièrement bas (type "gilets jaunes" de ronds-points) et l' accroissement des calamités naturelles ( incendies, inondations, sécheresse). La mondialisation ne lui laisse aucune chance.

4 - La France de l' immigration (majoritairement en provenance de l' ex Empire), jeune et banlieusarde, souvent hostile au pays d' accueil où elle prétend subir la discrimination coloniale et raciste dont ses aînés ont déjà été victimes. Elle justifie ainsi un refus d' intégration qui peut se radicaliser ( type "djihadistes) et aboutir au repli communautaire qui constitue en certains endroits ghettoïsés des foyers d' économie parallèle, sinon des centres  de recrutement terroristes.

Quatre France qui  communiquent de plus en plus à travers la violence. La France des élites continue imperturbablement de manifester un mépris de classe qui fait depuis longtemps du bourgeois français ce personnage "arrogant" dénoncé par la littérature sociale. La France communautariste et la France populaire d' origine partagent leur   mal à vivre sans recourir à une réelle solidarité de classe. L' immigré se sent peu concerné par les problèmes "gaulois". Il ne va pas voter. On évite quand on peut la promiscuité que découragent les différences de mode de vie et la pratique religieuse. Urbains et ruraux de même culture, enfin, se mêlent eux-mêmes assez peu. Quand il va s' installer pour sa retraite à la campagne, l' ex citadin reçoit plus facilement ses relations demeurées en ville qu' il  invite ses voisins champêtres...

 

(à suivre)

îsés des foyers 

 

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LA REPUBLIQUE UNE ET DIVISEE (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les événements survenant en France  ces derniers temps éclairent avec crudité l' évolution en profondeur d' une société dont les dirigeants successifs n' ont ni su ni voulu prendre en considération les à-coups. Il y a une quarantaine d' années déjà que le pays constate le recul non avoué de l' autorité de l' Etat devant la mondialisation financière. L' heure arrive maintenant des comptes que réclame avec force le citoyen .

1- Des politiques sans vision historique:

Giscard s' est tranquillement aligné sur l' atlantisme au service, gadgets sociétaux  compris, d' une modernisation à l' américaine du capitalisme avec ses effets les plus négatifs (désindustrialisation, chômage de masse, élargissement irréfléchi de la Communauté Européenne des Six)  .

Mitterrand est à la source du déficit budgétaire jamais comblé depuis ses nationalisations à 100%, et ses distributions démagogiques et monarchiques d' argent public sous couvert d' un affichage "socialiste" qui lui a permis de se hisser au pouvoir.

Chirac, roi fainéant et jouisseur, s' est installé 12 ans dans un immobilisme qui lui a évité de se soucier de la "fracture sociale" qu' il avait dénoncée pour être élu.

Les 10 années d' après ont vu tour à tour passer un agité et un  supermou qui n' ont, bien sûr, pas atténué la dégringolade économique et le discrédit de la gent politique.

40 ans au total où la République proclamée "une et indivisible", gorgée de promesses diverses, a perdu ses illusions.

2- Des dégats sérieux :

Qui plus est, cette navrante série s' inscrit dans une mutation mondiale de premier plan avec l' irruption du numérique, la fin du communisme, l' apparition des immigrations et des populismes, l' émergence de blocs concurrents (Chine,Inde), le danger de réchauffement climatique, points sur lesquels la France et l' Europe ont été peu entendus.
Tous ces bouleversements se sont accompagnés de l' appauvrissement de la classe moyenne, l' approfondissement des inégalités, la fragilisation du système social, amorçant un procès de désagrégation du tissu social. Des clivages de plus en plus marqués apparaissent donc qui, trop longtemps négligés ou ignorés, interrogent l' unité du pays.

 

(à suivre)

 

 

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